MARC DUCRET «Lady M» : Jazz sur le Vif par la voie des ondes

25 Apr 2021 #Concerts

Circonstances plus que particulières : non seulement le concert est à huis-clos, comme ce fut le cas pour les précédents, mais cette fois les chroniqueurs et autres professionnels qui constituaient un public de quelques spectateurs ne sont plus admis. Ce sont des directives de précautions sanitaires strictes, et il n’y a d’autre choix que de s’y conformer. Le chroniqueur a donc suivi la seconde partie du concert sur France Musique, où elle était diffusée en direct dans l’émission ‘Jazz Club’ d’Yvan Amar, comme ce fut le cas pour plusieurs concerts précédents. La première partie, qui accueillait à 17h30 le quintette du pianiste Thibault Gomez, a été enregistrée, et elle sera diffusée ultérieurement.

Au fait, le concert du quartette de Géraldine Laurent, enregistré le 20 février, sera diffusé dans l’émission ‘Jazz Club’ du samedi 1er mai à 19h.

MARC DUCRET (compositions, guitares, électronique), LÉA TROMMENSCHLAGER (soprano), RODRIGO FERREIRA (contreténor), SYLVAIN BARDIAU (trompette, bugle), SAMUEL BLASER (trombone), CATHERINE DELAUNAY (clarinette, cor de basset), LIUDAS MOCKUNAS (clarinette contrebasse, saxophones ténor & soprano), RÉGIS HUBY (violon, violon ténor), BRUNO DUCRET (violoncelle), JOACHIM FLORENT (contrebasse & guitare basse), SYLVAIN DARRIFOURCQ (batterie, percussions, électronique)

Paris, Maison de la Radio et de la Musique, studio 104, 24 avril 2021, 19h

N’ayant pu assister in situ au concert, je l’ai suivi in vivo, en direct (et ‘sur le vif’ comme il se doit) à l’écoute de France Musique. L’Ami Arnaud Merlin, désolé de ne pouvoir accueillir le chroniqueur dans la salle, m’a envoyé une série de photos prises vers 14h pendant la balance

Cette photo a ravivé en moi le souvenir d’un précédent concert ‘Jazz sur le Vif’ de Marc Ducret : c’était le 17 novembre 2012. J’étais alors le producteur délégué des concerts ‘Jazz sur le Vif’, et j’avais invité le guitariste avec son programme d’alors, ‘Tower-Real Thing’. La photo qui en témoigne est signée Emmanuelle Lacaze, avec qui j’ai travaillé durant bien des années.

«Lady M» de Marc Ducret avait été programmé initialement par Arnaud Merlin pour un concert ‘Jazz sur le Vif’ le 7 décembre 2019. Mais il avait dû être annulé, non pour cause de coronavirus (l’épidémie n’était pas encore identifiée) mais plus prosaïquement en raison d’une longue grève des personnels de Radio France en novembre-décembre 2019. Quel plaisir donc d’écouter enfin «Lady M» au studio 104, même si c’est seulement par le truchement de la radiodiffusion !

J’avais eu l’occasion d’écouter ce beau projet en concert, en juin 2017 à la Dynamo de Pantin, en effectif plus réduit, 5 mois après sa création à Achères. Et le disque paru au printemps 2019 acheva de me convaincre que c’est une œuvre majeure. C’est dire si mon impatience était grande de réécouter cette suite qui culmine autour du monologue de Lady MacBeth au cinquième acte du drame de Shakespeare.

Après que Jérôme Badini a passé, sur les ondes, le relais à Yvan Amar, ce dernier présente sobrement ce qui va suivre, non sans rappeler que le concert se déroule dans la seule présence des artistes, techniciens et personnels de production radio, sans le petit noyau d’invités (quelques personnes-dont votre serviteur-) autorisés lors des concerts précédents. Pour avoir passé la plus grande partie de ma vie à écouter la radio, et une très grande partie aussi à concevoir et présenter des programmes radio, sans oublier les milliers d’heures passées depuis ma jeunesse dans les salles de concert, je me glisse sans peine dans la peau de l’auditeur qui se sent dans le décor. La musique commence telle qu’elle est restée en ma mémoire : sombre, tendue, presque oppressante, s’enrichissant mesure après mesure d’événements et de surprises qui nous annoncent audace et liberté. Dès l’abord la clarinette de Catherine Delaunay porte témoignage de cette liberté. Il me semble alors que, sans doute pour cadrer avec la durée accordée pour la retransmission, le déroulement esquive certaine séquence ‘à l’écossaise’ pour entrer dans le vif du sujet dramatique et vocal. C’est Rodrigo Ferreira qui dit une réplique dévolue à Lady Macbeth. Il en sera ainsi durant toute l’œuvre ; le contreténor et la soprane diront tour à tour les mêmes textes, et mêleront aussi leurs voix, dans un dispositif dramatique régi par l’exacerbation de la cruauté jusqu’à la folie : «Venez, venez, esprits qui assistez les pensées meurtrières ! Désexez-moi ici, et du crâne au talon, remplissez-moi toute de la plus atroce cruauté» (dans la traduction de François-Victor Hugo). La musique vogue de libertés en libertés, faisant jouer tous les ressorts des langages musicaux d’aujourd’hui entre le jazz et la musique dite contemporaine (le jazz ne serait-il pas contemporain ?).

Éclats de guitare et de rythmes dignes du rock le plus audacieux, improvisations qui font exploser les rivages de la liberté, le tout dans une forme parfaitement maîtrisée, gouvernée par une folle expressivité et servie par les voix de Léa Trommenschlager et Rodrigo Ferreira, telles sont les composantes de cette œuvre musicale hors norme. Les lignes vocales et instrumentales se croisent, se tendent, s’épousent et se confrontent avec une intensité virtuose, dans l’écriture comme dans l’interprétation. Dans l’écrit comme dans l’improvisé, les interprètes sont confondants. Je ne vais pas dérouler pour vous le fil du concert, mais sachez que, connaissant pourtant un peu cette musique pour l’avoir écoutée au concert, et sur un disque vers lequel je suis revenu à plusieurs reprises, je fus captivé de la première à la dernière seconde, au-delà du dicible. Yvan Amar en fut tellement tourneboulé qu’il attribua au compositeur-guitariste, dans la désannonce finale, un autre prénom que le sien. Joies du direct dont, je suis certain, Marc Ducret ne lui tiendra pas rigueur (cela m’est arrivé voici une vingtaine d’années, pas en direct mais en public, devant une salle pleine, et le fou rire déclenché parmi les musiciens les obligea à différer d’une très très longue minute (en fait deux ou trois….) le début du concert. Alors partagez nos émotions, et précipitez-vous vers la réécoute en suivant le lien ci-dessous. Je vous souhaite de connaître le bonheur musical que j’ai éprouvé.

Xavier Prévost

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Lien vers la réécoute

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-club/direct-marc-ducret-a-la-maison-de-la-radio-et-de-la-musique-94236

Lien vers le programme du concert

https://fr.calameo.com/read/00629645291a6056a480d?page=1

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