Eddie Van Halen Archives - Jazz Magazine

Avant de découvrir Michael en salle le mercredi 22 avril, Jazz Magazine vous livre en avant-première ses impressions sur ce biopic très attendu.
par Yazid Kouloughli

C’est peu dire que ce biopic, consacré à celui qui reste peut-être l’artiste le plus médiatisé de tous les temps, était attendu au tournant. Avouons-le : les quelques images et la bande-annonce qui ont circulé en amont de la sortie du film n’incitaient pas franchement à l’optimisme, et on redoutait un résultat en deçà du vaste potentiel d’un film sur le Roi de la pop, d’autant que la bande-originale du film laissait deviner une histoire qui n’irait pas au-delà du troisième album solo de Michael Jackson, “Bad”. Au sortir de la projection top-secrète à laquelle nous avons assisté, c’est une impression bien plus positive qu’a finalement laissé le film d’Antoine Fuqua, déjà réalisateur de Training Day, mais aussi de clips pour Stevie Wonder (For Your Love), Prince (The Most Beautiful Girl In The World) et le célèbre Gangsta’s Paradise de Coolio avec Michelle Pfeiffer. Ne faisons pas plus de mystère : Michael est une réussite. Notamment parce que sans chercher à égaler le niveau de détail d’un documentaire, il reste suffisamment précis pour restituer fidèlement l’aventure des Jackson 5 (puis des Jacksons) et le début de carrière solo de MJ, sans perdre un public peut-être moins érudit que les méga-fans. Ces derniers ne retrouveront pas toujours dans les moindres détails les nombreuses histoires qu’ils connaissent par cœur, mais ils apprécieront sans doute l’excellente performance des acteurs, en particulier Coleman Domingo qui incarne de façon saisissante le père terrible Joe Jackson, le jeune Juliano Krue Valdi qui donne du jeune Michael une interprétation très convaincante, et surtout Jaafar Jackson, fils de Jermaine Jackson et donc neveu de la star, qui se tire avec les honneurs d’un rôle ô combien difficile, sur scène et en dehors. A l’heure où le Roi de la pop est si souvent réduit à des caricatures, pas toujours de bon goût, ce rôle qui lui apporte un regain de chaleur humaine et de passion sincère est bienvenu. On a aimé aussi que soient cités et/où montrés, plus ou moins explicitement, le producteur Bruce Swedien, la guitariste Jennifer Batten, le réalisateur John Landis, James Brown (qu’on devine sur un écran de télévision dans le salon des Jackson sans qu’il soit nommé), Eddie Van Halen, Quincy Jones évidemment, ou encore, oui vous aurez bien entendu, Prince ! (On vous laisse découvrir la savoureuse référence par vous-même).

Jaafar Jackson dans le rôle de Michael, en plein brainstorming chorégraphique. Photo : Glen Wilson


L’émotion et le plaisir sont grands, aussi, de revivre des événements-clé (souvent scéniques) de la carrière de Michael Jackson, fidèlement reproduits mais bénéficiant d’une réalisation évidemment plus cinématographique : vous n’aurez jamais vu de cette façon l’iconique premier moonwalk de la star, live au 25ème anniversaire de la Motown, ou le Victory Tour de 1984, entre beaucoup d’autres. Ailleurs, on découvre quelques passages qui semblent plus romancés mais bienvenus, comme les coulisses de la chorégraphie de Beat It, avec quelques danseurs de hip-hop qui incarnent ce que MJ devait à la danse de rue. Sans tomber dans l’écueil qu’on redoutait d’une espèce de vidéo-clip géant, qui n’aurait pas pu égaler les originaux, Antoine Fuqua utilise à bon escient les ressources de ce répertoire magique pour aller un peu plus loin.

« En filigrane, il y a la question du prix du génie et de l’entertainment. Antoine Fuqua livre un portrait de la star plus nuancé qu’il n’y paraît ».

Ombres et lumière
Mais l’autre grande force de ce film réside ailleurs que dans son côté spectaculaire, et on peut dire que, même si le réalisateur de Michael ne prend pas la même distance critique que ne l’aurait fait un documentariste, Antoine Fuqua livre un portrait plus nuancé qu’il n’y paraît, pas totalement à la gloire de Jackson. Le film insiste beaucoup sur son excentricité, à la hauteur de son talent, qui le distingue de ses frères : sa passion pour les jeux, les jouets et les jeux vidéo, les animaux de compagnie (son rat Ben, le singe Bubbles, le serpent Muscles, son lama, sa girafe) et surtout une ambition artistique et médiatique (l’un et l’autre sont intimement liés dans sa vision des choses) qui dépasse de très loin celle de sa fratrie et peut-être de tous ses contemporains.
Il aurait été difficile de faire autrement, mais le film aborde de façon assez directe son enfance rude et son père violent, animé par une ambition ambiguë, entre volonté d’ascension sociale pour éviter à ses enfants de « finir à l’usine » comme lui, dans la ville ouvrière de Gary dans l’Indiana, et velléités purement commerciales. L’épineuse question de ce qu’on doit à Joe Jackson, catalyseur et “maître-d’œuvre” de la carrière de ses fils, est donc abordée, Michael Jackson ayant lui-même déclaré qu’il a fait de lui ce qu’il est devenu, phrase plus lourde de sens qu’il n’y paraît. D’où la farouche volonté d’indépendance de Michael Jackson, mais aussi son rapport très tôt malsain à son image, des moqueries sur son physique dès l’enfance aux chirurgies à répétitions, manière de se forger sa propre image, en quête d’un étrange idéal de perfection, comme de se libérer de celle de son père, à qui il justifie, dans une scène marquante, son changement d’apparence par des raisons purement médicales, ainsi qu’a continué de le faire la star, jusqu’au bout, dans la réalité. Mais le non-dit du besoin de rupture familiale est bien montré dans le film, qui va jusqu’au licenciement de Joe Jackson par fax interposé et l’évitement d’une confrontation qui a duré jusque tardivement dans sa carrière.

Le légendaire Billie Jean du 25ème anniversaire de la Motown, comme si vous y étiez. Photo : Bruce Talamon


En filigrane, il y a la question du prix du génie et de l’entertainment, depuis une enfance sacrifiée au nom de la performance jusqu’aux brûlures terribles que subit Jackson en 1984 lors du tournage d’une publicité pour Pepsi (montrées de façon spectaculaire dans Michael), début d’une longue et sombre histoire avec les anti-douleurs qui finiront par l’emporter, comme Prince. Et on ne peut s’empêcher de penser que cette question dépasse de loin la seule carrière de MJ et rejoint aussi, d’une certaine façon celles de d’Angelo, Whitney Houston ou Prince, pour ne citer qu’eux, dont les démons, pas toujours si différents de ceux de Michael Jackson, ont pesé sur leurs parcours. 

L’histoire continue
Le film ne va donc pas au-delà des prémices de “Bad”, et toute une partie de la carrière du King Of Pop n’est pas abordée : ni les albums des années 1990 et au-delà, ni la controverse grandissante sur la couleur de peau (bien que le vitiligo dont il souffrait est explicitement montré dans le film), ni bien sûr les accusations très graves qui terniront le reste de sa vie personnelle et artistique. Selon plusieurs sources, le film, dont la sortie a déjà été repoussée d’un an, aurait été partiellement ré-écrit et re-tourné, notamment à la demande de l’Estate de Michael Jackson pour supprimer des passages abordant ces questions. Ce qui en laissera peut-être certains sur leur faim, même si dans les faits les aventures artistiques en demi-teinte de Jackson à partir de cette période (en dépit de leurs indéniables qualités) se prêtaient sans doute moins à ce film “best of” conçu pour être accessible au plus grand nombre. Michael, bien qu’il ne raconte pas toute l’histoire, est peut-être aujourd’hui le meilleur moyen de faire découvrir MJ à une nouvelle génération, une introduction tant à l’œuvre qu’à la vie, y compris certaines parts d’ombre, d’une star qui continue de fasciner, d’interroger et parfois de déranger, signe que sa musique est encore de notre temps.

“5150” avait marqué début 1986 l’arrivée du chanteur Sammy Hagar au sein du groupe des frères Van Halen. Un coffret célébrant le quarantième anniversaire de cet album très populaire vient de sortir. Visite guidée.
Par
Julien Ferté

33-tours délicatement posé sur la platine, saphir into the groove première chanson, Good Enough, entrée en fanfare de Sammy Hagar : « Hello baaaaaby… » D’emblée, on savait où on allait avec le Van Halen nouveau (aussi attendu, chaque année, que le Beaujoulais). Bienvenue au Club des Poètes ? Comment, un opus proto-grunge ?! Du post-hard-rock expérimental ? Vous n’y êtes pas. L’arrivée du pétaradant Sammy, qui succédait à David Lee Roth, parti voguer solo dans la foulée du succès phénoménal de son EP “Crazy From The Heat”, ne signifiait en rien un changement radical de direction.
Bien au contraire : avec “5150”***, Van Halen continuait de creuser le sillon d’un hard-rock hédoniste et spectaculaire, sans nulle autre prétention que celle de donner du bon temps à ses fans, qui attendaient au tournant leur groupe chéri depuis le départ de “Diamond Dave”, après dix ans de bons et loyaux services.
Petit rappel des événements notables des années 1985-1986 :
Septembre 1985 Eddie Van Halen annonce au Farm Aid que Sammy Hagar est le nouveau chanteur de Van Halen ;
Novembre 1985 “VOA”, le neuvième album studio de Sammy Hagar, bossté par cette annonce et le classique instantané I Can’t Drive 55 devient disque de platine ;
Mars 1986 Sortie de “5150”, qui atteint le sommet du Billboard 200 un mois plus tard (une première pour Van Halen) et triple-platine en octobre ;
Juillet 1986 Sortie du premier album solo de David Lee Roth “Eat ’Em And Smile” (Warner Bros. Records).

Si vous n’avez pas au moins 50 ans, vous ne pouvez pas imaginer l’attente suscitée, en son temps, par la sortie de “5150”. Pour toute une génération de (quasi) boomers, le Van Halen Mark I avec David Lee Roth – et, faut-il le rappeler, Eddie Van Halen à la guitare et aux claviers, Michael Anthony à la basse et Alex Van Halen à la batterie – était une référence suprême.
Et même si l’excitation générée par la sortie de cet album crucial ainsi que celle, annoncée, du premier David Lee Roth, “Eat ’Em And Smile” (avec Steve Vai, Billy Sheehan et Greg Bissonette), une certaine forme d’inquiétude, sinon d’angoisse, régnait : Van Halen sans son bondissant frontman historique serait-il toujours Van Halen ? Quarante ans après, les débats sont toujours ouverts, et font parfois même rage entre les fans de la première heure : Van Halen ou Van Hagar ? Diamond Dave ou The Red Rocker au micro ? (« The Red Rocker » est le surnom de Sammy Hagar.)


Sammy Hagar, Eddie et Alex Van Halen plus Michael Anthony
= Van Halen ’86. Photo : Mark Weiss

Comme souligné plus haut, tout cela fut rapidement balayé par la qualité exceptionnelle de “5150”, sans parler de celle de d’“Eat ’Em And Smile” (ainsi, ce divorce avait multiplié le plaisir par deux). En neuf chansons coproduites non plus par Ted Templeman (retenu par D.L.R.) mais par un triumvirat composé d’Eddie Van Halen, l’ingénieur du son Don Landee et Mick Jones (non, pas celui de The Clash, de Foreigner !), Van Halen maintenait donc brillamment le cap. Fun fact : Nile Rodgers, Rupert Hine et… Quincy Jones avaient été envisagés pour produire “5150”.
Hard-rock surpuissant (Get Up, “5150”) hard-rock heavy-potache (Summer Nights, avec un solo ahurissant du surdoué en chef à la six-cordes, Best Of Both Worlds et son petit côté AC/DC serti d’un refrain stadier), hard-rock funky (Inside, Good Enough), hard-rock-pop so eighties (le tubesque Why Can’t This Be Love, le romantique Love Walks In, l’inoubliable Dreams et son clip à la Top Gun, avec Eddie plus inspiré que jamais au synthétiseur), chant exalté-exaltant (Sammy Hagar, sacré gosier s’il en est, a toujours su mélanger habilement fun solaire et robertplantismes savamment dosés), flair mélodique affûté, son d’ensemble poli-chromé-mais-pas-trop : on ne le savait pas encore, mais Van Hagar, pardon, Van Halen commençait son règne avec son meilleur album.

Que revoici donc lové dans l’un de ces coffrets “Deluxe” comme on les aime et auxquels on est donc habitués depuis que “For Unlawful Carnal Knowledge”, en 2024, et “Balance”, l’an dernier, ont également bénéficié de ce traitement de faveur éditorial. “5150” n’est pas en reste : à l’album original remasterisé sur le CD 1 (et le LP) s’ajoutent :
– Huit rarities dans le CD 2 (version Edit et, surtout, Extended Versions de Why Can’t This Be Love et Dreams, plus trois versions live de Best Of Both Worlds, Love Walks In et une reprise de Rock And Roll à faire pâlir Jimmy Page et sourir Robert Plant) ;
– Un “Live At The Veterans Memorial Coliseum, New Haven, CT, August 27, 1986” inédit avec une set list assez réjoussante : There’s Only One Way To Rock et I Can’t Drive 55 (extraits du songbook de Sammy Hagar), les meilleurs morceaux de “5150”, seulement deux classiques davidleerothiens, évidemment (Panama et Ain’t Talkin’ ’Bout Love), un Guitar Solo qui si besoin était nous rappelle au génie d’Eddie et deux reprises fort divertissantes, Wild Thing des Troggs (avec une sacrée passe d’armes entre Sammy et Eddie à la guitare) et Rock And Roll de Led Zeppelin ;
– L’intégralité de votre vieille VHS (ou de votre vieux DVD) de “Live Without A Net” en HD sur le blu-ray (concert d’anthologie), plus deux vidéos assez sages (les boyz de Van Halen négligeaient volontairement ce médium, laissant leur ex-lead singer faire le pitre sur MTV).
– Un beau livret avec photos et paroles, mais pas de liner notes.

Au « Hello baaaaaby… » évoqué au début de cet article avait quatre mois plus tard suivi le « Are you ready for a new sensation ? » lâché par Diamond Dave dans Yankee Rose, la première chanson de “Eat ’Em And Smile”. Hellooooo Warner Records, merci pour tout, mais sachez que nous sommes toujours prêts pour de new sensations : le coffret Deluxe d’“Eat ’Em And Smile”, suivi par celui de “OU812” (pour finir la saga Hagar) et, LE PLUS VITE POSSIBLE, par les rééditions “Super Deluxe” des six premiers albums de Van Halen. Duly noted ?

COFFRET Van Halen : “5150 40th Anniversary Limited Edition” (Rhino / Warner Records).
Photos : Bonnie Schiffman, Mark Weiss, Ross Halfin (Warner Music Group).

*** Pour info, cette précision dans la langue états-unienne : « The 5150 legal code allows “a person with a mental illness to be involuntarily detained for a 72-hour psychiatric hospitalization” »..

Alex et Eddie Van Halen, Michael Anthony, et Sammy Hagar en 1986.

Un an après “For Unlawful Carnal Knowledge”, la campagne de rééditions “Expanded And Remastered” des albums de Van Halen continue avec “Balance”, cru 1995 avec Sammy Hagar au micro. Julien Ferté est retourné trente ans en arrière.

Au mitan des années 1990, cela faisait déjà dix ans que Sammy Hagar avait remplacé David “Diamond Dave” Lee Roth dans le groupe fondé par les frères Van Halen, Eddie et Alex. Les débats faisaient rage – et le font encore aujourd’hui sur les réseaux sociaux ! – sur la meilleure incarnation du groupe : celle avec D.L.R. le frontman sexy-rigolo-décalé ou S.H. le fort en gueule républicain toujours prêt à sauver le monde ? Personnellement, et à l’image, je crois, d’un grand nombre de boomers européens, “mon”/“notre” Van Halen est – et restera – celui des années 1978-1984 ; ce qui ne m’empêche pas d’aimer avec au moins autant d’enthousiasme sa version, disons, encore plus américano-américaine, souvent surnommée “Van Hagar”.
Mais venons-en à l’opus X de Van Halen, “Balance”, dont je découvre avec ravissement – merci l’Académie Tangentielle ! – la réédition grand luxe “Expanded And Remastered”.

Inspirée par un film d’Ingmar Bergman de 1957 (Le Septième Sceau), la première chanson de “Balance”, The Seventh Seal, était d’une noirceur un rien mystique – ah !, ces voix de moines tibétains en plein chanting – plutôt inattendue pour un groupe comme Van Halen. Sur un tempo galopant évoquant celui d’Achille Last Stand de Led Zeppelin (influence majeure), elle déroulait ses fastes soniques avec certaine majesté ; mais à peine étions-nous remis de nos émotions que l’on retombait en terrain plus balisé avec Can’t Stop Loving You et son refrain pop-rock ; idem pour Don’t Tell Me (What Love Can Do), plus convaincante grâce à son riff sombre et grinçant, et son groove terrien.
L’ombre de Led Zeppelin se remettait à planer sur Amsterdam, à laquelle succédait la très honky-zinzin Big Fat Money, marquée par un ahurissant solo du regretté funambule de la six-cordes. Not Enough était étonnant de tendresse, avec piano romantique, violons du bal et, en prime, encore une fois, un solo mémorable d’E.V.H.
Aftershock nous avait laissé de marbre et c’est toujours le cas, contrairement à Take Me Back (Déjà Vu) et Feelin’, variations mid tempo – hormis l’emballement final de Feelin’ et le solo fou d’ E.V.H. – que Sammy Hagar chantait avec son habituelle conviction virile savamment nuancée.
Si nous avons gardé Strung Out, Doin’ Time et Baluchitherium pour la fin, c’est parce que ce sont trois instrumentaux hors norme dont on ne se lasse pas. Le premier est un délire pianistique avant-gardiste joué par Eddie Van Halen avec un marteau, une scie et l’argenterie du ménage ; le second un solo de batterie d’Alex Van Halen augmenté d’effets électroniques et enregistré un jour de solitude au fameux 5150 Studio, et qui rappelle un peu, tiens donc, Bonzo’s Montreux, l’instru posthume et culte de feu le batteur de Led Zeppelin, John Bonham ; Baluchitherium aurait dû être chanté mais Sammy avait piscine, et passa son tour, aussitôt remplacé par Sherman, le Dalmatien d’Eddie Van Halen, tout à fait à l’aise au micro – sur lequel son maître avait fixé un hot dog.
Ces trois instrumentaux faisaient aussi le sel d’un album globalement très réussi qui, deux mois après sa sortie en janvier 1995 devint Disque de Platine aux États-Unis, prouvant au passage qu’un groupe de hard-rock “à l’ancienne” pouvait résister au tsunami grunge.

Trente ans après, voici donc que cette version “Expanded And Remastered” fait durer le plaisir grâce à trois pépites (certes déjà présentes dans le CD “Studio Rarities 1989-2004” du coffret “1986-1996” paru en 2023). Deux chansons d’une qualité égale voire supérieure à celles de “Balance”, Humans Being (extrait de la bande son du blockbuster Twister de 1996) et Crossing Over (face b de Can’t Stop Loving You qui aurait largement mérité d’être la face A !), et un instrumental tout à fait fascinant et émouvant, Respect The Wind (également tiré de la bande son de Twister), où Eddie Van Halen se révèle sous un jour inhabituel, moins flashy, plus habité, émouvant, et pour tout dire un rien jeffbeckien.
Sur le même CD figurent huit morceaux live gravés enregistré au Wembley Stadium de Londres le 24 juin 1995, dont un Guitar Solo (énième variation d’Eruption) du Live At Wembley Stadium enregistré à Londres le 24 juin prouve, si besoin, était, que, malgré ses innombrables imitateurs – auxquels ont hélas succédé un nombre délirant de clones défilant en boucle sur You Tube –, que seul Eddie Van Halen pouvait vraiment jouer comme Eddie Van Halen.

Alex, Sammy, Eddie et Michael.

Sur le blu-ray, vous trouverez six promo videos des singles de l’album, ainsi que Humans Being et The Seventh Seal (seulement l’intro, chantée live à Minneapolis par les moines tibétains cités plus haut). Le beau livret ne contient pas de liner notes mais des photos et de la memorabillia. Et, bien sûr, si vous souhaitez retrouvez les frissons into the groove du vinyle, il y est itou !
Alors, quel sera le prochain coffret “Expanded And Remastered” ? “5150” ou “OU812” ? Sans doute faudra-t-il en finir avec la période Van Hagar avant de revivre les grandes émotions des années 1978-1984… Patience !

COFFRET Van Halen : “Balance  – Expanded And Remastered” (Warner Records / Rhino, déjà dans les bacs, également disponible en double CD).
Photos : Glenn Wexler (Rhino Warner Music), X/DR.

Pour la première fois, un album de Van Halen est réédité en version Deluxe, et c’est “For Unlawful Carnal Knowledge”, troisième album du groupe avec Sammy Hagar, qui a cet honneur. Visite guidée.
Par
Julien Ferté

Entre la sortie de “OU812” et celle de “For Unlawful Carnal Knowledge”, trois ans avaient passé, et cela ressemblait presque à une éternité après deux décennies où la majeure partie des artistes et des groupes avaient pris pour habitude de nous donner de leurs nouvelles phonographiques chaque année.
Mais deux ans avant que “For Unlawful Carnal Knowledge” ne squatte les facings et les vitrines des disquaires et, une fois de plus, le sommet des charts, Van Halen avait, certes indirectement, placé un single à la deuxième place du Billboard : sans son sample malin de Jamie’s Cryin’, l’une des perles du premier album des boys de Pasadena, Wild Thing du rappeur Tone Loc n’aurait certainement pas connu le même succès.
Mais on imagine sans peine que les hardcore fanatics de Van Halen n’avaient que faire ce hit record inattendu avec un vrai morceau de leur groupe chéri dedans, et que dès le 17 juin 1991, bouillonnant d’impatience, ils se ruèrent en masse chez leurs disquaires favoris pour acheter “For Unlawful Carnal Knowledge”, dont l’acronyme devait tout simplement être le titre que Sammy Hagar, histoire de titiller la censure, voulait donner au disque : “Fuck”. Mais son idée fut prudemment abandonnée..
Les fans de Van Halen ne furent sans doute pas déçus, car “For Unlawful Carnal Knowledge”, s’il ne brillait pas d’emblée par sa séduction mélodique, tapait dur dans le cortex, et signait le retour du groupe au hard-rock pur et dur.

Ainsi, dès l’intro de Poundcake, qui rappelait un peu celle de Bad Motor Scooter de Montrose, dont Sammy Hagar fut comme chacun sait le lead singer entre 1973 et 1976, la guitare perçante d’Eddie Van Halen zigzaguait entre nos tympans, vite aplatis par la batterie mammouthesque de son grand frère Alex Van Halen, fou de joie de pouvoir enfin sonner comme son idole, le batteur de Led Zeppelin, John Bonham – l’ingénieur du son Andy Johns n’y était pas pour rien, qui avait travaillé avec le groupe de Jimmy Page, et notamment sur le groove le plus phénoménal jamais enregistré par un groupe de rock, celui de When The Levee Breaks, joyau hyperblues du quatrième album de Led Zeppelin, dont la fructueuse influence plane en permanence sur “For Unlawful Carnal Knowledge”.

La fiesta hard & heavy continuait de plus belle avec Judgement Day, Spanked (et son incroyable partie de basse signée… Eddie Van Halen), momentanément tempérée par le plus pop Runaround – enfin, pop, pas au point de séduire les lecteurs de Magic non plus hein… –, qui aurait sans doute encore mieux sonné chanté par u certain David Lee Roth. Les affaires reprennent avec la cavalcade ledzeppelinienne Pleasure Dome, au gré de laquelle Alex Van Halen déploie un impressionnant groove tentaculaire, tandis que Sammy Hagar alterne spoken word et envolées robertplantiennes. Après les trois fillers de rigueurs, In’N’Out et Man On A Mission et The Dream Is Over, qu’on aime aussi hein, rassurez-vous, mais qu’on avait tendance à zapper sur le Discman pour arriver plus vite à Right Now et sa célèbre intro de piano. Cette powerful ballad, comme on dit là-bas, était, dit-on, inspirée par Joe Cocker. Ça ne nous avait pas sauté aux oreilles à l’époque, mais qu’importe : le plaisir de se laisser emporter par ce cocktail savamment dosé d’heavy rock et de pop avec une petite touche gospellisante était là.
Tout se terminait à la perfection avec le bref et charmant instrumental solo d’Eddie Van Halen, 316, et Top Of The World, dont l’incontestable pop appeal fit le succès commercial.

Faut-il ici rappeler que tout au long du disque, Eddie Van Halen rivalise d’invention et de virtuosité (jamais démonstrative, tout au plus flashy, et toujours funky), alignant solis zinzins et riffs souriants comme à la parade ? Exit les synthés qui avaient certes enrichi sa palette sonique et diversifié sa marque de fabrique : grâce à “For Unlawful Carnal Knowledge”, on fêtait son grand retour au premier plan, via des ces incomparables arabesques et autres folies sur six cordes – trente-trois ans après, les solos de Pleasure Dome et Dream Is Over nous laissent toujours transis d’admiration.

“For Unlawful Carnal Knowledge” marquait aussi le retour du producteur historique de Van Halen, Ted Templeman, appelé à la rescousse début 1991 pour enregistrer et superviser les parties vocales de Sammy Hagar. [Templeman était le producteur Montrose, et avait un temps songé à essayer de convaincre Eddie et Alex Van Halen de remplacer David Lee Roth par Hagar avant qu’ils n’enregistrent leur premier album, mais c’est une autre histoire…] Car sachez-le, le “Red Rocker” ne supportait pas Andy Johns, qui le lui rendait bien – Johns était d’ailleurs furieux que Ted Templeman vienne terminer le boulot à sa place, et l’avait appelé pour l’insulter !

Quid, nous direz-vous, de cette réédition “Expanded and Remastered” ? Elle devrait ravir les fans, même si je subodore qu’ils auraient préféré, quarantième anniversaire oblige, que “1984” bénéficié du même traitement de faveurs… En attendant, ouvrons l’objet, au format 30cm puisqu’il contient un double 33-tours… à trois faces (l’original de 1991 était un disque simple), car la dernière, sans sillon, est sertie d’un logo Van Halen gravée à même le vinyle. Joli. Le livret de 28 pages ne contient pas de liner notes – comme ceux des coffrets de Led Zeppelin… –, et ressemble plutôt à un tour book, riche en photos, pochettes et memorabilia.
On retrouve également l’album original sur le CD 1 et, sur le CD 2, seulement trois “rarities” (les Single Mixes de l’Organ Version et de la Guitar Version de Right Now, et une version instrumentale de Dream Is Over), ce qui, il faut bien l’avouer, satisfait tout juste notre appétit d’inédits… Fort heureusement, le CD 2 contient aussi onze titres live impeccablement enregistrés l’après-midi du 4 décembre 1991 à Dallas, Texas, théâtre d’un concert gratuit donné par Van Halen suite à une promesse faite par Sammy Hagar : en 1988, lors un show au Cotton Bowl qu’il avait été obligé d’interrompre à cause de sa voix déficiente, il avait lâché « I’ll do a free concert for you folks »
Promesse tenue, donc, par notre quatre boys, qui alignèrent sans pression trois chansons de  “For Unlawful Carnal Knowledge” (Poundcake, Runaround et Top Of The World, avec son petit clin d’œil à Eruption à la fin…), deux de “OU812” (Finish What Ya Started et leur reprise de A Apolitical Blues, classique de Little Feat signé Lowell George), deux de “5150” (Why Can’t This Be Love et Best Of Both Worlds), une de “1984” (Panama) et, enfin, deux pépites du songbook de Sammy Hagar, There’s Only One Way To Rock (extrait de “Standing Hampton”, 1981) et la protest song préférée des fous du volant, I Can’t Drive 55 (“VOA”, 1984, produit, encore lui, par Ted Templeman). Ce show hors norme est visible sur YouTube depuis un moment, mais le goûter en CD et, ô joie, le voir en blu-ray (qui contient aussi les clips de Poundcake – on ne peut plus pré-#metoo… –, Runaround, Right Now – assez étonnant-militant – et Top Of The World) procure un sacré plaisir – bon sang, quel guitariste incroyable était Eddie V.H. !
À bientôt, j’espère, pour la suite des rééditions “Expanded and Remastered” de Van Halen…

COFFRET Van Halen : “For Unlawful Carnal Knowledge Expanded and Remastered” (Rhino / Warner Records).