Matthias Van Den Brande et son trio dominent le Tremplin Jazz d’Avignon

04 Aug 2022 #Le Jazz Live

Double victoire pour le saxophoniste Matthias Van Den Brande qui remporte le prix de soliste et dont le trio remporte le Grand Prix, le Prix du public revenant au trio Espace Impair et celui de composition au quintette Hustle Bande.

Du concert de la veille, nous avions gardé le souvenir d’un duo français, intriguant pas seulement par son nom Congé Spatial, mais par son instrumentation – Pierre-Marie Lapprand (saxophone ténor, électronique), Étienne Manchon (piano, Fender-Rhodes, électronique) – qui nous avait promené dans des paysages sonores évoquant l’Irlande, la Bretagne, les Balkans, l’imaginaire d’un John Surman. Annonçant un hommage à Fela qui s’était avéré très distancié, il avait conclu sa prestation dans des couleurs harmoniques empruntées à la valse musette, le tout à travers une mosaïque de boucles et de climats chambristes dignes de la musique française du début XXe, évitant l’archétype du chorus de jazz en mettant en sourdine des qualités d’improvisateurs qui parurent parfois trop saupoudrées, dispersées, dans un univers une peu trop morcelé pour faire l’unanimité du jury.

Et nous avions quitté le Cloître sur la forte impression laissée par le quintette allemand originaire de Cologne, Hustle Bande. Après un premier titre signé du contrebassiste Calvin Lening qui nous avait ramené à un jazz post-bop de haut vol, très années 1970 avec ses embardées de saxophones débridées, les compositions du batteur Finn Wiest m’avait emballé par une véritable écriture orchestrale reposant sur une interaction de tous les instants au profit d’authentiques scénarios servis par des solistes très affranchis – Julius Van Rhee (sax alto), Victor Fox (sax ténor, déjà primé l’an passé avec le groupe Structucture, Grand Prix l’an passé, et à ce titre de retour aux Carmes le 3 août en première partie de Jowee Omicil et les frère Moutin), Leandro Irarragorri (piano).

Hustel Bande de gauche à droite Leandro Irarragorri, Victor Fox, Finn Wiest, Julius van Rhee et Carlvin Lennig.

Faute d’un prix de groupe ou de soliste (tous auraient pu y prétendre), un prix de composition que le jury attribua collectivement, car si les compositions du batteur Finn Wiest marquèrent particulièrement, celles de Calvin Lenning et Leandro Irarragorri ne manquaient pas de qualités, notre présidente de jury, Lisa Cat Bero, faisait remarquer combien dans un tel groupe le succès de telle ou telle composition reposait sur un travail collectif ici évident.

Hier, 2 août, la seconde soirée du Tremplin s’ouvrait avec le trio Espace ImpairGérald La Charrière (flûte), Matthieu Buchaniek (violoncelle), Frédéric Volanti (piano) – qui n’était pas sans faire écho au duo Congé spatial de la veille par ses références au chambrisme français du XXe qui m’évoqua notamment Francis Poulenc, mais aussi, pour revenir au monde du jazz, au duo de Jan Garbarek (flûte et saxophones) avec le pianiste Art Lande (“Red Lanta”, ECM, 1973) et à l’univers de Chick Corea (on se souvient notamment de ce Trio for Flute, bassoon and Piano de 1968 composé par le pianiste et dont Hubert Laws tira la partition pour son album “Law’s Cause”). Plus des traces d’une sorte de piazzolisme dont le trio semble sur le point de s’affranchir, avec cependant une tendance à la juxtaposition en guise de développement, impression compensée par une prestation très enlevée. Si le jury lui préféra d’autres formations, il se félicita de le voir plébiscité par un Prix du public.

Espace Impair, de gauche à droite: Matthieu Buchaniek, leur donateur le vigneron Claude Hilt de la Villa Safranier, Gérald Lacharrière et Frédéric Volanti.

Le quintette Eyeha clôtura le Tremplin avec une musique ambitieuse, évoquant notamment Tigran Hamasyan, avec Gaëlle Bagot (voix, clarinette), Volodia Lambert (guitare électrique), Roman Maresz (piano, claviers), Matthieu Ronfard (contrebasse), Vincent Fauvet (batterie). Des qualités (trop) individuelles, notamment concernant le pianiste ; une voix jouant une partie instrumentale sans grande qualité ni de timbre, ni de phrasé, ni d’expression ; une guitare au son trop brouillon pour faire valoir ses qualités de phrasé.

À vrai dire, les jeux étaient faits, dès le deuxième groupe de la soirée, le trio belgo-batave originaire de La Haye, de Matthias Van Den Brande (saxes ténor et soprano) étoile montante de la scène belge avec les Néerlandais Tijs Klaassen (contrebasse) et Wouter  Kühne (batterie). Tant au soprano qu’au ténor, le leader a séduit avec un timbre et un vocabulaire évocateur de la lignée Warne Mash/Mark Turner, un discours dont la poétique s’étend à la dimension du collectif, avec un batteur hyperactif et cependant jamais envahissant grâce à des nuances ultra-dynamiques, en constante interaction avec un contrebassiste recourant volontiers à l’archet avec une grande sensibilité.

De gauche à droite, Gérard de Haro pour le studio La Buissonne, Matthias Van den Brande et son trio: Tijs Klaasen et Wouter Kühne.

Une musicalité collective et un sens du set qui connut son climax avec une bouleversante reprise du Chelsea Bridge. Sans l’ombre d’un doute, Matthias Van Den Brande remporta tout à la fois le prix de soliste et le grand prix pour son trio qui se voit offrir enregistrement et mixage au célèbre Studio La Buissonne de Gérard de Haro, et une première partie de concert lors de l’édition 2023 du Tremplin Jazz.

Je n’ai encore rien dit du trio lyonnais Obsidiane qui fit la deuxième partie de la soirée du 1er août. Il fut peu cité dans les débats, sinon pour son contrebassiste Yann Phayphet mentionné plusieurs fois lors du vote sur le prix de soliste. J’aimerais donner la conclusion à son pianiste, compositeur et apparent leader Pierre-Louis Varnier qui quitta les lieux avec des mots de beau joueur, saluant le palmarès en reconnaissant la supériorité des gagnants qu’il avait comprise dès l’instant de leur prestation. Percevoir et accepter ses limites, c’est déjà les dépasser et les résoudre. Franck Bergerot (photos © X. Deher)

 

 

 

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