Adieu Françoise Devienne
Inlassable pasionaria et passeuse du jazz à Dunkerque, Françoise Devienne s’est éteinte ce jeudi 26 mars. Pascal Anquetil se souvient.
Suite à une maladie ignorée jusqu’alors et soudainement foudroyante, Françoise Devienne s’est éteinte après avoir dit à sa fille Sophie en un dernier souffle : « J’ai eu une belle vie » ! Oui, Françoise a eu une belle vie, grâce au jazz, son carburant de jouvence. Mais surtout grâce aux musiciens qu’elle a tant aimés et qui lui ont si généreusement bien rendu cet amour inconditionnel pour la note bleue. Ancienne institutrice, Françoise avait a mis toute son énergie et dévouement, obstination et passion au service du jazz club qu’elle avait créé en 1983 dans le sous-sol de la MJC Terre neuve de Dunkerque.
Le 1er octobre 2006, le Jazz Club déménageait dans un superbe nouvel écrin, un ancien cinéma remis à neuf attribué par la ville de Dunkerque au sein du Pôle Marine. Il disposait ainsi enfin d’une salle de concert de 199 places avec tout le confort moderne. J’y ai vécu avec mes amis musiciens et un public merveilleusement chaleureux de grands moments de bonheur musical et de convivialité joyeuse. Je la revois, toujours assise au premier rang, frémissante de plaisir, vibrer comme une jeune fille à chaque chorus des musiciens qu’elle avait programmés.
Françoise avait trouvé la formule magique : chaque mois, un orchestre programmé trois soirs de suite. Ce véritable lieu résidence permettait ainsi aux musiciens invités de tester un nouveau répertoire, un luxe devenu très rare aujourd’hui. Ce qui explique que le Jazz Club de Dunkerque fut élu “le meilleur club de France” en région dans un guide des clubs que j’avais rédigé et publié en janvier 2001 dans le magazine Jazzman.
Pendant plus de quarante- trois ans d’existence Françoise et son mari, le merveilleux Jean Devienne (décédé il y a six ans), ont permis à toute une famille de musiciens de jazz français de se réunir et s’épanouir au fil des années et des groupes dans lesquels ils jouaient. Quand le jazz club a traversé des tempêtes qui auraient pu le faire chavirer, ils ont toujours été très nombreux à manifester leur soutien et leur reconnaissance envers Françoise et Jean. Ils doivent tous être, comme moi, très tristes aujourd’hui.
En ce jour de deuil, je tiens à réaffirmer mon amitié à Françoise que pendant plus de vingt ans en tant que président du Jazz Club j’ai aimé « supporter » dans les deux acceptions du verbe ; car elle avait un sacré caractère obstiné ! Bravo et Merci Françoise !
Photo : Serge Braem