Christophe Rocher 2 / Nautilis à travers les âges… et l’Atlantique.
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Deuxième chapitre d’une longue interview qui en comportera trois à l’occasion d’un regain d’activité* du clarinettiste Christophe Rocher, figure de la scène brestoise. Où il est question d’une collectif passé sous sa direction, l’ensemble Nautilis, d’échanges au-delà des mers (Amérique du nord, Brésil, Indes), d’anthropologie et de neuro-sciences. À lire également Christophe Rocher 1 / De Clichy-la Garenne à Penn Ar Jazz.
En 2011, vous montez Nautilis.
J’avais envie de créer un collectif avec des musiciens que j’avais repérés comme étant proches de ma vision et qui vivaient en Bretagne : Grégoire Hennebelle (violon), Ruth Matarasso (violoncelle), Philippe Champion (trompette), Nicolas Peoc’h (saxophone alto), Céline Rivoal (accordéon), Christofer Bjurström (piano), Fredéric B. Briet (contrebasse), Nicolas Pointard (batterie), Vincent Raude (électronique). Un personnel qui a évolué avec les départs de Ruth Matarasso puis de Grégoire Hennebelle. Le but était de construire à la fois un outil de création musicale et une structure qui nous permettrait de travailler. J’étais devenu assez bon pour trouver des financements, pour organiser en lien avec les politiques culturelles ; je suis assez structuré et tenace dans le travail, avec une vision plutôt à long terme… résultat peut-être de ma formation d’ingénieur. Sans intention de me mettre en avant, mais plutôt de créer un écosystème avec mes ami·e·s. Une attitude foncièrement politique, avec une arrière-pensée écologique. Je voulais impliquer des hommes et des femmes qui vivent en Bretagne, même si cette notion de parité dans le jazz n’avait pas encore pris la place qu’elle prendrait bientôt.

Une belle aventure dont il a résulté un certain nombre de projets artistiques, plutôt jazz, animée par un désir de collectif, avec des décisions collégiales et des salarié·e·s accompagnant les projets qui se sont avérés nombreux. Un premier répertoire a été enregistré dès 2012, paru sur le titre d’album “Nautilis”, suivi par un photo-concert créé en 2014 autour de l’œuvre bretonne de Guy Le Querrec sous le titre “Regards de Breizh” et publié en 2016, avec la participation de deux invité·e·s : Jacky Molard et Hélène Labarrière. On retrouverait la contrebassiste plus tard avec une partie de Nautilis dans l’ensemble Cabaret-Rocher co-dirigé avec cet autre clarinettiste venu de la musique bretonne, Étienne Cabaret. En 2018 fut créé le programme Evergreen, suite orchestrale composée par Nicolas Pointard, qui témoignait d’une certaine plasticité du personnel (on y croisait Matthias Mahler, Robin Fincker et Antonin Rayon).

À l’ehpad du Ponant de Brest © Éric Legret
Et puis localement, en Bretagne, nous avons été très impliqués dans des actions de territoire, en allant jouer régulièrement dans des lieux où la musique n’entre que peu ou pas du tout, en générant de nouvelles énergies ou en collaborant avec les structures en place : l’Ensemble Sillages de Philippe Arii Blachette (dirigé aujourd’hui par Gonzalo Bustos), Penn Ar Jazz, le Quartz, le conservatoire, les structures sociales comme les ehpad, la prison, les écoles…
À quel moment se mettent en place vos échanges avec l’Amérique ?
Ma rencontre avec l’anthropologue Alexandre Pierrepont nous a aidés à comprendre et à nous inspirer des réalités sociales et politiques des musiques afro-américaines. Lorsque nous nous sommes connus à la fin des années 2000, j’étais encore très actif dans Penn Ar Jazz. Il m’a proposé une tournée aux États-Unis, comme il venait de le faire avec le violoncelliste Didier Petit, lui faisant visiter plusieurs villes, rencontrer des musiciens et réaliser un disque, un roadtrip ! Je n’étais pas sûr que ce programme de concerts uniques me corresponde et j’ai eu une bonne intuition. J’ai préféré partir avec Alexandre et mon ami contrebassiste Frédéric B. Briet pour un séjour de quinze jours du 16 mars au 1er avril 2012, entre New York et Chicago, selon un programme de rencontres, de réflexions sur des projets de collaboration, de repas partagés, de sessions, de répétitions et de concerts [détails ci-dessous].

The Arch 2015 : Alexandre Pierrepont, Christophe Rocher et Hamid Drake © X DR
Ce fut un vrai choc dont il résulta un programme d’échanges transatlantiques. Dès le mois d’octobre 2012, nous avons accueilli le saxophoniste Michael Attias, le contrebassiste John Hébert et les batteurs Michael Zerang et Hamid Drake pour des concerts en duo, trio ou quartette impliquant Philippe Champion, Nicolas Peoc’h, Alexandre Pierrepont ou moi-même. Durant l’hiver suivant, on retrouvait Zerang sur une nouvelle série de workshops avec les saxophonistes Matt Bauder et Greg Ward, la guitariste Mary Halvorson, le violoncelliste Tomeka Reid, le batteur Mike Reed, etc. D’où il résulta la naissance de The Arch en partenariat avec Penn Ar Jazz, l’Atlantique Jazz Festival de Brest, et la structure jumelle d’Alexandre Pierrepont baptisée The Bridge.

Dès juin 2013, à Chicago, Nicolas Pointard, Frédéric B. Briet et moi-même participions à l’enregistrement de “Bonadventure Pencroff” avec le cornettiste Rob Mazurek, le tromboniste Jef Bishop et les textes d’Alexandre Pierrepont, programme qui tourna en Europe l’année suivante, et donna lieu en 2015 à la tournée d’un grand orchestre franco-américain, The Third Coast Ensemble sur des compositions de Mazurek. En tout, il en a résulté 120 concerts en Bretagne et aux États-Unis entre 2012 et 2015, impliquant des dizaines de musiciens américains. Outre les disques (voir ci-dessous et en notes), tous les concerts et ateliers bretons ont été enregistrés et archivés à Brest grâce au travail de six mois d’une documentaliste, et sont consultables sur place aux Archives de Brest. Je dispose d’une copie avec des droits de diffusion.

De ces échanges a découlé la vocation transfrontalière de Nautilis…
En effet, ce qui s’est passé aux États-Unis a été un déclencheur pour Nautilis. La réussite de ces échanges nous invitait à reproduire cette expérience ailleurs. Et donc d’explorer un territoire et créer des passerelles au sein de groupes associant des artistes de Nautilis et d’un autre pays, de travailler la porosité des langages. Ça a plus ou moins bien marché au Canada à l’occasion d’un nouveau programme d’échange avec la scène de Montréal inauguré en 2017. Et ça a très bien fonctionné au Brésil. Nous continuons aujourd’hui d’aller jouer dans ces pays où nous avons développé un réseau d’amis musiciens ou organisateurs.

Depuis deux ans nous explorons certaines villes en Inde avec mes camarades Étienne Cabaret et Nicolas Pointard. La Grande Boutique de Langonnet s’est montrée intéressée pour accueillir une création avec les musicien·ne·s indien·ne·s. C’est devenu un volet important de l’activité de Nautilis que de travailler à l’international de façon durable, avec des territoires artistiques ayant une typologie de réciprocité.
Si Nautilis est né comme un collectif, vous y faites néanmoins figure de leader.
Autour de 2018, je réalise que mon rêve de collectif n’est pas facile à assurer : je suis la personne la plus impliquée dans l’aventure, une sorte de chef d’orchestre qui ne souhaite pas l’être ni l’assumer. Il en a résulté des incompréhensions, des tensions. Pas facile de trouver le temps pour animer les décisions collégiales ; parfois, il semble plus facile de décider et faire soi-même. J’avais échangé à l’époque avec Peter Orins du collectif Muzzix de Lille et avec certains membres du Surnatural Orchestra qui ont des fonctionnements très différents, et qui consacrent du temps et de l’énergie à ces questions de l’organisation et des prises de décisions collégiales. Steve Coleman m’avait dit que j’étais un utopiste, et conseillé de recentrer toute mon énergie sur ma musique en considérant Nautilis comme mon orchestre à plein temps. À la suite de conseils d’ami·e·s et de collègues – artistes directeur·trice·s de lieux, partenaires institutionnels avec qui j’entretenais des échanges soutenus –, j’ai décidé de changer de position.

Tout en laissant subsister des espaces de construction collective, comme les programmations de concerts, les actions culturelles, j’ai pris la direction artistique de Nautilis devenu mon projet, en m’entourant d’une équipe décisionnelle à trois : Paul Geffrelot puis Morgane Glé et aujourd’hui Alizée Charpentier à la production, Emmanuelle Cavarlé puis Erwan Massiot pour la diffusion, le tout conventionné par l’État. Depuis, huit musicien·ne·s constituent le cœur de l’équipe artistique : Claudia Solal (chant), Christian Pruvost (trompette), Stéphane Payen (saxophones), Céline Rivoal (accordéon), Christelle Séry (guitare électrique), Fredéric B. Briet (contrebasse) et Nicolas Pointard (batterie).
Une évolution qui s’est faite dans un contexte assez peu favorable…
Plusieurs études récentes sur le spectacle vivant en France (notamment celle de Spectacles Vivant en Bretagne) sont assez unanimes sur le chiffre d’environ 50% de baisse du nombre de spectacles diffusés depuis deux ans. Le Jazz et les musiques créatives sont d’autant plus impactés que les diffusions de spectacles restantes sont prioritairement celles qui font « du chiffre ». Les quelques lieux dédiés sont tellement peu nombreux qu’ils ne peuvent répondre à l’afflux de propositions artistiques et surtout ne jouent plus leur rôle de « club » dans la régularité et la complicité aux artistes, la co-construction des projets.

Régis Bunel (bars), Étienne Cabaret (cl), Stéphane Payen (as), Christophe Rocher (bcl). Capture d’écran d’une captation du concert du 24 décembre 2020 au Beaj Klub, par Sylvain Boutet (image) et Léo Aubry (son)
Avec Nautilis, nous avons malgré tout encore des conditions de survie possible pour l’époque du fait des soutiens institutionnels, de notre expérience et de nos réseaux en particulier à l’international. Localement, nous avions durant 7 ans un « club » à nous, le Beaj Klub, qui a périclité avec la fin du COVID (du fait des difficultés financières subies par le lieu qui nous accueillait). Nous organisions un concert par semaine à Brest, dans un petit lieu, le Beaj Kafé qui accueillait entre 20 et 40 personnes et ça, c’était un vrai travail collectif, nous organisions 30 concerts par an dont il reste quelques témoignages vidéo réalisés en période de confinement (donc sans public) sur le site du Kub. On avait un tableau en ligne où chaque membre de Nautilis signalait les programmes qu’il aimerait que l’on répète en public, mais aussi les musiciens qu’il aurait aimé que l’on accueille, les musiciens de passage que l’on pourrait recevoir.

Nous essayons aujourd’hui de mettre en place des partenariats avec d’autres ensembles en France et à l’étranger en nous interrogeant sur la circulation des musiciens, en initiant des co-productions (ce fut le cas pour les concerts organisés en Bretagne et à Paris avec Pegazz et l’Hélicon début 2026). C’est notre manière de répondre à notre échelle à la défaillance actuelle du système de diffusion de la musique et de la culture (et de l’écosystème en général), cela génère de nouveaux partenariats, parfois en dehors des réseaux habituels du jazz, la musique continuera quoiqu’il se passe, ailleurs, autrement, j’y crois, du local au local, en multipliant les petites bulles de création.

Rencontre Nautilis et Pégaz et l’Hélicon avec de gauche à droite Ariel Tessier (dm), Christelle Séry (elg), Étienne Cabaret (bcl), Christophe Rocher (cl), Paul Rogers (b) et Julien Soro (ts), le 13 mars 2026 à Paris au Pavillon de la Sirène. © Franck Bergerot
Lorsque j’ai commencé à fréquenter vos concerts il y a une grosse vingtaine d’années, et avant de découvrir la face sensible de votre personnalité musicale, je vous avais perçu comme “un matheux”.
J’adore la pensée mathématique. La musique était une des quatre sciences mathématiques fondamentales pour Pythagore ! J’adore les sciences en général : on modélise le monde pour s’en faire une meilleure idée, mieux le comprendre, et même le poétiser. À une époque j’ai été très séduit par l’idée que les modèles mathématiques pourraient permettre l’émergence de nouvelles formes musicales, de nouveaux systèmes. La musique du 20ème siècle est pétrie de cette idée, et plus récemment, dans le jazz, les gens comme Steve Coleman, Henri Threadgill, Steve Lehman, Malik Mezzadri et tant d’autres.
On me reproche souvent la dispersion des projets, des idées qui fusent dans tous les sens, des esthétiques qui se croisent, notamment lorsque je dois défendre Nautilis auprès des institutionnels pour justifier les financements. Ça fait partie de moi : à mon âge, je ne changerai plus ! J’ai besoin de cette profusion, de ces complexités, c’est à l’image du monde ; j’adore naviguer entre les sciences, les multiples esthétiques, les idées qui se confrontent. Par contre lorsque je joue, lorsque je compose, je suis sur le même rail, celui de la confrontation avec des énergies qui se parlent, il faut des gradients, des différences. J’adore me retrouver dans des situations où les autres acteurs ne rament pas dans le même sens que moi. Le biologiste Olivier Hamant appelle ça les désaccords fertiles.
Je crois savoir que vous travaillez à la mise à plat d’une réflexion sur ces concepts d’Olivier Hamant et leur application sur le domaine de l’improvisation musicale.
Mon intérêt pour les sciences sociales qui s’est développé au contact d’Alexandre Pierrepont rejoint désormais les travaux des scientifiques sur les notions de transition. Le Monde est confronté à un effondrement global de tous les écosystèmes sociaux, vivants, économiques. Les écosystèmes de la musique ne sont absolument pas épargnés. Et comme je veux à tout prix garder mon sourire intérieur, que faire de cet effondrement ? Le danger de perdre toute forme de désir et toute forme de créativité est bien là, alors qu’il faut bien résister, exister, jouer. Parmi ceux qui ont pu m’inspirer, il y a l’urbaniste Olivier Soubeyran qui était intervenu dans les journées AJC à la Dynamo il y a deux ans pour une conférence sur le lien entre improvisation et urbanisme. Il a étudié les rapports du Giec sous l’angle de la programmation urbanistique, et pratique l’improvisation musicale lui-même en amateur. Il a dénoncé un certain nombre de biais dans la pensée urbanistique notamment dans sa mise en œuvre par les politiciens. Olivier Hamant, que je citais auparavant, travaille sur les notions de robustesse à partir de l’observation du vivant. Il a étudié le développement mécanique de certaines espèces végétales sous l’angle de la survivance. Les sociétés humaines font partie du vivant et répondent aux mêmes règles, en dehors du fait que la performance à tout prix nous empêche radicalement de prendre le chemin de la robustesse en ces temps de fluctuations imprévisibles. Il ne parle pas de décroissance, d’effondrement mais bien de robustesse… Il s’agit de construire des systèmes qui sont plus robustes que le système actuel en train de s’effondrer.
Ces deux scientifiques, Olivier Hamant et Olivier Soubeyran citent les improvisateurs comme modèles à suivre pour répondre à ces problématiques. L’improvisation et le free jazz vont sauver l’humanité les ami·e·s !!! Avec Janick Tilly, directrice de la Smac de Brest de 2000 à 2023, enseignante à l’université de Brest, et formée à la Robustesse selon Hamant, nous travaillons aujourd’hui à proposer des ateliers « robustesse et musique », au regard des recherches de Hamant : en quoi un groupe d’improvisateurs peut-il apporter des réponses en matière de robustesse face aux fluctuations imprévisibles qui nous attendent : ne pas cultiver la compétition, la performance mais bien la diversité, la différence, la lenteur, la coopération, la joie, les erreurs… Je me suis reconnu dans ces concepts, pas seulement en terme de révolte, d’expérimentation, d’underground, mais aussi dans un esprit de coopération, dans l’idée de faire ensemble. Chacun son rôle au sens d’un écosystème que chacun nourrit et où chacun se nourrit à sa façon.
Après avoir découvert en concert le programme “Brain Songs” conçu pour Nautilis, j’ai consulté différent liens consacrés à votre travail avec Nicolas Farrugia qui est chercheur en neurosciences cognitives et intelligence artificielle. J’invite le lecteur à explorer le documentaire de 15’ de Sylvain Bouttet EEG, le Chant du cerveau où l’on vous voit improviser des capteurs EEG (électroencéphalogramme) sur la tête.

Christophe Rocher équipé de capteurs EEG. Capture d’écran du film de Sylvain Bouttet, EEG le chant du cerveau tel qu’il encore en ligne sur la chaine KUB (Kultur Bretagne)
J’ai travaillé durant des années avec Nicolas Farrugia sur la question du lien entre les rêves et la musique, entre le cerveau et la musique notamment dans la perception du temps. Ça s’est déroulé en trois volets : de 2019 à 2024, “Brain Song 1” relevait de l’expérience scientifiques publique impliquant des musiciens ; de 2020 à 2022 “Brain Songs II” a consisté en un spectacle musical immersif impliquant la programmation des EEGs de Nicolas Farrugia, l’informatique musicale de Sylvain Thévenard, la création lumière interactive de Nicolas Bazoge et ma propre clarinette. Depuis 2002, “Brain Songs III” implique l’octette Nautilis est une sorte de réflexion orchestrale et poétique sur la circulation sensible qui s’exerce en concert entre les cerveaux des musiciens et ceux de leurs auditeurs, Claudia Solal y apportant son propre commentaire chanté d’après cinq textes écrits résultant d’une écriture automatique .

Finalement, cette relation aux maths, aux sciences m’a aidé à construire une relation sensible, quasi magique à l’improvisation, m’a appris à lâcher prise, à créer un rapport au temps fluctuant. Tout aussi paradoxal que ça puisse paraître, tout cela est connecté. Aujourd’hui, jeréfléchis à un nouveau projet en grand ensemble qui va peut-être intégrer de l’intelligence artificielle. On en parle avec Nicolas Farrugia. Du post-George Lewis, si on veut. Dans l’idée d’une machine improvisant avec le groupe.
J’imagine que Nautilis ne vit pas que de ce projet en ces temps de vaches maigres dont les dispositifs un peu ambitieux sont les premières victimes.
En effet, étant donné l’effondrement de la diffusion, on accompagne aussi avec Nautilis des projets en plus petites formes, d’actions diverses sur le territoire. Claudia Solal, Christelle Séry et Céline Rivoal ont proposé de faire un trio en lien avec le vivant, le végétal, Shukayaku.

Shukayaku: Claudia Solal, Christelle Séry, Céline Rivoal.
J’ai moi-même un trio avec Joe Fonda et Harvey Sorgen, New Origin, qui après un premier disque enregistré en 2018 a été récompensé l’an passé pour l’album“The Poet’s Walk” [Choc dans Jazz Magazine n°788, décembre 2025]. Selon les années, nous produisons de cinq à six groupes. Nous avons notamment une création jeune public avec Christelle Sery, le dessinateur de BD Laurent Richard et moi, spectacle de science-fiction à partir de 8 ans qui évoque la question de la mort.

Mon duo avec Étienne Cabaret aborde un nouveau répertoire électro imaginé collectivement avec Nicolas Pointard qui joue batterie et synthés, moi-même aux clarinettes et à l’ordinateur, Étienne aux clarinettes mais aussi au chant, dans une relation avec la musique traditionnelle intégrant gwerz [la complainte bretonne], improvisation libre et écriture avec une réflexion sur les polyrythmes. Nous avons inauguré ce répertoire en Inde en décembre, le CD sort en janvier 2027 et nous allons créer un groupe avec trois musiciennes et un musicien indiens l’an prochain.

Nous avons enfin ce groupe Kapteyn Gaïa avec la poésie slamée de Mike Ladd associé à la voix de T.I.E., chanteuse-slameuse sénégalaise incroyable qui vit à Paris, que j’ai rencontrée dans The Bridge. Plus Nicolas Pointard, Etienne Callac [Frédéric B. Briet sur la photo ci-dessus] et moi-même. Une approche poétique de l’hypothèse Gaïa, selon laquelle la Terre peut être considérée comme un être vivant à part entière, un concept scientifique exposé dans les années 70 par Lynn Margulis (Biologiste) et James Lovelock (Chimiste) puis reprise plus récemment par le philosophe Bruno Latour. Les textes de Mike et T.I.E. replacent l’homme à l’intérieur du vivant et dénoncents l’anthropocentrisme présenté comme une sorte de cancer dont serait victime la planète.
À suivre et en ligne à partir du 1er novembre : troisième et dernier chapitre de cet entretien sur l’instrumentiste, l’improviste et quelques autres sujets
Musiciens avec lesquels Christophe Rocher et Frédéric B. Briet et Alexandre Pierrepont ont performé lors du voyage de 2012.
New York : William Parker, Cooper More, Michel Attias, Ken Fiiano, Joe Morris, Steve Dalachinsky, Butch Morris, Rob Brown, Daniel Levin, Taylor Ho Bynum, Kris Davis, Ingrid Laubrock, Tom Rainey, Matt Bauder, Ade Steve Colson, Muhal Richard Abrams, Tyshawn Sorey, Georges Lewis, Henry Threadgill, Karl Berger, Daniel Carter, Mazz Swifft, John Hebert
Chicago : Jason Roebke, Mike Reed, Greg Ward, Jason Adasiewiecz, Tomeka Reid, Josh Abrams, Jeb Bishop, Dave Rempis, Jason Stein, Keefe Jackson, Rob mazurek, Jeff Kowalkowski, Hamid Drake, Ernest Dawkins, Josh Abrams, Franck Rosaly, Jim Baker, Kahlil El Zabar, Jeff Parker, Isaiah Spencer, Michael Zerang, David Boykin, Corey Wilkes, Steve Berry
Au cours du même voyage, Christophe Rocher ont également rencontré Richard Muhal Abrams, George Lewis et Henry Threadgill.
Discographie :
Christophe Rocher / Olivier Benoît / Edward Perraud “Extenz’O”, 2007 (Marmouzic)
Nautilis “Nautilis”, 2012 (ensemble-nautilis.org)
Philippe Champion / Hamid Drake “Le Chant des pierres”, 2012-2013 (Mz Records)
Bonadventure Pencroff “De Fortune”, 2013 (Mz Records)
Third Coast Ensemble “Wrecks”, 2015 (RogueArt)
Nautilis “Regards de Breizh”, 2016 (Innacor)
* Tournée d’octobre du trio New Origin aux Etats-Unis (US) – Canada CA) : Le 9 à Detroit (Edge Festival, US) – Le 10 à Quebec (Conservatoire, CA) – Le 11 à Rimousk (festival Tour de Bras, CA) – Le 13 à Hamilton (Something Else Festival, CA) – Le 14 à Rochester (Bop Shop Records, US) – Le 15 à South Bend (Merryman’s Club, US) – Du 16 au 19 à Des Moines (écoles, clubs et Caspe Terrace Waukee, US) – Le 20 à Iowa (Université, US), le 23 à Edmonton (CA), le 25 à Montréal (Québec Musiques Parallèles, CA). À suivre en Europe en novembre et dans la 3ème partie de cette interview.
Stage “Musique et spoken Word” avec TIE et Mike Ladd : du 27 au 30 octobre à Chatelaudren (Petit Écho de la Mode).