Stéphane Payen : progressions vers James Baldwin

24 Oct 2021 #

Comme un travail d’approche d’un projet à découvrir le 7 novembre à Strasbourg et les 1er et 2 décembre à Paris, Stéphane Payen présentait hier, 23 octobre, l’effectif instrumental et la stratégie musicale de son projet James Baldwin en transit.

Ça se passait chez Hélène Aziza, dans le premier sous-sol de son “19 rue Paul Fort”, petit immeuble de caractère du 14ème arrondissement parisien, où elle prend soin des créateurs, musiciens et plasticiens. Le saxophoniste Stéphane Payen (magnifique saxophone alto droit laqué noir) y avait réuni, pour une résidence de travail, le violoniste Dominique Pifarély et le guitariste Marc Ducret, faisant suite une première séance fin août pour laquelle, pressentie à l’origine, Sylvaine Hélary avait dû se désister. C’est à cette occasion que Marc Ducret avait rejoint le trio, resté néanmoins ouvert à la participation de la flûtiste, avec ou sans guitare. Projet ouvert donc qui verra sa pleine réalisation, sous le titre James Baldwin en transit avec les voix de Jamika Ajalon, Tamara Singh et Mike Ladd sur les textes de l’écrivain.

Mais hier, pas de voix, juste un dispositif orchestral et une “partition” à mettre en œuvre. Autour d’un tel auteur, on aurait pu s’attendre à la présence d’une rythmique, d’un DJ, de grooves… Mais avec Payen, qui sait ce que groove veut dire et sait en évoquer jusqu’aux fantômes, et avec James Baldwin écrivain du “passage”, les clichés n’ont pas lieu d’être.

Le violon d’abord, harmonique ténue, donne le ton. Musique de chambre non “sonorisée”, dont saxophone et guitare électrique devront respecter le niveau sonore. « Pour un saxophoniste, dix fois plus épuisant qu’un concert à  fond la caisse » précise Stéphane Payen en sortie de scène. Les confinements successifs auront été pour lui l’occasion de d’approfondir les aspects de son travail souvent laissés de côté, ou méconnus, depuis la création de Thôt (1996) et de se départir d’une réputation d’héritier-prolongateur du travail sur les grooves complexes et les polyvitesses initié par Steve Coleman. Il en reste ici et là quelques chose pour qui connaît ses antécédents, mais on mesure ici plus la distance parcourue que ressemblances et accointances.

La musique ? Une espèce de flux à trois voix sur des partitions qui sont plus des propositions de cheminements, des options pour des situations à venir lorsque les trois récitants viendront ajouter leurs voix et les mots de James Baldwin. Des grilles ouvertes pour l’improvisation. Après tout, c’est leur métier, être soi-même et être ensemble. À quoi ça ressemble ? C’est toujours la question que le lecteur pose à l’auteur de compte rendu de concert. Vous connaissez les quatuors Giacinto Scelsi ? “‘Coon Bid’ness” de Julius Hemphill ? Hé bien, ça n’y ressemble pas du tout, mais j’y ai pensé. Vous connaissez Stéphane Payen, Dominique Pifarély et Marc Ducret ? Hé bien, ça ne ressemble qu’à eux. Franck Bergerot

 

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