Film#10/2. Novos Tempo à l’Espace Cardin - Jazz Magazine
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Publié le 4 Mar 2026

Film#10/2. Novos Tempo à l’Espace Cardin

Ce 22 avril, l’Espace Cardin recevait le groupe Novos Tempos du batteur brésilien José Boto, avec trois personnalités que l’on serait appelé à recroiser : Richard Galliano, Daniel Goyone et Marc Bertaux.Texte et photos: Franck Bergerot.

José Boto, fort d’un beau début de carrière sur la scène brésilienne, s’était fait connaître à Paris avec Tania Maria, puis avec le duo Les Étoiles. Son groupe Novos Tempos venait tout juste de publier chez Musica un disque sous le nom de Chet Baker qui en était plus exactement l’invité : “Salsamba, Chet Baker Meets Novos Tempos” enregistré à Paris du 21 au 23 juillet 1983. À l’exception de Galliano, le personnel du disque était différent de celui présenté à Cardin.

Ce 22 avril 1981, côté jardin, le pianiste était Luis Carlos Cunha que l’on avait pu entendre auparavant à Paris au sein des Étoiles.

Côté cour : Daniel Goyone également entendu au sein des Étoiles. Sur mes photos, tournant le dos à la scène, on ne le voit guère. Et à l’époque, même s’il était assez actif, sa discographie l’invisibilise parmi les claviéristes (Chick Corea, Herbie Hancock, Kei Akagi…) qui complétaient les all Stars entourant le bassiste Bunny Brunel entre 1979 et 1982 (“Touch”, “Ivanohe”), mais aussi sur les disques d’André Ceccarelli de l’époque (“C.C.P.P.”, “André Ceccarelli” où il jouait des coudes avec Marc Chantereau, Jean-Claude Petit, Mickey Graillier, Bernard Arcadio). Il se révèlera à partir de sa première production chez Label Bleu “2” qui, sur un répertoire d’une originalité qui lui est propre, témoignera d’une fidélité à ses compagnons de route Gilbert Dalla’nese, Marc Bertaux, André Ceccarelli et Richard Galliano.

Marc Bertaux était déjà une valeur sûre de la basse électrique, entendu dès 1972 auprès d’Eddy Louis au sein du groupe que co-dirigèrent Bernard Lubat et Claude Engel (“Live in Montreux), puis auprès de Tania Maria à partir de 1978. Je le réentendrai (et le photographierai peut-être) plus tard aux côtés d’Éric Le Lann, Zool Fleischer, Olivier Hutman…

Quant à Richard Galliano, le public de Claude Nougaro le connaissait déjà pour l’avoir vu dès 1977 sur la scène de l’Olympia, accordéoniste et tromboniste ; et connaissait sa composition Les Voiliers en ouverture de l’album “Assez !” publié en 1980. Il en est alors le chef d’orchestre, une responsabilité qu’il endossera jusqu’en 1983, date à laquelle son nom commençait à s’imposer dans les milieux du jazz.

Ce Richard Galliano qui improvisait follement, se taillant la part du lion parmi ces claviers avec des attitudes de guitar heroe, m’entrouvrait une porte que m’inviterait bientôt à franchir le “Trois Temps pour bien faire” de Marcel Azzola avec Patrice Caratini et Marc Fosset, et le “Richard Galliano / Jean-Charles Capon / Gilles Perrin”, tous deux publiés la même année par “Cara”, le label de Caratini, en 1982.

L’accordéon me préoccupait déjà depuis quelque temps. Il était mal vu, ou mal représenté. Les révoltes soixante-huitardes en avaient réévalué une dimension festive qui tenait de la dérision, de la caricature ou d’une incertaine audace… Le romantisme déplacé du “piano du pauvre”. « Tu veux savoir combien il coûte mon piano du pauvre ? » me diront un jour Richard Galliano ou Marcel Azzola, peut-être l’un et l’autre. Le diatonique de Marc Perrone et le bandonéon d’Astor Piazzolla avaient commencé à dépoussiérer chacun à sa façon l’image que l’on se faisait de l’anche libre et du soufflet.

Adolescent, nous avions dans mon immeuble HLM, une voisine de palier qui écoutait de l’accordéon. Un disque qu’elle avait prêté à mes parents m’avait séduit, m’exposant aux moqueries de mes camarades du free-jazz, du progressive rock et du folk. De qui pouvait bien être ce disque ? Marcel Azzola ? Jo Privat ? J’en associe le souvenir à un répertoire, à cet imaginaire parisien colporté par Yves Montand à travers ses reprises de Francis Lemarque. À moins que le regard rétrospectif n’enjolive une réalité plus trivial de l’accordéon. Avais-je déjà entendu Vesoul et son irrésistible « chauffe Marcel ! » ? Je me souviens encore avoir roulé dans un taxi vers le point de départ d’une randonnée de plusieurs jours à travers la Corse, conduit par un chauffeur qui écoutait sur cassette un répertoire musette dont il n’a pas su me nommer l’interprète. Dans mon esprit, il s’agissait du double Gus Viseur que je n’allais pas tarder à acquérir dès sa publication chez Vogue vers 1979, pour y découvrir au dos les noms de Matelo et Baro Ferret.

Pour revenir à l’Espace Cardin, ce 22 avril, dans Jazz Magazine, Daniel Soutif écrivit de ce concert que « Novos Tempos put paraître presque exclusivement préoccupé de prouesses  hautement professionnelles en matière de mise en place et de virtuosité, tant au plan de l’exécution qu’à celui de la conception. » À l’époque, la virtuosité était souvent jugée suspecte dans les pages de Jazz Magazine. Ce compte rendu nous rappelle néanmoins que, en seconde partie, était attendu le big band de Jacques Thollot. À suivre avec le film suivant de mes “Choses vues” ! Franck Bergerot