Jazz à Luz 2019 (1)

17 Jul 2019 #Concerts

Encore un bon cru du festival où il fait bon respirer : Jazz à Luz

Vendredi 12 juillet 2019, Festival Jazz à Luz, Chapiteau, 21h30

Orchestre National de Jazz : Dancing in Your Head(s) : la galaxie Ornette + Tim Berne

Frédéric Maurin (dir, elg), Jean-Michel Couchet, Anna-Lena Schnabel, Julien Soro, Fabien Debellefontaine, Morgane Carnet (sax), Fabien Norbert, Susana Santos Silva (tp), Mathilde Fèvre (cor), Daniel Zimmermann, Judith Wekstein (tb), Pierre Durand (elg), Bruno Ruder (kb), Sylvain Daniel (elb), Rafaël Koerner (dr) + Tim Berne (as)

 

Chaque année, Jazz à Luz a son petit lot de dissension, de disputes de chapelle. Le cru de cette année n’échappe pas à la règle avec le concert de l’Orchestre National de Jazz.

 

La soirée avait de quoi exciter la curiosité des fans d’improvisation libre et de free jazz. Pensez : le tout nouvel ONJ qui fait une révérence/référence à Ornette Coleman ! Et Tim Berne en invité ! L’annonce suscitait précisément peut-être trop d’attentes. Le nom de l’arrangeur, à savoir Fred Pallem, n’avait pas été cité. Or, celui-ci est davantage connu pour jouer avec les styles que pour plonger dans l’expérimentation la plus audacieuse. Pour ce projet, il a de fait concocté des plages assez longues à partir de plusieurs thèmes d’Ornette, en jouant vraiment la carte du big band, alternant plages de tutti et passages dédiés à tel ou tel soliste (remarquable Jean-Michel Couchet par exemple au soprano dans un tempo complètement débridé), et surtout en demandant à la rythmique de développer différents types de groove, ce que les musiciens de cette section réalisèrent à la perfection (si tous seraient à citer, Sylvain Daniel fit des étincelles particulièrement éclatantes). Pour ne citer qu’un exemple, Ramblin’ prit ainsi les atours d’une version funk, à la manière de celle réalisée par David Sanborn dans les années 1990. Au sein de ce cadre bien d’équerre, il y a certes des éléments de perturbation, tels certains effets de superposition, d’harmonies « harmolodiques », mais pas suffisamment pour un certain nombre des fans d’Ornette présents à Luz. Corrigeons toutefois la perspective. Le chapiteau ayant fait le plein, de nombreuses personnes présentes ne connaissaient manifestement pas la musique d’Ornette. Et ceux-là, attirés peut-être par le prestige de l’ONJ, applaudirent de bon cœur.

De mon point de vue, un cap fut franchi avec l’arrivée de Tim Berne. Abandonnant Ornette Coleman au profit d’une composition de Julius Hemphill, le son de l’orchestre changea, devenant étonnamment beaucoup plus soudé, cohérent, plus fort en caractère. Est-ce le fruit de l’exigence bien connue de Tim Berne ? À sa prestance comme soliste ? Est-ce parce qu’il s’agissait de la reprise d’une composition unique (et non d’une série de thèmes toujours difficile à gérer dans leur défilé) ? Quoi qu’il en soit, cet ONJ-là montra alors l’énorme potentiel dont il est le porteur. La pièce suivante, une composition très élaborée de Tim Berne, confirma la valeur de l’ensemble dirigé par Fred Maurin.

En sortant du concert, les discussions allèrent bon train. Tant mieux ! Une musique qui échauffe les esprits, cela n’est pas si fréquent de nos jours ! Le grand mérite de cet ONJ repose, à mon sens, précisément sur le pari osé de Fred Maurin : d’un côté, faire un pas vers le grand public (d’où, il me semble, la demande faite à Fred Pallem de faire les arrangements) et d’un autre, après l’avoir conquis, l’entraîner rapidement en des contrées plus ardues (d’où l’invitation de Tim Berne). Pari osé, mais réussi !

 

 

En début d’après-midi, le festival avait ouvert ses portes avec l’Orchestre Merversible, un tentette de plein air toulousain de bon aloi : Léonard Bossavy (gc), Sébastien Cirotteau (tp), Luc Fagoaga (vx), Youssef Ghazzat (cb), William Laudinat (tp), Andy Lévêque (as), Marc Maffiolo (bass sax), Florian Nastorg (bs, dir), Guillaume Pique (tb), Clémentine Thomas (caisse claire). Lors d’une première intervention, il a fait déambuler le public dans la ville de Luz-Saint-Sauveur, et réapparu pour animer la fin de soirée au verger, après le concert de l’ONJ. Cet Orchestre, d’une certaine façon, annonça la tendance forte de ce festival, celle d’une musique s’adossant aux pratiques et approches propres aux rites : répétition, superposition de boucles, tendance portée vers l’exploration du timbre, etc. Tout l’inverse des arrangements de Fred Pallem, plutôt dramatique !

Ludovic Florin

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