Quand Nefertiti déploie ses ailes

26 Jan 2020 #

Delphine Deau (piano, compositions), Camille Maussion (saxophones), Pedro Ivo Ferreira (basse) , Pierre Demange (batterie), le 21 janvier, concert privé dans le 14e arrondissement dans le cadre des Nocturnes de Laudes

 

Quand j’ai vu Néfertiti il y a un an, je me suis dit que le groupe sortait du lot. En écoutant ce soir-là les premiers morceaux joués par ce même groupe, cette impression est encore plus vive. Il me semble que le quartet a franchi un cap, non seulement à travers l’assurance plus grande de chacun des musiciens, mais aussi parce que Néfertiti me semble avoir progressé en tant que groupe, améliorant sa sonorité collective, approfondissant ses réflexes et ses anticipations, et nouant une complicité encore plus étroite. En témoigne, lors du premier morceau, le batteur Pierre Demange donnant un de ces petits coups de baguette vif et aigus dont il a le secret, qui tombe exactement sur l’accord que Delphine Deau est en train de plaquer, ce qui accroche sur le visage concentré de celle-ci un irrépressible sourire.

Cette dimension collective tient au fait que les musiciens du groupe sont reliés par des complicités multiples qui s’additionnent ou plutôt s’emboîtent comme des poupées russes : la pianiste et le contrebassiste ont de petits moments d’apartés ravissants, le groupe sonne formidablement en trio, avec un batteur, Pierre Demange, à la finesse millimétrée.

Quant à la saxophoniste Camille Maussion, elle sait comment faire sortir du pavillon de son soprano ou de son ténor des lambeaux de brouillard, mais aussi délivrer (en particulier au soprano) des phrases intenses et à fleur de peau. Une belle complémentarité s’opère entre son discours plein de brisures, de ruptures, d’élans lyriques, et celui de Delphine Deau, gardienne de la flamme, plus axé sur le rythme (voire la danse) et sur la cohérence de l’ensemble.

Cet aspect de musique de groupe doit d’ailleurs beaucoup aux compositions de la pianiste. Ses morceaux ne s’organisent pas selon le schéma mélodie-improvisation (sauf peut-être des exceptions comme le très chouette Hymne à la folie). Ce sont plutôt des compositions qui se déploient progressivement, un peu comme ces œuvres de land art dont le sens ne se révèle qu’à partir d’une certaine hauteur. Parfois certains instruments semblent s’ignorer, ou se combattre, avant de se réconcilier dans une euphorie crépitante de groove. Il y a des mystères, des surprises, de virages en épingle à cheveux. Les nouvelles compositions jouées ce soir vont tout à fait dans le sens de cette esthétique.

C’est le cas notamment du magnifique Contemplation, qui finit le set. Une totale réussite. Il se met peu à peu en place, comme les pièces d’un puzzle, s’ouvrant sur une très belle introduction de piano, puis quelques notes de soprano intenses qui font comme une trouée, avant que le saxophone devient ensuite le principe ordonnateur du morceau, surfant sur les craquements bruitistes du batteur et du bassiste, et un magnifique solo de piano aux brisures très debussystes, et une alternance d’accords (tantôt consonants et lumineux, tantôt dissonants et torturés) qui crée un troublant effet de balancement yin-yang…

Le groupe a décidément franchi un cap et dépassé le stade des promesses. Je ne suis d’ailleurs pas le premier à le dire ni à le penser puisque Néfertiti est lauréat du prix Jazz Migration après avoir remporté l’Euroradio jazz competition l’an dernier. On leur souhaite plein d’autres prix…

 

 

Texte : JF Mondot

Dessins : AC Alvoët (autres dessins, peintures, gravures sur son site annie_claire@hotmail.com)

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