Pierre de Bethmann et le papillon

17 Aug 2021 #

 

 

Le Pierre de Bethmann trio, dans un très grand soir, dans la folle ivresse des prises de risque, a laissé le public du Sunside sur un petit nuage.

 

Pierre de Bethmann (piano), Sylvain Romano (contrebasse), Tony Rabeson (batterie), le mardi 10 août 2021, Sunside 75004 Paris.

Très rapidement, avec un vrai public, réceptif, chaleureux, non masqué, l’euphorie s’est communiquée de la scène à la salle. En plusieurs morceaux Pierre de Bethmann et ses camarades se sont lancées dans des cavalcades à perdre haleine. Mais la spécificité de Pierre de Bethmann, quand il galope, c’est qu’il ne piétine pas les fleurs. Là où des pianistes moins talentueux, moins aventureux, moins poètes foncent en écrasant tout sur leur passage, et en ne laissant subsister qu’une odeur âcre d’asphalte brûlée, lui fonce en prenant le temps des bifurcations et des détours.

 

Bref en prenant le temps de son caprice (ou de celui de ses copains). Et si le caprice, dans la vie en règle générale, est plutôt synonyme de taloche dans la figure, en musique il est vertueux : il mobilise l’imprévisibilité du musicien, ses fulgurances, ses contradictions. Pour le dire en un mot, sa liberté.

Ce soir-là, Pierre de Bethmann était d’une liberté stupéfiante. Ce maître des ruptures semble se méfier de tout ce qui peut ressembler à une autoroute, voire de tout ce qui est rectiligne. Il ondoie, contourne, bifurque. Il accueille le hasard et l’accident. A la fin d’un Beautiful love éperdu, il a ainsi laisser flotter dans l’air une petite mélodie de quelques notes, entêtante comme un refrain, obstinée comme un papillon. Il l’a retenu dans ses mains et l’a laissé partir sans lui froisser les ailes.

Les partenaires de Pierre de Bethmann ne sont pas du genre non plus à froisser les ailes : le délicat Tony Rabeson, maître des cymbales, mais dont le jeu tout en contrastes est capable aussi d’éclats de violence. Sylvain Romano a des ligne de basse fermes et chantantes qui sont déjà des propositions de mélodies.

Sur un moreau tiré de Haendel (Pierre de Bethmann est un expert dans le détournement des classiques) il donne l’impression d’être un chœur à lui tout seul. Et la complicité du trio, dont les membres se cherchent souvent du regard fait plaisir à voir. Ils cherchent à se surprendre, se font des feintes. C’est aussi superbe que joyeux.

 

Texte JF Mondot

Dessins AC Alvoët (autres dessins, peintures, gravures -pas seulement de jazz-à retrouver sur son site www.annie-claire.com)

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