Le pénultième album studio de la regrettée Tina Turner (1939-2023) vient de ressortir en coffret deluxe. Visite guidée.
Par Fred Goaty
Imaginez un peu : Tina Turner et Barry White dans le même studio…
« The sun goes down », chante-t-elle d’abord…
« And the moon comes up » répond-il…
« My heart is pumping for you », ajoute-t-elle…
La température, c’est sûr, avait dû monter de plusieurs degrés.
Trevor Horn (Yes, Frankie Goes To Hollywood, Grace Jones, Seal…) était derrière la console – de la buée sur ses lunettes ? Possible.
De In Your Wildest Dreams, il existe deux versions, l’une en duo avec Antonio Banderas, dans la version européenne de “Wildest Dreams” (parue en avril 1996), et l’autre, donc, avec Barry White, inclue dans la version américaine remaniée parue quelques mois plus tard, en septembre de la même année. On nous permettra d’avoir une préférence pour la seconde, même si l’acteur espagnol assure honorablement ; mais dans le rôle du Special Guest Vocalist, Sting s’en tire évidemment bien mieux que lui dans On Silent Wings…

C’est un fait : “Wildest Dreams” ne fut pas, en son temps, aussi marquant que “Private Dancer”, son chef-d’œuvre de 1984. Seulement voilà : les largesses éditoriales de cette “30th Anniversary Edition” le remettent autrement en lumière. Trente ans après, l’attente n’est plus la même, le petit jeu des comparaisons aves les albums précédents n’a plus lieu d’être, le recul encourage la hauteur de vue, l’écoute apaisée. Et là, surprise : cet album révèle plusieurs chansons qui ont magnifiquement passé l’épreuve du temps.

Six singles, tout de même, avaient été extraits du pénultième opus studio de la plus grande chanteuse de rock de sa génération – aux inflexions certes soul et gospel. Goldeneye (pour le Bond du même nom, le premier avec Pierce Brosnan), Missing You (une reprise puissante du tube eighties de John Waite), Something Beautiful Remains, In Your Wildest Dreams, On Silent Wings et Whatever You Want, cette pépite inclassable – rock, post-rock, tech-rock ? – mise en son avec maestria par Trevor Horn, sans parler cette extraordinaire performance vocale. Cette voix vous saisit corps et âme et ne vous lâche plus. Avec Do What You Do, Whatever You Want est le meilleur moment de “Wildest Dreams”.
Il y a une autre reprise mémorable dans “Wildest Dreams”, Unfinished Sympathy de Massive Attack, qui sonne moins comme un standard trip-hop que comme du Seal, alors qu’elle n’est pas produite par Trevor Horn mais par Garry Hughes…
Le CD 2 contient comme du coutume son lot de raretés et de remixes, dont la version brûlante de In You Wildest Dreams évoquée plus haut.
Et puis, réédition deluxe oblige, le joli coffret immaculé contient un blu-ray permet de la revoir sur scène à Amsterdam lors de “Wildest Dreams Tour”. Et là, la fascination est toujours aussi grande : on nous pardonnera de rappeler qu’elle avairt alors, mais voir une si belle personne de 56 ans dégager une telle énergie, une telle autorité, chanter avec une voix à damner tous les saints de la terre et danser ainsi en alignant un nombre sidérant de tubes planétaires a de quoi vous filer des frissons, et même vous tirer la larmichette – et quel groupe de killers hard-R&B pour l’accompagner !
Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, un autre live a été ajouté : le double CD du concert de Wembley, extrait de la même tournée, qui prouve que chaque soir Madame Turner donnait tout.
COFFRET “Wildest Dreams 30th Anniversary Edition”, 4 CD + 1 blu-ray, Parlophone, déjà dans les bacs).
Photo : Duncan Raban Popperfoto (Getty Images).
Motörhead In And Out, entre autres histoires d’une vie exubérante, signé par le batteur francophile Lucas Fox, fait traverser le Channel au lecteur et remonte le temps pour retrouver diverses scènes musicales londoniennes qui ressemblent aujourd’hui à des mondes perdus.
Par Julien Ferté
On ne va pa se mentir : le classic line up de Motörhead, autour de l’inamovible Lemmy Kilmister, comprenait le guitariste “Fast” Eddie Clarke et le batteur Phil “Philty Animal” Taylor, power trio sans équivalent dans l’histoire du hard-rock. Mais avant The Ace Of Spade et l’intro légendaire d’Overkill, il avait eu, aux côtés de l’ex-bassiste et chanteur d’Hawkwind, fan des Beatles et de Grant Green (si, si…), le guitariste Larry Wallis et le batteur Lucas Fox, qui incarnèrent la première mouture de Motörhead, dont la durée de vie fit aussi brève qu’un classique du groupe joué à 100 à l’heure, un soir l’Hammersmith Odeon.
Lucas Fox est donc l’auteur de Motörhead In And Out, entre autres histoires d’une vie exubérante, et comme son titre et plus encore son sous-titre l’indiquent, ce n’est pas une énième biographie des pionniers de la New Wave Of British Heavy Metal mais l’autobiographie, écrite dans la langue de Molière, d’un jeune passionné de musique vite happé par la lumière surgie des fûts d’une batterie, et qui se retrouva, à peine sorti de l’adolescence, aux côtés d’un des plus grands rebelles de l’Histoire du rock grand-breton, punk dans l’esprit, hard-rocker forever ; Lucas Fox se brûla vite les ailes, n’enregistra qu’un seul album avec Motörhead, “On Parole”, gravé en pleine furia punk mais seulement publié en 1979 – entre temps, on avait prié Phil “Philty Animal” Taylor de réenregistrer toutes ses partie de batterie…
Ainsi suit-on ses pérégrinations, du Swinging London des sixties à celui des premiers séismes punk, aux milieux desquels Lucas Fox trouvera finalement son équilibre musical en se joignant au groupe Warsaw Pakt, dont le premier album, “Needle Time” (yout un programme…), fut enregistré, masterisé et lis en vente en vingt-quatre heures – les tempos rapides, toujours les tempos rapides ! Si l’on se perd un peu, parfois, dans les méandres de ses souvenirs d’une étonnante précision – quelle émoire ! –, toutes les pages où l’on croise Lemmy retiennent l’attention.
LIVRE Motörhead In And Out, entre autres histoires d’une vie exubérante, par Lucas Fox (éd. Hors Collection, 386 pages, 21,90 €).
Après une jeunesse vouée au jazz en tant que guitariste amateur et chroniqueur à Jazz Hot, Gérard Brémond, qui vient de nous quitter, se lança à corps perdu dans les affaires : fondateur de la station de ski pionnière Avoriaz et leader européen du tourisme de proximité à la tête de Pierre et Vacances. Fortune faite, il est revenu à ses premières amours en cofondant la radio TSF Jazz puis en reprenant le club le Duc des Lombards. En 2014, il avait accepté de répondre aux questions de Jazz Magazine.
Au micro Pascal Rozat
Comment avez-vous attrapé le virus du jazz ?
Comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai découvert le jazz à l’adolescence, à travers Sidney Bechet. Par la suite, devenu un amateur un peu sectaire, j’ai complètement rejeté Bechet, considérant que c’était de la musique de surboum sans aucun intérêt. Avec mes amis, nous consacrions quasiment 100% de notre temps au jazz et au cinéma, la difficulté consistant à mener quand même des études en parallèle, pour faire plaisir à la famille et se préparer un vague avenir matériel…
C’est à cette époque que vous vous mettez à la guitare ?
J’étais au lycée Janson-de-Sailly et, avec des camarades, nous avons monté un orchestre. Mon musicien préféré était alors Charlie Christian, qui reste pour moi la référence, à côté de Django Reinhardt. Avec le groupe, on écumait les boums HEC, les mariages… Ainsi, c’est en tant que guitariste que j’ai touché mon premier chèque, à 15 ans ! Hélas, je n’étais guère doué. Un jour, un jeune garçon débarque lors d’une de nos répétitions, prétendant savoir jouer de différents instruments. Il s’appelait Olivier Despax. Notre pianiste l’invite à prendre la gui-tare pour montrer ce qu’il sait faire : il était d’une dextérité ! À la fin, tout le monde m’a regardé, et j’ai compris reste l’un de mes souvenirs les plus cuisants. Mais finalement les choses se sont arrangées : Olivier Despax est devenu mon meilleur ami, et je suis resté dans le groupe en me mettant à la contrebasse, un instrument mieux adapté à mon incompétence. Plus tard, j’ai complètement cessé de jouer. Au fond, je suis un musicien raté. Si j’avais eu ne serait-ce que 10 ou 20 % des capacités de Django ou Charlie Christian, je n’aurais jamais créé Pierre et Vacances.
Dans votre jeunesse, vous vous êtes également illustré en tant que critique à Jazz Hot…
Je m’étais déjà construit une petite notoriété dans le monde du jazz, en participant régulièrement, avec mon ami Guy Kopelowicz, au jeu du blindfold test dans Pour ceux qui aiment le jazz, sur Europe 1. [Émission légendaire présentée par Daniel Filipacchi et Frank Ténot, NDLR.] Nous appelions et gagnions presque toutes les semaines ! À la clé, nous remportions ce qu’il y avait de plus précieux à nos yeux : des disques. À Jazz Hot, je faisais des chroniques – très importantes, là encore, puisque le disque était offert ! –, mais aussi des reportages et quelques articles de fond, dont un de quatre pages sur John Coltrane qui reste peut-être ce que j’ai fait de moins mal dans ma vie [Jazz Hot n°142, avril 1959, NDR]. Lorsqu’en mars 1960, John Coltrane s’est produit avec Miles Davis à l’Olympia – où il a été copieusement sifflé par le public –, je suis allé le trouver en coulisse pour lui montrer mon article, tout fier de moi. Le titre en était “The Angry Young Tenor”, car j’avais interprété sa musique comme un cri de révolte contre le racisme. Là-dessus, il m’a répondu qu’il ne faisait pas de politique, que cela ne le concernait pas, et m’a fait comprendre qu’il souhaitait que je le laisse tranquille, afin qu’il puisse noter quelque chose qu’il venait d’improviser et dont il souhaitait se souvenir ! J’ai eu le même genre de mésaventure avec Thelonious Monk : j’étais allé le voir en coulisse avec son dernier disque, pour lui dire que je trouvais ça formidable. Il me l’a arraché des mains et l’a balancé au loin, avant de partir sans dire un mot, comme l’ours qu’il était.

Par la suite, vous allez vous consacrer entièrement à votre activité d’entrepreneur : une rupture avec le monde du jazz ?
Le jazz est toujours resté la bande-son de ma vie, et il se reflète aussi dans ma façon de travailler. C’est une musique qui vous apprend à casser la routine : lorsqu’un morceau se déroule de manière prévisible, c’est très ennuyeux. Il faut qu’il se passe quelque chose, ce qui suppose de se mettre – et de mettre les autres – en danger. Miles Davis et Monk étaient des maîtres en la matière. Le management d’entreprise peut se pratiquer de la même manière. Au cours d’une réunion importante devant des analystes, je vais par exemple demander à l’improviste à la directrice financière de parler d’un sujet qui n’est apparemment pas dans ses attributions, comme un nouveau concept de Center Parcs dans la Vienne basé sur l’animalier ! Ces provocations, ces taquineries, ces changements de rôle, me viennent de ma connaissance du jazz. Ce n’est même pas conscient, cela fait pour ainsi dire partie de mon code génétique.
Comment allez-vous être finalement amené à investir dans le jazz ?
Cela a commencé par un épisode peu connu : à la veille de son cinquantième anniversaire [en 1985, NDR], j’ai racheté Jazz Hot, qui était alors en cessation de paiement et menaçait de disparaître. Cela a duré un an. J’ai perdu dans l’affaire exactement autant d’argent que ce qu’on m’avait prédit, mais cela a quand même permis de maintenir le titre et de trouver un repreneur. Plus tard, je me suis associé à Frank Ténot et Jean-François Bizot pour créer la radio TSF. C’est Claude Perdriel, lui aussi amateur de jazz, qui nous avait réunis à déjeuner. Nous avions passé entre nous un accord pas très gai, selon lequel celui des trois qui survivrait disposerait d’une option d’achat prioritaire sur les parts des deux autres. Malheureusement, Frank Ténot, puis Jean-François Bizot sont décédés, et c’est ainsi que je me suis retrouvé actionnaire à 100% de TSF.
Et comment s’est passée la reprise du Duc des Lombards ?
C’est Jean-Michel Proust, alors directeur de TSF, qui m’a appelé pour m’annoncer que le Duc allait être vendu, pour devenir un restaurant de moules-frites. Il était encore possible d’agir, mais il fallait faire vite. Dès le lendemain, nous avons rencontré la propriétaire et, à la fin du déjeuner, je lui proposais de racheter le club, pour que ses activités musicales puissent se poursuivre. Ça s’est fait en quelques minutes. Hélas, les voisins du dessus nous ont imposé d’entreprendre l’isolation phonique complète du lieu. Les travaux ont duré six mois de plus que prévu, le budget a été multiplié par trois, une catastrophe ! Si on avait géré Pierre et Vacances comme ça, le groupe serait mort depuis longtemps ! [Rires.]
Justement, quelle différence y a-t-il entre la gestion d’une entreprise comme Pierre et Vacances et celle d’une radio ou d’un club de jazz ?
Dans le domaine du jazz, je ne vise pas la rentabilité ni le profit, mais au moins l’équilibre. Frank Tenot, lui, a subventionné le jazz toute sa vie, en y perdant beaucoup d’argent qu’il compensait par ailleurs. Mais une activité qui perd de l’argent, ça n’est pas sain, car sa pérennité n’est pas assurée, ni même envisageable. Si cette activité est à l’équilibre, en revanche, je peux espérer que le jour où je disparaîtrai, elle sera poursuivie par d’autres.
Comment votre passion du jazz se vit-elle au quotidien ?
Écouter du jazz, c’est aussi important pour moi que boire ou manger, voire plus ! Il y a quelque chose qui me pose beaucoup de difficultés : me réveiller le matin. Pour ça, j’écoute des musiques jubilatoires, comme Erroll Garner ou Count Basie : il y a chez eux une force vitale, une gaieté, un optimisme… Ce que j’ai écouté ce matin ? Rien, car pour une fois, j’étais branché sur les informations, en raison d’une annonce importante faite hier soir concernant la gouvernance du groupe Pierre et Vacances. Mais je me rattraperai ce soir !
Photos : © Jean-Baptiste Millot
Février 1963 : Duke Ellington découvre à l’Africana de Zürich Dollar Brand et sa compagne chanteuse Sathima Bea Benjamin. Une grande carrière commençait pour le pianiste sud-africain qui vient de nous quitter.
Par Franck Bergerot / Illustration Annie-Claire Alvoët
En 1961, la nouvelle République d’Afrique du Sud inscrit l’apartheid dans sa constitution. Pour Dollar Brand, qui ne s’appelle pas encore Abdullah Ibrahim, et sa compagne la chanteuse Sathima Bea Benjamin, l’heure a sonné de quitter leur pays. Ils ont été présentés l’un à l’autre en 1959, lors de l’un des concerts caritatifs organisés par Paul Meyer, jazzfan suisse résidant à Cape Town. C’est chez lui qu’ils sont accueillis à Zürich en février 1962.
Après quelques mois de galère, Dollar Brand décroche un contrat à l’Africana Club et persuade le patron de faire venir de son pays natal sa rythmique habituelle, le contrebassiste Johnny Gertze et le batteur Makaya Ntshoko.
Le 18 novembre, John Coltrane passe les écouter et les encourage chaleureusement. Le 19 février 1963, Sathima Bea Banjamin, qui se joint chaque soir au trio le temps de quelques chansons, apprend que le Duke Ellington Orchestra joue au Palais des Congrès, et s’y introduit par l’entrée des artistes. L’ayant remarquée, le chef l’accueille dans sa loge, écoute son histoire, puis lui fait installer une chaise dans les coulisses pour écouter le concert. Après quoi, il lui offre son bras et se laisse entraîner vers l’Africana Club.
À leur arrivée, le patron est sur le point de fermer, mais il autorise le trio à donner un nouveau set. Pendant qu’ils jouent, Duke demande à la jeune femme de chanter, ce qu’elle fait en interprétant I’m Glad There Is You. Puis le Duke prend congé en les invitant à lui rendre visite le lendemain matin à son hôtel. Là, il leur apprend qu’il est directeur artistique pour Reprise Records, le label de Frank Sinatra, et leur donne rendez-vous à Paris, au studio Hoche d’Eddie Barclay, où il les retrouve le dimanche 24 février ac-compagné de Billy Strayhorn et du violoniste danois Svend Asmussen.
C’est à Sathima que revient l’honneur de commencer d’enregistrer, accompagnée par un contrechant de violon pizzicati de Svend Asmussen et le trio de Dollar Brand. Lorsque la chanteuse attaque I Got It Bad et Solitude, Duke Ellington sort de la cabine : « Ce sont mes morceaux. C’est à moi d’accompagner. » Puis Billy Strayhorn accompagne à son tour ses propres compositions, Your Love Has Faded et A Nightingale Sang In Berkley Square. Huit autres chansons sont gravées avec le Dollar Brand Trio et chantées de cette douce voix de contralto voilée. Mais Reprise Records décide cependant de ne pas les sortir…
Ce n’est que trente-quatre ans plus tard, en 1997, que le label Enja les publiera, après que Sathima Bea Benjamin ait retrouvé les bandes entre les mains du biographe de Billy Strayhorn, David Hajdu, qui les tenait de l’ingénieur du studio Hoche, Gehard Lehner.
Si Duke Ellington témoigne dans cet épisode de son attrait pour “l’éternel féminin”, il ne manqua pas d’être séduit par les instrumentaux du trio de Dollar Brand. L’influence de Thelonious Monk, à qui il avait chaleureusement cédé le piano de son big band lors du précédent Newport Jazz Festival, n’était pas pour lui déplaire. Mais le compositeur de Fleurette Africaine fut plus encore interpellé par l’autre influence ici dominante, celle du Continent noir, annonciatrice d’une œuvre dont il parraina les vrais débuts en faisant publier à la fin de l’été 1963 “Duke Ellington Presents Dollar Brand”. Entre temps, Dollar Brand et sa compagne s’étaient fait connaître du public d’Antibes-Juan-les-Pins…
Oups : dans notre Guide Officiel des Festivals 2026 figurant dans le nouveau numéro de Jazz Magazine, nous avons annoncé un concert de Fabrice Martinez à Capbreton qui a eu lieu… l’an dernier ! Qu’on se rassure : on pourra voir le trompettiste dans la commune du Triadou dans le Jazz à Junas le 5 juin à la tête de cette « formation éclectique-électrique où l’on remarque notamment la présence de l’excellente claviériste Bettina Kee », pour réinventer avec maestria la musique de ce génie nommé Stevie Wonder, au moment où l’on s’apprête à célébrer le cinquantenaire de son chef-d’œuvre absolu, “Songs In The Key Of Life”.
Fabrice Martinez Quintet, Hommage à Stevie Wonder, avec Raymond Doumbé, basse, Julien Lacharme, guitare, Bettina kee, claviers, Romaric Nzaou, batterie.
Vendredi 5 juin, 21h, Parc de la Plaine, Le Triadou.
Photo : Maxim François.
Le succès extraordinaire du quatrième album d’Eagles fit entrer le groupe de Glenn Frey, Bernie Leadon, Don Felder, Randy Meisner et Don Henley dans une autre dimension. Visite guidée de la “Deluxe Edition” qui vient de paraître.
Par Julien Ferté
The Long Goodbye, Act III : c’est ainsi que se nomme la tournée actuelle d’Eagles aux États-Unis, celle d’un groupe aujourd’hui composé de Don Henley, Joe Walsh, Timothy B. Schmit, Vince Gill et Deacon Frey et qui, comme Fleetwood Mac ou Journey est devenu une vénérable institution, une icône de la culture populaire, au-delà même de la musique. Seule différence avec les années 1970 et 1980, décennies de leurs suprématie artistique et commerciale : Eagles ne règne désormais que par la grâce du live. Sortiraient-ils aujourd’hui un chef-d’œuvre que son impact serait sans doute minime comparé à leur capacité à continuer de rassembler des foules XXL pour leurs concerts.

When Eagles could fly… Photo : Norman Seeff.
En revanche, la ressortie de leurs classic albums continue de procurer un plaisir incomparable. Ainsi, neuf ans après la “40th Anniversary Edition” d’“Hotel California”, leur “Thriller” à eux (leur plus gros succès commercial restera cependant pour toujours leur “Greatest Hits” de 1982 : plus de 40 millions d’exemplaires vendus !), c’est “One Of These Nights” qui bénéficie du traitement de faveur “‘Deluxe”.
Et l’on (re)découvre avec ravissement les huit chansons et le fameux instrumental Journey Of The Sorcerer – sorte de cadeau d’adieu de Bernie Leadon – dans un nouveau mix somptueux, à déguster sur le CD ou le blu-ray, en Atmos ou en hi-res stereo.
Et il faut bien l’avouer : cinquante ans après, “One Of These Nights” n’a absolument rien perdu de sa magnificence. “Hotel California” est aussi un chef-d’œuvre, l’album le plus populaire du groupe grâce à sa chanson-titre, mais la pureté musicale de ce quatrième opus est incomparable : songwriting on ne peut mieux ciselé (on pourrait citer toutes les chansons), qualité des arrangements (ah !, les cordes dans Journey Of The Sorcerer) et de la production (Bill Szymczyk, of course), distribution parfaite des rôles côté chant (les cinq desperados s’y collent tous au moins une fois), équilibre idéal entre rock, country et pop.
Les CD 2 et 3 contiennent un concert capté à l’Anaheim Stadium le 28 septembre 1975 et remarquablement enregistré. Parmi les guests, un certain Joe Walsh venu chanter son Rocky Mountain Way (sans sa talk box), qui n’allait pas tarder à remplacer Bernie Leadon, usé, pour ne pas dire carbonisé par le rock and roll lifestyle.
Pourvu que peu à peu les autres albums d’Eagles soient réédités avec autant de soin !
CD ou LP Eagles : “One Of These Nights Deluxe Edition” (Asylum Records / Rhino, éditions 3 CD/1 blu-ray ou 3 LP).

Avant le très attendu concert du 10 juin à Paris de Beat, supergroup kingcrimsonien réunissant le bassiste Tony Levin, le batteur Danny Carey, le guitariste Steve Vai et son confrère Adrian Belew, ce dernier a bien voulu se raconter pour le Salon de Muziq.
Par Fred Goaty
Depuis que les artistes étrangers ne viennent plus systématiquement en France pour accorder des interviews, le Zoom est devenu le moyen privilégié pour dialoguer avec eux. L’océan qui nous sépare devient un simple écran, et si la connexion ne fait pas des siennes, l’impression d’avoir le musicien quasiment at home n’est pas si désagréable.
Ainsi Adrian Belew s’est récemment retrouvé dans notre pièce à musique, au milieu des dizaines de disques sur lesquels il posé sa griffe depuis la fin des années 1970 : ceux de Frank Zappa, son découvreur, de David Bowie, de Talking Heads, du Tom Tom Club et, bien sûr, de King Crimson, le fabuleux groupe protéiforme de Robert Fripp dont il fut à maintes reprises et à différentes époques l’un des membres essentiels : “Discipline” (1981), “Beat” (1982), “Three Of A Perfect Pair” (1984), qui forment la fameuse trilogie culte “rouge, bleue et jaune”, puis “Thrak” (1995), “The Construkction Of Light” en 2000 et “The Power To Believe” en 2003 n’auraient pas pu exister sans lui, sa voix envoûtante, ses talents hors norme de songwriter et son jeu de guitare extraordinaire, si complémentaire de celui de Fripp.
Sans doute nostalgique de cette période dorée de sa vie de musicien, Adrian Belew a décidé au sortir des années Covid de rejouer le répertoire kingcrimsonien, avec la bénédiction de Robert Fripp – mais sans sa participation –, et sous le nom de Beat.

Tony Levin, Steve Vai, Adrian Belew, Danny Carey, alias Beat.
L’idée de départ était de réunir la section rythmique de la trilogie tricolore évoquée plus haut : Tony Levin à la basse et Bill Bruford à la batterie. Ce dernier déclina poliment : plus envie « de jouer à la rock star » et de « passer son temps à attendre ses bagages à l’aéroport ». Place, donc, au batteur de Tool, Danny Carey, qu’Adrian Belew avait déjà convié à participer à deux de ses albums solo au début des années 2000.
Pour s’asseoir sur le trône laissé vacant par Robert Fripp, seul un sacré client pouvait postuler. Bienvenue, dès lors, à un autre ex-sideman de Frank Zappa, le stunt guitarist du Génial Moustachu, connu – et vénéré dans le monde entier – pour ses contributions mémorables aux disques de Public Image Limited, Alcatrazz, David Lee Roth et Whitesnake : le seul et unique Steve Vai.
Le double CD/blu-ray paru l’an dernier, enregistré live le 10 novembre 2024 à Los Angeles, a brillamment répondu à toutes les attentes : oui, ces quatre virtuoses pouvaient parfaitement jouer ensemble et faire honneur à la musique de King Crimson, qui entre leurs mains plus qu’expertes n’a absolument rien perdu de son pouvoir de fascination.
Allez, il est temps de cliquer sur le lien Zoom…
Hello… Hello, Adrian Belew ? Je vous entends mais je ne vous vois pas… Et vous, vous me voyez ? Oui, très bien, mais je ne suis pas très Zoom… Ça ne fait rien, moi je vous vois ! D’ailleurs, votre visage m’est familier…
Nous nous sommes rencontrés en 2017, je vous avais interviewé avec Stewart Copeland pour la sortie de l’album de Gizmodrome… Mais oui, ça me revient. Aah, Gizmodrome… J’adore Stewart, mais sans doute y avait-il trop de très bons musiciens dans ce groupe… comme dans Beat ! [Rires.] Je plaisante…
Adrian Belew, vous avez 76 ans, et dans “Neon Heat Desease Live In Los Angeles”, le premier album de Beat, vous chantez exactement comme dans les années 1980 et 1990. Le temps ne semble pas avoir de prise sur vous. Quel est votre secret ? Je n’ai pas de secret. J’ai toujours pensé que ç’avait à voir avec le fait d’être créatif et de jouer de la musique. Ça me procure tant d’amour et de joie – quant à notre public, la manière dont ils participent lors des concerts, wow… Chaque jour, j’essaye de penser à faire quelque chose de précis, d’être créatif. Ça m’occupe l’esprit. Et physiquement, ça va, j’ai un bon poids, je fais de l’exercice quotidiennement, je ne prends aucune drogue, je bois très peu d’alcool, j’essaye tout simplement de vivre une vie saine ! Les autres membres du groupe aussi. Ça me fascine de constater que nous avons atteint un âge où on aurait, sinon dû arrêter, du moins ralentir, mais nous ressentons tous un désir profond de jouer, nous adorons faire ça, j’adore faire ça. Non, non, rassurez-vous, je n’arrêterai jamais !
Votre style de jeu, qui n’est pas basé sur vitesse, la vélocité, la performance, c’est aussi ça qui vous a permis de passer le cap des ans sans encombres… Je crois oui. Pour moi, tout a toujours été une question de son, tout procède d’une certaine vision, d’une conception, de directions que je voulais prendre. Pas tant les notes, et certainement pas la vitesse.
Je sais que c’est un peu cliché, mais votre façon de jouer me fait songer au travail d’un peintre… C’est exactement comme ça que je vois les choses ! D’ailleurs, je me suis vraiment mis à peindre ces quinze dernières années, et j’ai réalisé que peindre et créer de la musique, c’est la même chose. Ce sont les mêmes éléments qui entrent en jeu : vous avez des tons comme des couleurs, une profondeur, des compositions… Tant de choses en commun ! C’est comme pousser les mêmes boutons dans votre esprit. J’ai vraiment beaucoup peint, et notamment pendant le Covid, je me suis mis à la peinture digitale, sur iPad. On peut faire ça partout, dans le train, dans l’avion… Peindre est vraiment très bon pour moi, car toute ma vie j’ai pensé en ces termes. Je pense que la plupart des musiciens ont eu, enfant, une certaine attraction pour l’art, le dessin. C’est quelque chose de naturel je crois.
Quand Frank Zappa vous a découvert à Nashville et a instantanément été séduit par votre jeu, qu’a-t-il aimé en premier à votre avis ? Je ne sais pas… Il pensait beaucoup de bien de moi… Moi je me concentrais sur sa musique, qui était si difficile à jouer… Frank aimait ma voix aussi, l’idée d’avoir un guitariste qui savait aussi chanter.
Justement, pensez-vous être suffisamment reconnu en tant que chanteur et auteur-compositeur ? J’aimerais dire que ça n’a pas d’importance, mais d’une certaine manière ça en a. Quand on fait beaucoup d’efforts au cours de sa vie, on a besoin, c’est vrai, d’une certaine reconnaissance. Mais on n’a ce qu’on mérite. Cela dit, je suis très heureux comme ça, heureux d’être allé là où je suis allé, d’avoir accompli toutes ces choses, et si d’aucuns n’ont aucune idée de ce que j’ai fait, je suis comblé d’avoir pu travailler avec toutes ces personnes formidables. Je suis fier de mon héritage, c’est tout ce que je peux dire.
Vous pouvez effectivement l’être… Merci, c’est gentil.
Mais c’est un fait : votre discographie parle pour elle-même ! [Il rit.] Quand “Beat” est sorti, la même année que “Lone Rhino’”, votre premier album solo, difficile de ne pas prendre conscience de vos talents de singer songwriter… Être chanteur et songwriter, c’était une part importante de mon rôle aux côtés de Robert, avec King Crimson. Vous savez, avant même que je fasse partie de ce groupe, King Crimson avait toujours eu ce genre d’équilibre, entre musique instrumentale très sérieuse et chansons écrites de manière plus classique – souvenez-vous de I Talk To The Wind. Ça les a rendus bien meilleurs que s’il n’avaient été qu’un heavy instrumental band, ou juste un pop band. Quand je suis arrivé, je connaissais bien leur tradition, et je me suis dit que je devais la prolonger. Mais j’avoue que j’ai été surpris quand Robert [Fripp] m’a donné les rênes – façon de parler –, mais au bout du compte je me suis dit qu’on devait continuer ainsi. C’était bien plus intéressant comme ça.
Vous avez aussi appporté une dimension soul dans votre chant, R&B… C’est vrai. J’ai grandi en écoutant cette musique, elle passait à la radio, quand vous êtes un gamin blanc qui grandi en Amérique, vous essayez d’être soulful… [Rires.] Pour Heartbeat, le côté soul que vous entendez, je suis tout à fait d’accord…
Dans Neurotica, il y a même un côté rap… Mais oui, exactement ! Le rap des débuts… Avec le jeu jazz de Bill [Bruford]. Nous aimions tous tant de musiques différentes… Robert a appris avec un prof jazz. Mais, tout simplement, c’est de la musique ! Nous y mettions tout ce que nous avions en nous, et c’est pour ça que ça sonnait ainsi. C’est la même chose avec Beat.
Beat sur scène en 2024.
Vous commencez d’ailleurs les concerts de Beat avec Neurotica. C’est une sorte de manifeste ? Oui. Je me suis dit qu’on devait frapper d’emblée très fort, en pleine face [rires], avec les deux premiers morceaux, montrer que nous étions là, qu’on ne plaisantait pas, et à partir de là, on avait le droit d’aller là où on voulait aller, sans pression. Avec des chansons plus douces notamment, Man With An Open Heart, Heartbeat. Dans la première partie, il y a quelques chansons familières, mais aussi d’autres que les gens n’ont jamais entendues live : Model Man, Dig, Industry… La seconde partie est plus consacrée aux classiques… Choquon d’abord, et ensuite installons les gens dans quelque chose de plus confortable ! [Rires.]
En juin prochain, sera-ce plus ou moins la même set list ? Oui. Car pour nous cette histoire est encore récente. Tony Levin serait le premier à vouloir changer, mais il est ravi, car nous n’avons pas encore eu un vrai moment pour s’asseoir et se dire : « Ok, faisons autre chose… » J’ai donc dit aux autres, après les dates européennes, qui en quelque sorte bouclent la boucle – nous avons déjà tourné en Amérique du Sud, aux États-Unis et au Canada –, que je voulais tourner d’autres pages du songbook, jouer Dinosaur, car il faut bien que “Thrak” soit à l’honneur aussi. Il me tarde, mais il faudra patienter… Mais ça va être fantastique, croyez-moi. Nous sommes ravis de nous retrouver.
Quand vous jouez avec Steve Vai, qu’est-ce qui est le plus difficile et le plus “simple” ? C’est très naturel, nous sommes frères, même si on ne s’était jamais vraiment rencontrés auparavant. Steve aurait tous les droits du monde pour être un prima donna, mais ce n’est absolument pas le cas : c’est une personne merveilleuse, il est doux et intelligent. Nous avons tissé des liens très, très vite. Quasi instantanément. Donc, rien de difficile : que de la joie.
Quand avez-vous découvert les livres de Jack Kerouac, qui a tant inspiré vos chansons dans “Beat” de King Crimson ? Au tout début des années 1980, son style, et celui Neal Cassidy, m’ont effectivement inspiré dans mon écriture… [Neal And Jack And Me est la seconde chanson de la set list de Beat…] Je lis beaucoup, je lis tout le temps, parfois des heures durant. Je veux épuiser chaque sujet, je suis comme ça !
Je n’ai pas d’autres questions Zappa, pas de questions Bowie ni de questions Talkin Heads, mais j’ai une question Herbie Hancock : vous souvenez-vous de The Twilight Clone, l’instrumental que vous avez enregistré avec lui en 1981 et qui fugure dans l’album “Magic Windows” ? Très bien, oui. C’était vraiment fun de jouer avec lui. C’est lui qui avait eu l’idée de m’appeler. Au début des années 1980, il était venu assister à plusieurs concerts de King Crimson, je me souviens notamment de lui, backstage, au Greek Theater à Los Angeles. Il était très amical, très agréable. Je n’aurais jamais pensé qu’il ferait appel à moi un jour ! Mais vous savez ce qu’il a fait ? Il faut le souligner : après avoir ajouté ma signature sonore sur ce morceau, avec juste lui et moi dans un studio plein de claviers – la musique était déjà prête –, il m’a donné un crédit de compositeur ! Personne ne fait ça ! D’habitude, vous êtes payé, c’est tout. C’est le signe d’un grand gentleman. 86 ans ?! Il ne change pas. C’est fou.
Je crois que vous avez croisé Bill Bruford récemment… Oui, lors de la dernière Cruise To The Edge 2026. Nous mangions dans le même salon privé. Je l’ai tout de suite vu, et j’ai dit à mes musiciens : « Regardez, c’est Bill Bruford. » Il a bien ri… Je lui ai dit : « Bill, il y a une femme prête à payer quinze dollars pour nous photographier ensemble… » Il a ri encore plus. J’adore son trio avec [le guitariste] Pete Roth. Bill, c’était mon batteur préféré avec King Crimson avant que je fasse moi-même partie du groupe. Et je sais qu’au moment où je vous parle, il attend ses bagages quelque part… [Rires]
CONCERTS Beat avec Adrian Belew, Steve Vai, Tony Levin et Danny Carey le 10 juin à Paris, le 13 à Strasbourg (Salle Erasme).
CD / BLU-RAY “Neon Heat Desease Live In Los Angeles” (Inside Out, 2025).
Photos : John R. Luini / Chime, Alison Dyer.
Merci à Olivier Garnier.
L’incroyable Leila Martial vient de donner au Pan Piper un concert en technicolor fou et émouvant.
Ce n’était certes pas la première fois qu’on voyait la toujours sidérante et envoûtante Leila Martial sur scène, mais jamais on ne l’avait vue maîtriser avec une telle maestria toutes les facettes de son art, offrant avec Jubilä un spectacle total, entre improvisation et pantomime, chanson et beat-boxing, Edith Piaf et chants “folie-phoniques” habités par l’art des Pygmées Aka.
Entre irrésistible drôlerie, aussi – elle peut à tout instant se métamorphoser en clown, subtile et touchante, blagueuse façon « Baby comme Bach » – et émotion à fleur de peau : comment ne pas être bouleversé par une chanson comme À l’enfant que je n’aurai pas ? (C’est impensable.)
Ce spectacle mis en son et en scène avec fantaisie et délicatesse, ce tour d’enchantement d’une femme libre et sans complexe est une expérience à nulle autre pareille qu’on est heureux d’avoir vécue. En ces temps de repli sur soi et de glorification de “vivre ensemble” au moment où les fractures sociétales n’ont jamais paru aussi vives, voir une artiste aussi inventive et inspirée jouir sans entraves de tout ce que la scène peut apporter à celles et ceux qui savent en brûler passionnément les planches a quelque chose de profondément rafraîchissant et d’enthousiasmant. Fred Goaty
À ne pas manquer, les trois représentations parisiennes exceptionnelles du bouleversant documentaire de Benjamin Delattre.
Tandis que dans le nouveau numéro de Jazz Magazine la BO du documentaire de Benjamin Delattre est récompensée d’un Choc, on pourra assister au Christine Cinéma Club (4, rue Christine, Paris 6ème, réservations ici) à trois représentations exceptionnelles avec trois invités différents : le 20 mai à 18 heures avec Daniel Humair, le samedi 23 à 14 heures avec Arnaud Merlin et le dimanche 24 à 14 heures avec Fred Goaty.
Le film sera également projeté à Rock This Town à Pau (le 2 mai) | à Jazz sous les Pommiers à Coutances (du 8 au 16 mai) | à Jazz en Comminges à Saint-Gaudens (du 13 au 17 mai) | à l’Institut de l’Image à Aix-en-Provence (le 27 mai) | au Festival Jazz Campus en Clunisois (le 30 mai) | à Jazz à Marciac (du 20 juillet au 5 août) | à Ciné Jazz en Place à Dinan (le 24 août) | au Festival Cinezic de Vernoux-en-Vivarais (le 7 novembre) | au Festival D’Jazz à Nevers (le 11 novembre)…
Pré-commandez dès à présent l’album de la Bande originale du film, dernier témoignage phonographique de Michel Portal, en cliquant sur ce lien !
“5150” avait marqué début 1986 l’arrivée du chanteur Sammy Hagar au sein du groupe des frères Van Halen. Un coffret célébrant le quarantième anniversaire de cet album très populaire vient de sortir. Visite guidée.
Par Julien Ferté
33-tours délicatement posé sur la platine, saphir into the groove première chanson, Good Enough, entrée en fanfare de Sammy Hagar : « Hello baaaaaby… » D’emblée, on savait où on allait avec le Van Halen nouveau (aussi attendu, chaque année, que le Beaujoulais). Bienvenue au Club des Poètes ? Comment, un opus proto-grunge ?! Du post-hard-rock expérimental ? Vous n’y êtes pas. L’arrivée du pétaradant Sammy, qui succédait à David Lee Roth, parti voguer solo dans la foulée du succès phénoménal de son EP “Crazy From The Heat”, ne signifiait en rien un changement radical de direction.
Bien au contraire : avec “5150”***, Van Halen continuait de creuser le sillon d’un hard-rock hédoniste et spectaculaire, sans nulle autre prétention que celle de donner du bon temps à ses fans, qui attendaient au tournant leur groupe chéri depuis le départ de “Diamond Dave”, après dix ans de bons et loyaux services.
Petit rappel des événements notables des années 1985-1986 :
– Septembre 1985 Eddie Van Halen annonce au Farm Aid que Sammy Hagar est le nouveau chanteur de Van Halen ;
– Novembre 1985 “VOA”, le neuvième album studio de Sammy Hagar, bossté par cette annonce et le classique instantané I Can’t Drive 55 devient disque de platine ;
– Mars 1986 Sortie de “5150”, qui atteint le sommet du Billboard 200 un mois plus tard (une première pour Van Halen) et triple-platine en octobre ;
– Juillet 1986 Sortie du premier album solo de David Lee Roth “Eat ’Em And Smile” (Warner Bros. Records).
Si vous n’avez pas au moins 50 ans, vous ne pouvez pas imaginer l’attente suscitée, en son temps, par la sortie de “5150”. Pour toute une génération de (quasi) boomers, le Van Halen Mark I avec David Lee Roth – et, faut-il le rappeler, Eddie Van Halen à la guitare et aux claviers, Michael Anthony à la basse et Alex Van Halen à la batterie – était une référence suprême.
Et même si l’excitation générée par la sortie de cet album crucial ainsi que celle, annoncée, du premier David Lee Roth, “Eat ’Em And Smile” (avec Steve Vai, Billy Sheehan et Greg Bissonette), une certaine forme d’inquiétude, sinon d’angoisse, régnait : Van Halen sans son bondissant frontman historique serait-il toujours Van Halen ? Quarante ans après, les débats sont toujours ouverts, et font parfois même rage entre les fans de la première heure : Van Halen ou Van Hagar ? Diamond Dave ou The Red Rocker au micro ? (« The Red Rocker » est le surnom de Sammy Hagar.)

Sammy Hagar, Eddie et Alex Van Halen plus Michael Anthony
= Van Halen ’86. Photo : Mark Weiss
Comme souligné plus haut, tout cela fut rapidement balayé par la qualité exceptionnelle de “5150”, sans parler de celle de d’“Eat ’Em And Smile” (ainsi, ce divorce avait multiplié le plaisir par deux). En neuf chansons coproduites non plus par Ted Templeman (retenu par D.L.R.) mais par un triumvirat composé d’Eddie Van Halen, l’ingénieur du son Don Landee et Mick Jones (non, pas celui de The Clash, de Foreigner !), Van Halen maintenait donc brillamment le cap. Fun fact : Nile Rodgers, Rupert Hine et… Quincy Jones avaient été envisagés pour produire “5150”.
Hard-rock surpuissant (Get Up, “5150”) hard-rock heavy-potache (Summer Nights, avec un solo ahurissant du surdoué en chef à la six-cordes, Best Of Both Worlds et son petit côté AC/DC serti d’un refrain stadier), hard-rock funky (Inside, Good Enough), hard-rock-pop so eighties (le tubesque Why Can’t This Be Love, le romantique Love Walks In, l’inoubliable Dreams et son clip à la Top Gun, avec Eddie plus inspiré que jamais au synthétiseur), chant exalté-exaltant (Sammy Hagar, sacré gosier s’il en est, a toujours su mélanger habilement fun solaire et robertplantismes savamment dosés), flair mélodique affûté, son d’ensemble poli-chromé-mais-pas-trop : on ne le savait pas encore, mais Van Hagar, pardon, Van Halen commençait son règne avec son meilleur album.

Que revoici donc lové dans l’un de ces coffrets “Deluxe” comme on les aime et auxquels on est donc habitués depuis que “For Unlawful Carnal Knowledge”, en 2024, et “Balance”, l’an dernier, ont également bénéficié de ce traitement de faveur éditorial. “5150” n’est pas en reste : à l’album original remasterisé sur le CD 1 (et le LP) s’ajoutent :
– Huit rarities dans le CD 2 (version Edit et, surtout, Extended Versions de Why Can’t This Be Love et Dreams, plus trois versions live de Best Of Both Worlds, Love Walks In et une reprise de Rock And Roll à faire pâlir Jimmy Page et sourir Robert Plant) ;
– Un “Live At The Veterans Memorial Coliseum, New Haven, CT, August 27, 1986” inédit avec une set list assez réjoussante : There’s Only One Way To Rock et I Can’t Drive 55 (extraits du songbook de Sammy Hagar), les meilleurs morceaux de “5150”, seulement deux classiques davidleerothiens, évidemment (Panama et Ain’t Talkin’ ’Bout Love), un Guitar Solo qui si besoin était nous rappelle au génie d’Eddie et deux reprises fort divertissantes, Wild Thing des Troggs (avec une sacrée passe d’armes entre Sammy et Eddie à la guitare) et Rock And Roll de Led Zeppelin ;
– L’intégralité de votre vieille VHS (ou de votre vieux DVD) de “Live Without A Net” en HD sur le blu-ray (concert d’anthologie), plus deux vidéos assez sages (les boyz de Van Halen négligeaient volontairement ce médium, laissant leur ex-lead singer faire le pitre sur MTV).
– Un beau livret avec photos et paroles, mais pas de liner notes.
Au « Hello baaaaaby… » évoqué au début de cet article avait quatre mois plus tard suivi le « Are you ready for a new sensation ? » lâché par Diamond Dave dans Yankee Rose, la première chanson de “Eat ’Em And Smile”. Hellooooo Warner Records, merci pour tout, mais sachez que nous sommes toujours prêts pour de new sensations : le coffret Deluxe d’“Eat ’Em And Smile”, suivi par celui de “OU812” (pour finir la saga Hagar) et, LE PLUS VITE POSSIBLE, par les rééditions “Super Deluxe” des six premiers albums de Van Halen. Duly noted ?
COFFRET Van Halen : “5150 40th Anniversary Limited Edition” (Rhino / Warner Records).
Photos : Bonnie Schiffman, Mark Weiss, Ross Halfin (Warner Music Group).
*** Pour info, cette précision dans la langue états-unienne : « The 5150 legal code allows “a person with a mental illness to be involuntarily detained for a 72-hour psychiatric hospitalization” »..

Alex et Eddie Van Halen, Michael Anthony, et Sammy Hagar en 1986.