Le prochain semestre du Studio 104 de la Maison de la Radio et de la Musique promet de grands moments de live. Jazz Magazine est partenaire de cette programmation de haut vol et d’une réjouissante diversité.
Le 10 janvier, le multi-instrumentiste Jowee Omicil présentera sa “Bwa Kayman Suite”, le disque-monde inspiré de ses racines haïtiennes où il puise dans une formidable diversité de musiques avec une ferveur toute spirituelle. En première partie, la chanteuse, compostitrice et cheffe d’orchestre Ellinoa nous emmène au Japon avec le programme de son album “Mejiro”, une vision très personnelle d’un séjour marquant au pays du Soleil levant.
Le 28 février, c’est quelqu’un qui s’impose chaque année un peu plus comme la nouvelle référence du piano jazz que l’on viendra écouter attentivement : l’Américain Sullivan Fortner, en trio, brasse toute l’histoire des 88 touches avec un savoir-faire sans équivalent aujourd’hui. Première partie : le duo magique du pianiste Manuel Rocheman et de l’harmoniciste Olivier Ker-Ourio auréolés du succès de leur magnifique album “Affinities”.
A la fin du mois de mars, le samedi 28, les neuf instrumentistes de l’Other Side Orchestra de Delphine Deau (piano) et Julien Soro (saxophone), entre écriture et improvisation, ouvriront la voie à un all-stars de musiciens à la pointe de la modernité : le saxophoniste Chris Potter et le pianiste Craig Taborn rejoignent le contrebassiste Reid Anderson et le batteur Dave King, membres du groupe The Bad Plus, pour resonger la musique du légendaire quartette européen de Keith Jarrett.
C’était l’un des événements phonographiques de cette année 2025 : le violiniste Dominique Pifarély et le pianiste François Couturier publiaient “Preludes And Songs” sur le prestigieux label ECM. Le 25 avril, ce grand duo sera suivi de l’inclassable Marc Ribot venu avec son quartette Hurry Red Telephone : Briggan Krauss (sax alto), Sebastian Steiberg (contrebasse) et Chad Taylor (batterie).
On le sait déjà, l’un des grands moments de cette année 2026 sera le concert-hommage à Miles Davis, dont nous fêterons le centenaire de la naissance, au Studio 104. The Files Of Miles, c’est une exploration des richesses infinies du répertoire de cette légende du jazz par un Français qui l’aime beaucoup et le connaît très bien : Médéric Collignon avec son groupe Jus de Bocse et des invités dont il nous garde la surprise. Et quel meilleur groupe pour ouvrir ce concert-événement que No(w) Beauty, quatre jeunes artistes déjà grands et à la patte sonore inimitable : Enzo Carniel, piano, Hermon Mehari, trompette, Damien Varaillon, contrebasse et Stéphane Adusar, batterie.
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Le 29 juin, à la tête d’un groupe exceptionnel, le saxophoniste et le trompettiste célébreront au Grand Rex à Paris les musiques de Miles Davis et John Coltrane, deux légendes du jazz dont nous fêteront en 2026 le centenaire. Immanquable !
A vos agendas : ce concert, qui tournera à travers la France cet été, est d’ores et déjà l’une des dates à ne surtout pas manquer d’une année 2026 marquée par deux anniversaires pas comme les autres : Miles Davis et John Coltrane, qui ont écrit ensemble quelques unes des plus belles pages de l’histoire du jazz avant d’écrire chacun de son côté leur propre légende, auraient eu 100 ans cette année.
Pour honorer comme il se doit leurs musiques et leurs mémoires, le saxophoniste Ravi Coltrane et le trompettiste Terence Blanchard donneront donc un concert événement au Grand Rex le 29 juin prochain, revisitant les œuvres de leurs aînés entourés d’une formation de très haute volée. Les premières places ont déjà été mises en vente, ne tardez donc pas à prendre les vôtre en cliquant sur le lien ci-dessous !

Le pianiste Bruno Angelini a convié la saxophoniste ténor Sakina Abdou et l’altiste polonaise Angelika Niescier à former le trio Lotus Flowers, sur un répertoire de sa plume inspiré entre autre par Wayne Shorter. Rencontre dans le cadre de la deuxième édition du dipositif européen Jazz With coordonné par l’AJC.
Quel est le point de départ de ce trio ?
Bruno Angelini J’en ai eu l’idée en découvrant une métaphore qu’avait formulée Wayne Shorter sur les fleurs de lotus, les seules capables d’éclaircir l’eau au moment de leur naissance, un symbole de lumière comme peuvent l’être certaines personnes dans ce monde très inquiétant. C’était au moment du décès de Wayne, qui m’a beaucoup touché car il a toujours été mon musicien favori. J’ai donc voulu écrire un répertoire sur mes propres fleurs de lotus, ces gens dont j’estime qu’ils font avancer les choses, qui inventent, créent, soignent ou luttent. Je voulais aussi pour la première fois jouer avec deux saxophonistes, des chansons ou du moins des thèmes mélodiques, mais je voulais que ces personnes soient aussi connectées au free jazz, s’emparer du répertoire et le déstructurer avec véhémence. J’imaginais un ténor au son doux et beaucoup d’improvisation. J’ai découvert Sakina Abdou qui a accepté de se joindre au projet. A l’alto, j’entendais quelqu’un qui s’exprime avec vélocité, qui tournoierait comme une abeille, et après avoir écouté beaucoup de monde je suis tombé sur un disque d’Angelika qui m’a beaucoup plu.


Pourquoi les collaborations internationales restent assez rares en jazz ?
Bruno Angelini En France on a longtemps eu un tissu culturel assez fort, beaucoup de super musiciens et d’endroits pour s’exprimer. Inconsciemment on s’est dit qu’on n’avait pas besoin d’aller jouer beaucoup ailleurs. Je pense que la donne est en train de changer, on est nombreux a avoir envie d’autres regards sur nos musiques, de jouer ailleurs.
Sakina Abdou Je te rejoins, et j’ai souvent entendu dire par des musiciens étrangers que c’est difficile de venir jouer en France, peut-être pour ces raisons. Moi qui navigue entre le champ du jazz et celui des musiques plus expérimentales improvisées, qui dispose de moins de moyens et de lieux, on fait plus vite le tour des possibilités qu’on a et il y a donc beaucoup plus de collaborations européennes.
Bruno Angelini Le côté européen n’était pas prémédité : je n’ai pas appelé Angelika parce qu’elle est polonaise et qu’elle vit en Allemagne par exemple. C’est bien tombé, mais c’était avant tout musical. Ça nous a d’ailleurs plutôt aidé, notamment avec le réseau franco-allemand du festival Jazzdor, et aujourd’hui avec l’AJC et Jazz With dont chaque groupe possède un membre qui ne vient pas de France.
Angelika, que saviez-vous de ce qu’il se passait sur la scène jazz en France et dans les pays voisins avant de travailler avec Bruno et Sakina ?
Angelika Niescier Je connais quelques personnes du Luxembourg, de Belgique, d’Italie, ou de Norvège, plutôt des membres des jeunes scènes. En France, seulement les musiciens très connus en Europe, Louis Sclavis, Michel Portal, Henri Texier et Emile Parisien, j’ai un ami qui a joué dans un orchestre d’Eve Risser… Je sais qu’il y a beaucoup d’autres excellents musiciens mais ils ne sont pas très connus en Europe. Il y a bien Jazzdor, mais ça se passe à Berlin et à Strasbourg. On essaye de se renseigner sur ce qu’il se passe ailleurs, mais par exemple je ne connaissais pas Bruno et Sakina, même si j’avais entendu leurs noms. Pour ce qui est des labels comme BMC, je ne savais pas vraiment ce qu’il s’y passait avant cette année, après qu’un ami pianiste de Cologne qui travaillait avec Alexandra Grimal et Régis Huby.
Sakina Abdou Les festivals internationaux ont aussi un rôle très important à jouer, déjà parce qu’on joue devant des gens qui viennent d’ailleurs, notamment des musiciens, et on a la possibilité de les rencontrer pour échanger. C’est là que peut se faire la connexion entre la musique et le côté humain, et on peut se recontacter plus tard. Comme ce soir !

Votre répertoire fait référence à des figures comme Wayne Shorter mais aussi par exemple Nelson Mandela. Y a-t-il quelque chose d’“européen” dans votre musique ?
Angelika Niescier Tout d’abord, et c’est très important, notre musique vient d’artistes noirs américains. Il faut le dire, ce sont nos racines, même si nous ne vivons pas là-bas et bien que ma couleur de peau soit différente. Mais pour être franche, je m’en fiche de ça ! On a tous les trois été élevés différemment, musicalement et dans les autres domaines. Nos influences sont un facteur dans ma musique et dans ma façon d’interpréter celle de Bruno. Pourquoi mettre des étiquettes sur la musique en définissant celle-ci comme américaine et telle autre comme européenne ? On vit de cette musique grâce aux héros et héroïnes qui nous l’ont offerte, et on la développe à notre façon.
Bruno Angelini On fait avancer à notre façon cet héritage. C’est aussi pour ça que j’ai voulu jouer avec Sakina et Angelika : je joue parfois avec des musiciens français qui viennent plutôt des musiques improvisées, liés à la musique contemporaine, mais on tous les trois cette pratique de l’improvisation liée, il me semble, à la pratique du jazz et du free jazz afro-américains. Bien entendu, habitant ici, avec nos sensibilités, on fait ça à notre façon, sans chercher à se démarquer spécialement. Je pense que ce n’est pas à nous de dire si c’est européen, mais certainement un peu !
Sakina Abdou Au niveau des influences, ce que j’entend dans les musiciens reliés à l’AJC et un peu partout en France, il y a quelque chose qui a un rapport avec l’héritage des musiques classiques, contemporaines. Dans le trio, on a un peu cette dimension “musique de chambre”, mais aussi un côté jazz et aussi impro libre expérimentale. Au niveau social, j’associe plus le terme de “musique européenne” à une scène de personnes blanches, je remarque plus de mixité dans le jazz aux États-Unis. Qu’en penses-tu Angelika ?
Angelika Niescier Ca dépend de la scène : j’ai beaucoup joué avec des américains et dans les musiques improvisées il n’y a pas beaucoup de Noirs, c’est très étrange. Dans la scène “jazz” en général il y en a beaucoup plus. Mais on ne peut pas mettre d’étiquette sur un son. Parfois certaines esthétiques sont plus liées à Chicago ou New York, d’autres sont plus représentées dans les pays du Nord de l’Europe, mais c’est de la musique man ! Notre façon de jouer dépend aussi de chaque pays en Europe, quand je joue avec des italiens c’est encore différent de ce que je fais.
Sakina Abdou Ce que j’aime dans ce trio c’est qu’on est liés par le jazz mais aussi par quelque chose de plus large. Bruno est sorti de sa zone de confort, je trouve que c’est une belle démarche, en allant trouver des individus qui humainement et musicalement sont à la lisière de son univers et lui permettent d’ouvrir sa musique qui est un terrain de jeu dans lequel Angelika et moi on se sent très libre de rester nous-mêmes et d’ouvrir le spectre pour être ensemble de manière plus large. Au micro : Yazid Kouloughli
Le violoniste français a créé un nouveau quartette au carrefour du jazz et des musiques baroques et traditionnelles françaises. A l’occasion de leur concert à la Dynamo de Banlieues Bleues dans le cadre du dispositif européen Jazz With, les deux hommes ont raconté la genèse de cette formation unique.
Arve Henriksen, quel rapport entreteniez-vous avec la France avant l’invitation de Clément Janinet à participer à Garden Of Silences ?
J’ai joué dans beaucoup d’endroits depuis mes débuts dans les années 1990, notamment à Banlieues Bleues à l’occasion, et un passage il y a bien des années au festival de Nevers au sein du Trygve Seim Ensemble. Mais en général jouer en France a été difficile. Rencontrer de jeunes cats comme Clément Janinet et le reste de Garden Of Silences est génial, c’est l’opportunité d’apprendre de la nouvelle génération. En France comme en Norvège, il y a un super système de soutien aux artistes nationaux, mais nous avons aussi une volonté et des structures pour exporter nos artistes, notamment parce que notre scène est assez petite, on a envie de sortir de chez nous. Ma femme [la chanteuse Anna Maria Friman] pratique les musiques médiévales où beaucoup de collaborations se pratiquent entre des artistes très différents, comme Catalina Vicens, Marco Ambrosini… J’ai retrouvé cette grande ouverture avec la formation de Clément. Lui-même a exploré beaucoup de choses, les musiques africaines, le jazz, j’aime beaucoup cette vision de la musique. Si on ajoute l’improvisation, ça permet d’aller jouer dans plein d’endroits et c’est plus que jamais le moment : on a besoin et envie de savoir ce qu’il se passe en France autrement qu’avec la presse. Il y a beaucoup de connexions entre la France et la Norvège : notre Constitution est fondée sur les mêmes principes de liberté, d’égalité et de fraternité que la vôtre, l’ancienne ministre Eva Joly est norvégienne par exemple, tandis que le Punkt Festival de Jan Bang a collaboré avec Banlieues Bleues. C’est très important de continuer ce processus.
Clément Janinet, comment est né Garden Of Silences ?
J’avais d’abord envie d’un quartette avec cette instrumentation violon-accordéon-contrebasse-trompette, en partie après avoir écouté l’album “Charms Of The Night Sky” de Dave Douglas. Je voulais aussi m’inspirer de répertoires anciens, comme l’avaient fait Louis Sclavis pour “Les Violences de Rameau”, Uri Caine, Arve Henriksen avec le Trio Mediaeval dont fait partie son épouse, ou le trompettiste Jean-Paul Estiévenart avec un ensemble baroque. J’étudie la musique baroque depuis un an et demi au conservatoire pour ne pas juste en garder une vision de jazzman qui vient “en touriste”. Il y a plein de ponts avec le jazz : l’improvisation, certaines inégalités de longueur et de volume de notes, mais aussi ce côté modal, ces lignes que chacun développe pour former des harmonies. J’ai souvent tourné avec le bassiste Etienne Mbappé en Scandinavie entre 2007 et 2015. Beaucoup de musiciens de cette région sont excellents et pratiquent des styles très différents sans les “cases” qui ont longtemps cloisonné les genres en France, leur approche des musiques contemplatives me parle beaucoup. J’ai donc invité Arve Henriksen, spontanément par e-mail. J’avais rencontré le contrebassiste Robert Lucaciu quelques fois, je savais qu’il jouait très bien à l’archet. J’ai découvert l’accordéoniste Ambre Vuillermoz sur une recommandation de Bruno Ducret, membre de La Litanie des Cimes. L’élément humain est très important pour moi. On n’avait jamais joué ensemble mais la première répétition s’est très bien passé, on avait d’emblée le son que j’avais en tête.
Comment définiriez-vous la sonorité de ce quartette ?
Nos influences sont très diverses. La musique est n’est pas très complexe, les textures et les structures sont assez balisées en amont, et les mélodies assez simples pour qu’on ne passe pas trop de temps à mettre en place la musique, que chacun puisse s’en emparer et y mettre sa personnalité. L’idée c’est que les choses ne soient jamais trop identifiables : on reprend par exemple un morceau de Marin Marais [compositeur français, 1656-1728, NDLR] mais selon comment on le joue, ça pourrait une mélodie traditionnelle du centre de la France. J’apporte des choses des musiques du monde, et l’improvisation permet de faire ressortir des côtés différents à chaque fois. Notre son est principalement acoustique, même si Arve chante et utilise des effets en concert, et le résultat dépend beaucoup de la salle où on joue. On a enregistré assez tôt dans le processus, après seulement un concert avant d’entrer en studio pour voit où les improvisations pouvaient nous mener. Pour l’album, a gardé les prises enregistrées dans une configuration totalement acoustique, mais on a aussi en boîte des live qui devraient sortir début 2027. Au micro : Yazid Kouloughli
A écouter Garden Of Silences “Garden Of Silences” (BMC / Socadisc, sortie en 2026).
Le violoncelliste a imaginé un groupe pour qui contrastes et libre expression ne sont pas de vains mots. Rencontre à l’occasion de leur concert à la Dynamo de Banlieues Bleues dans le cadre du dispositif Jazz With, dont c’est la deuxième édition cette année.
Comment a commencé l’aventure de Bonbon Flamme ?
Le groupe est né à l’été 2022 avec l’idée regrouper trois musiciens que j’avais rencontrés dans diverses aventures en Europe les années précédentes : Étienne Ziemniak à la batterie, qui habite à Tour, Fulco Ottervanger aux claviers et au chant, qui lui est néerlandais et habite à Gaand en Belgique, et Luis Lopes, un guitariste portugais, qui habite à Lisbonne. Chez chacun d’eux je sentais un feu, une énergie très spéciale, très généreuse et solaire, avec une vision très ouverte de la musique. Tous sont de grands mangeurs de musique, et ce sont des personnalités qui m’ont marqué, comme l’intensité dans leur jeu, leur façon de faire corps avec leur instrument. Certains ont presque des chorégraphies, même si rien n’est calculé. Le concept du groupe était un peu déjà dans le nom : Bonbon Flamme mêle cette intensité brute, brûlante, celle d’un free jazz qu’on aime tous les quatre, extrême dans notre façon de saturer l’espace de son, et puis ce côté bonbon, sucré, avec des mélodies minimalistes, naïves, voire parfois enfantines. On s’est réunis la première fois en Autriche dans un festival qui s’appelle Bezau Beatz, très ouvert esthétiquement, dans un hangar à côté d’une magnifique locomotive à vapeur. J’avais apporté une partition remplie de dessins et tout un scénario qu’on devait suivre, quelques mélodies qui s’inséraient ici et là dans cette grande pièce ininterrompue tout en contrastes. Depuis on a enregistré deux albums dont le dernier pour le label BMC, à Budapest, qui a un peu été notre maison ces dernières années.
On entend souvent dire que les collaborations musicales internationales sont rares et difficiles. Qu’en pensez-vous ?
C’est compliqué, ça coûte cher, notamment parce qu’on n’a pas de grandes périodes de tournée. C’est aussi parce que la musique a sa singularité et ne rentre pas partout, et il y a pour les programmateurs une contrainte de renouvellement permanent de leur offre. On se retrouve donc des fois pour un festival ici, 3 mois plus tard pour 3 jours de plus ailleurs, évidemment c’est une difficulté. Pour l’évolution de la musique comme pour l’écologie, ce serait super de pouvoir rester plus longtemps au même endroit. Les groupes qui durent ne sont pas très valorisés mais ça crée des choses qui sont impossibles avec des formations créées sur le moment. J’adore faire des rencontres mais quand quelque chose fonctionne avec des gens, j’ai envie que ça continue et de développer cette affinité. Jazz With est super pour ça, pour que quand on se retrouve ça dure plus longtemps qu’une journée. Cette rareté génère aussi une grande excitation pour nous, à chaque fois il y a l’enjeu de refaire notre musique, assez improvisée mais en même temps très structurée, ce qui sans se voir régulièrement n’est pas simple. Mais avec les années, on se connaît de mieux en mieux, les choses deviennent plus faciles.
Selon vous, y a-t-il quelque chose d’”européen” dans votre musique ?
Je pense qu’on ne pourrait pas faire cette musique aux États-Unis, à part peut-être dans le rock indé où on trouve des choses un peu plus “délirantes” disons. Le côté européen vient de Luis Lopes qui vit à Lisbonne où on trouve une scène de musiques improvisées très dynamique, peut-être moins attachée au jazz et au blues afro-américains qu’on a beaucoup écouté, notamment du free qui marqué par cette urgence. La marque de l’Europe, et de la France en particulier, ce sont aussi les résidences précieuses dont on a bénéficié, qui permettent d’autres façons de travailler. Musicalement, même si nos influences sont très larges, il y a des choses qui viennent parfois de compositeurs comme Claude Debussy ou Igor Stravinsky, peut-être même que ça réside dans l’enseignement qu’on a reçu avec une certaine proximité aux musiques dites “savantes”. Mais on vit à une belle époque pour découvrir de la musique, on a accès à beaucoup de choses, on peut s’y perdre mais aussi s’y trouver ! Au micro : Yazid Kouloughli
A écouter Bonbon Flamme “Cavaleras y Boom Boom Chupitos” (BMC Records)
Le pianiste français publie, entouré d’une belle équipe new-yorkaise, un nouvel album consacré aux plus belles mélodies du cinéma français. Jazz Magazine s’associe à l’événement.
C’est un pianiste qui s’est souvent illustré comme sideman, notamment aux côtés d’un jeune contrebassiste dont on parle de plus en plus, William Brunard (“Django Stories” en 2019 avec la participation d’Angelo Debarre et de Biréli Lagrène), Sébastien Giniaux ou Jean-Longnon, participe à de nombreux enregistrements studio, tout en publiant “En toute simplicité” en 2009 en trio avec Yoni Zelnik, contrebasse, et David Georgelet, batterie.
C’est dans cette même formation mais avec une équipe américaine qu’il vient de publier “French Movies In New York”, enregistré au Studio Oktaven AudiO de New York sous la direction artistique de Daniel Yvinec : à la contrebasse, le célèbre Eddie Gomez (compagnon de route de Bill Evans, entre autres), la chanteuse Vanisha Gould et le batteur Willie Jones III pour resonger 10 mélodies cultes du cinéma français : Les Vacances de Monsieur Hulot, Le Tourbillo (Jules et Jim), ou encore Milou en mai. L’histoire d’amour entre le jazz et le cinéma n’a pas fini de faire rêver…
Le groupe, lauréat du dispositif Jazz Migration 2024, est attendu le 4 décembre prochain à Sceaux. L’occasion d’une rencontre avec un univers comme on en découvre pas souvent. Jazz Magazine est partenaire de l’événement.
Retour en 2024 : à la traditionnelle soirée des Rencontres AJC 2024 dédiée aux nouveaux lauréats, beaucoup entendaient pour la première fois le quartette Marsavril : Pierre Guimbail (guitare), Jasmine Lee (basse électrique, également lauréate de la première édition du programme WIZZ créé à l’initiative d’Anne Paceo et soutenu par Les Gémeaux et le festival Jazz sous les pommiers), Mathieu Bellon (saxophone) et Benjamin François (batterie). D’emblée une patte, atmosphérique mais tout sauf désincarnée, avec une étonnante variété de grooves et surtout quelque chose d’imprévisible, et même d’instable. Car la surprise, le coup de tonnerre, voire le cataclysme ne sont jamais bien loin dans le monde de Marsavril, même quand on s’y attend le moins.
Réservez donc sans tarder vos places en cliquant ici et rendez-vous le jeudi 4 décembre, 20h30 pour faire à votre tour l’expérience d’un groupe qui n’a sans doute pas fini de faire parler de lui.
Le tremplin du festival isérois vient d’ouvrir les candidatures pour sa nouvelle édition.
Le prestigieux dispositif a sélectionné ces dernières années beaucoup des formations qui continuent de rythmer l’actualité du jazz aujourd’hui (Ishkero, Léon Phal, le Gauthier Toux Trio, le duo Obradovic-Tixier, Céline Bonacina ou tout récemment Ninanda mené par Ananda Brandao et Nina Gat).
Les 29 et 30 juin prochains se tiendra, devant un jury présidé par la flûtiste Ludivine Issambourg, la finale de l’édition 2026. La formation victorieuse bénéficiera du soutien de Jazz à Vienne et de ses partenaires (dont de nombreux autres festivals) pendant un an, un accompagnement artistique complet (management, administratif, communication, technique), l’enregistrement d’album, une résidence artistique de création, et l’organisation d’une tournée.
Cliquez donc sans attendre sur le lien ci-dessous pour déposer à votre tour une candidature. Rendez-vous à Vienne cet été !
La chanteuse américaine publie son nouvel album, “People Get Ready” (Jazzbook Records) qui fait une place de choix aux protest songs. Jazz Magazine s’associe à l’événement.
Curtis Mayfield, Bob Dylan, Abbey Lincoln (liste non-exhaustive) : la native de Philadelphie tourne avec tout son savoir-faire et toute son expérience (son premier album “Now… Ain’t That Love” est sorti en 1994 !) les pages de ce grand songbook universel et toujours très actuel des protest songs, ces chansons engagées qui appellent au changement pour le bien commun. L’album “People Get Ready”, son septième sous son nom et celui du retour aux affaires phonographiques après une longue absence des bacs des disquaires, sortira sur le label Jazzbook Records en plusieurs éditions : disponible depuis le 17 octobre en CD, il sera le 14 novembre sur les plateformes de streaming, et le 5 décembre en LP. La chanteuse de 70 ans, toujours active sur scène, et qui sera notamment le 26 novembre au Studio de l’Ermitage à Paris, semble donc dans les meilleurs dispositions pour réaliser un retour fracassant.
Photo X/DR
La 3ème édition de JazzRenyon Live aura lieu du 19 au 25 novembre, sur le Campus du Moufia de l’Université de La Réunion à Saint-Denis-de-la-Réunion. Un pont entre le monde du jazz réunionais et celui de l’océan indien, avec cette année la collaboration du festival Jazz à Sète. Jazz Magazine est partenaire de l’évènement.
C’est l’occasion de découvrir, dès la soirée d’ouverture le 19 novembre, des personnalités par trop méconnues dans l’hexagone : la pianiste et compositrice Lise Van Dooren, le trio Jozéfinn’ du guitariste Jean-Pierre Joséphine et le trompettiste Benjamin Faconnier.
Les 21, 22 et 25, les guitaristes Louis Martinez et Jean-Marc Floury, invités dans le cadre de la collaboration de JazzRenyon avec Jazz à Sète, donneront les concerts de création de leurs résidence avec Mishko M’Ba, Christophe Chrétien, Emy Ptonotié, Éléa Rieux, Christophe Zoogonès et Leïla Negrau. Le 22, vous pourrez aussi profiter d’une projection de l’excellent film d’animation Blue Giant, adapté du manga de Shinichi Ishizuka par le réalisateur Yuzuru Tachikawa, et mis en musique par nulle autre que Hiromi.
JazzRenyon Live, c’est aussi des rencontres professionnelles, complétant la proposition originale de cet événement qui n’est ne se définit ni comme un festival ni un salon mais l’occasion d’échanges dans tous les domaines pour faire connaître le jazz de La Réunion et de l’océan indien.