Mirtha Pozzi, Parole à la percussion

30 Oct 2020 #

 

 

Mirtha Pozzi, percussioniste souvent entendue aux côtés de Pablo Cueco, zarbiste-poète et poète-zarbi, possède un univers sonore bien à elle, où percussions et onomatopées se répondent.

 

Mirtha Pozzi (percussions multiples, voix ) , La  Comédie Nation, le lundi 26 octobre, 2020

Photo JJGFREE

Mon excellent confrère Xavier Prévost a fait un compte-rendu inspiré et précis du concert de Mirtha Pozzi.  Je vais seulement ajouter quelques grains de sable qui vont exactement dans le sens de ses propos : et comme ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à un solo de percussion, j’espère qu’on ne m’en voudra pas de doublonner un peu…

 

 

Photo JJGFREE

La percussioniste Mirtha Pozzi a donc un univers très personnel qui investit la recherche sonore plutôt que la virtuosité fracassante. Ecumant les brocanteurs et les revendeurs de métaux, toujours l’oreille à l’affût de résonnances inattendues, bizarres, ou poétiques , Mirtha Pozzi s’est construit une palette originale. A partir de celle-ci, elle construit de délicats mikados sonores, qu’elle associe parfois à des poèmes lettristes. C’est ce qu’on entend dans son disque TZIMX (paru il y a quelques mois chez Nowlands).

 

Photo Bruno Charavet

Le premier morceau , très bien construit, donne une idée de son univers. Il se construit autour d’un drôle de son, incroyablement grave et profond, comme venu des entrailles de la terre, à mi-chemin entre une clarinette basse (mais vraiment très basse)  et une scie électrique en fin de vie. Mirtha Pozzi aime ces sons ambigus, dont on ne saurait dire s’ils sont acoustiques ou électroniques. Elle tire cette étrange sonorité d’une percussion brésilienne, la Cuica (de loin on dirait une cocotte-minute) qu’elle pousse dans une direction inhabituelle. Elle structure sa composition autour de ce son bizarre, en y ajoutant quelques-unes de ses autres percussions.

On retrouve cette ambiguïté acoustique tout au long du concert. Par exemple avec une bande qui passe un son déformé qui ressemble, pour prendre une métaphore jurassique, à un 45 tour qu’on fait défiler à l’envers et que Mirtha Pozzi enrichit et illumine à l’aide de ses autres percussions. Derrière Mirtha Pozzi, des fragments de couverture de survie attirent l’œil grâce à leur scintillement doré. Mais ce n’est pas pour faire joli ! Ces couvertures de survie dorée, frottées contre les cymbales, donnent des sons étonnants, comme le souffle du vent dans les feuilles. Un son qu’elle prolonge et affine en manipulant une longue chaîne de grelots.

 

Photo Bruno Charavet

 

Après une partie plus classique où elle joue certaines des nombreuses percussions qu’elle a amenées sur scène, comme un établi sonore, on arrive à une partie caractéristique de son univers (que l’on retrouve sur le disque) : mélanger les percussions et les onomatopées. Mirtha Pozzi est l’auteure de plusieurs partitions lettristes (éditées notamment chez Alfonce Productions) où chaque phonème est choisi avec autant de soin que les objets métalliques dont elle s’entoure. Elle interprète quelques unes de ses compositions en s’accompagnant sur un de ses tambours, et cela donne un très bel effet d’étrangeté. Même si Mirtha Pozzi a passé son enfance en Uruguay et son adolescence au Chili, on n’entend pas vraiment d’hispanité dans ses onomatopées. On dirait plutôt du bambara sous acide. On pense aussi à une cérémonie vaudou dissidente (sans mise à mort du poulet). Le dernier morceau lettriste est emprunté au peintre et poète Bernard Réquichot.

A la fin du concert, Mirtha Pozzi utilise une sorte de feuille d’aluminium (et d’acier) semi rigide aux étonnantes sonorités qu’elle fait (entre autres) ricocher contre ses cymbales. C’est un des très beaux moments de ce concert.  Mirtha Pozzi fait surgir le mystère de son bric-à-brac percussif, comme un génie que l’on déloge tout à coup de sa lampe.

JF Mondot

 

 

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