Lisa Coleman : “j’adorais regarder Prince jouer du piano.”
Lisa Coleman (Photo : X/DR)
Membre historique de The Revolution, le premier groupe de Prince, la pianiste et claviériste se souvient.
Par Christophe Geudin
« En tant que musicienne, la première chose qui m’a impressionnée chez Prince était sa capacité à passer d’un instrument à un autre. J’ai tout de suite aimé son style de jeu, quel que soit l’instrument en question. En ce qui concerne le piano, c’est vrai qu’il n’avait pas suivi de formation classique, mais il savait ce qu’il savait et il était très à l’aise avec ça. Personnellement, j’aimais sa manière de s’offrir au piano et, surtout, son sens du rythme. J’adorais aussi le regarder jouer et j’ai beaucoup appris en l’observant. Lorsque je jouais une de ses chansons au piano avec le reste du groupe, il pouvait se mettre aux claviers et ajouter de nouvelles parties. En faisant ça, il m’a appris à raisonner en termes de producteur et il excellait dans ce domaine.
Le gospel était un registre dans lequel Prince était très à l’aise, mais en écoutant “Piano & A Microphone” [enregistré en 1983, paru en 2017, NDR], j’ai aussi l’impression d’avoir à faire à un véritable athlète : il s’étire, se met en condition, fait circuler le sang dans ses veines, puis il se lance dans l’effort. Plus la performance progresse, plus on l’entend travailler son rythme, son flow et ses harmonies. Par endroits, on décèle également une touche impressionniste dans son jeu, comme s’il évoluait en pointillés. Cet aspect de son jeu m’a toujours fascinée.
Nous avons écouté beaucoup de musique ensemble et Prince avait une vraie soif d’apprendre. Ce n’était jamais une torture pour lui, il était toujours très curieux… Un jour, nous écoutions Le Boléro de Ravel avec Wendy. Prince est entré dans la pièce et nous a demandé : « C’est très beau. Qu’est-ce que c’est ? » Visiblement, il n’avait jamais entendu parler de Ravel. En jazz, il appréciait particulièrement “Symbiosis”, l’album de Bill Evans et Claus Ogerman. C’était un disque très intéressant pour nous car il reliait le jazz et la musique orchestrale, deux univers à priori très éloignés, de la même manière que nous allions la pop avec le rock’n’roll, la soul et le funk dans The Revolution. »
Ce témoignage est le deuxième épisode de notre série de bonus du grand dossier Prince au piano. Lisez aussi celui d’Eric Legnini et de Bobby Sparks !