Film#22-23 Le concours qui n’eut pas lieu (1ère partie : le jury) - Jazz Magazine
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Publié le 5 Oct 2026

Film#22-23 Le concours qui n’eut pas lieu (1ère partie : le jury)

En cette année 1981, le Concours national de jazz fut annulé pour cause de pluie et le jury renvoyé chez lui, pas moins que Jean-Pierre Debarbat, Jef Gilson, Laurent Cugny et, le maître de cérémonie, André Francis (ce dernier hélas absent de mes négatifs).

Très étrange ces deux planches-contact et ces deux films témoignant d’un événement qui n’eut pas lieu ! Pour être exact, il fut interrompu au matin de sa deuxième journée alors qu’une pluie tenace s’était invitée sur l’Esplanade où avait lieu cet événement mensuel depuis 1977. C’était la première fois que j’y assistais menu d’un appareil photo. Était-ce ma deuxième ou troisième année en tant que membre du jury ? J’avais été invité à m’y joindre par Alain Guerrini, ce dernier ayant participé à sa conception avec André Francis, patron du Bureau du jazz. Radio France fournissait la sonorisation et assurait l’enregistrement de la totalité des prestations pour diffusion sur les chaînes des radios nationales (principalement France Musique, mais à l’époque le bureau du jazz ne dépendait pas d’une seule radio, et le jazz – et de manière générale l’abstraction musicale que sont les musiques instrumentales – n’avait pas encore été mis à l’index de France Inter et France Culture).

Le Concours national de jazz de la Défense avait été imaginé à l’invitation de l’Epad (Espace d’aménagement public de la  Défense) et de l’entrepreneur de spectacle Eca 2. Si ma mémoire est incertaine, c’est que j’avais assisté à la proclamations de tous les palmarès, et donc aux remises de prix à Jean-Loup Longnon (1977), au BBLB Quartet de Philippe Laccarrière (1978), au quartette d’Éric Le Lann (1979) et au big band Lumière de Laurent Cugny (1979). Et j’avais ainsi d’assisté aux concerts de clôture de ces différentes éditions : quintette d’Horace Silver (en 1977 avec Tom Harrell et Larry Schneider en front line), le quartette d’Elvin Jones (en 1978 avec Pat LaBarbera… un compte rendu de Thomas Ferenczi dans Le Monde signale que Dewey Redman s’était produit la veille dans le même cadre), le quartette de Joe Henderson (en 1979, avec Mal Wadron), et enfin le quintette de David Liebman où l’on découvrait pour la première fois en France John Scofield (1980).

À l’époque, l’orchestre engagé par André Francis pour clore le concours savait pourquoi il était là – un concours de jazz – ; qu’il jouait pendant qu’un jury délibérait ; qu’un entracte leur serait demandé qui permettrait de proclamer les noms des vainqueurs. Les grands musiciens invités à cette occasion se prêtaient volontiers au jeu, avec cette conscience que peuvent avoir les musiciens américains de leur “descendance” et du rayonnement de leur musique à travers le monde. Une vertu du concours qui se perdit lorsque le business s’invita dans la chaine d’organisation, laissant les artistes dans l’ignorance de ce pourquoi ils étaient invités, ces professionnels qui s’interposaient autour d’eux faisant valoir leur existence et leur importance par toutes sortes d’exigences, l’une d’elles étant d’avoir une totale maîtrise du timing, sans prendre la peine de préciser aux musiciens dans quel contexte ils se produisaient. Pas d’interruption pendant le concer final qui devait commencer à une heure précise à la minute près. La proclamation devait donc être faite avant le concert. Avec une équipe organisatrice qui se laissait terroriser par les représentants de l’artiste, mais aussi par les représentants du conseil général qui, redoutant de faire attendre ses électeurs, pressaient le jury de réduire la durée des délibérations à un simple vote sans discussion. C’est l’époque où j’ai claqué la porte. Suivi ou précédé par Xavier Prévost pour des raisons différentes mais résultant des mêmes causes.

À la réflexion, n’ayant aucun souvenir du concert de Joe Henderson, je me demande si mon premier Concours de la Défense en tant que jury ne fut pas 1980, l’année de la victoire du big band Lumière de Laurent Cugny. De cette année-là, je me souviens de la prestation du dernier groupe séparé, par un épais rideau de pluie, du jury qui s’était réfugié sous le auvent d’un bar à vin fermé le dimanche tandis qu’au loin, sur scène, Andy Emler et Antoine Hervé échangeaient leurs places d’un morceau à l’autre et du piano au vibraphone.

En cette années 1981, Laurent Cugny avait rejoint le jury auprès du compositeur, pianiste et chef d’orchestre Jef Gilson, du saxophoniste Jean-Pierre Debarbat, du batteur Jean-François Lobrot (qui tint dans les années 1980 avec Jacques Charmeteau le magasin de disques Pannonica, rue Racine, par ailleurs batteur qui s’était fait remarquer en 1976 au sein du groupe Moravagine aux côtés notamment de Denis Barbier, Olivier Hutman et Mino Cinelu), de Marc Berrut (pour le jazz traditionnel, genre qui se fit de plus en plus rare au fil des années), Alain Guerrini, André Francis, une dame que l’on aperçoit sur mes négatifs, dont le nom m’a échappé, représentante soit de l’Epad, soit du Conseil général, et moi-même évidemment absent de mes photos.

Je me souviens que les plus turbulents étaient Jean-Pierre Debarbat qui se rêvait alors une carrière de superstar du saxophone et Jef Gilson que l’on voit ci-dessous prêcher la bonne parole au saxophoniste Philippe Delettrez, lauréat du prix de composition l’année précédente. Jef Gilson l’entretenait-il déjà du quintette dans lequel il ne tarderait à l’engager avec le flûtiste Chris Hayward, le contrebassiste Éric Lagacé et le batteur Al Levitt (“Pages d’écriture” enregistré en décembre 1982). Vantait-il à Delettrez les mérites de la troisième octave ? Sur une autre photo, l’organiste François Thomas, candidat de la présente édition, semble s’opposer fermement à la proposition de privilégier l’accord à douze sons formulée par Jef qui avait complété son Europamerica d’un pupitre de trois guitares. À suivre avec les photos de quelques-uns des différents candidats de cette malheureuse édition 1981 du Concours national de jazz de la Défense. Franck Bergerot