Adieu à Marc Fosset

02 Nov 2020 #Hommage

Le guitariste Marc Fosset s’en est allé, des suites d’une longue maladie qui l’a tenu éloigné de la scène, mais on se souvient notamment de son duo avec Patrice Caratini et sa collaboration avec Stéphane Grappelli.

Il est né à Belleville, le 17 mai 1949, un vrai Parisien des faubourgs, grandi dans une famille où l’on pousse volontiers la chansonnette et les airs d’opérette. C’est en 1958 qu’en écoutant Yves Montand, il tombe sous le charme du guitariste, Didi Duprat, gaucher comme lui. Il sera guitariste. Premières guitares à partir de 1960, acoustiques puis électriques, apprentissage en autodidacte, il fait les bals au sein d’un groupe de copains avec son frère à la basse, se produit au restaurant des Puces de Saint-Ouen, La Véranda, ambiance manouche (voir photo d’ouverture © Philippe Baudoin). Il fréquente les Arts appliqués et Les Beaux Arts tout en éduquant son oreille dans les clubs de jazz de l’époque. Un jour de l’année 1971, après avoir tapé le bœuf aux Trois Mailletz avec Michel de Villers, figure du saxophone baryton parisien, il est engagé. « C’est depuis que je fais le métier, ah, ah ,ah ! » Tout est peut-être dans cet « ah, ah, ah ! » adressé à son interviewer Jacques Chesnel dans le numéro de Jazz Hot de l’hiver 1978-79 : la modestie, l’humour teinté d’auto-dérision, la gentillesse.
Les boulots de sidemen auprès des Américains se succèdent. En 1973, il entre chez Magma, monte un trio qui se produit au Bilboquet qu’il quitte bientôt pour le service militaire. À son retour, les affaires reprennent lentement, d’abord au Trois Mailletz, jusqu’au jour où, Pierre Rizzoli, patron du Caveau de la Montagne en butte avec des problèmes de voisinage, décide de ne plus employer que des duos, lançant une vogue dont Marc Fosset sera le fer de lance en duo avec Patrice Caratini.

Débuts du duo en décembre 1976. Une véritable complicité les réunit de façon durable : tempo, réciprocité dans les échanges de rôle entre solo et accompagnement, un sens de l’arrangement pour accommoder les deux instruments l’un à l’autre en recourant à toutes leurs ressources, un goût commun pour la mélodie  venu de la chanson – Patrice Caratini vient de quitter Maxime Leforestier –, une aspiration à l’intime tant au niveau du son que dans la relation au public. L’originalité de la formule est accentuée par un curieux mélange acoustique (cordes nylon et métal) et électrique (l’effet chorus), de pizzicato et d’archet, un répertoire (compositions et reprises) et un vocabulaire hybride (du bop à la bossa en passant par la fusion, une pointe de folk et deux brins d’avant-garde) dont la cohérence repose sur la cohésion du duo. “Boîte à musique”, le premier disque produit sur le label d’Alain Guerrini, Open Records, est un franc succès qui leur vaudra d’accompagner de participer à la renaissance de René Urtreger en quartette à  Grande Parade du Jazz de Nice, à Nancy Jazz Pulsations et le Prix Boris Vian du meilleur disque de jazz français décerné par l’Académie du jazz fin 1978. Suivront un second duo “Le Chauve et le gaucher” enregistré en décembre 1978 devant le public du Petit Opportun, un “Troisième Acte” sur le label de Caratini en 1982, puis deux disques en trio avec Marcel Azzola (l’ami de toujours de Didi Duprat): “Trois Temps pour bien faire” (1982) et “Fleur de banlieue” (1986) qui mettent en évidence cette parisianité communes aux trois hommes.


Mais, tandis que son compère multiplie les initiatives de son côté, notamment dans le domaine du grand ensemble avec le Onztet (auquel il fut associé), Marc Fosset n’est pas avare de la diversité de ses accompagnements ni de la fluidité phénoménale de son phrasé où l’on pourrait penser que ce sont combinés les héritages de Django Reinhardt et Tal Farlow, avec quelque chose de l’articulation de George Benson : invitation de René Urtreger pour son retour phonographique (“Récidive”, Sonopresse-Carlyne, 1977), trios avec l’organiste Patrice Galas et les batteur Franco Manzecchi puis Umberto Pagnini (“Organ”, Open, 1978 ; “Live”, String, 1980), avec le vibraphoniste Claude Guilhot et le batteur Charles Saudrais (“Petit Voyage”, Open, 1979), solo (“La Récré”, America, 1980), sextette de Kenny Clarke (“Kenny To Day”, Night & Day, 1980), duo avec Michel de Villers (“Hershey Bar”, Ahead, 1980)…


À partir de 1983, alors que le tandem Caratini-Fosset constitue le fil rouge du 75ème anniversaire à Pleyel de Stéphane Grappelli (“Anniversary Concert”, Jazz Magazine, 1983), Marc Fosset devient un interlocuteur privilégié du violoniste, avec ou sans son compère (“Stephanova” Concord, 1983 ; “Looking at You”, JMS, 1984, pour ne citer que les duos), une collaboration qui dure jusque dans les années 1990 (notamment la musique du film Milou en mai, CBS, 1989 ; “In Tokyo” avec Marcel Azzola et Jean-Philippe Viret”, CBS, 1990 ; “Live” avec Philip Catherine et NHOP, Birdology, 1992). Après le décès de Grappelli, le guitariste produira encore deux trios chez Frémeaux en compagnie de l’organiste Philippe Petit et du batteur Eric Dervieu (“I Want to Be Happy”, 2006), puis l’accordéoniste Jacques Bolognesi et les contrebassistes Pierre-Yves Sorin et Jean-Luc Ponthieux (“Hermetotico”, 2007).

Il aimait chanter, doublait souvent ses lignes de guitare de sa voix à la manière de George Benson et, en 1990, avait signé “Crooner“ sur lequel il chantait originaux et standards américains dans des traductions française entouré de Georges Arvanitas, Claude Guilhot, Marcel Azzola, Patrice Caratini et Charles Saudrais.

Au cours des années 2010, il disparut de la scène vaincu par la maladie de Parkinson à laquelle il vient de succomber. Franck Bergerot

Brève de jazz

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