JAZZ à VIALAS, une escale en Lozère

02 Aug 2019 #Festivals

Retour de Montpellier, une escale chez les amis lillois de (très) longue date, Dorothée et Jean-Louis, aux confins de l’Ardèche et de la Lozère. Et l’envie de les emmener découvrir, sur la route de l’Aigoual, la douzième édition du festival, et un groupe de choix : ‘Moon River’, du batteur Fred Pasqua.

À partir du confluent de l’Altier, de la Borne et du Chassezac, une grosse heure de route via Villefort et Génolhac. À l’ombre lointaine des Rochers de Trenze, le village est toute la semaine à l’heure du festival. Tout commence vers 19h30 par un apéro-concert. Pas de détails dans le programme pour cette acoustic jam session ; mais j’entends un très bon trio.

Dommage que le programme n’ait pas cru bon les nommer. Un excellent guitariste que je ne connais pas, puis un contrebassiste que j’identifie pour l’avoir présenté sur scène, Éric Surménian, et un batteur que je reconnais finalement pour être Cédric Bec, que j’avais également accueilli dans des concerts que j’organisais (et radiodiffusais) naguère. Renseignements pris, le guitariste s’appelle Andrew Sudhibasilp, très actif dans le Sud de notre pays. Le trio joue des standards du jazz, bien choisis, avec inventivité et brio.

Puis se joignent au trio le trompettiste Julien Alour, souvent croisé sur les grandes scènes et dans les clubs, et au clavier numérique Lionel Dandine, que je découvre. Répertoire plus bop, qui commence avec Hot House, joué au plus haut niveau, et avec bien des variations. Il faut dire que le festival a rassemblé son collectif, composé de pas mal de ‘pointures’, pour une bonne part originaires du Grand Sud, et c’est dans ce fécond vivier que les apéros-concerts puisent leurs groupes. Il y aura d’ailleurs deux jours plus tard un concert en big band dudit collectif. Belle surprise !

 

Moon River quartet, et en arrière plan les Rochers de Trenze

 

FRED PASQUA ‘MOON RIVER’

Yoann Loustalot (bugle), Nelson Veras (guitare électro-acoustique), Yoni Zelmick (contrebasse), Fred Pasqua (batterie)

Vialas, Maison du Temps Libre, 31 juillet 2019, 20h45

C’est l’heure du concert proprement dit. D’entrée de jeu, on nous prend par les sentiments : pas le sentimentalisme mais le sentiment esthétique, dans cette magnifique composition de Jimmy Rowles, The Peacocks, jouée avec une ferveur qui place très haut la barre. Suivront des thèmes qui, pour une bonne part, figuraient dans le disque «Moon River» (Bruit Chic/l’autre distribution) paru l’an dernier. Puis des compositions de Kenny Wheeler, Herbie Hancock, Bill Frisell, John Abercrombie…. et, en création mondiale…., un thème de Fred Pasqua. Le quartette ne va pas chercher les thèmes les plus courus, mais au contraire des joyaux dont certains sont presque confidentiels. L’interprétation est en tous points remarquable, collectivement et individuellement.

Yoann Loustalot est en équilibre sur la crête, là où la maîtrise technique, évidente, n’altère jamais la profonde expressivité. Nelson Veras, en poète virtuose, nous entraîne sur des sentiers harmoniques dont lui seul paraît connaître les arcanes… et nous le suivons, bluffés autant qu’émerveillés. Yoni Zelnik fait merveille dans un rôle de pivot où le commentaire rythmique et harmonique, presque permanent, ne compromet jamais la solidité de l’ancrage. Quant à Fred Pasqua, en constante effervescence dans la propulsion du groupe, mais toujours en nuance, il livre dans ses quelques solos une leçon de musicalité en batterie, privilégiant la richesse des timbres, et l’inattendu rythmique, loin des fracas pyrotechniques : un régal ! Nous sommes repartis, mes amis et moi, enchantés par ces instants de beauté pure, dispensés en toute convivialité, entre une assiette de chili con carne et quelques verres de vin bio, avec modération, évidemment….

Xavier Prévost

 

Le festival présente le vendredi 2 août le Big Band du collectif ‘Jazz à Vialas’, et se termine le 3 août avec un hommage à Nina Simone, par la chanteuse Mariannick Saint-Céran

Brève de jazz

Raphaël Imbert à la tête du CRR de Marseille

La Ville de Marseille vient d’annoncer la nomination du saxophoniste Raphaël Imbert à la tête du conservatoire à rayonnement régional de Marseille, quelques jours à peine après avoir fait l’affiche du festival de jazz des cinq continents avec sa compagnie le Nine spirit.

Les Grands Prix de l’Académie Charles Cros ont été décernés hier soir

Grand Prix Jazz à CÉCILE McLORIN SALVANT pour son disque 'The Window' (Mack Avenue / Pias) Grand Prix Blues au groupe DELGRES pour son disque 'Mo Jodi' (PIAS) JORDI PUJOL, du label Fresh Sound, a reçu un Prix in honorem pour son travail sur l'édition phonographique et les rééditions, depuis 1983, et en particulier pour ses récentes publications de rééditions et d'inédits du jazz français des années 40 à 60. JOËLLE LÉANDRE a reçu un Prix in honorem en musique contemporaine pour l'ensemble de son parcours musical, à l’occasion de la parution récente de 'Double bass', ( B. Jolas, G. Scelsi, J. Cage, J. Druckmann, J. Léandre par J. Léandre) (Empreinte digitale). Elle a publié également cette année plusieurs disques de musique improvisée http://charlescros.org

Bill Carrothers: solo unique au Duc

C'est sans doute le pianiste le plus rare de notre époque, à tous les sens du terme: si l'ont tient bien nos tablettes, l'immense Bill Carrothers ne s'était plus produit à Paris depuis... 2011! Alors, pour une fois qu'il quitte sa retraite du fin fond du Michigan, on ne manquera pas sous aucun prétexte son unique date au Duc des Lombards ce jeudi 6 décembre, qui plus dans l’intimité d'un solo, configuration dans laquelle il nous a livré ses plus grands disques.

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20190801 - N° 719 - 100 pages

Jazz Magazine prend ses quartiers d’été et célèbre une année fantastique, 1969, avec un dossier géant qui reflète le bouillonnement...