Le Jazz est centenaire – 8: la bataille du siècle au Roseland Ballroom - Jazz Magazine
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Publié le 12 Oct 2026

Le Jazz est centenaire – 8: la bataille du siècle au Roseland Ballroom

Ce 12 octobre 1926, il y a cent ans, paraissait dans le New York Daily News l’annonce de la “bataille du siècle” au Roseland Ballroom, entre Jean Goldkette and his Famous Fourteen et Fletcher Henderson and his Orchestra.

Chef d’orchestre blanc, Jean Goldkette était à la tête d’un multitude d’orchestres de danse dont il assurait la diffusion à partir de sa maison d’édition à Detroit. Il dirigeait lui-même en personne le plus prestigieux d’entre eux, le Victor Recording Orchestra, formation qui enregistrait sous son nom pour le label Victor depuis 1924, date à laquelle on vit paraître parmi ses sections pour la première fois dans la phonographie du jazz les noms notamment des frères Tommy et Jimmy Dorsey (futurs chefs d’orchestre importants de la Swing Era) et du pionnier du violon jazz, Joe Venuti).

Arrivé à New York en octobre, à l’affiche du Roseland Ballroom à compter du 6, le Jean Goldkette Orchestra comptait alors dans ses rangs pas moins que Bix Beiderbecke au cornet et son complice Frankie Trumbauer au C-melody saxophone (entre le ténor et l’alto), toujours Joe Venuti rejoint par son compère le guitariste Eddie Lang, et d’autres figures oubliées dont il faut au moins nommer le contrebassiste Steve Brown et le batteur Chauncey Morehouse. À la même affiche étaient annoncées deux autres petites formations dirigées par deux habitués des scènes new-yorkaises : le tromboniste blanc Miff Mole (pionnier déjà très virtuose de son instrument) et le pianiste Fats Waller, figure du piano harlemite.

Dans son livre sur Bix Beiderbecke, Jean-Pierre Lion relate les souvenirs de Rex Stewart qui faisait alors un premier séjour de quelques mois chez Fletcher Henderson. L’orchestre de ce dernier, qui avait été la formation vedette du lieu, avait attendu son tour de jouer de mauvaise grâce alors que le public acclamait et multipliait les bis adressés à l’orchestre de Goldkette. Convaincus d’appartenir au plus grand orchestre du monde, Rex et ses comparses réalisaient qu’ils ne pourraient pas rivaliser avec leurs adversaires : « Leurs arrangements étaient trop imaginatifs et leur rythme trop puissant. » En outre, Rex Stewart qui avait fait de Louis Armstrong son modèle, venait de découvrir en Bix Beiderbecke un nouvelle source d’influence: « Il jouait son propre truc. Il ne jouait ni comme Louis, ni comme personne d’autre. C’était si joli. Et cette sonorité qu’il avait ! Il nous a tous retournés. » Il racontera que partageant le même casier en coulisse que Bix, il sympathisa avec lui et qu’ils passèrent du temps ensemble. Peu après, Rex fut remplacé par Tommy Ladnier dans l’orchestre, pour la retrouver en 1928. Lorsque le Fletcher Henderson reprit en 1931 Singin’ the Blues dans la version de Frankie Trumbauer et Bix Beiderbecke, c’est Rex qui fut chargé de reprendre le solo de Bix.

En attendant, au Roseland Ballroom, lors de cette soirée du 13 octobre 1926, le Jean Goldkette Orchestra battit Fletcher et ses complices à plate couture. Franck Bergerot

PS : faute d’avoir sous la main dans ma retraite bretonne l’autobiographie de Rex Stewart et la bio de Bix par Jean-Pierre Lion, c’est de l’édition anglaise de cette dernière que j’ai retraduit les propos de Rex Stewart.