D’JAZZ NEVERS, 15 NOVEMBRE : Les Voyageurs de l’Espace, Joe Lovano, Naïssam Jalal, Louis Sclavis

16 Nov 2019 #Festivals

Encore une journée de grande diversité musicale et artistique, illustrant en quelque sorte la signature génétique du festival. On se laisse embarquer, atterrissage en fin de chronique

 

©Maxim François

Les VOYAGEURS de l’ESPACE ‘Vox Mundi’

Didier Petit (violoncelle, voix), Claudia Solal (voix), Philippe Foch (percussions), Carlo Brandt (récitant), Observatoire de l’Espace du CNES & Jack Cohen (création vidéo), Gaëtan Veber (création lumière)

Nevers, La Maison (de la culture….), petite salle, 15 novembre, 12h15

 

Un projet singulier, qui poursuit les méditations spatio-temporelles de Didier Petit avec ses ami(e)s. Nous sommes immergés. Face à nous le plateau de la petite salle, avec un écran, un pupitre d’orateur, un set de percussions, et un mystérieux lithophone (instrument à percussion constitué de pierres brutes). Des textes sur l’espace et sa conquête : sur l’écran avec des documents historiques d’actualité (de Gaulle, Kroutchev, Kennedy….), sur scène dans les voix du comédien et des musicien(ne)s. Et constamment le vertige de l’espace, entre fascination et réflexion, alimenté par les paroles d’Yves Klein, Bernard Chambaz, Gérard Mordillat, Élie During…. La musique est totalement acoustique, entre écriture et improvisation. C’est une sorte de spectacle total comme le rêvait Richard Wagner. Une vraie réussite artistique.

 

JOE LOVANO ‘Trio Tapestry’

Joe Lovano (saxophones ténor & soprano, taragot, petits gongs), Marylin Crispell (piano), Carmen Castaldi (batterie, percussions)

Nevers, Théâtre municipal, 15 novembre 2019, 18h30

 

Le plus éclectique des saxophonistes états-uniens nous revient, avec la musique d’un récent disque («Trio Tapestry», ECM/Universal). C’est comme un manifeste de ce que le jazz a été depuis 50 ans, entre les grands courants afro-américains et les alternatives européennes (auxquelles Lovano a participé, notamment avec Henri Texier). Ce trio, qui l’associe à une actrice majeure du jazz contemporain, et à un batteur qui brosse des paysages où le jazz croise la méditation bouddhique, nous offre un parfait syncrétisme de cette religion sans divinités que pourrait être le jazz. C’est constamment d’une profonde intensité, sur le mode vif comme dans un registre plus retenu. Lovano nous conte des histoires de jazz, Marylin Crispell se souvient de Debussy, mais aussi de Cecil Taylor, et Carmen Castaldi conjugue à merveille gestuelle et musicalité. Le répertoire est celui du disque, augmenté de quelques titres du disque à venir, déjà enregistré. À un moment du concert, Lovano place sur le devant de la scène une série de petits gongs orientaux qu’il percute tout en jouant du ténor, et dans l’aigu du piano Marylin Crispell se rappelle la fascination de Debussy pour le gamelan d’Indonésie. C’est un des moments de surprise et de grâce dans ce concert qui fut captivant de bout en bout ; on peut le réécouter sur France Musique, c’était en direct en cliquant ici. Une autre surprise fut un impromptu baptisé Catch Me If You Can. Tout comme le rappel, titré avec humour Pierre Boulez, et qui respirait plutôt l’esprit de liberté qui fut celui de Sonny Rollins. Ce concert fut une grand moment de plaisir musico-jazzistique.

 

©Maxim François

NAÏSSAM JALAL ‘Quest of Invisible’

Naïssam Jalal (voix, flûte traversière, nay, composition), Claude Tchamitchian (contrebasse), Leonardo Montana (piano)

Nevers, La Maison (de la culture….), grande salle, 15 novembre, 20h30

C’est, du propre aveu de la flûtiste, une musique d’intériorité et de méditation. C’est presque mystique. Tout (ou presque) se joue dans la lenteur, l’intensité, l’attention à l’autre (l’autre qui joue, l’autre qui écoute). Une grande cérémonie de la communication en quelque sorte. La musique est d’une grande beauté, on retient son souffle de peur, par une excès d’adhésion, d’en troubler le cours. Naïssam Jalal mêle parfois au son de la flûte des attaques de la voix dans l’embouchure, comme le faisait naguère Roland Kirk. On est à la croisée des chemins, entre jazz, musique improvisée et musiques traditionnelles de ce Moyen Orient dont sa lignée est issue. Public subjugué par une telle intensité dans autant de retenue. Le bonheur musical du chroniqueur fut légèrement altéré par un problème de son dans la salle, tout au long du concert : la flûte, dans le haut médium et l’aigu, faisait entendre une désagréable saturation/altération (opposition de phase ? défaut d’égalisation du système ?). Le problème existait aussi dans le haut médium et l’aigu du piano, et pour la suite du concert ci-dessous comme la veille pour le trio de Stéphan Oliva. En revanche la contrebasse sonnait magnifiquement….

 

 

 

©Maxim François

LOUIS SCLAVIS ‘Characters On A Wall’

Louis Sclavis (clarinette basse, clarinette), Sarah Murcia (contrebasse), Benjamin Moussay (piano), Christophe Lavergne (batterie)

Nevers, La Maison (de la culture….), grande salle, 15 novembre, 22h15

 

Comme sur le disque qui vient de paraître («Characters On A Wall», ECM/Universal), la musique fait écho aux images d’Ernest Pignon-Ernest collée sur des murs de par le monde, et exposées jusqu’au 8 décembre au Palais Ducal de Nevers.

Le programme a été créé voici près d’un an sur scène, et ses multiples occurrences ont conduit le groupe à une osmose épatante. J’avais eu l’occasion de chroniquer un concert du printemps dernier lors d’un concert ‘Jazz sur le Vif’ à la Maison de la Radio (compte-rendu en cliquant ici). Le programme demeure le même, mais la connivence s’est encore renforcée : il suffit de voir avec quel plaisir Louis Sclavis, assis au bord de scène écoute le trio qui caracole, ou un incendiaire dialogue entre contrebasse et batterie. Ici l’art se nourrit du plaisir ludique. Les clarinettes passent par toutes les métamorphoses du jazz ou de la musique improvisée. On jubile de bonheur !

Xavier Prévost

Brève de jazz

Report du Festival Jazz Magazine

Compte-tenu de l’épidémie de Coronavirus et des décisions du gouvernement interdisant les réunions de plus de 100 personnes, nous sommes contraints de reporter le Festival Jazz Magazine, qui devait se tenir la semaine prochaine, les 19, 20 et 21 mars. Nous en sommes navrés, merci de votre compréhension et de votre soutien

Adieu McCoy Tyner

Il restera pour l’éternité l’un des pianistes les plus influents et respectés de l’histoire du jazz moderne, McCoy Tyner est mort vendredi 6 mars, et c’est le monde du jazz qui est en deuil. Jazz Magazine est triste, très triste.

Jazz Magazine de mars (N°725)

Ce mois-ci, Thomas Dutronc est rédacteur en chef invité de Jazz Magazine. Un numéro à retrouver en kiosque !

EN KIOSQUE

20200701 - N° 729 - 150 pages

Cet été, Jazz Magazine est fier et heureux d’affirmer sa présence en kiosques avec un numéro exceptionnel de 150 pages....