Adieu Jacques Bolognesi
On apprend que le tromboniste et accordéoniste Jacques Bolognesi s’est éteint à quelques mois de ses 80 ans qu’il aurait atteint le 6 janvier prochain.
Souvenirs personnels. Le premier concert du Onztet de Patrice Caratini au Cim, le 29 mars 1981. Un petit big band, les trois sections à vent réduites chacune à deux pupitres et donc deux trombones (plus un tuba). Je ne suis pas encore familiarisé avec le trombone, cette petite confrérie un peu secrète autour des mystères de la coulisse, mais aussi comptable de bien des secrets orchestraux de par sa position centrale, et une certaine discrétion en matière de solo. J’ai encore en mémoire ce regard entendu que m’adresse Claude Carrière – j’étais un jeune bleu de la critique, et Claude accordait ses conseils avec cette parcimonie qui leur donne du poids mais peuvent passer inaperçus à ceux qui n’y prêtent pas attention – Claude donc, dressant son menton pour attirer mon attention, vers les deux titulaires: Hamid Belhocine et Jacques Bolognesi.
J’avais jusque-là peu fréquenté les big bands, plus friand de solos débridés dans les contextes les plus free. Sinon je l’aurais déjà eu entendu au coude à coude chez Claude Cagnasso (sur disque dès 1969), Ivan Jullien et Jean-Claude Naude (1971), Claude Bolling (1973) avec les cadors de la coulisse. Chez Cagnasso et Jullien, j’ai dû le voir sur scène à la fin des années 1970. Les cadors de la coulisse ? C’était Christian Guizien, Charles Verstraete, Benny Vasseur, François Guin, André Paquinet, Claude Gousset, Michel Camicas, plus ou moins solistes, mais pupitres indéfectibles. Parfois Luis Fuentes, lui soliste de tout premier ordre que je n’ai pas eu la chance d’entendre en concert. Denis Leloup n’était pas encore “né”, mais “Bolo” et Leloup se côtoieront en 1993 sous la direction de Patrice Caratini pour sa première recréation en 1992-1993 de Anna Livia Plurabelle, particulièrement sur la belle partie de trombones (qui fait suite au solo de violon), seule partition qu’André Hodeir acceptait d’extraire de sa cantate pour une exécution en concert. Et on les retrouverait en voisins de pupitre au sein du Dodecaband de Martial Solal sur le répertoire de Duke Elllington en 1997.
Entre temps, je n’avais cessé de croiser Jacques, ne serait-ce que dans les couloirs du Cim ou à la tête du Big Band du Lundi qui deviendrait le Caravanserail dont il était le chef et arrangeur (Bojan Z y fit ses premiers pas dans un studios d’enregistrement français : “Caravanserail”, Open, 1989) ; mais aussi, auparavant (1987) au sein de l’ONJ d’Antoine Hervé.
Un beau jour… comment est-ce venu ? Est-ce Didier Roussin qui m’alerta : « Tu sais que Bolo joue aussi de l’accordéon ? » Est-ce Bolo lui-même qui m’aurait interpelé au bar du Cim, ayant appris que je préparais avec Roussin pour Patrick Tandin et le Label La Lichère une anthologie de l’accordéon musette ? « Tu sais que mon premier instrument est l’accordéon ? » Notre programme étant déjà presque bouclé et réfléchissant à l’ajout de l’emblématique Depuis que les bals sont fermés, nous avons convoqué en studio Bolo et la chanteuse Cathy Renoir (ils se connaissaient du Cim et probablement du Big Band du Lundi), avec le guitariste Didi Duprat autour duquel nous avions construit le répertoire de “Paris Musette”, plus le contrebassiste Yves Torchinsky
En effet, le premier instrument de Jacques Bolognesi avait été l’accordéon avant qu’il ne se mette au trombone – comme Charles Verstraete ou Richard Galliano. Dans les années qui suivirent, Bolo poursuivit sa carrière en jouant sur les deux tableaux, constituant même un orchestre à deux accordéons, le Bolovaris Quartet avec Yves Torchinsky ou Jean-Philippe Viret, et Jacques Mahieux. En 2007, c’est encore à l’accordéon qu’il cosigna avec le guitariste Marc Fosset l’album “Hermetotico” en trio tantôt avec Pierre-Yves Sorin , tantôt avec Jean-Luc Ponthieux. Ce qui n’est rien dire de ses multiples collaborations avec Michel Legrand, Ute Lemper, Cesaria Evora, Kazumi Watanabe, François Hardy, Jacques Higelin, Paul Simon… et même Karlheinz Stockhausen (Momente). Bye bye Bolo.
Franck Bergerot