COLLECTIF la BOUTIQUE et VINCENT PEIRANI au Studio de l’Ermitage

14 Feb 2021 #Concerts

Sans public, mais en direct audio sur France Musique dans le ‘Jazz Club’ d’Yvan Amar, et en direct vidéo sur la chaîne Youtube et la page Facebook de l’Ermitage, ainsi que sur celles du Jazz sur France Musique et de La Boutique du Val-Meudon

Sans public, hormis quelques amis des musiciens et des ‘professionnels de la profession’, dont votre serviteur, chroniqueur patenté par un bouquet de dérogations au couvre-feu…. Sans oublier les équipes de l’Ermitage, de France Musique et de la production vidéo. Public restreint mais archi-motivé, si l’on en juge par les chaleureux applaudissements qui ponctueront le concert. Ces circonstances particulières me laissent rêveur : le matin même j’ai pris vers 11h la ligne 4 du métro, archi bondée, tandis que l’on persiste a refuser aux lieux de spectacle l’accueil du public, même un siège sur deux !

Quand j’arrive, 45 minutes avant le direct, c’est la fin de la balance qui est aussi une répétition générale : on peaufine chaque détail de la musique comme du son. Puis c’est l’attente du direct.

Pour les musiciens, ce concert est un événement, parce que c’est un retour sur scène, fût-ce dans des conditions singulières. D’autant que le disque «Twins» (La Boutique / l’autre distribution) a paru entre deux confinements ce qui, malgré un bel accueil critique, ne favorise pas la vente de CD et les possibilités de concerts.

Le direct est dans une minute : Yvan Amar est face caméra, pour présenter les artistes et le programme, simultanément pour les auditeurs de France Musique et les téléspectateurs de la diffusion vidéo.

Le Collectif La Boutique et Fabrice Martinez invitent Vincent Peirani

Fabrice Martinez (trompette, bugle, direction), Clément Duthoit (saxophones ténor & soprano), Nicolas Fargeix (clarinette), Emmanuelle Brunat (clarinette basse), Guillaume Pierlot (hautbois), Anaïs Reyes (basson), Yves Rousseau (contrebasse), David Pouradier Duteil (batterie, udu)
Invité : Vincent Peirani (accordéon, accordina)

Paris, Studio de l’Ermitage, 13 février 2021, 19h

Le répertoire, c’est un florilège des compositions de Jean-Rémy Guédon pour son ensemble Archimusic. Le compositeur, présent dans la salle, est désormais directeur de l’Alliance Française aux Comores, et Archimusic est devenu le Collectif La Boutique, sous la houlette de Fabrice Martinez. Les compositions originelles sont issues de différents disques d’Archimusic : «Sade Songs», «Pensées pour moi-même», «Le rêve de Nietzsche», «Fantaisie numérique»…. À l’origine elles avaient pour solistes des voix. La présence de Vincent Peirani repose sur une délégation d’expressivité vocale à l’accordéon : l’instrument, et l’instrumentiste, sont des orfèvres en la matière.

L’ordre du programme sera celui du CD «Twins», à ceci près que l’on commence par Lois et passions , qui était la plage 7 du disque. Dans le disque «Sade Songs», la voix soliste était celle d’Élise Caron. Ici c’est l’accordéon qui ouvre cette page de mélancolie, un sentiment très présent au fil du programme, lequel sera fracturé d’éclats rythmiques puissants. Courtes incises du sax ténor et de la clarinette, et solo de trompette avec effet wah-wah qui forge le parti-pris d’expressivité. Sous le tutti, le tandem rythmique déploie une ligne qui réjouit l’oreille autant que l’esprit.

Puis c’est un titre ancien, Parfum, du disque «Parthéos» d’Archimusic (1998), sorte de funky accordéon sur un rythme sophistiqué qui va conduire à un solo de trompette aussi vif qu’expressif. Puis le contrebassiste cherche fébrilement la partition du thème suivant : elle est tombée à ses pieds, il la retrouve et le thème commence par un solo de basse. C’est ensuite un dialogue contrebasse-percussion (le udu, une sorte de jarre en terre émaillée, va faire son entrée), et après un tutti mélancolique, l’accordéon va mériter son titre de ‘boîte à frissons’, avec renfort du hautbois et du bugle. C’est très intense. Maintenant Fabrice Martinez prend le micro, pour dire à la fois le plaisir du groupe de retrouver un public, et de jouer ce répertoire de Jean-Rémy Guédon. Et c’est La Nature, thème inspiré comme le précédent par la lecture de Sade. Mélancolie toujours, accordéon, basson et hautbois dans le tutti, avant irruption du sax soprano, qui devient éruption jusqu’à un crescendo paroxystique. Comme on dit, nous sommes ‘scotchés’.

Retour à plus de sérénité avec une introduction par le quatuor des bois qui rappelle Francis Poulenc. Inspiré par Sade encore, c’est L’Imagination. Dialogue des bois avec l’accordéon, puis le bugle et le sax ténor qui semblent caresser les harmonies d’un standard. Après un vibrant hommage de Fabrice Martinez à France Musique, voici Parrain, sans le soliste invité. C’est un thème qui figurait sur l’album «Parthéos» d’Archimusic (1998). Vibrante introduction de clarinette, vertige de l’expressivité sur un tutti harmoniquement tendu, et dialogue de la trompette et du hautbois, jusqu’à un stop chorus du trompettiste qui introduit l’accord conclusif. Touche mélancolique encore, avec L’intelligence, inspiré par les Pensées de Marc-Aurèle. Chaleur expressive du bugle, puis de l’accordéon. J’ai envie de paraphraser André Breton à la fin de Nadja, et d’écrire que la beauté sera mélancolique (plutôt que convulsive), ou ne sera pas !

On rejoint maintenant un thème emprunté au disque «Le Rêve de Nietzsche» d’Archimusic (et enregistré, comme tous les autres, sur le CD «Twins» du Collectif La Boutique). Il s’agit de Darkniet. Après un court dialogue du sax ténor et de la batterie (aux balais) sur un tutti aux harmonies très libres, l’accordéon se déchaîne, et nous sommes conduits dans l’intensité jusqu’à la coda. On a encore le droit d’être mélancolique puisque c’est Avis aux vieux (de l’album «Mu Temps – Fantaisie Numérique»). Bientôt le rythme, dansant, reprend ses droits, et Vincent Peirani, en improvisant, chante la ligne jouée par sa main droite. Solo de sax dans la plus pure tradition des honky tenors, ces saxophonistes hurleurs qui faisaient merveille dans le rhythm’n’blues avant que le style ne revive dans le free jazz. Fin abrupte et vive approbation du public, et des musiciens du groupe. Le thème suivant verra surgir, d’une introduction très fragmentée, le bugle, lent et plus qu’expressif, tandis que l’ensemble s’oriente vers des rythmes venus d’ailleurs, poussant l’accordéon jusqu’à une fin explosive. Et on aborde la conclusion du concert avec un thème intitulé Spaciba, peut-être le remerciement du compositeur Jean-Rémy Guédon au Collectif La Boutique. La clarinette retrouve une atmosphère nostalgique, traçant sa ligne sur les riches couleurs de l’orchestration. C’est le fin du direct sur France Musique, Yvan Amar ‘rend l’antenne’ comme on dit dans ce métier qui fut le mien durant plus de trente années, mais la musique se poursuit, avec notamment Vincent Peirani dans un solo d’accordina (une sorte d’accordéon à bouche qui s’apparente à l’accordéon autant qu’à l’harmonica). Très beau moment que tout ce concert, à retrouver en audio et en vidéo par les liens ci-après.

Xavier Prévost

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Voir (ou revoir) sur la chaîne Youtube du Studio de l’Ermitage

https://www.youtube.com/watch?v=7NxR-CyF6mE

et sur les pages facebook du studio de l’Ermitage

https://fb.watch/3E1EZxFLP_/

et de La Boutique

https://www.facebook.com/laboutiqueduval/

Écouter (ou réécouter) sur le site de France Musique

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-club/direct-le-collectif-la-boutique-fabrice-martinez-invite-vincent-peirani-au-studio-de-l-ermitage-91761

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