Fred Goaty, Author at Jazz Magazine

“3121 Las Vegas” dans les bacs le 27 novembre pour le Record Store Day du Black Friday et “3121 Expanded Edition” le 11 décembre : les admirateurs de Prince sont aux anges.
Par Fred Goaty

Après une somme toute brève période de léthargie ponctuée d’annonces parfois maladroites, le Prince Estate revient aux affaires sérieuses et vient d’annoncer la sortie successive de deux albums :
– Le premier, “3121 Las Vegas Live”, sortira le 27 novembre pour le désormais rituel second Record Store Day de l’année, celui du Black Friday (rebaptisé pour l’occasion Purple Day ?). Disponible en deux versions (3 LP en vinyle bleu cristal ou 2 CD), il contient, tiens donc, 21 morceaux (lire plus bas), entre grands classiques et perles rares. Attention : édition limitée, risque classé “très haut” d’indisponibilité quasi instantanée !
– Le second, annoncé il y a quelques semaines par L. Londell McMillan, le gestionnaire principal du Prince Estate, est la version “Expanded” de l’excellent cru 2006 de Prince, “3121”. Aux 12 chansons originales, 10 inédits et/ou raretées ont été ajoutées, dont Time Of Ur Life, déjà disponible officiellement en streaming. “3121 Expanded Edition” sera disponible en versions 3 LP + 1 blu-ray (filmé à Las Vegas en 2007) ou 2 CD + 1 blu-ray. Encore un peu de patience…

Black Sweat en vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=XDtL9-p_RTY

“3121 Expanded Edition”, les morceaux
CD 1
Album original

1. 3121
2. Lolita
3. Te Amo Corazón
4. Black Sweat
5. Incense and Candles
6. Love
7. Satisfied
8. Fury
9. The Word
10. Beautiful, Loved and Blessed
11. The Dance
12. Get On the Boat

CD 2
Additional Vault Recordings

1. Time of Ur Life
2. The Streets of Panama
3. Another Girl
4. The Word (Acoustic)
5. Elixer
6. Glass Cutter
7. Love (Acoustic)
8. Ur’e Such A Tease
9. Te Amo Corazón (Acoustic)
10. Girls In the Band

“3121 Las Vegas Live”, la set list

CD 1

1. 3121
2. Girls & Boys
3. Satisfied
4. Down By The Riverside
5. Purple Rain
6. Lolita
7. Black Sweat
8. Kiss
9. Shhh
10. Musicology / Prince And The Band
11. Pass The Peas

CD 2
1. I Never Loved A Man (The Way I Love You)
2. Love Changes
3. Somewhere Over The Rainbow / Nine Million Bicycles (Medley)
4. If I Was Your Girlfriend
5. Pink Cashmere
6. Cream
7. U Got The Look
8. Crazy
9. Get On the Boat
10. Play That Funky Music

Annoncé quelques semaines à peine à l’avance, complet dès la mise en vente malgré des prix déraisonnables, le concert de Stevie Wonder à Paris, une première depuis seize ans, était sans conteste l’événement live de l’année, d’autant qu’il coïncidait avec le cinquantenaire de “Songs In The Key Of Life”.
Par 
Frédéric Adrian

Alors que l’ensemble de ses prestations françaises depuis les années 2000 au moins étaient consacrées à un répertoire en forme de best of, c’est donc le répertoire de “Songs In The Key Of Life”, copieux double album de 21 chansons, qui constituait le cœur du programme de la soirée.
À 20 h 15, l’obscurité se fait et un petit discours enregistré de Stevie Wonder est diffusé. Quand la lumière revient, la scène est remplie : Wonder lui-même trône en majesté, assis derrière ses claviers, et il est entouré d’une bonne vingtaine de musiciens : Greg Phillinganes et Eddie Brown aux claviers, Stanley Randolph à la batterie, Aaron Draper et Senfaub Stoney aux percussions, Errol Cooney et Yohei Nakamura à la guitare et le fidèle Nathan Watts à la basse, Dwight Adams et Igmar Thomas à la trompette, Corey Wallace au trombone, Brent Birckhead et Nate Myers IV au saxophone, six choristes (le fidèle Keith John, la « lovely » Aisha Morris (qui accompagne également les déplacements de son père), Jada Spight, Latrelle Lantz, Zuri Yvette, KJ McNeill) et une section de cordes de neufs musiciens sous la direction du Docteur Henry Panion III, collaborateur de longue date de Wonder. 
C’est désormais Greg Phillinganes qui assure les fonctions de directeur musical  à la place de Nathan Watts – l’un et l’autre sont les seuls à apparaître sur l’album original ! –, et la différence est frappante. Là où les prestations de Wonder dans les années 2000 et 2010 étaient quelques peu desservies par des arrangements oldies qui avaient tendance à uniformiser le son des morceaux, Phillinganes choisi de rester aussi proche que possible des originaux, tout en laissant à Wonder la place pour improviser si l’envie lui en prend.

Comme sur l’album, c’est par Love’s In Need of Love Today que commence le concert. Bonne surprise : même s’il semble déléguer une bonne partie des claviers à Phillinganes, la voix est là, bien supérieure à ce que laissait entendre certaines vidéos d’il y a quelques années. Pour le titre suivant, Have A Talk With God, il est rejoint par son fils, Mandla Morris, dont le chant évoque beaucoup l’influence paternelle, et par l’harmoniciste français Frédéric Yonnet, un de ses collaborateurs réguliers. Le premier grand moment de la soirée est Village Ghetto Land, que Wonder chante seul avec l’accompagnement des cordes, reproduisant à la perfection l’arrangement de la version originale. L’instrumental jazz-rock Contusion permet ensuite aux membres de l’orchestre de montrer qu’ils n’ont pas grand-chose à envier à leurs prédécesseurs. 
Très attendus, les tubes arrivent dans la foulée, avec l’enchaînement Sir Duke / I Wish, repris à pleine voix par toute la salle. Visiblement de très bonne humeur, Wonder commente « je le suis encore et je le serai toujours » après la phrase d’ouverture sur l’époque où il était « a little nappy-headed boy »…
Après un très beau Knocks Me Off My Feet prolongé par une jam étendue au cours de laquelle Wonder encourage la participation du public, les cordes occupent à nouveau l’avant-plan musical pour une version stupéfiante de Pastime Paradise, un de ses classiques qu’il ne joue que rarement. Plus prévisibles, Summer Soft et Ordinary Pain viennent ensuite, avant que le set ne se conclue par deux titres du EP “A Something’s Extra”, Saturn (déjà interprété par Wonder à Bercy en 1992 !) et Ebony Eyes, souvent négligés sur disque mais qui, déclinés en live, prennent vraiment vie.

Après une heure dix de musique sans temps faible, l’entracte, bref, est bienvenu pour se remettre de ses émotions, et Wonder ne tarde pas à revenir sur scène pour une séance de présentation de photos de ses différents enfants, qui s’enchaîne évidemment sur Isn’t She Lovely. Étrangement, la pause n’a pas vraiment été profitable à Wonder, qui semble soudainement manquer d’énergie, comme l’indiquent le long solo d’harmonica en pilotage automatique qui vient clore le morceau ou la terne version de Joy Inside My Tearsqui suit. 
Le passage par Black Man, sans doute la composition la plus médiocre du double album original, et par les deux titres restant du EP, All Day Sucker et Easy Goin’ Evening (My Mama’s Call), ne permet pas vraiment de redresser la barre même si le retour de Yonnet à l’harmonica pour un trio avec Wonder, également à l’harmonica, et Phillinganes au melodica, sur ce dernier morceau ne manque par de charme. 
Même si le résultat est encore un peu confus, Wonder semble retrouver sa concentration sur Ngiculela – Es Una Historia – I Am Singing, prélude à ce qui restera le sommet du concert : un duo à couper le souffle avec la harpe de Brandee Younger, dont c’est la seule apparition de la soirée, sur If It’s Magic. Wonder n’a plus à forcer son talent pour les deux derniers morceaux du disque, As, accueilli par des cris de joie, et Another Star. A noter que les quatre morceaux inédits issus des séances de l’album parus fin septembre n’ont pas été joués, et que Wonder n’y a fait aucune allusion…

Même si le second set a déjà dépassé une heure dix et que le programme du disque original est épuisé, personne n’a vraiment envie que cela s’arrête, et Wonder moins encore que les autres. Il s’amuse à imiter l’accent français (« Stevie, you have to go ») et joue avec les nerfs du public en mentionnant un invité surprise avant d’attaquer Superstition. Lors du passage précédent de Wonder à Bercy, c’est Prince qui l’avait rejoint pour ce morceau – et il est probable que nombre de spectateurs, présents ou non ce soir-là, ont l’image en tête –, aujourd’hui c’est Lenny Kravitz qui est de la partie. Si je ne peux pas dire que cela me réjouit particulièrement, la réaction du public est plus qu’enthousiaste, et Kravitz, à la guitare et au chant se sort mieux que bien de l’exercice, qui semble l’enchanter. Et si Wonder quitte la scène alors que le riff du morceau tourne encore, c’est pour mieux y revenir quelques instants plus tard, le temps de quelques couplets de You Haven’t Done Nothin’ – peut-être un clin d’œil aux politiques qu’il interpelait quelques instants plus tôt tout en assurant ne pas être là pour parler de politique !
Pas sûr que Wonder, dont les prestations se sont beaucoup raréfiées ces dernières années, sur fond de santé défaillante, ait encore souvent l’occasion d’arpenter les scènes françaises, mais si c’est la dernière fois qu’il apparaît chez nous, ce fut un bouquet final à la hauteur de sa carrière…

En 2003, “Marquee Moon”’ et “Adventure”, les deux premiers albums de Television, avaient été réédités en CD augmentés d’inédits, de raretés et d’un livret biographique. Warner Music vient de les ressortir à l’identique.
Par
Julien Ferté

Février 1977 : “Marquee Moon” de Television sort, et la face du rock en sera à jamais changée. Considéré à juste titre comme l’un des meilleurs premiers albums de tous les temps – et pourtant pas entré dans le Top 200 lors de sa sortie ! –, il révélait deux guitaristes au style parfaitement complémentaire, Richard Lloyd et Tom Verlaine – chanteur du groupe, et songwriter attitré –, dont les envolées étaient subtilement soulignées par le bassiste Fred Smith et le batteur Billy Ficca.
« They are one band in a million ; the songs are some od the greatest ever. The album is Marquee Moon », écrivit alors Nick Kent. Depuis, “Marquee Moon” fait de l’ombre à son successeur, “Adventure”, paru un an plus tard et qui souffrit, sur le coup, de la comparaison.



Près d’un demi-siècle plus tard, réécouter “Marquee Moon” et “Adventure” à la suite permet de mesurer à quel point que la stature monumentale du premier rend le second plus petit qu’il n’est en réalité. Car “Adventure” est remarquable, et mérite impérativement d’être réévalué, ce qui semble d’ailleurs être le cas depuis quelques années. Un tel album sortirait aujourd’hui qu’on crierait sans doute au génie. La tension, l’urgence et certaine rage punk (à l’américaine) savamment contrôlée sont peut-être moins présentes, mais le songwriting n’est pas moins inspiré, et de Glory au fantastique The Fire (avec un Verlaine… en feu) en passant par Ain’t That Nothin’, Foxhole et Days (où certaine mélancolie affleure), “Adventure” reste indissociable de “Marquee Moon”, formant un insécable diptyque reflétant l’âge d’or de cette nouvelle vague rock made in New York dont l’épicentre créatif était le légendaire club CBGB.



Mais, bien sûr, “Marquee Moon” reste un chef-d’œuvre indéboulonnable. Huit chansons parfaites, avec cette tension et cette urgence qu’on évoquait plus haut.  Tom Verlaine et Richard Lloyd se partagent les solos et c’est un festin électrique qui culmine au plus haut degré d’invention et d’inspiration dans la chanson-titre, qui dure plus de dix minutes et personnifie les fantasmes johncoltraniens de Tom Verlaine, qui rêvait que “Marquee Moon” soit supervisé par Rudy Van Gelder (responsable de la prise de son de dizaines de classiques Blue Note et Impulse). Car moins qu’avec un producteur, il voulait avant tout travailler avec un ingénieur du son. Fred Smith fit écouter à Verlaine quelques classiques de Led Zeppelin et des Rolling Stones en attirant son attention sur le fait qu’Andy Johns était derrière la console d’enregistrement.
Andy Johns n’était pas familier de la nouvelle scène punk new-yorkaise, mais accepta de venir enregistrer – et produire – ce nouveau groupe, pour lequel il façonna d’abord le son de batterie qui était l’une de ses marques de fabrique. Un son énorme, à la John Bonham. Réaction de Verlaine : « Non, non, on ne veut pas ça du tout ! On veut un son sec, sans réverbération, sans compression géante. » Sidéré, Andy Johns dirigea malgré tout les séances, qui durèrent à peine plus d’une semaine, puis rentra en Californie, guère enthousiasmé par la musique : « C’est bon, vous n’avez plus besoin de moi de toute manière… »
Verlaine, Lloyd, Smith et Ficca le supplièrent de revenir pour mixer l’album. Ce qu’il fit, avec, subitement, une grande passion pour ces chansons, toutes analysées dans le livret de la réédition par Alan Licht. On notera aussi que, fort heureusement, les cinq bonus tracks – dont le légendaire single Little Johnny Jewel Parts 1 & 2 de 1975 – ont été conservées, ainsi que les trois d’“Adventure”.
PS : En 2003, Rhino avait aussi publié le CD “Live At The Old Waldorf” enregistré à San Francisco le 29 juin 1978 dont le prix dépasse parfois les 300 € aujourd’hui ! Une réédition serait bienvenue pour celles et ceux qui n’avaient pu se procurer cet instant collector à l’époque…

CD Television : “Marquee Moon” et “Adventure” (Elektra Rhino / Warner Music, dans les bacs le 16 octobre).

Annoncé pour le 4 décembre, la réédition du cinquantième anniversaire de “Zoot Allures”, grand cru 1976 de Frank Zappa, s’annonce mirifique.

Tous les zappaphiles le savent : “Zoot Allures” (Zappa Records / Universal, zappa.com) devait à l’origine être un double 33-tours. Le coffret “50th Anniversary” contiendra évidemment tout ce que le Génial Moustachu voulait y inclure, mais aussi un concert enregistré en mars 1976 à Paris. Dans les bacs le 4 décembre. Impatience !

CD 1 ZOOT ALLURES – THE ORIGINAL ALBUM – 2026 REMASTER + BONUS ALLURES

  1. Wind Up Workin’ In A Gas Station
  2. Black Napkins
  3. The Torture Never Stops
  4. Ms. Pinky
  5. Find Her Finer
  6. Friendly Little Finger
  7. Wonderful Wino
  8. Zoot Allures
  9. Disco Boy
  10. Zoot Allures (Studio Outtake)
  11. Muff Diver
  12. Son Of Canard Du Jour

CD 2 NIGHT OF THE IRON SAUSAGE

  1. Disco Boy (Old Mix)
  2. Friendly Little Finger
  3. Wonderful Wino
  4. Zoot Allures
  5. Sleep Dirt
  6. The Ocean Is The Ultimate Solution
  7. Ms. Pinky (Alternate Mix)
  8. Filthy Habits (Alternate Mix)
  9. Find Her Finer
  10. Black Napkins (Alternate Edit)
  11. The Torture Never Stops (Old Mix)


  12. CD 3LIVE IN PARIS, FRANCE 1976
  13. Naval Aviation Walk On/Incan Art Vamp
  14. Stink-Foot
  15. The Poodle Lecture
  16. Dirty Love
  17. Filthy Habits
  18. How Could I Be Such A Fool?
  19. I Ain’t Got No Heart
  20. I’m Not Satisfied
  21. Black Napkins
  22. Advance Romance
  23. Honey, Don’t You Want A Man Like Me
  24. The Illinois Enema Bandit (Preamble)

CD 4 LIVE IN PARIS, FRANCE 1976 – CONTINUED

  1. The Illinois Enema Bandit
  2. The Torture Never Stops
  3. Chunga’s Revenge
  4. Zoot Allures
  5. Dinah-Moe Humm
  6. Camarillo Brillo
  7. Muffin Man
  8. I’m The Slime
  9. San Ber’dino

CD 5 BONUS ALLURES II

  1. Zoot Allures Radio Ad (Finer Variant)
  2. Wind Up Workin’ In A Gas Station (Alternate Version)
  3. Tryin’ To Grow A Chin (Record Plant ’76)
  4. Black Napkins (Alternate Mix)
  5. Roy & Pinky
  6. Ms. Pinky (Alternate Mix II)
  7. The Torture Never Stops (Monitor Mix)
  8. Find Her Finer (Alternate Mix)
  9. Friendly Little Finger (Old Mix)
  10. Wonderful Wino (Mix Outtake)
  11. Disco Boy (Alternate Mix)
  12. Hofstra Segment
  13. Find Her Finer (Mono DJ Single)
  14. Disco Boy (Mono DJ Single)
  15. Wind Up Workin’ In A Gas Station (Hofstra Dressing Room)
  16. Ms. Pinky (Mix Outtake)
  17. Zoot Allures Radio Ad (Disco Variant)


BLU-RAY AUDIO
 ZOOT ALLURES – THE ALBUM + BONUS AUDIO
24-bit/48kHz Dolby Atmos / 24-bit/48kHz Dolby TrueHD 5.1 / 24-bit/192kHz PCM Stereo / 24-bit/96kHz PCM Stereo

ZOOT ALLURES – THE ALBUM

  1. Wind Up Workin’ In A Gas Station
  2. Black Napkins
  3. The Torture Never Stops
  4. Ms. Pinky
  5. Find Her Finer
  6. Friendly Little Finger
  7. Wonderful Wino
  8. Zoot Allures
  9. Disco Boy

BONUS AUDIO
Son Of Canard Du Jour
Zoot Allures (Studio Outtake)
Muff Drivers

À l’occasion du Black Friday / Record Store Day du 27 novembre, un double LP live de Miles Davis sera mis en vente en édition limitée.

Les connaisseurs vénèrent le fameux “Lost Quintet” de Miles Davis avec Wayne Shorter au saxophone, Chick Corea au piano, Dave Holland à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie. Le trompettiste venait successivement d’enregistrer “In A Silent Way” et “Bitches Brew” (qui sortira en 1970). “Copenhagen Live 1969” (Columbia Legacy) figurait en vidéo dans le coffret du quarantième anniversaire de “Bitches Brew” paru en 2009. Le voici donc en double 33-tours pour la première fois (officiellement), illustré par une peinture de Mati Klarwein, Zonked, qui avait déjà servi en 1993 pour un CD des Last Poets, “Holy Terror”.

Stevie Wonder vient de mettre en ligne sur les plateformes de streaming quatre inédits enregistrés en 1976 pendant les séances marathon du chef-d’œuvre “Songs In The Key Of Life”.

C’est une première : Stevie Wonder n’avait jamais sorti de véritables inédits de ses archives, qu’on imagine faramineuses. Ses disques n’ont jamais été réédités avec des bonus tracks, jamais été vraiment remasterisés.
Alors, tandis qu’il s’apprête à donner un concert à Paris le 15 octobre prochain (pour lequel hélas, des milliers de gens n’ont pas réussi à ses procurer des places), voir surgir quatre chansons totalement inédites gravées pendant les séances on ne plus prolifiques de “Songs In The Key Of Life” a quelque chose de tout à fait réjouissant.
It’s Easier, My Life Story Of Love, I Can See The Sun In Late December (créée par Robert Flack en 1975) et I’m Into Livin’ forment ainsi un EP digital qui, espérons-le, sera suivi dans un futur proche d’un album entier composé, qui sait, de nouvelles chansons, auxquelles pourraient s’adjoindre ces quatre pépites. Restons branchés.

Voici le texte qui accompagnait la newsletter officielle annonçant cette sortie :
« Aujourd’hui, le légendaire chanteur, auteur-compositeur, musicien, producteur et activiste Stevie Wonder célèbre le cinquantième anniversaire de “Songs In The Key Of Life” avec un EP de quatre titres comprenant des enregistrements inédits issus des sessions de l’album : It’s Easier, My Life Story of Love, I Can See The Sun in Late December et I’m Into Livin’. Cette sortie ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire d’un album majeur qui a profondément marqué la musique moderne, offrant aux auditeurs un regard plus approfondi sur l’imagination et l’exploration musicale qui ont accompagné l’une des périodes créatives les plus importantes de Wonder.
Choisis personnellement par Stevie Wonder, ces enregistrements ont été récemment mixés pour cet EP par les ingénieurs du son originels de l’album, John Fischbach et Gary O Adante, qui en avaient assuré l’enregistrement et le mixage. Sur le LP original, Adante était crédité sous le nom de Gary Olazabal.
À 4 h 54 du matin, alors que s’achevait la toute dernière session studio de “Songs In The Key Of Life”, Nathan Watts, le bassiste de longue date de Stevie, s’exclama : “Fo’FiftyFo’!” À partir de ce moment-là, l’expression devint synonyme de fin de session et un private joke pour tous ceux qui gravitaient autour de Stevie. Aujourd’hui, cette heure marque un nouveau départ, puisque quatre enregistrements jamais publiés auparavant arrivent jusqu’à nous, faisant le lien entre la création de l’album et son nouveau chapitre.
“Nous vivons avec Songs in the Key of Life depuis cinquante ans, mais il reste encore des choses à entendre”, déclare Wonder. “Nous n’avons pas ajouté ces morceaux à l’album, mais ils faisaient partie de ce que je ressentais et de ce que je découvrais pendant sa réalisation. Ils me ramènent à cette période de ma vie, et maintenant, ils peuvent entrer dans la vôtre.” »
À découvrir dès maintenant en streaming !

Firefly : The Emily Remler Story, le premier documentaire consacré à Emily Remler doit sortir en 2027, l’année où la guitariste disparue en 1990 aurait eu 70 ans.

Réalisé et produit par Al Naffah en collaboration avec la succession d’Emily Remler, le Berklee College of Music et le Musicians Institute de Hollywood, le film promet de retracer « son parcours à partir d’images de concerts et d’entretiens d’archives inédits ». La guitariste y raconte « une grande partie de son histoire avec ses propres mots ».
Jennifer Batten, Martin Taylor, Sheryl Bailey et Eleonora Strino figurent parmi celles et ceux qui témoignent dans le film.
Une campagne Kickstarter sera lancé le 25 septembre pour terminer le documentaire :
https://www.kickstarter.com/projects/fireflyemilyremler/help-us-finish-firefly-the-emily-remler-story

Photo : Brian McMillen

La compilation “The Shel Talmy Recordings” revient sur les premières années et les premiers singles du jeune chanteur en devenir.
Par Fred Goaty

Depuis que David Bowie est passé de l’autre côté du miroir, une somme assez conséquente d’albums live ont paru, ainsi que de somptueux coffrets, tous devenus collectors, qui de “Five Years 1969-1973” à “I Can’t Give Everything Away 2002-2016” ont traversé son œuvre à nulle autre pareille.
Et voici que s’ajoute à cette discographie post-mortem “The Shel Talmy Recordings”, compilation de 45-tours enregistrés entre janvier et août 1965 – “David Bowie”, son premier 33-tours, ne sortira qu’en juin 1967 – avec The Manish Boys ou sous le nom de Davie Jones & The Lower Third. Période pré-historique du futur Thin White Duke s’il en est.



Il va sans dire qu’en attendant que le Vault de leur héros livre encore plus de secrets, les hardcore fanatics de celui qui ne commencera de se produire sous le nom de David Bowie qu’en 1966 ne vont sans doute pas laisser passer ces vingt-deux antiquités pop / R&B, dont dix inédites, produites par l’un de ces hitmakers qui prenaient sous leur aile – leur joug ? – les jeunes artistes grand-bretons en devenir : Shel Talmy, comme Micky Most ou Joe Meek, ne distinguait des charts que le sommet, le reste ne l’intéressait pas.



Et même si aucun titre gravé par le jeune David (18 ans) en cette année formatrice n’est devenu un tube, pas même ceux bénéficiant de la présence du Steve Lukather local, un certain Jimmy Page (tout excité d’utiliser sa Fuzz Box dans I Pity The Fool), il faut absolument écouter ces “Shel Tallmy Recordings” pour mieux comprendre la suite et mesurer tout le travail accompli par Davie Jones pour devenir David Bowie, l’un des artistes les plus fascinants de sa génération.
PS : Livret passionnant signé Alec Palao (munissez-vous cependant d’une loupe pour le lire…).

À écouter
David Bowie : “The Shel Talmy Recordings” (Parlophone, dans les bacs le 18 septembre, CD et LP).
Photos : X/DR (EMI Records).

C’était l’une des plus belles voix de sa génération, elle vient de s’éteindre : Fred Goaty se souvient de Cassandra Wison.

Cassandra Wilson n’est plus, et notre univers intime continue de se dépeupler.
Je n’ai que des bons souvenirs avec Cassandra Wilson. D’abord, la découverte, à la fin des années 1980, de sa voix si sensuelle et si envoûtante et de sa musique, libérée de tout carcan stylistique, via ses premiers disques pour le label défricheur JMT…
(S’il-vous-plaît, réécoutez Never dans “Point Of View”, Electromagnolia dans “Days Aweigh”, Shall We Dance dans “Blue Skies.)
…sans oublier, bien sûr, parce qu’elle était une pionnière du collectif M’Base, ceux de Steve Coleman et ses Five Elements…
(Réécoutez No Good Time Fairies dans “Motherland Pulse”, Little One I’ll Miss You dans “On The Edge Of Tomorrow” et Destination dans “Sine Die”.)
…JMT, toujours JMT, au début des années 1990…
(Réécoutez Woman On The Edge, Jump World et Love Phases Dimensions dans “Jump World”.)
…puis, en 1993, le début de son histoire avec Blue Note, inaugurée par une trilogie majeure…
(S’il-vous-plaît, apprenez par cœur “Blue Light ’Til Dawn”, “New Moon Daughter” et “Traveling Miles”.)
…que des bons souvenirs, oui, comme ce concert à Fort-de-France en 1991, cette soirée M’Base à Jazz in Marciac, et toutes les interviews que j’ai eu le bonheur de faire avec elle pour Jazz Magazine, entre Paris et Londres.
Fascinante, mystérieuse, insaisissable, mais chaleureuse et complice aussi, Cassandra Wilson était jazz, Cassandra Wilson était folk, Cassandra Wilson était blues, Cassandra Wilson était unique et plurielle, enfant du Mississippi, de Betty Carter et de Joni Mitchell, entre autres grandes au niveau desquels elles s’était élevée.
Alors redisons-le : “Blue Light ’Til Dawn”, “New Moon Daughter” (produits par Craig Street) et “Traveling Miles” sont trois chefs-d’œuvre indissociables au gré desquels elle réinventait aussi bien Robert Johnson que U2, Billie Holiday que Neil Young, Hank Williams que Miles Davis – “Traveling Miles” est sans aucun doute le plus bel hommage rendu au trompettiste.
Elle s’était faite discrète ces dernières années, mais on pensait souvent à elle.
Et on ne l’oubliera jamais.
So long Cassandra…

En dix chansons, “Timeless”, la nouvelle compilation d’inédits de Prince, traverse cinq décennies de création musicale ininterrompue. Verdict.
Par Fred Goaty

Le concept : dix chansons inédites – certaines circulent sur le net, pas toujours dans les mêmes versions – qui traversent cinq décennies. Pour prendre conscience, une fois de plus, de l’incroyable diversité esthétique d’un multi-instrumentiste, auteur, compositeur, arrangeur et producteur de génie qui n’aura décidément jamais étanché sa soif de musique(s).
Maintenant que son geste musical s’est figé dans le temps, ce qui laisse un peu plus de place à la réflexion, on commence enfin à se rendre compte que, bien avant l’heure, Prince a questionné les genres : homme, femme, straight, gay… Chez lui tout le monde avait droit de cité, toutes les raisons d’être étaient reines, même quand elles étaient évoquées frontalement, voire crûment. Parallèlement, fatalement, logiquement, les genres musicaux passaient tous au tamis de sa douce folie créatrice.

D’emblée, I Am You, piste 1,et Tick Tick Bang, piste 2, laissent pantois. Ainsi, tout ce qui allait faire la singularité du Minneapolis Sound, ou le Son Prince si l’on préfère, était déjà en place dans I Am You. Cette voix androgyne, ce groove tout en tension élastique, ces mini-riffs et ces nappes de synthé, cette basse qui claque… Seule frustration : un fade out qui arrive presque trop vite, tant on aimerait entendre la suite.
Quatre ans plus tard, mutation punkoïde avec Tick Tick Bang, (version avec guitare façon Communication Breakdown / Led Zeppelin en overdub), histoire de rappeler aux oublieux que le rock and roll, même énervé, était bien une musique noire. Ce qu’il continuera de souligner aussi férocement et brillament en 2007 avec The Guilty Ones, piste 8, nouvelle poussée de fièvre rock and roll auréolée d’un fantastique solo de guitare.

Piste 3, la bien nommée Heaven, aller simple au Paradis Princier. Jeanne Added et Thomas de Pourquery vont adorer. Vous aussi. Message personnel : « Mon Prince, tu aurais dû la sortir en 1985 celle-là, elle serait déjà culte depuis longtemps… » Là encore, tous les accroche-tympans du Son Prince sont distillés avec maestria, ces handclaps et ces micro-mélodies qui sont une marque de fabrique, ce chant démultiplié (avec la voix de Susannah Melvoin en prime), ces arrangements polychromes qui confinent au féérique… Du grand, du très grand Prince.

Piste 4, I Wonder, comme une pile à combustion lente, furieusement princière, groove moelleux, chœurs gospellisants, chouette solo de piano. Pistes 5, With This Tear : hello Céline Dion, à laquelle Prince avait offert cette superbe ballade romantique en 1992. Piste 6, Stone, qui aurait pu – dû ? – faire partie prenante de la multitude du monumental triple album “Emancipation”. Pas forcément inoubliable, mais là aussi, le charme opère lentement.

Piste 7, Calabama, piste 9 (2003), Bestest Friend (2007, faux airs de The Beautiful Ones) : Prince refaisait du Prince qui refaisait du Prince qui refaisait du Prince (ad lib), et ça marchait toujours. Constat : l’émoi serait XXL si un.e jeune artiste arrivait à pondre deux chansons de cette qualité aujourd’hui !
Et enfin, How Come U Don’t Call Me Anymore, live à Oakland en mars 2016. À peine plus d’un mois avant de passer de l’autre côté du miroir, Prince était encore capable de chanter comme ça. Alors, forcément : la larmichette.
Verdict ? INDISPENSABLE !

CD ou LP Prince : “Timeless” (NPG Records Paisley Park / Sony Music). Les musiciens sont crédités et les dates d’enregistrement précisées.
Photos : © Steve Katz
Merci à Julian D. & Romain P.