Yazid Kouloughli, Author at Jazz Magazine - Page 5 sur 27

Il revient sur scène le 22 novembre prochain au Pan Piper avec l’album tribal-jazz “Following” et de nouveaux titres : interview en avant-première de celui qui se définit comme le « griot du jazz »

JAZZ MAGAZINE Vous revenez sur scène avec votre album “Following”, mais également de nouveaux titres comme Crépuscule à Bamako. Vous présentez souvent “Following” comme un dialogue avec les ancêtres : quel est le sens du terme “Crépuscule” ?
PEDRO KOUYATÉ On a eu une discussion très drôle avec mes partenaires de création (Olivier Baudin, Benoît Daniel, Nelson Amilcaro, Etienne Guillauchet…). Le crépuscule, c’est une mort mais aussi une renaissance ! Ce morceau parle de mon pays, le Mali, qui est dans une situation crépusculaire. À la fois à la fin d’un cycle et une potentialité de renaissance. Et ce n’est pas seulement le Mali ! Toute l’Afrique de l’Ouest est maintenant dans un état crépusculaire.

C’est une chanson politique ? Déjà, dans Bon Sang 1, vous abordiez la situation politique africaine. Un “griot” peut-il porter un message engagé ?
Griot veut dire domestique, élevé, rien d’autre, ça vient de l’espagnol. En Afrique, on dit Djeli : ça veut dire « le sang ». Si la société est considérée comme un corps humain, le sang est ce qui fait vivre ce corps. La parole du griot est considérée comme le sang de la société : elle touche le culturel, le politique, la sociologie et la philosophie. On est engagé quand on est griot. On est né pour sauver la conscience, la mémoire. A partir de là, toute musique, y compris la musique traditionnelle, est un acte politique. Et là, on est sur le toit même du jazz. Thelonious Monk n’a pas “réchauffé les plats” du jazz. Il a fait de la politique. Billy King également, lui qui ne voulait pas donner le blues aux occidentaux sur un plateau. Il leur a dit : « est-ce que vous savez ce que je vous donne ? Vous n’allez pas souffrir comme celui qui a coupé la canne à sucre. Donc, vous ne pouvez pas chanter comme lui. » C’est plus qu’engagé ! Les griots fouettent les fesses de la mémoire collective. La seule chose qui résiste à la mort, c’est la conscience. Et la conscience, c’est la mémoire.

Vous avez dit dans une interview qu’un concert réussi, est un concert où l’artiste donne vraiment dans la sincérité. Comment vous préparez-vous pour atteindre cette forme de vérité ?
Je me prépare dans ma chambre noire en écoutant les autres, ceux qui ont bravé les conventions, par exemple comme Miles Davis et Bill Evans. Parce que ceux-là n’ont pas créé pour être reconnus mais sous la pression d’une nécessité.La musique est une dame exigeante. C’est elle qui te choisit. Et quand elle t’épouse, tu es le mari soumis et le mari obligé. Elle ne te quitte pas. Quand je me prépare, je vais dans les détails de mes insuffisances.

Justement, vous citez souvent Miles Davis, Bill Evans et Stevie Wonder, comme des phares de la musique moderne. Que vous ont-ils appris sur la liberté, sur la création de la musique ?
Il faut se perdre pour trouver un objet perdu. Il faut lâcher. Autant Miles Davis que Bill Evans ont su perdre : Miles, il perd tout, puis gagne tout après. Quand son père vient le chercher complètement défoncé, déchiré, il le ramène au champ de la vie. Il redonne une chance à son enfant intérieur. Et après, il y aura “Kind Of Blue”. Tous les grands musiciens ont tout perdu, des millions de fois et tout regagné. Quand on t’engueule parce que tu t’es planté sur une note, c’est là où ça devient intéressant. C’est lié à l’enfant intérieur. L’homme gagne sa vie en la perdant.

Photo © Sylvia Lopes

Vous avez grandi dans un environnement baigné de musique grâce à votre père et à la radio du Mali. Qu’est-ce qu’il en reste dans votre manière de jouer ?
Mon père était complexé. Parce qu’il n’a pas pu aller à l’école, obligé de travailler pour nourrir ses parents. Il s’est fait tout seul. Toute sa vie, il a voulu apprendre. Or, il faut se méfier des autodidactes. Quand il faisait un truc, il ne parlait pas, il racontait des histoires. Et moi, je me souviens de ces années où papa nous faisait vivre au volant de sa voiture avec des contes et des chansons.Je revois mon père, que j’ai perdu très tôt, nous chanter les chants que sa mère chantait avant d’aller au champ : l’homme africain a un chant avant d’aller au champ, un chant une fois dans le champ… et un autre quand il le quitte. On appelle ça Work Songs aux États-Unis. C’est le negro spiritual. Ça, ça reste. L’histoire de la musique, c’est l’histoire de l’homme, de l’humanité même. Le son est magnifique. Le son, c’est une richesse inépuisable. C’est le son qui reste. L’image parle, le corps meurt. Je retiens le son de la voix de mon père.

Dernière question, un peu anticipée par rapport à la fin de l’année :  avez-vous un vœu pour 2026 ?
Je veux que les gens, dans la musique, soient en bonne santé. Et je veux un véritable engagement social pour tous les musiciens africains. Je suis le porte-parole de ces artistes qui sont sur une pente glissante. Nous ne sommes pas tous traités pareil. Ce n’est pas du misérabilisme. C’est la réalité. Il a parfois peu de considération pour la musique qui vient d’ailleurs. Moi, on m’a donné les conditions que tout le monde devait avoir. En ce moment, la musique, et l’art en général, pâtit des coupes budgétaires et du peu d’engagement politique. Les musiciens sont en première ligne sur ce sujet. Il faut défendre la musique. Et moi la musique africaine !

En concert le 22 novembre au Pan Piper à Paris

Le pianiste milanais publie son premier album seul face au clavier, “Kind Of…” à 60 ans. Une réussite totale qui rappelle les qualités de cet instrumentiste d’exception. Jazz Magazine s’associe à l’événement.

Si cet album, enregistré en six heures seulement au Studio Sequenza de Montreuil, est le fidèle portrait d’Antonio Farao, c’est peut-être parce qu’il aura attendu longtemps avant de se prêter à l’exercice. Mais aussi parce qu’entre morceaux originaux et standards bien choisis, signés Thelonious Monk, Richard Rodgers et Chico Buarque, c’est à une forme de bilan de son parcours et de ses compétences que s’est livré le pianiste, qui n’hésite pas à s’exprimer en utilisant toute l’étendue de ses moyens techniques sans toutefois les mettre au centre du disque. Notre fine plume Pascal Anquetil le résume ainsi dans sa chronique Choc de l’album, à découvrir dans notre n°787 daté novembre 2025 : « Un disque solo n’a de sens que s’il s’offre comme une anthologie intime, un album d’images sonores qui finissent par dessiner un monde intérieur le plus personnel possible, une entreprise à cœur ouvert de connaissance de soi. C’est ici le cas. Justesse d’âme, justesse de feeling, justesse d’inspiration, tout l’album témoigne d’une qualité rare d’équilibre musical et d’exactitude poétique. » 

“Kind Of…” est publié chez Notes Around AG et distribué par Azzurra Music

Les plus grands musiciens ont déjà rendu hommage à ce grand batteur américain, qui vient de disparaître à l’âge de 83 ans. Voici ce qui restera comme son ultime entretien accordé à Jazz Magazine, en 2021 au micro de Stéphane Ollivier.

C’est au printemps 1968 que vous avez rejoint le trio de Bill Evans. Comment s’est passée votre intégration dans le groupe ? Très simplement. Bill Evans m’a appelé pour m’inviter chez lui à participer à une répétition. Il collaborait avec Eddie Gomez depuis un an et demi déjà, mais la place du batteur était très fluctuante à l’époque. On a joué quelques-uns de ses arrangements et ç’a fonctionné, je me suis senti à l’aise, le courant passait bien entre nous. Peu de temps après, il m’a appelé pour rejoindre la formation.

Vous aviez déjà une expérience du trio piano, contrebasse, batterie ? Un peu. J’avais déjà joué dans ce format lorsque j’accompagnais Abbey Lincoln et Betty Carter.

Quelles sont les principales qualités pour être un bon batteur dans le cadre d’un trio ? Il faut avant tout être à l’écoute de l’interaction entre les musiciens, et fonder principalement son jeu sur la dynamique, dans une logique d’équilibre et de déséquilibre. Et je crois qu’il est nécessaire d’avoir de bonnes bases en matière d’harmonie. Pour ma part, je joue également du piano, et ça m’a toujours beaucoup aidé, dans ce type de contexte, à anticiper sur la progression de la musique, agir sur ses orientations sans être en position de suiveur. Je n’oublie jamais que la batterie et le piano sont deux instruments percussifs, et qu’il y a quelque chose de naturel dans leur interaction.

Bill Evans à l’époque figurait-il parmi vos pianistes préférés ? Absolument. J’aimais beaucoup Ahmad Jamal, Thelonious Monk, Herbie Hancock et Chick Corea aussi, et bien sûr Keith Jarrett, aux côtés de qui je venais de passer quatre ans dans le quartette de Charles Lloyd. Mais Bill Evans était un maître du trio, et j’avais une grande admiration pour ses enregistrements du tournant des années 1960 avec Scott LaFaro et Paul, puis avec Gary Peacock, en 1964. Ce que j’admirais le plus chez Bill Evans, c’était son extrême sensibilité sur l’instrument, la finesse de ses progressions d’accords, son sens de l’harmonie et son approche mélodique de la musique. Tout ça, pour moi, trouvait sa pleine mesure quand il jouait des ballades. Sur ce typede répertoire, il était inimitable.

Parmi les batteurs qui vous avaient précédé dans ses trios, quels étaient ceux qui, selon vous, étaient le plus en phase avec son lyrisme ? Celui que je préfèrais, c’était Paul Motian. Il était d’une originalité incroyable et il insufflait une vraie liberté à la musique, de façon constamment originale et personnelle. Il était capablede swinguer irrésistiblement, mais il avait dans le même temps un grand sens de l’abstraction. Ses conceptions du timbre, de la couleur et de l’espace étaient très avancées. C’est particulièrement sensible pour moi sur l’album avec Gary Peacock. J’ai beaucoup aimé aussi ce que Philly Joe Jones a fait dans les trios de Bill Evans. Il avait fait un bref retour juste avant que Bill m’appelle, mais les plages qu’il a enregistrées en 1959 avec Paul Chambers (ou Sam Jones) à la contrebasse figurent parmi les plus swinguantes que Bill Evans ait jamais produites.

On s’est souvent focalisé sur les relations privilégiées qu’entretenait Bill Evans avec les contrebassistes. Vous qui avez expérimenté la fonction de l’intérieur, quels étaient ses relations au batteur ? Qu’ils soient batteurs ou contrebassistes, je crois qu’il demandait essentiellement à ses musiciens d’être le plus libres possible, afin d’insuffler de la vie à ses arrangements. Bill jouait ses arrangements comme un orchestre, toujours un peu de la même façon, et ce qu’il attendait de nous, c’était d’apporter de la diversité, des idées nouvelles, afin d’orienter ses improvisations dans de nouvelles directions. Eddie [Gomez] et moi, on venait en quelque sorte colorer la musique en l’ouvrant à de nouvelles conceptions. Il nous offrait beaucoup d’espace et de liberté parce que c’est précisément ce qu’il désirait qu’on lui amène. C’est vrai, on a souvent insisté sur ses connexions avec les bassistes mais c’était aussi un pianiste qui avait un grand sens du rythme. J’aime beaucoup, par exemple, ses enregistrements Riverside du milieu des années 1950 avec Teddy Kotick et Paul Motian. Il y a notamment une de ses compositions, Five, qui est très complexe rythmiquement, très difficile à jouer. On sent là tout son intérêt pour la partie proprement rythmique de la musique, et sa grande précision dans ce domaine. Et comme je l’ai dit précédemment il pouvait swinguer vraiment fort, surtout quand Philly Joe Jones l’accompagnait.

Que pensez-vous avoir apporté au trio au cours des quelques mois où vous en avez fait partie ? Je crois m’être inscrit dans la musique de Bill Evans à partir de ce que j’en avais compris en écoutant le trio avec Scott LaFaro et Paul Motian. Ce que j’ai cherché à apporter, c’est cette même liberté, cette circulation des énergies dans l’orchestre, une forme de fluidité. Je projetais des couleurs dans sa musique, à la fois avec mon jeu de cymbales, et par la façon d’accorder mes tambours. Vous savez, j’ai toujours voulu ajuster mon jeu aux personnalités des musiciens avec qui je jouais. Bill nous invitait à être inventifs !

Jack DeJohnette, Keith Jarrett et Gary Peacock, un trio qui a marqué l’Histoire du jazz. Photo : X/DR (ECM).

Vous allez par la suite participer activement à un autre trio entré dans la légende du jazz avec Gary Peacock et Keith Jarrett. Comment définiriez-vousla différence d’approche de l’“art dutrio” entre ces deux formations ? Je ne peux pas répondre à cette question comme ça, dans la mesure où je suis resté dans le groupe de Bill quelquesmois seulement, quand l’autre est une desgrandes aventures de ma vie de musicien.Mais je pense que Keith est un musicienplus aventureux dans l’improvisationque Bill, avec une gamme de jeux et detechniques beaucoup plus large. Son jeu est plus riche et créatif, et les formesque l’on a inventées en trio avec lui ontété bien plus loin en matière de libertéet d’abstraction. On a expérimenté dans tellement de domaines ! C’était chaque fois différent et ç’a duré trente ans ! C’est une des associations les plus exigeante, stimulante et satisfaisante de ma carrière !

Comme vous l’évoquiez tout à l’heure,en plus d’être un grand batteur, vous êtes aussi un très bon pianiste. Quevous a apporté cette faculté ? Cela a fait de moi un musicien beaucoup plus fin dans son écoute. Je sais toujours où le pianiste en est dans son discours, les directions qu’il s’apprête à prendre. Ça me permet d’anticiper, de l’accompagner très rapidement dans les voies qu’il emprunte, voire de les lui ouvrir. Et puis j’ai mon propre trio en tant que pianiste à Chicago. Donc je sais également ce que j’attends d’un batteur dans ce type de contexte ! Ça aussi m’a beaucoup apporté dans ma façon de poser mon jeu de batterie dans le fragile équilibre d’un trio.

En tant que pianiste, le fait de côtoyerdes génies de l’instrument commeBill Evans et Keith Jarrett a-t-il eu unimpact sur votre jeu ? Oh je pense que oui, comment pourrait-il en être autrement ? Mais j’essaie de ne pas trop y penser, parce que ce que je recherche, là comme ailleurs, c’est exprimer ma propre sensibilité. J’essaie de jouer ce que je ressens, ce que j’entends, c’est ça le vrai grand défi d’un musicien.

Dans les années à venir, avez-vous le projet de collaborer de nouveau avec des pianistes ? Pour l’instant tout est à l’arrêt à cause du Covid-19, je ne joue avec personne et je n’ai aucun projet. Mais j’espère bien que ça va reprendre. Alors qui sait ? J’ai beaucoup d’admiration pour quelqu’un comme Craig Taborn par exemple…

Avant son concert au Bal Blomet le 23 octobre dans le cadre des Jeudis Jazz Magazine, entourée de solistes d’exception, la cheffe d’orchestre, pianiste et compositrice majeure de la scène jazz hexagonale parle de son nouvel album “African Rhapsody”.

« Ma vision de l’Afrique rend hommage à Duke Ellington, aux femmes et aux textes des poètes de la négritude, à travers une musique que j’ai voulue joyeuse et jubilatoire, mais aussi profonde et spirituelle », confiait Leïla Olivesi à Lionel Eskenazi dans notre numéro 786 daté octobre 2025. Et c’est peu dire que son nouvel album, “African Rhapsody” (sortie le 17/10 sur le label Attention Fragile, distribué par l’Autre Distribution), reflète parfaitement cette vision sensuelle inspirée par les plus grands esprits. “African Rhapsody” est d’ailleurs récompensé d’un Choc dans ce même numéro par Pascal Anquetil, dont on ne peut que partager l’enthousiasme. Il a raison, oui, il est rigoureusement impossible de « ne pas tomber sous le charme de [cette] écriture fine et fluide qui sait avec élégance se ressourcer dans le passé (l’école française mais aussi Duke Ellington, Wayne Shorter) pour mieux cultiver le présent et féconder l’avenir », car c’est bien ça que l’on recherche aujourd’hui dans le jazz créatif, cette volonté de s’inventer des lendemains qui chantent sans rien oublier des leçons des grands maîtres.

Pour venir écouter Leïla Olivesi et son orchestre au Bal Blomet, réservez ici !

Et comment mieux mener à bien cette mission essentielle qu’entourée de, tout simplement, les meilleurs, la crème de la crème des solistes de la scène jazz hexagonale : Baptiste Herbin au saxophone alto, Adrien Sanchez au saxophone ténor, Jean-Charles Richard aux saxophones baryton et soprano, Quentin Ghomari à la trompette, Manu Codjia à la guitare, Yoni Zelnik à la contrebasse, Donald Kontomanou à la batterie et Camille Bertault au chant. Un véritable all stars pour une musique qui invitera forcément au rêve, en compagnie d’une cheffe d’orchestre qui fait désormais partie intégrante des grandes figures du jazz actuel. Noadya Arnoux

Photo : Solène Person

Le 16 octobre prochain, 20h, au Casino de Paris, se tiendra un concert exceptionnel dédié à l’un des plus grands crooners de l’histoire du jazz. Jazz Magazine s’associe à l’événement.

Le chanteur Denis Esteve et son rutilant big band promettent un concert à la hauteur de cette figure essentielle du jazz vocal reconnu par les plus grands instrumentistes à toutes les époques mais qui a aussi touché un immense public.

Plus qu’un simple show, Denis Esteve et les siens propose une « incarnation » du personnage avec tous les détails de passionné que suppose le terme, pour mieux faire revivre non seulement la musique du maître, mais tout son univers grand-style. Une invitation au voyage à travers les États-Unis, du Sands de Las Vegas au Carnegie Hall de Manhattan, de Palm Springs à Houston, au son des plus célèbres titres de Sinatra.

Réservez vos places dès aujourd’hui !

La 39ème édition du festival, qui se tiendra du 8 au 19 octobre à Toulouse et dans plusieurs villes de Haute-Garonne, est riche de pointures et fait une place particulière à la jeune génération. Jazz Magazine est partenaire de l’événement.

Les meilleurs festivals savent mêler les artistes émergents et les références déjà bien installées et le festival de Haute-Garone ne s’y est pas trompé en conviant une large diversité de personnalités, dont les âges, les réputation et bien entendu les styles forment un panorama digne de témoigner de la diversité du jazz de notre époque.

Ainsi, à la figure du free chicagoan jazz Ken Vandermark et à l’altiste Baptiste Herbin, au contrebassiste Kyle Eastwood, au trio Samuel Blaser-Vincent Courtois-Bruno Chevillon et au duo Airelle BessonLionel Suarez, s’ajoutent une riche proposition internationale d’artistes émergents : le remarquable pianiste et compositeur belge Amaury Faye (entouré notamment de la saxophoniste Olga Amelchenko), la chanteuse Oriane Lacaille, le trio d’Etienne Manchon (dont le dernier album a été récompensé d’un Choc dans Jazz Magazine) ou encore le saxophoniste polonais Dawid Toklowicz.

De très nombreux concerts gratuits sont également au programme (40 sur les 49 organisés pour cette 39ème édition !). Découvrez sans plus attendre la programmation détaillée et cliquez sur le lien ci-dessous pour réservez.

Réservez-vos places !

La firme new-yorkaise Reservoir Media vient d’annoncer le rachat des droits d’édition du Prince des Ténèbres. Jazzmag vous dit tout !

A quelques mois de l’année du centenaire de la naissance de Miles Davis (et de la sortie du film Miles & Juliette réalisé par Bill Pohlad), Reservoir Media, selon une information du New York Times, a fait l’acquisition courant août 2025 de 90% des droits d’édition du catalogue du trompettiste. L’accord inclurait aussi un partenariat avec le Miles Davis Estate sur le nom et l’image de l’artiste.

Le communiqué officiel souligne notamment la capacité de Reservoir Media à mettre en avant l’œuvre de Miles Davis « sur les plateformes modernes, tels que le streaming et les réseaux sociaux ». Si rien de concret n’a encore été annoncé, espérons que cette année placée sous le sceau du natif d’Alton sera aussi l’occasion d’enrichir nos collections de nouvelles parutions phonographiques !

Photo © Tom Palumbo

Avec Le grand Michel, A Journey with Michel Legrand, Giovanni Ceccarelli et Ferruccio Spinetti réaffirment leur maîtrise du minimalisme musical, proposant une interprétation délicate de compositions emblématiques de Michel Legrand.

Plus qu’une simple réinterprétation, ce projet est une véritable recréation musicale. Pour enrichir cette ballade, Giovanni Ceccarelli et Ferruccio Spinetti ont réuni une constellation d’artistes : André Ceccarelli, Enrico Pieranunzi, Camille Bertault, Guidoni, Chiara Civello, Jody Sternberg et David Lewis. Le grand Michel, est un disque lumineux ou « comment transformer un joli duo intimiste en un brillant hommage au grand Michel. (Philippe Vincent)» (extrait de sa chronique 4 étoiles publiée dans le n°783 de Jazz Magazine).

“Avec Le grand Michel, A Journey with Michel Legrand” est disponible en CD via le label Bonsaï Music.

A quelques semaines de l’édition 2025 du plus ancien festival de jazz au monde, qui aura lieu à Nice du 24 au 27 juillet, l’adjoint au maire, délégué à l’Evénementiel, à la Jeunesse et à l’Egalité des chances a répondu à nos questions sur cet événement majeur qui revendique sa riche histoire tout en regardant vers l’avenir.

Votre festival fut le premier au monde à se consacrer à cette musique pourtant venue des États-Unis. Comment cela s’est-il produit ?
C’est une histoire incroyable, l’un des rares héritages heureux de la Seconde Guerre mondiale. Les troupes américaines ont aidé à libérer la ville devenue un lieu de vacances pour beaucoup d’entre eux. Ils nous ont laissé le chewing-gum, la cigarette, et le jazz ! En 1948, pour les remercier est organisé un concert extraordinaire de Louis Armstrong, au magnifique Opera de Nice, conçu par Garnier, entré depuis dans la légende. Louis Armstrong, en formidable ambassadeur, a parlé de Nice à beaucoup de ses collègues de La Nouvelle-Orléans. Bien plus tard, ça nous a permis d’accueillir des têtes d’affiche comme Nina Simone, Herbie Hancock et bien d’autres, et de vivre cette aventure géniale. C’était la première fois que le jazz était démocratisé et positionné comme le divertissement qu’il est devenu en France et en Europe.

Depuis, les lieux de votre festival ont souvent évolué et vous avez beaucoup travaillé sur l’expérience festivalière. Est-ce que le cadre est aussi important que la programmation ?
Aujourd’hui cette dimension est très importante, et certains festivals vont parfois jusqu’à reléguer leur programmation au second plan par rapport à ça. Ma vision, c’est que l’expérience est à égalité avec la dimension artistique et esthétique du festival, mais il y a aussi beaucoup d’autres choses qui comptent : s’assurer que les festivaliers ne fassent pas la queue pendant 25 minutes à la buvette, penser une décoration avec des thèmes et des couleurs, installer des sanitaires propres et accessibles… Un festival réussi, du moment où vous arrivez jusqu’à votre départ, c’est une addition de bonnes nouvelles. Si tout est compliqué et que la scénographie et la thématique ne sont pas abouties, même si vous assistez au concert d’un artiste que vous adorez, l’expérience sera contrastée voire négative !

Quelle est la philosophie de votre programmation, et est-ce que l’attractivité touristique de la région niçoise joue un rôle dans ce que vous proposez ?
Le Nice Jazz Fest, comme le festival de Montreux ou d’autres, est une institution. Les habitués représentent une grande part de notre public, et il m’arrive de croiser des gens dont c’est la 20 ou 25ème édition. La part de spectateurs venus principalement pour faire du tourisme doit être de 10 à 15%.
Notre philosophie, c’est d’abord de proposer souvent des choses avant les autres, et de trancher par certains choix avec ce qu’il se fait ailleurs. On a souvent fait des paris sur l’avenir, par exemple en faisant jouer très tôt Gregory Porter. Cette année, on sera un des rares festivals à programmer, dans un tel cadre, Freddie Gibbs & El Michels Affair, ou Raye qui ne tourne pas beaucoup cet été en Europe, et en qui on croit beaucoup. Je pourrais aussi citer Mustard, qui a produit pour Kendrick Lamar. On a l’exigence de ne faire que des artistes live et pas d’electro ou de DJ set ce qui est devenu très rare. Et quand on invite des artistes qui vont aussi se produire dans d’autres festivals, c’est avec un spectacle qu’on ne verra pas ailleurs. Avec des artistes comme Daoud ou Monsieur Mâlâ, on va chercher une scène qui incarne une nouvelle tendance. Enfin, on monte des concerts sur-mesure, comme le Jazz Celebration avec China Moses, Hugh Coltman ou Pablo Campos, un autre pour le centenaire d’Oscar Peterson au théâtre de Verdure avec le trio de Sullivan Fortner. Tout ça participe d’une offre inédite.

Découvrez toute la programmation du Nice Jazz Fest 2025 et réservez vos places ici !

Les exigences du public ont-elles évolué avec l’accessibilité grandissante de la musique en ligne, et ressentez-vous également un besoin d’être accompagné dans leurs découvertes ?
On sent une envie culturelle forte et un besoin de passer du temps ensemble, de se retrouver. Sur l’ensemble des événements que j’organise, j’observe des taux de remplissage excellents alors que c’était beaucoup plus dur il y a quelques années. En même temps, il y a une exigence qui n’existait pas hier, notamment sur le soin apporté à l’esthétique du festival et la qualité du son. C’est aussi dû à la richesse de l’offre de spectacle vivant, les gens comparent. C’est pour ça que l’enjeu est de proposer quelque chose d’unique. Le Nice Jazz Fest a une histoire, une âme, une signature. A l’inverse, la standardisation des festivals n’est pas la voie à suivre, notamment parce que ça encourage la surenchère sur les cachets des artistes.

Comment envisagez-vous l’avenir du festival, notamment compte tenu des menaces qui pèsent sur la culture aujourd’hui ?
Je suis résolument optimiste : le jazz, mais aussi la soul et même le funk qui se font aujourd’hui sont d’un très haut niveau. Il faut garder l’esprit ouvert, car même quand on produit du hip-hop, dès lors qu’il y a un groupe live, c’est compatible avec le jazz. Le public nous a souvent surpris par son envie d’écouter aussi des choses assez pointues, de découvrir. Ces derniers temps, je vois se mélanger des publics séniors avec des gens beaucoup plus jeunes sur certains concerts.
Pour organiser un festival, il faut être passionné et avoir une bonne équipe mais aussi être un peu business(wo)man. Il y a des modèles à penser et des paris à faire. On a l’ambition de faire du Nice Jazz Fest l’un des 5 plus gros festivals de jazz au monde à moyen terme. On compte passer des 40-50 000 spectateurs actuels à 90, 100 ou 110 000. On veut enrichir l’offre artistique – cette année, on passe de 3 à 4 artistes par soir au Théâtre de Verdure –, j’ai créé un nouvel espace expérience, La Merenda (le casse-croûte en niçois) que j’ai confié à Joey Starr et les Live Soldiers, j’ai créé une scénographie autour de La Nouvelle Orléans et les Caraïbes, mais aussi un espace de garderie pour les festivaliers qui ont des enfants. Nous avons une très grande offre de restauration, une plage horaire qui va de 17h à 4h du matin, des jams ouvertes au public où les artistes se retrouvent après les concerts. Actuellement, les partenariats public-privé sont très rares dans les festivals et c’est une vraie piste. Il faut aussi décloisonner et s’associer à d’autres, et je pourrais très bien travailler avec un autre producteur ou un autre festival par exemple. On va entrer dans une phase de consolidation des festivals où il faudra structurer une offre encore plus forte. Si la France est ambitieuse et bien organisée sur le jazz, les artistes du monde entier voudront y venir en tournée et les amoureux de musique ont tout à y gagner. Au micro : Yazid Kouloughli. Photo : X/DR

La chanteuse présentera son nouvel album “Isha” à Paris au Sunset le 28 juin. Rendez-vous à 19h puis à 21h30.

Entre célébration de traditions musicales de ses origines et hommage aux femmes déracinées, le dernier album de la chanteuse mêle l’intime et l’universel en même temps que les musiques de son cœur.

Sarah Lenka a souvent prêté sa voix aux concerts Jazz Magazine. Avec “Isha”, elle s’est lancée dans une vaste recherche, tant esthétique, en effaçant les frontières entre folk, blues et musiques maghrébines, que personnelle, en retournant sur les traces d’ancêtres venus du Mzab, d’Argentine ou encore d’Espagne, mon tout en rendant un hommage aux femmes exilées.

Une façon de prolonger un travail au long cours sur la condition des femmes dont ce récent album représente une forme d’aboutissement. Elle le présentera au sein d’un quartette regroupant Kahina Ouali (chœurs et percussions), Laurent Guillet (chœurs, guitare acoustique) et Abde-nour Djemai (mandole, et guitare acoustique). Ismaël Siméon

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