Festival Bleu Outremer

08 Nov 2019 #Festivals

Pointe à Pitre : 22 – 27 octobre 2019

Pour sa quatrième édition, le Festival Bleu Outremer organisé en Guadeloupe à Pointe à Pitre, tournait autour du thème : «  Figure(s) et Représentation(s) ». En partenariat avec le Mémorial ACTe qui est le centre d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage et dans les lieux mêmes de ce Mémorial, les organisateurs ont voulu faire dialoguer les arts (musique, danse, cinéma, peinture, photographie) à travers les différentes cultures créoles (Guadeloupe, Martinique, Réunion, Mayotte). Un festival transversal, qui de l’océan Indien à l’océan Atlantique, propose un échange culturel et artistique entre les différents peuples créoles issus de l’esclavage et de la colonisation. Parallèlement au festival et dans le même bâtiment, se déroulait la passionnante exposition « Le Modèle Noir, de Géricault à Picasso » qui a lieu à Pointe à Pitre jusqu’au 29 décembre 2019 et que les parisiens ont pu apprécier du 26 mars au 31 juillet au Musée d’Orsay. Après une première journée passionnante de débats, rencontres, colloques, et conférences avec notamment la présence des musicologues Marie-Hélèna Laumuno et Philip Sadikalay, le premier spectacle mettait la danse à l’honneur avec la troupe Kaaro. Une troupe issue de la rencontre entre la culture Maharonaise (Mayotte) représentée par le chorégraphe Jeff Ridjali et la compagnie de danse contemporaine « En Lacets » basée à Reims avec Maud Marquet et Damien Guillemin. Un spectacle profond et intense avec une dimension théâtrale évidente portée par une bande son riche et colorée et par des éclairages pertinents. Un spectacle de danse qui met en scène la condition humaine, les conflits, le pouvoir, l’amour, et bien évidemment les rapports nord-sud. Le lendemain, place au cinéma avec un film documentaire (« Jocelyne, Mi Tché Mwen ») formaté pour le cinéma (d’une durée d’une heure trente) sur la chanteuse Jocelyne Beroard du groupe préféré de Miles Davis dans les années 80 : Kassav ! Beaucoup plus qu’un portrait de la chanteuse et de la fulgurante carrière de ce groupe mi-martiniquais et mi-guadeloupéen, il s’agit surtout d’un film féministe sur l’ascension sociale et la réussite professionnelle d’une femme élevée dans un milieu rigide au sein d’un groupe de musiciens machistes. La cinéaste Maharaki réussit à obtenir de Jocelyne Beroard des confessions et des propos intimes et profonds qui de son cas individuel va rapidement prendre des proportions universelles ! A travers le succès considérable et mondial de Kassav, ce film parcourt une très belle description de l’influence de la culture créole à travers le monde et remet un peu les pendules à l’heure en nous montrant que Kassav est le groupe français qui a eu le plus de succès dans le monde ! La troisième et la quatrième soirée était consacrées à des concerts où l’on a pu apprécier la chanteuse guadeloupéenne Stevy Mahy et puis le talent du chanteur et guitariste réunionnais Davy Sicard ! Celui-ci, tel un griot africain, mâtiné d’un bluesman du delta et d’un soulman de Memphis, nous a entraînés dans une transe profonde, intense, et spirituelle, où l’on intégrait parfaitement bien la condition des esclaves et des peuples colonisés à travers un chant lyrique et expressif autour d’une musique portée par des rythmes entraînants et implacables. Le lendemain place au funk antillais mâtiné de zouk avec le groupe Wakanza porté par la chanteuse Caroline Loïal et le batteur Greg Louis (très impressionnant). Un groupe fun qui développe un grand sens du spectacle avec des costumes proches de ceux d’Earth, Wind & Fire et une musique groovy à souhait qui colle au propos. Enfin en clôture, la marraine de cette quatrième édition du festival, la chanteuse Tanya St-Val nous a séduit par ses chansons créoles mâtinées de jazz avec un très beau travail harmonique porté par le pianiste Jonathan Jurion. Le guitariste, bien connu dans les milieux jazz parisiens n’était autre que Ralph Lavital et le tambour Ka était tenu par le grand Roger Raspail ! Beaucoup de grâce et d’élégance dans la façon dont Tanya St-Val interprète les chansons de son répertoire. Une marraine idéale pour ce beau festival dont on attend avec impatience la cinquième édition, avec la présence possible d’un certain Jacques Schwarz-Bart !

Lionel Eskenazi

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20191201 - N° 723 - 120 pages

En 1957, un jeune journaliste et homme de radio nommé Daniel Filipacchi effectue un long séjour à New York. Entre...