Le 14 mai 1926, Rex Stewart faisait ses vrais débuts phonographiques au sein du Fletcher Henderson Orchestra sur The Stampede, composition du leader, mettant à l’honneur le cornet du nouveau venu, le saxophone ténor de Coleman Hawkins et la trompette de Joe Smith.
Né en 1907, Rex Stewart n’avait guère que 17 ans lorsqu’il grava ses première faces (inédites) avec Billy Page and his Syncopators le 23 mai 1924, puis (publiées cette fois-ci chez Ajax et Vocalion) avec Rosa Henderson and the Choo Choo Jazzers, Lena Henry et Monette Moore dès septembre. Mais un évènement majeur allait bouleverser sa vie.
Septembre 1924 : Louis Armstrong arrive à New York à la demande de Fletcher Henderson et participe aux répétitions à l’orchestre qui s’apprête à ouvrir la saison au Roseland Ballroom. On accueille avec quelque condescendance, voire quelque moquerie, ce plouc du Sud mal nippé, mal chaussé, qui peine à lire ses parties de troisième trompette. Mais dès la soirée d’ouverture du Roseland, son voisin de pupitre, Howard Scott, se souvient : « Les gens se sont arrêtés de danser et se sont rapprochés de la scène pour l’écouter. Mais, à vrai dire, ils auraient pu l’entendre jusque que dans la rue où l’on vit les gens s’arrêter devant l’entrée pour l’écouter. » Mais ça n’était pas qu’une question de puissance, surtout de style, de phrasé, d’improvisation et de qualité dramatique des solos. En quelques mois, Louis Armstrong métamorphose non seulement l’orchestre de Fletcher Henderson, mais écrit l’avenir du jazz.
Le jeune Rex n’en perd pas une miette et le prend pour modèle. À tel point que, au moment de quitter Fletcher pour rejoindre Chicago en novembre 1925, il annonce au tout jeune homme qu’il l’avait désigné comme son remplaçant au sein de l’orchestre. Rex en crut d’autant moins ses oreilles que tout le monde se moqua de lui en prétendant qu’il avait rêvé. Jusqu’à ce que Fletcher confirme en personne le choix d’Armstrong. Rex tarda cependant à répondre à l’invitation, terrorisé par la perspective d’occuper le pupitre de son idole. C’est finalement son employeur de l’époque, Elmer Snowden, qui l’y força en le virant de son propre orchestre.
Sa première apparition au sein du Fletcher Henderson Orchestra, date du 14 mai 1926, à l’occasion d’un séance Columbia au cours de laquelle furent gravés The Stampede et Jackass Blues. The Stampede illustre l’évolution de l’orchestre vers l’émancipation des solistes. Au lieu des échanges rapides entre parties solistes et réparties orchestrales, ce sont des chorus entiers de 32 mesures qui sont confiés au sax ténor de Coleman Hawkins (vers 0’50), à la trompette de Joe Smith (vers 1’27), le cornet de Rex Stewart crevant l’écran dès l’intro où il se voit offrir deux fois 4 mesures, et un break à l’issue du trio de clarinettes (vers 2’36) qui lui ouvre la voie pour huit mesures d’un flamboyant solo.
L’empreinte laissée sur l’orchestre et son arrangeur (Don Redman) par Louis Armstrong, ne se fait pas sentir que dans les solos de trompette. Coleman Hawkins qui signe ici son premier grand chorus improvisé, en est tout imprégné. Son improvisation sera transcrite, reprise par de nombreux saxophonistes, mais pas seulement : c’est en l’interprétant que le trompettiste Roy Eldridge remporta son premier job. Avant la fin de l’année, l’orchestre du Savoy Balroom, The Savoy Bearcats, reprenait l’arrangement y incluant des parties improvisées très inspirées, tirées tant de celles de Rex Stewart que du solo d’Hawkins.
Si Coleman Hawkins se tailla au sein de l’orchestre une place de soliste vedette jusqu’à son départ en 1934 pour l’Europe où il renia auprès de la presse cette première partie de son œuvre, Rex Stewart souffrit de bizutage, notamment de la part du tromboniste Charlie Green. Sujet à un alcoolisme précoce, il était materné par Leora, Madame Henderson (elle-même cornettiste, volontiers suppléante parmi les trompettistes, et de plus en plus en charge de l’intendance de l’orchestre). Celle-ci se chargea d’éloigner quelques temps Rex Sewart de New York, en l’envoyant à l’université de Wilberforce (Ohio) où Horace, le frère de Fletcher dirigeait un orchestre d’étudiants, the Collegians destiné à devenir The Horace Henderson puis The Dixie Stompers. Rex y passa moins de temps à étudier qu’à tourner avec les Collegians au sein duquel il fit la connaissance d’un autre futur trompettiste de Duke Ellington, Freddie Jenkins. Se joignit bientôt à eux le multi-instrumentiste Benny Carter (clarinettiste, sax alto et trompette) qui devint le chef suppléant de l’orchestre, commençant même à fournir des arrangements. Dans ses mémoires Boy Meets Horn (sans que nous parvenions à raccorder la chronologie avec d’autres sources), Rex Stewart se souvient que les Collegians dirigés par Carter avaient remporté, au Graystone de Detroit, une bataille d’orchestre contre les McKinney Cotton Pickers (sous la direction de Don Redman… déjà ?), grâce à un arrangement de King Porter Stomp (déjà Fletcher ? Horace ? Benny Carter ?) devant une foule tellement enthousiaste qu’ils durent reprendre quatre fois les out-choruses. N’y a-t-il pas confusion avec une bataille entre l’orchestre de Fletcher et celui de Jean Goldkette au Graystone le 28 septembre, voire au Roseland de New York le 13 octobre. C’est en tout cas à ces dernières occasions que Rex Stewart aurait échangé avec Bix Beiderbecke (dont il reprendra le solo sur Singin’ the Blues en 1928). Mais pour l’heure, après avoir rejoint l’orchestre de Fletcher en septembre 1926, il est remplacé en novembre par Tommy Ladnier qui revient tout juste d’un long périple à travers l’Europe. Franck Bergerot
Sources:
Hendersonia, The is of Fletcher Henderson and his Musicians, a Biodiscography, Walter C. Allen, 1973.
The Uncrowned King of Swing / Flecher Henderson and Big Band Jazz, Jeffery Mageen, Oxford University Press, 2005.
Boy Meets Horn, Rex Stewart / Claire P. Gordon, Bayou Press, 1991
C’est sur un mot de son ami Philippe Baudoin sur facebook que je l’apprends: Daniel Huck est mort. C’est un pan du jazz français qui s’effondre plus énorme que ne se l’imagine un large partie du public qui ne sera peut-être pas même prévenu par les médias.
Énorme deuil, parce que par son érudition quant à un âge du jazz que l’on a tort d’oublier était énorme, irremplaçable, acquise et transmise sur le mode de la tradition orale; parce que son saxophone et son chant incarnait cet espèce de machin qu’on appelle le swing, que tout le monde connaît sans savoir comment le définir, cette espèce de plasticité qui donne au phrasé quelque chose de d’inexorable, irrépressible et irrésistible. Je fréquentais peu les scènes où il était chez lui – oh! D’ailleurs, il était chez lui partout, de l’Anachronic Jazz Band où il interpréta un ‘Round Midnight hors d’âge, au Multicolor Feeling où, sur Come On DH, son saxophone galvanisait la Multicolor Fanfare d’Eddy Louiss avec un charisme de prêcheur baptiste le jour de la Pentecôte –, mais chaque occasion de l’entendre me flanquait des frissons pour la nuit qui suivait. Je me souviens d’un soir, dans le cloître des Célestins à Avignon, alors les artistes et le public du Tremplin différaient indéfiniment l’heure de se séparer, Daniel déclara qu’il voulait dire adieu à toutes les dames présentes. Il entama alors un blues, seul, sans accompagnement, d’une intensité qui fit blêmir de jalousie tous les hommes présents. Daniel !
Franck Bergerot
Ci-dessus, une photo – sur un film poussé à l’extrême – prise lors de l’enregistrement de la Multicolor Fanfare alors qu’il faisait travailler sa partition à Alain Guerrini qui, s’il existe un paradis, lui aura fait le meilleur accueil. Travailler une partition avec Daniel, ça m’est arrivé moi aussi, lors d’un enregistrement avec une autre fanfare rassemblée par les Primitifs du Futur autour de Didier Roussin. Eh bien, même moi, il arrivait à me faire swinguer. Et je vous renvoie au 7ème film de mes archives photographiques consacré à un concert du groupe “Happy Feet” qu’il avait monté avec Philippe Baudoin en 1981.
Ce 3 mai 1981, au Cim, le flûtiste Denis Barbier présentait le Green, soit quelques uns des premiers pas d’un long cheminement qui conduirait Marc Ducret, notamment, à in
Étrange retour dans le passé : ce matin j’écoutais en ligne la première heure de la masterclass donnée par Marc Ducret dans le cadre de l’Académie de composition proposée par l’ONJ, qui clôturera demain soir, 25 avril 2026 au Conservatoire Pina Bausch de Montreuil avec, à 20h30, la restitution publique des travaux des stagiaires (entrée libre).
Dans cette première heure (n’hésitez à sauter les 8 premières minutes d’amorce), Ducret revient sur les années de formation autodidacte de son enfance et son adolescence, sa passion pour la forme des œuvres, qu’elles soient littéraires ou musicales, plutôt que pour leur contenu, l’intérêt de celui-ci dépendant de celle-là. Et de citer en exemple quelques chefs d’œuvre de la chanson française ( L’Accordéoniste de Michel Emer pour Edith Piaf, Ne me quitte pas de Gérard Jouanest pour Jacques Brel), anglophone (Chinese Cafe de Joni Mitchell, O Caroline de Robert Wyatt), de l’opéra (Don Giovanni de Mozart, La Petite Renarde rusée de Leoš Janáček), de la musique classique instrumentale (Béla Bartók, Peter Eötvös, Philippe Boesmans…), du jazz… Et après avoir cité les premières œuvres de George Russell et les cantates d’André Hodeir parmi d’autres influences (il semble qu’il ait été l’un des “onze lecteurs” de mon essai André Hodeir et James Joyce, Éloge de la dérive), il nous fit entendre BiIl Evans improvisant, seul en 1973 à Tokyo, sur Hullo Bolinas de Steve Swallow. Et de commenter sa partition pour L’Été sur l’album “Ici” (deux titres palindromes) puis le rôle du canon dans sa composition Total Machine composé vers 2008 pour son Grand Ensemble. Je suspendai ici mon écoute (pour la poursuivre plus tard, sachant qu’après lui, il me resterait à écouter deux autres masterclass proposées pendant cette académie, celles de Fabrizzio Cassol et Ying Wang). Je précise ici que Total Machine fut repris sous la direction de Ducret par l’Orchestre des Jeunes de l’ONJ 2026 qu’il nous sera donné d’entendre une dernière fois le 12 juin au Théâtre Silvia Monfort pour les deux journées de fête des 40 ans de l’ONJ.
Or, ces photos tirées aujourd’hui de mes cahiers de négatifs, me ramènent 45 ans en arrière. Marc Ducret était encore un quasi inconnu de la scène française, où il avait fait ses premiers pas dans le monde de la chanson. Ce 3 mai 1981, il se produisait au Cim, l’école fondée par Alain Guerrini, avec le Green du flûtiste Denis Barbier.

J’avais connu Denis Barbier en 1979 après qu’il ait fait partie de Moravagine (fondé en 1975 notamment avec le saxophoniste Pierre-Jean Gidon, le pianiste Olivier Hutman, l’accordéoniste Jacques Ferschitt, le bassiste Jean-Marie Laumonnier, le batteur Jean-Philippe Lobrot et le batteur Mino Cinelu), puis Chute Libre (Gidon doublé au saxophone par Éric Letourneux, Hutman, le guitariste Patrice Cinelu, le bassiste Gilles Douieb et toujours Mino qui n’allait pas tarder à s’installer à New York où ce mois de mai 1981, alors qu’il venait de passer aux percussions au sein d’un orchestre de r’n’b, The Franck and Cindy Jordan Band, fut remarqué dans un club de Harlem par Miles Davis… qui le débaucha immédiatement).
Le Green avait connu différentes moutures, notamment avec une deuxième guitare acoustique jouée par Rémy Froissart (esthétique héritée de John Renbourn et Bert Jansch), avec ou sans batterie (Jean-Claude Jouy). J’ai longtemps imaginé, et peut-être rapporté, que Malo Vallois avait précédé Ducret auprès de Froissart ou l’avait côtoyé. En fait, j’avais déjà rendu compte dans Jazz Hot d’un duo Vallois-Ducret, et tous deux, amis alors inséparables, entouraient en 1979 avec Barbier l’auteure-compositrice-interprète Marie-José Vilar sur le disque “On ne saura jamais si c’était triste ou gai” que vous écouterez sans trop de mal sur Youtube.

Ce 9 mai 1981, c’était donc la version trio qui se produisait dans la grande salle du Cim, non pas devant la cheminée mais devant le panneau d’affichage, alors même que circulent des photos prises devant la cheminée du Cim, d’une version en quartette avec Jean-Claude Jouy à la batterie (et où l’on aperçoit derrière Barbier une harpe, instrument qu’il avait adopté au début des années 1980 comme on le verra plus tard dans mes archives photos).
Encore peu connu, Marc Ducret et Malo Vallois étaient les deux guitaristes que j’attendais de voir paraître sur la scène du jazz depuis la disparition prématurée de Joseph Dejean en 1976, âgé de 29 ans. Pourtant, je n’avais encore rien vu ! Car au-delà du guitar heroe, Ducret avait un rôle beaucoup plus large qui l’attendait sur la scène musicale. Mais il y avait pour l’heure, au sein du Green, ces guitares acoustiques cordes métal que j’avais appris à aimer dans mon entourage de fin d’adolescence entre les mains de Didier Large avec lequel Denis Barbier ne tarderaut pas à collaborer à son tour. Ce dernier était l’un des rares dans le jazz de l’époque à aborder la flûte en pur flûtiste, dans toute la plénitude de l’instrument, et non comme accessoire complémentaire du saxophone. Mieux que de vains discours, ci-joints quelques échantillons disponibles sur internet.
Franck Bergerot (texte et photos)
Le 1er mai de François Jeanneau à Louise Jallu, ce seront quatre générations qui se retrouveront sur la scène du Triton pour célébrer la mémoire de Michel Portal disparu le 12 février 2026.
Jean-Pierre Vivante, le patron du Triton a décidé de réunir les musiciens qui ont collaboré d’une manière ou d’une autre avec Michel Portal. Beaucoup ont disparu, d’autres se sont avérés indisponibles. Mais François Jeanneau, son aîné de sept mois, éternel jeune homme, sera là, ainsi que Daniel Humair leur cadet de trois ans, et Henri Texier de dix ans, mais tous deux complices de bien de leurs aventures communes. Avec le contrebassiste Jean-Paul Celea, voilà déjà un complice idéal dans la génération suivante.
Claude Barthélémy, le guitariste de Turbulence et le clarinettiste “héritier” Louis Sclavis joueront les rôles de passeurs entre une certaine “folie Portal” (celle de l’époque Châteauvallon) et les vagues suivantes contemporaines de la rue des Lombards, de l’ONJ, d’une modernité fin de siècle et d’une post-modernité à suivre, parmi lesquelles Michel Portal aima se produire avec les trompettistes Airelle Besson et Médéric Collignon, le guitariste Manu Codjia, les pianistes Grégoire Letouvet, le contrebassiste Stéphane Kerecki et Alexandre Perrot, les batteurs Louis Moutin et Franck Vaillant. Il y aura évidemment le clarinettiste Thomas Savy. Il y aura des archets, ceux du violoniste Régis Huby et du violoncelliste Vincent Courtois. Karsten Hochapfel doublera probablement à la guitare et au violoncelle. Il fallait un bandonéon, ce sera Louis Jallu qui avait invité Michel Portal au Triton en 2023.
Ils seront tous là pour une soirée qui sera longue, il y aura des larmes, il y a aura du rire et les bénéfices de ce concert seront versés à la Fondation Recherche Alzheimer. Franck Bergerot
Ce 29 avril 1981, après une première partie découverte (Patrice Meyer, le duo Boell & Roubach), voici Jim Hall, son trio avec le contrebassiste (et pianiste) Don Thompson et le batteur Terry Clarke.

J’ai découvert Jim Hall dans la petite pièce qu’occupait chez ses parents Didier Large, encore lycéen. Il s’était mis à la guitare et m’avait révélé l’existence de Django Reinhardt par ces faces radio de 1947 qui comptent parmi mes préférées, comme le sont souvent les premières fois. Puis un beau jour, il m’avait fait écouter “A New Dynamic Sound” de Wes. J’associe encore ce son à cette petite pièce et l’odeur d’Amsterdamer émanant de la pipe de Didier.
Quelques mois plus tard, nouvelle révélation : Jim Hall “It’s Nice to Be with You”, enregistré en juin 1969 à Berlin, avec Jimmy Woode et Daniel Humair. Comme c’était étrange ! Ce son très doux, très enveloppant, avec beaucoup d’ampli, ce phrasé tout à la fois si délié et si tranquille, si posé. Je ne suis pas certain de l’avoir aimé tout de suite, mais il exerça une fascination immédiate. Il y avait là un mystère à percer, une musique qui vous invitait à faire quelques pas pour la rejoindre. Peut-être un peu comme la première fois que j’entendis Bill Frisell.
Mais en écrivant ces lignes, je m’aperçois que je ne me remémore ici que d’un aspect du disque qui réside dans le thème titre du disque, It’s Nice to Be with You, le premier de la face 2 par lequel avait peut-être débuté mon initiation. Or, la face 1 de ce disque commence par quelque chose de tout à fait insolite : Up, Up and Away,une chanson pop créée par le groupe The Fifth Dimension qu’il réinvente totalement (beaucoup plus radicalement que ne l’avait fait Wes Montgomery de ses emprunts au Hit Parade à la fin de sa carrière). Il y adopte un battement du médiator sur les cordes que l’on retrouverait souvent chez lui par la suite, qui prendrait un sens tout particulièrement à mes yeux le jour où je lirais dans son ouvrage Exploring Jazz Guitar, un chapitre intitulé Rhythm Guitar qui passe en revue un certain nombre de guitaristes, de Freddie Green à Barney Kessel, et se termine par Richie Havens (le guitariste qui ouvre Woodstock, festival et film) : « Richie a longtemps été mon rythmicien favori à la guitare. Écoutez Richie, il vous donne le sourire. » Il y a encore beaucoup de choses sur ce disque, des standards (notamment une exploration à la bougie des harmonies de Body and Soul)…
Jim Hall s’était un peu fait oublier de la scène avant ce disque de 1969 qui signalait son retour. J’ai dû attendre quelques années avant d’explorer sa discographie avec Paul Desmond, Sonny Rollins, Art Farmer (ah ! “To Sweden With Love”), ses deux légendaires duos avec Bill Evans, puis à partir des années 1970, ses duos avec Ron Carter que me firent vite oublier ses merveilleux duos avec Red Mitchell.
Avais-je déjà eu connaissance de ce trio avec Don Thompson et Terry Clarke ? Je devais déjà posséder le “Live” à Toronto de 1975, merveilleux apéritif à ce que seraient “Live In Tokyo” et “Jazz Impressions of Japan”, deux disques très complémentaires enregistrés l’année suivante dans un climat d’interaction quasi miraculeux qui leur fait friser l’abstraction, des imports japonais alors hors de prix pour moi mais que j’avais peut-être déjà fait acheter par la Discothèque municipale de Montrouge ? À peine deux mois avant le concert de Cardin, le trio venait d’enregistrer “Circles” qui doit correspondre à ce que nous entendîmes à Cardin. Don Thompson y joue du piano sur quelques titres et la présence sur la scène de Cardin me fait penser qu’il dut en jouer.

Toujours est-il que les programmes de ces disques ont quelque peu estompé le souvenir musical de cette soirée à Cardin au point que je demande si je n’en suis pas sorti comme frustré, comme il peut arriver d’un événement dont on a trop préconçu le bonheur qu’il était sensé nous apporter, frustré de la brièveté de l’événement. Reste ces photos qui furent peut-être la cause de ce sentiment d’être passé à côté, à trop avoir accordé de temps à mon boîtier et ses objectifs, pour un résultat somme toute assez quelconque. Regardez cet homme, sa musique lui ressemble. À moins que, connaissant sa musique nous n’interprétions la bonté de ce sourire à travers elle. Franck Bergerot (texte et photos)
Ce 29 avril 1981, à l’Espace Cardin où il avait pris ses habitudes, André Francis présentait – en première partie de Jim Hall – un aperçu de la jeune génération de guitaristes français.

Faire patienter le public du grand Jim Hall si rare en France, avec un solo de Patrice Meyer, et le duo Boell et Roubach, c’était risqué. Quant à moi, j’étais très remonté. Éduqué par quelques amis proches au son des vieilles Martin, Gibson et Guild acoustique, j’étais plein de préjugés contre les guitares alors en vogue : Ovation (sur mes photos entre les mains de Patrice Meyer, à portée de mains d’Eric Boell droite) qui ne trouvait grâce à mes yeux qu’entre les mains de John McLaughlin sur “My Goal’s Beyond” ; et Takamine (à portée de mains de Laurent Roubach à gauche).

Le duo Boell et Roubach s’était fait connaître en 1980 avec un premier disque entièrement acoustique enregistré en février 1980 et produit par Alain Guerrini sur son label Open, référence 01 d’une série Jazzibao consacrée aux talents émergents. Éric Boell avait connu ses premiers succès au tremplin du Golf Drouot dès 1974, puis après un détour par New York s’était fait connaître en 1977 au sein du groupe Wooden Ear (première partie de Stanley Clarke à Antibes-Juan-les-Pins en 1980). Il venait de s’associer à son élève, Laurent Roubach, et j’avais eu la mauvaise idée de coupler les chroniques de deux duos de guitares : ici Boell et Roubach le 5 mars au Caveau de la Montagne où ils alternaient acoustique et électrique ; là Marc Ducret et Malo Vallois, la veille au Centre culturel des Fossés-Jean à Colombes. En réaction à un succès quasi immédiat pour le premier duo, j’opposais d’un côté le manque de maturité, la technique brouillonne, la frime bavarde, la sonorité négligée de Boell et Roubach… de l’autre la maturité de Ducret et Vallois qui tarderaient à se faire reconnaitre par tant pas la presse et que par le réseau des programmateurs. Je sauvais cependant les premiers pour « leur présence au public, l’enthousiasme et l’impétuosité qu’ils mettent dans la moindre phrase, une sincérité que l’on aimerait chez bien de leurs aînés. » Ce n’était certes pas sur ce terrain que s’avançaient Ducret et Vallois qui auraient dû à mes yeux faire la première partie de Jim Hall.
Par la suite, Boell & Roubach restèrent associés sous le nom de l’aîné à la tête de formations produites chez Arista, entourés de musiciens comme François Jeanneau, Francis Bourrec, Dominique Bertram ou Jean-Paul Celea, André Ceccarelli ou Manu Katché… puis dans un nouveau duo “Boell & Roubach” plus percussions en 1994, “Strictly Strings”. Mes outils discographiques perdent leurs traces au-delà de 1998, Éric Boell s’étant beaucoup investi dans le domaine pédagogique, publiant notamment de nombreux ouvrages sur la guitare, l’improvisation, etc., Laurent Roubach s’étant quant à lui consacré à l’accompagnement de chanteurs.

Je dois avouer que je n’ai conservé aucun souvenir de cette double première partie à Cardin, trop impatient d’entendre Jim Hall, mais je viens de découvrir avec intérêt la biographie de Patrice Meyer sur son site. Il y narre avec passion et humour ses premiers coups de foudre, ses errances et ses rapprochements avec l’École de Canterburry où il a fini par trouver son “chez lui” en compagnie de Pip Pyle, Hugh Hopper, John Greaves, etc. Au chapitre de ses errances on lit ceci :
« Un jour, dans son appartement des quais de Seine, il [John McLaughlin] m’a fait cadeau du plus beau des compliments : il s’arrête de jouer et me dit, en fixant ma main droite “écoute, tu joues plus vite que moi”. Sur le coup j’étais aux anges mais plus tard j’ai relativisé en me trouvant moi-même dans la même situation avec des guitaristes plus jeunes que moi : c’était aussi une manière de calmer le gamin qui n’arrêtait pas d’en mettre plein partout avec tous ses doigts. A l’époque, je ne savais jouer que vite et fort ou très vite et très fort ! […] Jim Hall aussi était resté incrédule en me voyant jouer. Un an plus tard, en 81, je jouais en première partie de lui, et je m’exerçais dans les loges avant le concert, tournant le dos à la porte. Je le vois dans la glace entrer, s’approcher et jeter un coup d’œil intrigué par-dessus mon épaule. Puis il prend sa guitare et essaie de m’imiter, au milieu des rires de l’entourage. C’est là qu’il a délivré la fameuse phrase, recueillie par Martine Palmé venue l’interviewer : “He’s got such an amazing right hand technique that it almost gave me stagefright.” Je leur suis à tous deux reconnaissant, car du coup mon calendrier de concerts s’est rempli tout seul pendant un an. »
La suite du concert avec le trio de Jim Hall dans ma prochaine livraison. Franck Bergerot (textes et photos)
Ce 25 avril 1981, à un mois de son 23ème anniversaire, Denis Badault présentait son quartette, dans le cadre des concerts du samedi au Cim.

Lors de mes premiers mois de photographie, je confiais mes négatifs pour réalisation de planches-contact à la Fnac qui me livrait des documents totalement flous, ce qui fait que j’ai cru pendant quelques temps que je ne savais pas faire le point et que j’ai tardé à faire tirer mes premiers clichés, ne disposant pas encore moi-même de matériel de tirage. J’ai toujours eu du mal à faire le point, mais pas “à ce point-là” ! Toujours est-il qu’en retrouvant la planche très floue de ce onzième film, je me suis dit : tiens, Francis Bourrec… mais après avoir fait scanner une sélection de clichés de ce film il y a quelques jours et après l’avoir examiné sur mon ordinateur, j’ai réalisé qu’il s’agissait du saxophoniste Bertrand Auger, ce que m’ont confirmé les notes de mon carnet de négatifs.

J’y découvrais aussi qu’il jouait là au sein du quartette de Denis Badault avec Philippe Laccarrière. D’où ma méprise, car la première fois qu’est venu sous ma plume le nom de Laccarrière, c’était associé à celui de Francis Bourrec : c’était dans le numéro de septembre 1979 de Jazz Hot à l’occasion de la fête fin d’année du Cim, le 30 juin, où j’avais signalé leurs deux noms, sans d’ailleurs en mentionner la rythmique. Et j’ai presque encore dans l’oreille cette mobilité nerveuse du contrebassiste sur son manche et le phrasé athlétique associé au son très timbré du bec métal de la marque Dukoff qu’on associait à l’époque à Michael Brecker. Il s’agissait probablement du BBLB Quartet qui avait remporté le Concours de la Défense en 1978, soit Francis Bourrec (ts), Yann Benoist (elg), Philippe Laccarrière (b) et Jo Benotti (dm). Encore qu’au Cim, ce 30 juin 1979, je ne me souvienne pas d’une guitare. Déjà Badault ? Ou Éric Besson ? *

On lit souvent sur les pages concernant Denis Badault sur le net, qu’il obtint le prix de soliste au Concours national de jazz de la Défense en 1979. En fait, il se vit décerner le 5ème prix, derrière un 1er prix pour le quartette d’Éric Le Lann, 2ème pour le Quintette de l’Art (Dominique Pifarély, Marc Thomas qui n’avait pas encore abandonné le saxophone alto pour le ténor, Francis Demange au piano, Yves Torchinsky à la contrebasse et Can Kozlu à la batterie), 3ème prix pour Laurent Cugny (qui s’était présenté en solo après avoir remporté le 1er prix l’année précédente avec son orchestre Lumière), 4ème prix pour le groupe vocal Échec et Mat. Au sein de quelle formation Denis se vit-il décerner ce 5ème prix ? Je lance une bouteille à la mer ! *

Ceci pour la vérité historique. On a vu au sujet de mes photos du 30 janvier 1981 (Martial Solal Big Band à la Chapelle des Lombards) que, en cette année 1981, Denis Badault n’était plus tout à fait un inconnu et qu’il s’était déjà vu confier des fonctions pédagogiques lors du stage de big band de l’Afdas de l’automne 1980.

À la batterie, Richard Portier, que j’écoutais souvent à l’époque. Je me souviens que dans la seconde moitié des années 1970, il était le batteur du Swing Limited Corporation, ce qui n’était pas une infime responsabilité, et aussi qu’il tenait la batterie au sein du premier trio de Zool Fleischer qu’il m’ait été donné d’entendre… déjà un régal ! Par la suite, on l’entendit avec Elisabeth Caumont, Patrice Caratini, Michel Roques, Steve Potts… la liste est longue et nous parle d’une élégance discrète que j’ai maintes fois appréciée. Et je me souviens aussi que son père, Jean Portier, avait dressé une sorte de diagramme permettant de suivre les entrées et sorties de personnel au sein de l’orchestre de Duke Ellington, document dont une copie m’avait été transmise par Alain Guerrini ou Claude Carrière, et que j’ai dû égaré dès lors qu’internet nous eut offert d’autres sources d’information. Mais je retrouve encore aujourd’hui en ligne de ses contributions à l’exhaustivité discographique du Dems Bulletin de l’International Duke Ellington Music Society.

Que penser de ce concert ? Il se perd dans la brume du temps et de la mémoire. Seules mes photos peuvent encore en témoigner. J’y joins une photo d’Alain Guerrini debout derrière le piano droit lors du même concert, dans une attitude que je lui ai souvent vue pendant les concerts, concentré sur la musique, songeant peut-être à quelque réflexion qu’elle lui inspirait et qu’il ne manquerait pas de partager plus tard avec les musiciens et avec ses amis. Probablement, au vu de ces photos, aurait-il su nous faire le compte rendu de ce concert. Texte et photos © Franck Bergerot
* Ayant trouvé échouée sur sa plage ma bouteille à la mer 12 heures après son lancement (plus ou moins, selon ce que je comprends du décalage horaire survenu cette nuit), Philippe Laccarrière s’est livré à un exercice de mémoire dont il avoue cependant les résultats incertains. Concernant le concert du 30 juin, il pense que le pianiste était soit Olivier Hutman, soit déjà Denis Badault. Quant à ce 5ème prix décerné à ce dernier, Philippe croit se souvenir que Denis s’était produit en solo et que ce 5ème prix avait été créé pour lui, dans le cadre d’un palmarès très disputé. Je crois quant à moi que c’était mon premier ou deuxième Concours de la Défense en tant que membre du jury, car cette histoire de 5ème prix sensé corriger un palmarès très disputé me dit vaguement quelque chose. Quoiqu’il en soit, Denis Badault avait un bel avenir devant lui.
En mars 1926, deux pionniers du jazz de la Nouvelle-Orléans se retrouvèrent à Moscou: le clarinettiste-saxophoniste soprano Sidney Bechet et le trompettiste Tommy Ladnier.
Le jazz posait un problème au pouvoir soviétique : musique décadente de l’impérialisme américaine ou musique prolétarienne d’un peuple opprimé aspirant au communisme ? En 1926, la réponse officielle pencha en faveur du jazz et les Jazz Kings du tromboniste Frank Withers purent prolonger leur grand tournée européenne jusqu’en Russie où ils parvinrent à Moscou en février, programmés à guichets fermés le 22 au cinéma Malaya Dimitrova. Ils y firent un triomphe et l’on dansa le charleston dans les rangées ! On les vit encore à la Maison des écrivains et au Conservatoire de Moscou. Outre Sidney Bechet, l’orchestre était composé de Fred Coxcito (baryton), Dan Parish (piano) et Benny Peyton (batterie), et fut rejoint par la chanteuse afro-américaine Coretti de Utina, qui accompagna leur tournée russe jusqu’à Odessa. Née Coretté Elisabeth Hardy en 1881 dans l’État de New York, elle les avait précédés sur le Continent européen dès 1902 au sein d’une troupe de comédie musicale noire, et était parvenue dès 1904 en Russie où, s’y étant installée, elle s’initia même au chant classique.
En mars débarquèrent à leur tour à Moscou, au Cirque national, les Chocolate Kiddies, spectacle dont l’orchestre était dirigé par le pianiste Sam Wooding, avec Tommy Ladnier partageant le pupitre de trompette avec Bobby Martin, le tromboniste Herb Flemming (ancien membre de l’orchestre des Hellfighters de Jim Europe, premier grand virtuose de son instrument dans le domaine de la musique noire), Garvin Bushell, Willie Lewis et Gene Sedric se répartissant les anches, John Warren au tuba et George Howe à la batterie. Il existe une photo témoignant des retrouvailles des deux orchestres (voir The Life and Music of Tommy Ladnier de Bob Lindström et Dan Vernhettes, Jazz Edit) mais aussi des images filmées des Chocolage Kiddies ponctuant l’étonnant documentaire filmé à l’époque par le grand pionnier du cinéma Dziga Vertov, La Sixième partie du monde. Franck Bergerot (Photo d’ouverture tirée du film de Vertov, avec probablement Bobby Martin à l’écran).
Ce 22 avril 1981, en seconde partie après le concert de Novos Tempos du batteur José Botto, on découvrait le big band du batteur Jacques Thollot, peut-être un rêve de big band. Textes et photos Franck Bergerot

Jacques Thollot, l’enfant prodige découvert âgé de 13 ans en 1959 dans l’émission de télévision Jazz Memories de Sim Copans, jouant Night in Tunisia avec Bernard Vitet, Bob Garcia, Georges Arvanitas et Luigi Trussardi. On peut voir ça sur le site de l’INA. Au cours des années 1960, il devint le batteur incontournable d’une sorte de rêve de jazz, d’utopie, d’Idéal, auprès de Jef Gilson, Jean-Luc Ponty, Michel Roques, Barney Wilen, Michel Portal (sur son premier disque où il doublait avec Aldo Romano), Joachim Kühn (doublant avec Stu Martin), … puis, sa réputation débordant des frontières, avec Jacques Pelzer et René Thomas au Festival de Comblain-La-Tour, avec Don Cherry et Rolf Kühn à Berlin, Steve Lacy à Rome, etc.
En 1971, il livre au label Futura de Gérard Terronès, un étrange album trahissant un imaginaire débordant le seul domaine de la batterie (et du jazz) : “Quand le son devient aigu, jetez la girafe à la mer”. Il y joue de la batterie, des percussions, du piano, de l’orgue et de l’électronique, avec quelque chose de « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » comme disait l’autre. Album réédité récemment par Le Souffle continu.
Il réitère quatre ans plus tard chez Palm, le label de Jef Gilson, “Watch the Devil Go” (également disponible aujourd’hui au Souffle Continu). Cette fois-ci, il s’est entouré de François Jeanneau qui émerge alors, âgé de quarante ans, d’un long épisode en marge du jazz (Claude François, le groupe de rock Triangle, les studios), de Jean-François Jenny-Clark avec qui il n’a cessé de collaboré depuis le milieu des années 1960, plus la chanteuses Charlie Scott sur un titre qui annonce la nécessité à venir d’une voix, voire de textes. Comment situer ça ? Des moments qui préfigure le Jeanneau du trio avec Texier et Humair ; et d’autres qui pourraient évoquer Morton Feldman, Jacques Ibert, Robert Wyatt voire Frank Zappa, en moins sarcastique et en plus tendre.
En 1977, “Resurgence”, le titre d’un nouvel album sur Musica laisse à deviner la sortie de ce qui était devenu une sorte de tunnel médiatique. Siegfried Kessler est aux claviers, Beb Guérin à la contrebasse, Nana Vasconcelos aux percussions et Frédérique Gegenbach au chant. Du festival de Chateauvallon subsiste sur le net la captation d’un concert du 11 août 1978 avec Richard Raux, Michel Graillier, Jean-Marie Laumonier et Guillemette Laurens. Et en décembre de la même année est enregistré “Cinq Hops” pour Free Bird, d’un lyrisme peut-être plus discipliné sans perdre de sa troublante étrangeté : on y retrouve François Jeanneau auprès du flûtiste Chris Howard (ne s’agirait-il pas d’ailleurs de Chris Hayward ? Quelqu’un saurait-il nous renseigner ? ) ; on connaît déjà Michel Graillier, mais on découvre François Couturier et Jean-Paul Celea qui feront équipe ensemble. Un programme que j’ai entendu en concert (je ne disposais pas encore d’appareil photo) et dont il me semble me souvenir qu’il m’avait laissé perplexe, peut-être du fait d’une sonorisation par trop brouillonne.

L’annonce de la création d’un big band par Jacques Thollot constituait un véritable évènement. En fait de big band, il s’agissait de tout autre chose : pas de trompette, mais un trombone tenu par Marc Welch et un cor entre les mains d’Yves Valada, des anches simples (saxophones et clarinettes) confiées à Jean-Louis Chautemps, Jean-Jacques Ruhlman (ci-dessus côte à côte), Jacques Di Donato, des anches double avec Jean-Claude Malgoire (hautbois) et Marc Vallon (basson), des cordes frottées avec Pierre Blanchard (violon), Serge Dutrieux et Michel Michalakakos (alto), Hervé Derrien (violoncelle), un piano et un Fender-Rhodes derrière lequel on découvre Emmanuel Bex (déjà entendu ainsi que Ruhlman au sein d’un Jacques Thollot 5tet), une contrebasse jouée par François Perret et des percussions battues par Jean Chultes, la chanteuse Carol Rowley que l’on retrouvera notamment dans d’autres grandes formations (Sylvain Marc, Georges Acogny, le Pandemonium de François Jeanneau). Le tout sous la direction d’un chef de formation classique, Patrice Mestral. Plus Jacques Thollot à la batterie et ses architectures orchestrales qui en disent long sur un renouveau du jazz en grand orchestre aspirant à s’émanciper des conventions du big band en s’ouvrant à un certain héritage classique-contemporain.

Affiche ci-dessus trouvée à l’instant sur la page facebook de Bertrand Gastaut de Dark Tree Records. Ce qui pourrait remettre en cause l’identification de Carol Rowley au pupitre de chanteuse. Jean Rochard qui m’a envoyé un mail ému en souvenir de cette soirée notamment de son après-concert, me précise que c’est bien Chris Hayward qui jouait de la flûte sur « Cinq Hops”.
Pour autant, j’avais totalement oublié cet orchestre. Daniel Soutif qui en chronique la prestation dans Jazz Magazine, bien qu’animé d’un a priori très favorable fait le constat d’un manque de préparation qui semble préluder à un sorte de renoncement. Renoncement de l’artiste ? Ou désintérêt public ? On retrouvera Jacques Thollot de façon sporadique auprès de François Tusques (“Intercommunal Free Dance Music Orchestra, Vol.4”, Vendémiaire, 1982) ou Jacques Berrocal (“La Nuit est au courant” In Situ, 1989). On doit à Jean Rochard et le label Nato un nouveau coup de projecteur à l’occasion d’un disque en trio de Tony Hymas avec Jean-François Jenny-Clark (“A Winter’s Tale”, 1992), puis un disque lumineux sous le nom du batteur avec Henry Lowther, Tony Hymas, Noël Akchoté et Claude Tchamitchian, plus la voix de Marie Thollot (“Tenga Niña”, 1995) et enfin “Configuration” sous le nom de Sam Rivers avec Hymas, Akchoté et Paul Rogers (1996).
Puis il doit me manquer des épisodes. On complètera éventuellement par les entretiens avec Noël Akchoté (“1995/1” et “1997/2”, disponibles sur bandcamp). Peut-être par les “chutes” et “archives” réunies par Jacques Berrocal sur LP (“Intra Musique”, un live de 1969 avec Michel Portal, Mimi Lorenzini, Eddy Gaumont et Daniel Laloux ; “More Intra Musique” où il joue de tous batterie, piano, synthétiseur, électronique et bandes magnétiques)… Et l’on reviendra sur son intense discographie des années 1960 évoquée plus haut.
Jacques Thollot est mort en 2014.
Cette musique que Jacques Thollot avait rêvé pour cette grande formation présentée le 22 avril 1981 à Cardin, peut-être s’est-elle réalisée sur le disque “Thollot In Extenso” produit par Nato en 2017, avec ses amis et admirateurs, plus de lointains héritiers peut-être pas tout à fait conscient de l’être : Sunny Murray (sa voix le temps d’un message) ; la voix de Marie Thollot, sa fille, sur un texte de Jacques adapté par Caroline de Bendern, son épouse ; un quatuor à cordes arrangé par Tony Hymas (Clément Janinet, Régis Huby, Guillaume Roy et Marion Martineau) ; le cornet de Kirk Knuffe et le vibraphone de Karl Berger ; la clarinette de Catherine Delaunay en duo avec Hymas ; un quartette constitué de François Jeanneau, Sophia Domancich, Jean-Paul Celea et Simon Goubert sur partitions co-écrites par Jacques et Micheline Pelzer ; plus quelques archives comme la cymbale de Thollot avec le vibraphone de Karl Berger, la guitare de Noël Akchoté avec les claviers de Noël Akchoté… et le quartette de Thollot avec Nathan Hanson, Tony Hymas et Claude Tchamitchian. Franck Bergerot

Du 27 au 1er mai, l’Umlaut Big Band vous attend pour une semaine d’immersion dans la musique pour big band de Charles Mingus.
À la tête de l’Umlaut Big Band, le saxophoniste Pierre-Antoine s’est fait une spécialité du relevé orchestral, de l’exploration outre-Atlantique des archives des grands compositeurs de jazz et de la recréation de répertoires orchestraux historiques. Pour ce stage s’adressant à des instrumentistes confirmés, il s’entoure de trois autres piliers de l’Umlaut : le saxophoniste Benjamin Dousteyssier, le contrebassiste Sébastien Beliah et le batteur Antonin Gerbal. Au programme : travail en petit et grand ensemble, cours théoriques, conférence, restitution publique conclusive. Le tout dans un cadre de rêve, le Château de Ratilly, monument du 13e siècle dans la Puisaye, lieu historique de stages, d’expositions et concerts (salles équipées notamment de piano). Hébergement et restauration de qualité.
Plus de renseignements: https://www.umlaut-bigband.com/workshops.