Le 16 octobre prochain, 20h, au Casino de Paris, se tiendra un concert exceptionnel dédié à l’un des plus grands crooners de l’histoire du jazz. Jazz Magazine s’associe à l’événement.
Le chanteur Denis Esteve et son rutilant big band promettent un concert à la hauteur de cette figure essentielle du jazz vocal reconnu par les plus grands instrumentistes à toutes les époques mais qui a aussi touché un immense public.
Plus qu’un simple show, Denis Esteve et les siens propose une « incarnation » du personnage avec tous les détails de passionné que suppose le terme, pour mieux faire revivre non seulement la musique du maître, mais tout son univers grand-style. Une invitation au voyage à travers les États-Unis, du Sands de Las Vegas au Carnegie Hall de Manhattan, de Palm Springs à Houston, au son des plus célèbres titres de Sinatra.
Réservez vos places dès aujourd’hui !
La 39ème édition du festival, qui se tiendra du 8 au 19 octobre à Toulouse et dans plusieurs villes de Haute-Garonne, est riche de pointures et fait une place particulière à la jeune génération. Jazz Magazine est partenaire de l’événement.
Les meilleurs festivals savent mêler les artistes émergents et les références déjà bien installées et le festival de Haute-Garone ne s’y est pas trompé en conviant une large diversité de personnalités, dont les âges, les réputation et bien entendu les styles forment un panorama digne de témoigner de la diversité du jazz de notre époque.
Ainsi, à la figure du free chicagoan jazz Ken Vandermark et à l’altiste Baptiste Herbin, au contrebassiste Kyle Eastwood, au trio Samuel Blaser-Vincent Courtois-Bruno Chevillon et au duo Airelle Besson–Lionel Suarez, s’ajoutent une riche proposition internationale d’artistes émergents : le remarquable pianiste et compositeur belge Amaury Faye (entouré notamment de la saxophoniste Olga Amelchenko), la chanteuse Oriane Lacaille, le trio d’Etienne Manchon (dont le dernier album a été récompensé d’un Choc dans Jazz Magazine) ou encore le saxophoniste polonais Dawid Toklowicz.
De très nombreux concerts gratuits sont également au programme (40 sur les 49 organisés pour cette 39ème édition !). Découvrez sans plus attendre la programmation détaillée et cliquez sur le lien ci-dessous pour réservez.
La firme new-yorkaise Reservoir Media vient d’annoncer le rachat des droits d’édition du Prince des Ténèbres. Jazzmag vous dit tout !
A quelques mois de l’année du centenaire de la naissance de Miles Davis (et de la sortie du film Miles & Juliette réalisé par Bill Pohlad), Reservoir Media, selon une information du New York Times, a fait l’acquisition courant août 2025 de 90% des droits d’édition du catalogue du trompettiste. L’accord inclurait aussi un partenariat avec le Miles Davis Estate sur le nom et l’image de l’artiste.
Le communiqué officiel souligne notamment la capacité de Reservoir Media à mettre en avant l’œuvre de Miles Davis « sur les plateformes modernes, tels que le streaming et les réseaux sociaux ». Si rien de concret n’a encore été annoncé, espérons que cette année placée sous le sceau du natif d’Alton sera aussi l’occasion d’enrichir nos collections de nouvelles parutions phonographiques !
Photo © Tom Palumbo
Avec Le grand Michel, A Journey with Michel Legrand, Giovanni Ceccarelli et Ferruccio Spinetti réaffirment leur maîtrise du minimalisme musical, proposant une interprétation délicate de compositions emblématiques de Michel Legrand.
Plus qu’une simple réinterprétation, ce projet est une véritable recréation musicale. Pour enrichir cette ballade, Giovanni Ceccarelli et Ferruccio Spinetti ont réuni une constellation d’artistes : André Ceccarelli, Enrico Pieranunzi, Camille Bertault, Guidoni, Chiara Civello, Jody Sternberg et David Lewis. Le grand Michel, est un disque lumineux ou « comment transformer un joli duo intimiste en un brillant hommage au grand Michel. (Philippe Vincent)» (extrait de sa chronique 4 étoiles publiée dans le n°783 de Jazz Magazine).
“Avec Le grand Michel, A Journey with Michel Legrand” est disponible en CD via le label Bonsaï Music.
A quelques semaines de l’édition 2025 du plus ancien festival de jazz au monde, qui aura lieu à Nice du 24 au 27 juillet, l’adjoint au maire, délégué à l’Evénementiel, à la Jeunesse et à l’Egalité des chances a répondu à nos questions sur cet événement majeur qui revendique sa riche histoire tout en regardant vers l’avenir.
Votre festival fut le premier au monde à se consacrer à cette musique pourtant venue des États-Unis. Comment cela s’est-il produit ?
C’est une histoire incroyable, l’un des rares héritages heureux de la Seconde Guerre mondiale. Les troupes américaines ont aidé à libérer la ville devenue un lieu de vacances pour beaucoup d’entre eux. Ils nous ont laissé le chewing-gum, la cigarette, et le jazz ! En 1948, pour les remercier est organisé un concert extraordinaire de Louis Armstrong, au magnifique Opera de Nice, conçu par Garnier, entré depuis dans la légende. Louis Armstrong, en formidable ambassadeur, a parlé de Nice à beaucoup de ses collègues de La Nouvelle-Orléans. Bien plus tard, ça nous a permis d’accueillir des têtes d’affiche comme Nina Simone, Herbie Hancock et bien d’autres, et de vivre cette aventure géniale. C’était la première fois que le jazz était démocratisé et positionné comme le divertissement qu’il est devenu en France et en Europe.
Depuis, les lieux de votre festival ont souvent évolué et vous avez beaucoup travaillé sur l’expérience festivalière. Est-ce que le cadre est aussi important que la programmation ?
Aujourd’hui cette dimension est très importante, et certains festivals vont parfois jusqu’à reléguer leur programmation au second plan par rapport à ça. Ma vision, c’est que l’expérience est à égalité avec la dimension artistique et esthétique du festival, mais il y a aussi beaucoup d’autres choses qui comptent : s’assurer que les festivaliers ne fassent pas la queue pendant 25 minutes à la buvette, penser une décoration avec des thèmes et des couleurs, installer des sanitaires propres et accessibles… Un festival réussi, du moment où vous arrivez jusqu’à votre départ, c’est une addition de bonnes nouvelles. Si tout est compliqué et que la scénographie et la thématique ne sont pas abouties, même si vous assistez au concert d’un artiste que vous adorez, l’expérience sera contrastée voire négative !
“Un festival réussi, c’est une addition de bonnes nouvelles.”
Quelle est la philosophie de votre programmation, et est-ce que l’attractivité touristique de la région niçoise joue un rôle dans ce que vous proposez ?
Le Nice Jazz Fest, comme le festival de Montreux ou d’autres, est une institution. Les habitués représentent une grande part de notre public, et il m’arrive de croiser des gens dont c’est la 20 ou 25ème édition. La part de spectateurs venus principalement pour faire du tourisme doit être de 10 à 15%.
Notre philosophie, c’est d’abord de proposer souvent des choses avant les autres, et de trancher par certains choix avec ce qu’il se fait ailleurs. On a souvent fait des paris sur l’avenir, par exemple en faisant jouer très tôt Gregory Porter. Cette année, on sera un des rares festivals à programmer, dans un tel cadre, Freddie Gibbs & El Michels Affair, ou Raye qui ne tourne pas beaucoup cet été en Europe, et en qui on croit beaucoup. Je pourrais aussi citer Mustard, qui a produit pour Kendrick Lamar. On a l’exigence de ne faire que des artistes live et pas d’electro ou de DJ set ce qui est devenu très rare. Et quand on invite des artistes qui vont aussi se produire dans d’autres festivals, c’est avec un spectacle qu’on ne verra pas ailleurs. Avec des artistes comme Daoud ou Monsieur Mâlâ, on va chercher une scène qui incarne une nouvelle tendance. Enfin, on monte des concerts sur-mesure, comme le Jazz Celebration avec China Moses, Hugh Coltman ou Pablo Campos, un autre pour le centenaire d’Oscar Peterson au théâtre de Verdure avec le trio de Sullivan Fortner. Tout ça participe d’une offre inédite.
Découvrez toute la programmation du Nice Jazz Fest 2025 et réservez vos places ici !
Les exigences du public ont-elles évolué avec l’accessibilité grandissante de la musique en ligne, et ressentez-vous également un besoin d’être accompagné dans leurs découvertes ?
On sent une envie culturelle forte et un besoin de passer du temps ensemble, de se retrouver. Sur l’ensemble des événements que j’organise, j’observe des taux de remplissage excellents alors que c’était beaucoup plus dur il y a quelques années. En même temps, il y a une exigence qui n’existait pas hier, notamment sur le soin apporté à l’esthétique du festival et la qualité du son. C’est aussi dû à la richesse de l’offre de spectacle vivant, les gens comparent. C’est pour ça que l’enjeu est de proposer quelque chose d’unique. Le Nice Jazz Fest a une histoire, une âme, une signature. A l’inverse, la standardisation des festivals n’est pas la voie à suivre, notamment parce que ça encourage la surenchère sur les cachets des artistes.
“Si la France est ambitieuse et bien organisée sur le jazz à l’avenir, les artistes du monde entier voudront y venir”
Comment envisagez-vous l’avenir du festival, notamment compte tenu des menaces qui pèsent sur la culture aujourd’hui ?
Je suis résolument optimiste : le jazz, mais aussi la soul et même le funk qui se font aujourd’hui sont d’un très haut niveau. Il faut garder l’esprit ouvert, car même quand on produit du hip-hop, dès lors qu’il y a un groupe live, c’est compatible avec le jazz. Le public nous a souvent surpris par son envie d’écouter aussi des choses assez pointues, de découvrir. Ces derniers temps, je vois se mélanger des publics séniors avec des gens beaucoup plus jeunes sur certains concerts.
Pour organiser un festival, il faut être passionné et avoir une bonne équipe mais aussi être un peu business(wo)man. Il y a des modèles à penser et des paris à faire. On a l’ambition de faire du Nice Jazz Fest l’un des 5 plus gros festivals de jazz au monde à moyen terme. On compte passer des 40-50 000 spectateurs actuels à 90, 100 ou 110 000. On veut enrichir l’offre artistique – cette année, on passe de 3 à 4 artistes par soir au Théâtre de Verdure –, j’ai créé un nouvel espace expérience, La Merenda (le casse-croûte en niçois) que j’ai confié à Joey Starr et les Live Soldiers, j’ai créé une scénographie autour de La Nouvelle Orléans et les Caraïbes, mais aussi un espace de garderie pour les festivaliers qui ont des enfants. Nous avons une très grande offre de restauration, une plage horaire qui va de 17h à 4h du matin, des jams ouvertes au public où les artistes se retrouvent après les concerts. Actuellement, les partenariats public-privé sont très rares dans les festivals et c’est une vraie piste. Il faut aussi décloisonner et s’associer à d’autres, et je pourrais très bien travailler avec un autre producteur ou un autre festival par exemple. On va entrer dans une phase de consolidation des festivals où il faudra structurer une offre encore plus forte. Si la France est ambitieuse et bien organisée sur le jazz, les artistes du monde entier voudront y venir en tournée et les amoureux de musique ont tout à y gagner. Au micro : Yazid Kouloughli. Photo : X/DR
La chanteuse présentera son nouvel album “Isha” à Paris au Sunset le 28 juin. Rendez-vous à 19h puis à 21h30.
Entre célébration de traditions musicales de ses origines et hommage aux femmes déracinées, le dernier album de la chanteuse mêle l’intime et l’universel en même temps que les musiques de son cœur.
Sarah Lenka a souvent prêté sa voix aux concerts Jazz Magazine. Avec “Isha”, elle s’est lancée dans une vaste recherche, tant esthétique, en effaçant les frontières entre folk, blues et musiques maghrébines, que personnelle, en retournant sur les traces d’ancêtres venus du Mzab, d’Argentine ou encore d’Espagne, mon tout en rendant un hommage aux femmes exilées.
Une façon de prolonger un travail au long cours sur la condition des femmes dont ce récent album représente une forme d’aboutissement. Elle le présentera au sein d’un quartette regroupant Kahina Ouali (chœurs et percussions), Laurent Guillet (chœurs, guitare acoustique) et Abde-nour Djemai (mandole, et guitare acoustique). Ismaël Siméon
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Les 21, 27 et 28 juin, le mythique fabricant d’instruments met à l’honneur toute la richesse et la diversité de ses artistes-ambassadeurs à travers un festival unique : 140 instrumentistes pour fêter 140 ans de travail au service des musicien.nes.
Trois rendez-vous immanquables : d’abord le 21 juin pour la Fête de la Musique, à Montmartre, là où Henri Selmer avait établi son premier atelier en 1885. Rendez-vous place Charles Dullin pour une série de concerts gratuits, en plein air, pour découvrir l’univers de Selmer : l’Orchestre à vent du Conservatoire de Paris avec Davy Basquin, l’Orchestre de l’équipe Henri SELMER Paris réunissant les artisans, techniciens et cadres de Selmer, le duo Éric Seva-Daniel Zimmermann, et bien d’autres.
Les 27 et 28 juin, changement de décor : le Cirque d’Hiver Bouglione sera le théâtre de deux spectacle d’exception, où 140 artistes venus du monde entier exploreront une myriade de styles. Si le 27 met à l’honneur les musiques du monde et notamment klezmer et classique, promettant des mélanges inédits, le 28 sera dédié au jazz, mettant notamment en avant la jeune génération dans toute sa diversité d’approches et de références, avec Andy Emler et son octuor de clarinettes, Raphaël Imbert, Guillaume Perret,. Conclusion du Selmer Music Festival en apothéose avec un grand ensemble unique au monde, le All Star Selmer Big Band, dirigé par Pierre Bertrand, avec China Moses, Alfio Origlio, Léna Aubert, Maxime Mary, Louis Guignier, Nicolas Gardel, Sylvain Gontard, Joël Chausse, Emma Launay, Denis Leloup, Luca Spiler, Jules Boittin, Rose Dehors, Stéphane Chausse, Olga Amelchenko, Hugo Afettouche, Stéphane Guillaume, Hannah Horton, Giacomo Smith, Matteo Pastorino, Baptiste Herbin, Antonio Lizana, Pierrick Pedron, Géraldine Laurent, Irving Acao, Sylvain Rifflet, Antoine Boyer, Angelo Debarre et bien d’autres !
Avec son troisième album, la chanteuse donne la pleine mesure de ses talents de compositrice et affirme vraiment son identité entre jazz, r&b et soul. Elle présentera “Promises” le 11 juin à Paris, au Studio de l’Ermitage.
par Yazid Kouloughli / photo :
Ce concert ne sera pas son premier estampillé Jazz Magazine : après avoir fait partie de Women In Jazz, notre événement anniversaire au Théâtre du Châtelet, et de notre tournée des Divas du jazz, Estelle Perrault est connue du public de nos spectacles. Mais ce pourrait être le plus personnel. Son troisième album, “Promises”, elle l’a voulu comme le plus fidèle à sa personnalité, loin des codes visuels de la chanteuse de jazz apprêtée que montrait la pochette de son précédent disque, “Dare That Dream”, qui avait beaucoup contribué à la faire connaître : « Je n’en étais pas du tout satisfaite et je me suis promis de ne pas sortir un nouveau disque sans être contente du résultat. L’univers visuel du précédent album, qui ne me représente pas du tout, était une idée du producteur du disque. Mais j’étais jeune, nouvelle dans le métier surtout, c’était la première fois que je chantais mes propres compositions et j’étais moins à l’aise que sur mon tout premier album, sur lequel je chantais des standards. »
Cette fois, que des compositions originales, mélodiques et accrocheuses, pour réaliser son rêve « de faire aimer le jazz à des gens qui n’en écoutent pas. C’est un peu ce que Samara Joy a fait : grâce à elle, beaucoup plus de jeunes vont s’intéresser au jazz. ». Elle s’est défaite derrière elle le complexe de l’autodidacte paralysée à l’idée de ne pas pouvoir faire aussi bien que ses artistes préférés. « C’a été une leçon d’humilité. J’ai écrit des choses qui me parlaient et que je pouvais faire. Certains des musiciens qui m’entourent, comme Rob Clearfield, l’arrangeur et directeur artistique, ou encore Matt Chalk, sont des virtuoses, et je tiens à souligner le rôle clé qu’ils ont joué dans l’élaboration du disque. » Intimistes, les paroles le sont aussi, avec un style conversationnel qui pourrait vous donner l’impression troublante qu’elle vous parle, ou qu’elle raconte quelque chose de votre vie. Là aussi, celle qui a voulu faire des morceaux auxquels on pourrait s’identifier a réussi quelque chose. Et pour aller jusqu’au bout de cette démarche d’authenticité, photo de pochette de prise dans un marché taiwanais sur le stand d’une couturièrecomme celui où travaillait sa grand-mère. «J’habite à Paris pour le jazz mais toute ma famille est à Taiwan. Je voulais mettre en lumière cette partie de mon identité, surtout avec ce qu’il se passe avec la Chine en ce moment, qu’on soit représentés et reconnus car on a une histoire très complexe. ».
Réservez dès maintenant vos places pour le concert d’Estelle Perrault le 11 juin prochain !
Dans le cadre de la 44ème édition du magnifique Festival Jazz Sous les Pommiers, Jazz Magazine recevait Pierre-François Blanchard, en concert le samedi 31. L’occasion de revenir sur une année 2024 particulièrement riche. Pianiste aussi inventif que raffiné, il se soumet à l’exercice de l’interview à la manière de l’ancien rédacteur en chef Jean-Louis Ginibre, tel qu’il l’avait proposée à Bill Evans dans nos colonnes.
par Edouard Rencker / Photo : Sylvain Gripoix
Jazz Magazine: L’année 2024 a été plus que dynamique : premier disque en tant que compositeur et leader, en duo avec Thomas Savy, près de 40 concerts, un passage remarqué au Japon, une nomination aux Victoires du Jazz comme meilleur album, le coup de coeur de l’Académie Charles-Cros, les honneurs de Jazz Magazine sans oublier 3 T dans Télérama, des chroniques dans Le Monde, Libération…
Pierre-François Blanchard : Cette année a été un véritable « cadeau ». J’ai imaginé et produit cet album de façon complètement… le mot qui me vient, c’est « désintéressé ». C’est-à-dire que je voulais simplement poser la musique que j’avais en tête. Je ressentais cette nécessité folle, cette envie d’inscrire ma création, mais il n’y a eu aucun calcul, aucune préméditation. Ce succès a été une véritable surprise.
Vous avez la réputation d’être un homme et un musicien discret. Comment avez-vous abordé cette soudaine vie sous les projecteurs en permanence ?
Ça m’a beaucoup touché parce que je suis depuis toujours au service de ma “famille artistique” : Archie Shepp depuis 2016, Raphaël Imbert – mon grand frère – depuis 2015 nous sommes ensemble dans beaucoup d’aventures – et bien sûr Marion Rampal avec qui nous avons fondé la Compagnie et label Les Rivières Souterraines. J’ai toujours été “à côté, aux côtés.
Et puis, tout à coup, je me retrouve en tant que leader sous les projecteurs. Ça chamboule pas mal. La seule certitude que j’avais est que nous faisions quelque chose de sincère. Ça m’a protégé de moi-même et des angoisses inhérentes aux feux de la rampe.
Je savais que j’avais là une création, un disque qui me ressemblait, qu’il soit bon ou mauvais, ce n’est pas à moi d’en juger, mais je savais qu’il était authentique. Tu affrontes mieux les vagues quand tu sais pourquoi tu fais les choses et ce que tu dis dans ta musique. La vérité est ton meilleur paravent.
Qu’écoutiez-vous lorsque vous étiez petit ?
Je dois beaucoup à mon père, qui nous a quitté il y a longtemps déjà. C’est lui qui m’a donné le goût de la musique, qui tient en trois noms : Oscar Peterson, Mozart, et les Beatles. Sans plaisanterie, “Night Train” tournait en boucle sur la platine de mon père. J’oublie un quatrième artiste : William Sheller ! Lui, aussi, est particulièrement intéressant, très bon pianiste, musicien et auteur.
J’ai eu beaucoup de chance étant petit de baigner dans une musique toujours inspirée. J’ajoute une dernière chose : une découverte majeure, qui pour le coup, m’appartient vraiment, (quand on a 6 ans ou 7 ans on dépend toujours des goûts de ses parents), j’ai entendu du blues au piano. Le choc.
Je suis bien incapable de dire qui jouait, mais c’était à la radio et j’ai été instantanément captivé. J’avais 7 ans et je me suis dit « c’est quoi cette musique ?» En écoutant ce son, j’ai ressenti quelque chose de très fort, comme un appel. Cette musique m’a touché profondément. J’ai décidé que j’allais devenir pianiste. Je me suis dit« je veux faire ça ».
Et, par la suite, quand vous avez commencé à travailler le piano, qui étaient vos artistes mythiques ?
Bill Evans ! Son univers absolument unique m’a fasciné. Oscar Peterson ou encore Keith Jarrett. Ils ont été mes trois “dieux” de l’époque. Une chose les caractérise tous les trois ; leur son unique, totalement personnel, reconnaissable immédiatement.
Évidemment, il y a aussi le langage harmonique. Bill Evans en était un des grands génie. Mais toujours, à la fin, ce qu’il reste, ce que tu retiens, ce que tu entends : c’est le son. À la première seconde, tu sais que c’est lui.
Je peux aussi te citer un titre de lui qui m’a poursuivi tout au long de mes études, des compétitions, et qui m’obsède encore aujourd’hui. How My Heart Sings. Une merveille, qui passe du 3 au 4 temps, avec une élégance et un raffinement fou. Une sorte de concentré de ce que Bill Evans faisait.
Pour vous, un concert réussi, c’est quoi ?
Un concert réussi… c’est un concert où premièrement tu te connectes avec ton ou tes partenaires musicien, au service de la musique qui est à jouer. Ensuite, c’est lorsque tu parviens à transmettre cette énergie collective à ton public ; aller le “chercher”. Tout ceci est très abstrait ; une grande alchimie : un mélange d’énergie, de sensibilité, de vibrations, de sensations…
Dans #puzzled, nous sommes un duo, complètement à nu. Parfois, dans certains concerts nous ressentons comme une absence. Ça joue bien, les gens sont contents….mais nous sentons que nous ne sommes pas parvenus à trouver la « petite lumière ».
Cette énergie, qui nous dépasse un peu, j’aime beaucoup utiliser le nom que lui donnent les artistes latino-américains : le Duende. Il faut que tu arrives à faire qu’il vienne te visiter. Si tu rencontres ton Duende, alors tu trouves ta personnalité artistique. Souvent, le Duende est représenté comme un petit diable qui vient te voir, juste au-dessus de toi. Il te secoue un peu pour te faire passer dans une autre énergie, une autre dimension. Étonnant, hein ?
Est-ce que vous croyez dans la politique ?
Je crois qu’aujourd’hui, la démocratie est à défendre mordicus. Il faut qu’on se batte tous pour qu’elle résiste aux coups qu’on lui porte, surtout en ce moment. C’est difficile parce qu’aujourd’hui, les politiciens sont souvent très décevants. Mais paradoxalement, c’est aussi pour cela que je pense que plus que jamais, il faut s’y intéresser.
Je me pose beaucoup la question de comment faire plus. En tant qu’artiste nous sommes déjà engagés : La musique, le spectacle, c’est un engagement très important. J’espère que nous retrouverons bientôt des hommes politiques plus authentiques, qui tiennent leur parole, ont un ancrage, portent une vision ! Nous vivons une époque où le court-termisme est affligeant. A cet endroit, les artistes ont aussi un rôle à prendre. Faire entendre le regard différent que nous posons sur le monde.
Je crois que c’est notre force et notre chance. Ce qui fait bonheur à l’artiste, c’est son geste de vérité.
La musique est un acte politique ?
Oui, absolument. Politique et poétique. Je pense qu’on peut essayer de faire une jonction entre l’art et le politique. Du moins, détourner la politique de façon poétique.
Est-ce qu’il y a une question que vous ne supportez pas qu’on vous pose ?
Moi, la question qui m’énerve énormément, notamment sur le duo #puzzled, c’est « Mais alors, c’est du jazz ? »
J’ai envie de citer la définition que donne Raphaël Imbert au mot “jazz” que je trouve assez géniale. « Il y a autant de définitions du mot jazz que de jazzmen ». Tout est dit ! Le jazz, c’est un geste, une attitude à l’intérieur. Le jazz, c’est ce qu’il y a de plus vivant, de plus polymorphe, aussi. C’est une musique qui peut très bien aller chatouiller la pop, autant que la musique classique, le funk, etc… Le jazz c’est une musique d’improvisateurs ! Donc, oui, #puzzled, c’est profondément du jazz en ce qui me concerne.
Dernière question. Est-ce que vous croyez en une puissance supérieure ?
Oui ! Et là, je vais citer Mitterrand (rires)comme lui, Je crois aux « forces de l’esprit ». Je pense qu’il y a quelque chose de plus grand que nous. Une sorte de lumière, quelque chose qui nous transcende tous.
Pendant le confinement, j’ai écrit un morceau par jour pendant trois semaines. Au-delà du fait que c’était génial à vivre, j’ai surtout réalisé que ce qui se passait était bien plus grand que mon existence consciente, ma vie de tous les jours. Lorsque après le confinement, je me suis remis à jouer ces morceaux, je ne les reconnaissais pas. Qu’est-ce que c’est que cette musique ? Dans ces moments, tu te dis que quelque chose agit.
Aussi, lorsqu’on écoute Wagner, Mozart, Bach…la Grande Musique ! … C’est pour cela que je suis extrêmement humble avec la création, la composition, toutes ces choses là.
Pierre-François Blanchard en quelques dates :
En février 2024, Pierre-François Blanchard a dévoilé son premier album en tant que leader, intitulé “#puzzled”, en collaboration avec le clarinettiste Thomas Savy. Cet opus, salué par la critique, se présente comme un journal intime musical où s’entrelacent amours, peines, souvenirs et questionnements existentiels.
Parallèlement, Pierre-François Blanchard poursuit sa collaboration avec le saxophoniste Raphaël Imbert, la chanteuse Marion Rampal.
Il sera en résidence pour deux ans de création et de production à Fontenay-le-Fleury à partir de l’automne prochain.
2015 – 2018 : Participe au projet musical Salon Idéal de la journaliste et romancière Arièle Butaux où il collabore avec Thomas Savy, Guillaume de Chassy, Frédéric Vaysse-Knitter, Irina de Baghy, Noëmi Waysfeld, le Quatuor Zaïde, etc.
2016 : Co-directeur artistique des 50 ans du label Saravah de Pierre Barouh au Trianon, à Paris, après 5 ans de collaboration.
2017 : Naissance du trio Main Blue de Marion Rampal avec la batteuse Anne Paceo – Rencontre avec Archie Shepp.
2017 : Tournée avec Raphaël Imbert en France et aux États-Unis : “Music Is My Home : Prologue”, Jazz Village.
2018 : Music Is My Hope (Jazz Village) de Raphaël Imbert : Victoires du Jazz – Album Inclassable de l’année.
2018 : Art Songs & Spirituals d’Archie Shepp au Barbican Theater de Londres (live)
2019 : Album Le Secret (MusicOvations) avec Marion Rampal avec pour invités Archie Shepp et Raul Barboza.
2021 : Création du spectacle jeune public L’Île aux chants mêlés avec Marion Rampal.
2021 : Intègre le collectif Tribe From the Ashes avec Sandra Nkake, Jî Dru, Lionel Belmondo…
2021 : Piano (live) en duo avec Zaza Fournier.
13 août 2022 : There is Love Quartet d’Archie Shepp au Time in Jazz Festival en Italie (avec Michel Benita et Marion Rampal).
2022 : Tissé (Les Rivières Souterraines/L’Autre distribution) de Marion Rampal – Victoires du jazz – Prix d’artiste vocal de l’année.
2022 : Invisibile Stream (Harmonia Mundi) – Avec Jean-Guihen Queyras, Sonny Troupé et Raphaël Imbert.
2023 : Fantômes (Label Bleu) – avec Jî Dru, Sandra Nkake, Mathieu Penot.
2023 : Invisible Stream en concert au BIMHUIS (Amsterdam), Wigmore Hall (Londres), Schloss Elmaü.
2 février 2024 : Sortie de “#puzzled” premier album, avec Thomas Savy (Les Rivières Souterraines / L’Autre Distribution).
2024 : Poetic Ways (Celia Kameni, Anne Paceo, Raphaël Imbert, Pierre Fénichel) à
l’Opéra de Lyon.
2024 : #puzzled nommé aux Victoires Jazz dans la catégorie meilleur album. Coup de coeur de l’Académie Charles Cros.
L’incontournable festival du Parc Floral a convié certains des talents français et étrangers les plus créatifs et prometteurs du moment à animer sa programmation 2025, à découvrir du 29 juin au 7 septembre.
Originaires de France ou d’Angleterre, en mode acoustique ou électrique, à l’écoute de toute l’histoire du jazz et donc de bien d’autres courants musicaux, les artistes de cette nouvelle édition ont fait l’actualité récemment et continueront certainement de la faire demain, en prouvant que le jazz continue de se conjuguer au futur proche : du tromboniste Robinson Khoury dont le dernier album “Mÿa” a fait très forte impression, jusqu’à une Ludivine Issambourg au sommet de son art en passant par les artistes phares du jazz anglais Nubyan Twist et Emma-Jean Thackray, le groupe français Monsieur Mâlâ, le Quartet d’Émile Parisien, la pianiste Tania Giannouli ou la chanteuse Dafné Kritharas, le Paris Jazz Festival vous convie à un panorama fidèle à la créativité exceptionnelle d’une scène chatoyante.
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