Bruno Angelini, Claudia Solal, Benoît Delbecq : un solo & un duo, au Studio de l’Ermitage

photo X. Prévost
Belle et très intense soirée au studio de l’Ermitage devant un public très concentré sur l’écoute : plusieurs générations de personnes passionnées par cette musique, et quelques ‘professionnel(le)s de la profession’ selon l’expression consacrée. Bref un climat favorable à l’épanouissement de la communication par la musique. Et un concert qui prolonge deux disques récents des artistes invités

photo Maxim François
Bruno Angelini (piano, électronique)
Paris, studio de l’Ermitage, 8 octobre 2026, 20h30

Le pianiste décline une grande partie de son disque ‘Alone Together’, dans des approches très renouvelées: le propre du jazz en somme. Le CD publié au printemps dernier donnait des versions en piano solo de compositions de jazz suscitées par la lutte des Afro-américains pour les droits civiques; et nous retrouvons huit d’entre elles, en trois séquences, sous un jour différent de celui du disque. Tout commence par une variation, très sinueuse et très libre, autour de Strange Fruit . Le décor est dressé pour l’ensemble du programme : ferveur, liberté, mémoire, avec en silhouette subliminale Martin Luther King. Au fil des itinérances, enchaînées parfois avec la percussion d’une mailloche feutrée par le dessous de la table d’harmonie, surgit le souvenir de Max Roach, Herbie Hancock, Archie Shepp…. Coltrane y sera, par une version recueillie, entre nuances et violence, du thème Alabama , enregistré par le saxophoniste en 1963, trois jours après un attentat raciste qui fut fatal à quatre jeunes files de Birmingham (Alabama). Et cette première partie trouvera sa conclusion dans Come Sunday , extrait de la suite Black, Brown And Beige de Duke Ellington: une relecture tantôt recueillie, tantôt explosive et sulfureuse, façon Diabolus in musica : émotions fortes!

Claudia Solal – Benoît Delbecq ‘Honour Oxygen!’
Claudia Solal (voix, textes), Benoît Delbecq (piano préparé)
Paris, studio de l’Ermitage, 8 octobre 2026, 22h

photo Maxim François
Le duo va nous livrer la matière du récent disque, mais aussi un peu du disque précédent. Claudia ouvre le propos avec véhémence : le parlé-chanté se fait profération enflammée, avant de multiples changements de registres. Ses textes en anglais (et parfois en français) sont des mots de vie, de révolte, parfois de rêverie, d’images et de déambulations, intimes autant qu’universelles

photo Maxim François
C’est un dialogue permanent, même quand l’une ou l’autre s’octroie le tacet . Le piano circule hors des codes, et certaines notes altérés par la préparation tissent un réseau presque souterrain de langage alternatif : Benoît tel qu’en lui-même, mais à l’écoute. Tout est nuance, dans un large ambitus et une dynamique étendue. Autour des textes, écrits, et de la musique, préparée, se joue une sorte d’opéra de chambre en partie improvisé; une espèce de dramaturgie en mouvement dont l’horizon se dérobe tandis que la présence s’impose. L’intensité musicale et poétique se mue en une émotion communicative, offerte en partage au public; lequel est conquis, par cette seconde partie comme il le fut par la première.
Xavier Prévost 