Le 13 juin 1981, dans les locaux de l’école du Cim, avec le pianiste Michel Precastelli, le contrebassiste Jean Bardy et le batteur Richard Portier, deux personnalités autodidactes aux profils contrastés, illustrant une forme de continuum trans-esthétiques au tournant des années 1980
Le 13 juin 1981, veille du premier tour des législatives qui donneront les mains libres à François Mitterand. Une victoire en trompe-l’œil alors que Ronald Reagan et Margaret Thatcher font triompher l’ultra-libéralisme. Une page se tourne pourtant pour le jazz en France sous l’impulsion du nouveau directeur de la musique, Maurice Fleuret, nommé par Jack Lang. Le monde associatif qui a vu émerger les Jazz Action dans les années 1970 se structure face à ce nouvel interlocuteur. Empruntant volontiers à la musique contemporaine le vocabulaire de la “création” et de la “commande, il fait valoir des musiques qui se veulent moins “jazz” que “improvisées”, “innovantes”, tout à la fois porteuses de la bannière Free Jazz / Black Power, héritières de nouvelles avant-gardes américaines du New York “no wave” et revendiquant de nouveaux radicalismes européens.
Le recrutement par François Jeanneau en 1986 du premier ONJ (Orchestre national de jazz), racontera une autre histoire, portée par cet autre réseau que l’on avait cru voir s’éteindre dans les années 1970 et qui, passé de la Rive gauche à la Rive droite renaissait dans le quartier des Halles, alentours et au-delà : Petit Op, Chapelle des Lombards, Dreher, Cardinal Paf, bientôt Sunset, Baiser salé, Cardinal Paf… L’innovation ne s’y décrétait pas, elle se faisait nuit après nuit dans la tradition de transmission des clubs de la 52e Rue, accueillie par des “marchands bières”, sensibles à l’essence de la vie nocturne et peu enclin à fréquenter les guichets des ministères. Y fructifiaient différents héritages d’un jazz qui s’était stratifié, des premiers modèles des années 1920 au classicisme des années 1950, puis ramifié et métissé au gré des années 1960-70 sous l’influence des nouvelles pratiques modales, des sonorités et des rythmes empruntées à l’aire pop-rock-folk-r’n’b, ne reniant par nécessairement les héritages d’Ornette Coleman et d’Eric Dolphy. Les vocabulaires qui s’y pratiquaient gagnaient à ce brassage des genres ainsi qu’à l’apparition d’écoles se distinguant ou s’identifiant plus ou moins à la fameuse Berklee School d’où émanaient de manière directe ou indirecte, par transmission orale ou écrite (recueils de standards comme le Real Book, de grilles comme l’Anthologie de Philippe Baudoin au Cim, syllabus de gammes et arpèges de Ramon Ricker), la démocratisation de la bande magnétique facilitant l’étude mimétique des grands solistes de l’histoire ou le développement de l’oreille (je me souviens de Philippe Maté, pourtant pas très sourd, s’entrainant au volant de sa voiture sur les premières cassettes d’ear training de David N. Baker qui venait de paraître en cette année 1981).
À Paris, le Cim créé en 1976 par Alain Guerrini joua en France un rôle pionnier. Nouvel académisme ? Tout dépendait de ce que l’on venait y chercher et de l’usage qu’on en faisait. De ce point de vue, il s’agissait moins d’une académie que d’une auberge espagnole où, passant d’une salle à l’autre on pouvait tomber sur Claude Tissendier enseignant la plastique du phrasé swing, Jean-Claude Fohrenbach commentant les ressources de l’anatole et Philippe Maté allumant à l’improviste une radio, tombant sur un concerto de Bartok et demandant à ses étudiants ce qu’ils pourraient bien jouer là-dessus. Et même si Guerrini avait le jazz straight ahead dans le sang et pouvait avoir l’ironie facile sur les avant-gardes, la programmation de ses concerts du samedi pouvait accueillir un trumpet all stars emmené par Roger Guérin, le big band de Didier Levallet, le Happy Feet de Philippe Baudoin et Daniel Huck, le Workshop de Lyon, les premiers pas de Marc Ducret avec Denis Barbier, le Quatuor de Saxophones de Jeanneau/Chautemps/Maté/Di Donato, une rencontre Fohrenbach / Konitz ou un duo saxophone et vielle à roue moulinés à la sauce électronique par Philippe Maté et Dominique Regeff. Guerrini n’avait-il pas été à la fin des années 1960 le patron d’un club, le Caveau de la Montagne où, à la fin des années 1960, le jazz se pratiquait “à tous les étages” (dixieland, mainstream et avant-garde, du rez-de-chaussée au deuxième sous-sol) et où Michel Roques y donnait déjà d’informels “cours de jazz”, préfiguration de ce que serait le Cim.
Le label phonographique Open créé par Alain Guerrini parallèlement au Cim reflétait ce même œcuménisme. Aux premières pages de son catalogue, on voit se succéder l’Anachronic Jazz Band qui rejouait le répertoire du jazz moderne (Monk, Parker, Gillespie, Rollins…) à façon des années 1920, et le duo de Joseph Dejean et Gérard Marais à l’avant-garde de la guitare moderne. La toute première référence réunissait sous le nom de Mélanie Jazz Sextet, selon une esthétique foncièrement swing mais indatable, quelques-uns des musiciens qui feraient l’Anachronic, avec en front line Marc Richard (saxophones et clarinette), André Villéger et… Patrick Artero.
Patrick Artero, le voici justement, dans le cadre des concerts de samedi du Cim, associé ce 13 juin 1981 à Éric Barret. Trente-et-un ans pour le premier, vingt-deux ans pour le second, à première vue un peu comme le mariage de la carpe et du lapin, mais tous deux indifférents à la notion d’enseignement scolaire, même si Éric Barret serait lui-même plus tard enseignant et auteur d’un recueil Gammes et arpèges (Outre Mesure, 2005) nourri d’extraits de relevés de solos commentés.

Patrick Artero s’il fut jamais incrit à une quelconque école aurait pu inspirer Le Cancre de Jacques Prévert. Esthétiquement insaisissable quoique charnellement attaché aux origines néo-orléanaises et aux grandes figures du cornet et de la trompette des années 1920 – King Oliver, Louis Armstrong, Tommy Ladnier, Bix Beiderbecke, Rex Stewart –, Artero est un musicien d’instinct, vagabond, imprévisible, ouvert à tout mais nullement béni-oui-oui, jamais vraiment où on l’attend, paré pour “le métier” dans les situations les plus conventionnelles, mais disponible à l’aventure pour peu qu’il s’agisse vraiment d’une aventure et une occasion de se laisser surprendre.
Qui était à l’origine de ce quartette ? Quel en était le répertoire ? Il y a dans l’attitude d’Artero sur ces photos, une sorte de « qu’advienne que pourra » et de « quoiqu’il en soit, laissez-moi vous donner le meilleur ». J’aime à imaginer au regard de la photo où Éric Barret lui parle pendant un probable solo de piano que le saxophoniste propose à son comparse trompettiste un riff, un break, un stop chorus ou un out chorus… ou quelque autre initiative formelle pour cet informel quartette, et qu’Artero assimile le message sans rien laisser paraître, du genre « on verra, t’inquiète ».

Musicien discret pour ne pas dire secret, Éric Barret s’était formé par un travail solitaire acharné d’assimilation mentale et technique des solos des grands saxophonistes modernes, à commencer par John Coltrane, progressions, modes, tournures, phrasés, découpes, ambitus, souffle. Mon ami le guitariste Éric Daniel qui me confiait récemment au téléphone avoir joué avec l’un et l’autre, me disait qu’Éric aimait travailler ou étudier seul, chez lui, et fréquenter les clubs pour mettre à l’épreuve le vocabulaire, la dextérité et la maîtrise du bec qu’il venait d’assimiler, cherchait à approfondir et à s’approprier. Peut-être Artero et Barret se s’étaient-ils croisés au Cardinal Paf, lieu de rencontres musicales au sein des petites et grandes formations à l’affiche soir après soir, pour qui aimait venir s’y rôder contre le boire et le manger.
J’entendais Éric Barret pour la première fois, et il ne me reste pour tout souvenir de ce concert que ces photos assez quelconques, mais qu’aimeront découvrir tous ceux qui portent encore le deuil de ce grand saxophoniste disparu l’an passé à l’âge de 65 ans, que l’on entendit chez Antoine Hervé, Jean-Loup Longnon, Gérard Badini, François Jeanneau, Jacques Pellen, Didier Levallet, et dont on garde à l’oreille les trios avec Henri Texier et Aldo Romano, avec Serge Lazarévitch et Joël Allouche, les quartettes avec Marc Ducret, Hélène Labarrière et Peter Gritz, ou Sophia Domancich, Riccardo Del Fra et Simon Goubert, les duos avec Goubert et avec Pellen, etc. À l’arrière-plan, mes photos laissent deviner la présence du pianiste Michel Precastelli – n’aurait-il pas été à l’origine de la rencontre, lui que l’on voit présenter au micro ci-dessous ? – et du batteur Richard Portier, tous déjà vus sur mes films précédents, plus un nouveau venu, de deux ans l’aîné d’Éric Barret, et qui à l’époque ne manquait pas une occasion de se faire la main auprès des meilleurs, le contrebassiste Jean Bardy (24 ans). Franck Bergerot

NB : au bar sur la photo d’ouverture, deux fidèles du Cim: Omar Mansouri et Joseph Benarroch, alias Monsieur Jo.
Ce 6 juin 1981, on découvrait le trio de Zool Fleischer, Éric Le Lann au sein du quartette de Jacques Vidal et Frédéric Sylvestre, Lionel Benhamou sur les partitions de Marc-Michel Le Bévillon et Michel Precastelli pour le groupe Galaigaï, avec en tête d’affiche le duo Caratini-Fosset.
Carrières-sur-Seine, ce que j’en savais… J’ai vécu de 1960 à 1979 à Chatou, route de Carrières : passé notre HLM nous étions à Carrières, ville d’extraction de pierre, une activité abandonnée à la culture du champignon. Il y a avait à l’automne la fête des champignons comme à Croissy au printemps la fête à la carotte en septembre. Il y avait un collège où j’ai été pion plusieurs années. Et il y avait un structure culturelle, le 1000 Club qui programmait la scène locale (notamment le guitariste Gérard Curbillon, le père de Thomas, dont la réputation était plus que locale pour les connaisseurs) mais aussi plus largement la scène jazz émergeante. Me reste le souvenir de deux festivals, l’un en plein air en 1980 où flirtaient jazz et folk, l’autre en intérieur dont il est question ici.
Zool !
Entre temps ou auparavant, j’avais fait la connaissance de Zool Fleischer et de son trio venus à Carrières hors festival. Les occasions de l’entendre et réentendre ne manquèrent pas : le 16 avril 1980 au Cardinal Paf avec Jean-Pierre Debarbat en invité, le 17 mai au Cim, le 21 octobre à l’Espace Cardin en première partie du groupe Oregon de Ralph Towner. 23 ans, déjà un phénomène, debout devant son piano ou en équilibre instable les genoux pliés sous le clavier… mais ce qu’il jouait vous enlevait tout de suite l’idée qu’il faisait son cinéma, tant tout cela paraissait impérieux, car l’authentique moteur de sa virtuosité était un répertoire original, astucieux, malicieux, haut en couleurs. De son batteur Richard Portier qu’on a déjà vu dans mes archives (cf. Denis Badault le 25 avril 1981), j’avais apprécié la souplesse, la précision et l’écoute dans un compte rendu pour Jazz Hot à propos de sa prestation au Cardinal Paf. À cette même occasion, je m’étais montré plus réservé à propos de Christian Gentet qui s’illustrerait la même année en présentant l’Orchestre de contrebasses, un peu sur le modèle scénique du Quatuor cofondé l’année précédente par mon ami, notamment violoniste, Laurent Vercambre.

Le Lann & co
Également à l’affiche de ce 6 juin à Carrières, un all stars de la scène émergeante. Éric Le Lann avait débarqué de sa Bretagne à Paris en 1977 à tout juste 20 ans et commencé à se faire connaître dans le milieu. Dans mes tablettes, il apparaît le 13 janvier 1979 lors d’un concert du Cim où il croise le fer avec Roger Guérin et Jean-Loup Longnon… rien que ça ! Juin 1979, il remporte le troisième Concours national de jazz de la Défense. On commence à lire son nom de plus en plus souvent dans les programmes. Il est assidu au Cardinal Paf où, comme il le raconte dans son autobiographie Scorpion ascendant belon, il découvre un jour au premier rang parmi le public, accompagné de Lee Konitz, Martial Solal à la recherche de nouveaux talents pour son nouveau big band, début d’une amitié musicale profonde. À l’époque, Patrice Caratini l’a également invité à rejoindre son onztette.

Antibes 1980 : Le Lann apparaît au sein du quintette de René Urtreger auprès de Jean-Louis Chautemps Jean-François Jenny-Clark et Aldo Romano (“En direct d’Antibes”, disque Carlyne), une formation aussitôt reprise le 11 septembre 1980, à la Chapelle des Lombards. Mais auparavant, le 4 au même endroit, il est l’invité avec Chautemps d’un nouveau trio : le guitariste Frédéric Sylvestre, le contrebassiste Jacques Vidal et le batteur Éric Dervieu. Janvier 1981, c’est en leader qu’il est invité par André Francis sur les ondes de Radio France avec la même rythmique, plus deux invités : Glenn Ferris (trombone) et Jean-Pierre Debarbat (sax (ténor). Si Vidal (né en 1949) est l’aîné, Jean-Pierre Debarbat (né en 1952) fait figure de parrain. Dandy efficace en communication, astucieux stratège, en outre excellent saxophoniste, il est le leader du Dolphin Orchestra qui a fait connaître Vidal, Sylvestre (né 1953) et même Ferris qui, s’il est connu aux États-Unis (Don Ellis, Frank Zappa, front line de Billy Cobham avec les frères Brecker), vient de débarquer en France.

Mais dès février, notre quartette vole de ses propres ailes sur un album au nom de Sylvestre et Vidal intitulé “2 + Éric Le Lann / Éric Dervieu”. Batteur né en 1956, ce dernier deviendra aussitôt un sideman recherché, le batteur régulier de René Urtreger, partenaire d’un trio réunissant Hervé Sellin et Riccardo Del Fra, etc. Leur répertoire en ce 6 juin 1981 ? Faute de compte rendu, j’imagine qu’ils jouèrent le répertoire du disque : trois hommages de Jacques Vidal (Scott, Gary et Frédéric… comprenez LaFaro, Peacock et Sylvestre), une partition du pianiste Jean-Christophe Levinson, trois compositions de Frédéric Sylvestre, l’une d’elles Snave me laissant supposer un hommage à quelque Evans, et enfin Nardis signé par Miles Davis qu’il n’enregistra jamais et que Bill Evans marqua de sa profonde empreinte.
Cara-Fosset
Leur succédèrent sur la scène de Carrières Patrice Caratini et Marc Fosset faisaient figure de tête d’affiche de ce festival. Omniprésent de la scène depuis 1977 avec déjà deux disques enregistrés et je ne vous apprendrai rien de plus qui n’ait déjà été dit à leur sujet, sinon la fraicheur de leur folklore imaginaire puisant tant au sources de la chanson parisienne qu’à celles de la bossa nova, sur des arrangements soignés et fantaisistes comme le Palais idéal du Facteur Cheval. Nous les retrouveront surement plus tard dans l’album de mes photos.

Galigaï

Quant au groupe Galigaï, me demandant s’il ne faisait pas là ses premières armes, je suis tombé dans les pages “programme” de Jazz Hot sur une ébauche programmée au printemps 1980 dans le cadre du festival d’Angers où Alain Guerrini faisait office de conseiller auprès d’Yves Orillon de la Maison de la Culture. Le personnel en était la guitariste Marie-Ange Martin, le pianiste Michel Precastelli, le contrebassiste Marc Michel et Jean-Claude Jouy. Dans sa forme définitive, Lionel Benhamou en fut le guitariste et Umberto Pagnini le batteur. Michel Precastelli (qui faisait partie à l’époque de l’équipe pédagogique du Cim, enseignant harmonie et improvisation) et Marc Michel (qui se fit longtemps appeler ainsi avant de décliner ainsi son état civil complet : Marc-Michel Le Bévillon) en étaient les compositeurs sur une orientation où l’on croit percevoir l’influence du quartette du quartette de John Scofield avec Richie Beirach. Ils enregistrèrent en 1982 un disque produit dans la collection Jazzibao sur Open, le label d’Alain Guerrini, dont une plage circule encore sur Youtube, Quatre à Quatre. Le concert de sortie de l’album au New Morning en 1982 sera l’occasion d’une autre page de mon album photo où l’on retrouvera cet étrange regard que Marc Michel pouvait avoir une fois qu’il était tout à sa contrebasse ou sa basse électrique.

Épilogue
De nombreuses personnes citées ci-dessus sont décédées : Lionel Benhamou, Alain Guerrini (1995), Jean-François Jenny-Clark (1998), Frédéric Sylvestre (2014), André Francis (2019), Marc Fosset (2020), Jean-Christophe Levinson, Jean-Louis Chautemps (2022), Martial Solal (2024). Franck Bergerot
Ce 25 avril 1981, à un mois de son 23ème anniversaire, Denis Badault présentait son quartette, dans le cadre des concerts du samedi au Cim.

Lors de mes premiers mois de photographie, je confiais mes négatifs pour réalisation de planches-contact à la Fnac qui me livrait des documents totalement flous, ce qui fait que j’ai cru pendant quelques temps que je ne savais pas faire le point et que j’ai tardé à faire tirer mes premiers clichés, ne disposant pas encore moi-même de matériel de tirage. J’ai toujours eu du mal à faire le point, mais pas “à ce point-là” ! Toujours est-il qu’en retrouvant la planche très floue de ce onzième film, je me suis dit : tiens, Francis Bourrec… mais après avoir fait scanner une sélection de clichés de ce film il y a quelques jours et après l’avoir examiné sur mon ordinateur, j’ai réalisé qu’il s’agissait du saxophoniste Bertrand Auger, ce que m’ont confirmé les notes de mon carnet de négatifs.

J’y découvrais aussi qu’il jouait là au sein du quartette de Denis Badault avec Philippe Laccarrière. D’où ma méprise, car la première fois qu’est venu sous ma plume le nom de Laccarrière, c’était associé à celui de Francis Bourrec : c’était dans le numéro de septembre 1979 de Jazz Hot à l’occasion de la fête fin d’année du Cim, le 30 juin, où j’avais signalé leurs deux noms, sans d’ailleurs en mentionner la rythmique. Et j’ai presque encore dans l’oreille cette mobilité nerveuse du contrebassiste sur son manche et le phrasé athlétique associé au son très timbré du bec métal de la marque Dukoff qu’on associait à l’époque à Michael Brecker. Il s’agissait probablement du BBLB Quartet qui avait remporté le Concours de la Défense en 1978, soit Francis Bourrec (ts), Yann Benoist (elg), Philippe Laccarrière (b) et Jo Benotti (dm). Encore qu’au Cim, ce 30 juin 1979, je ne me souvienne pas d’une guitare. Déjà Badault ? Ou Éric Besson ? *

On lit souvent sur les pages concernant Denis Badault sur le net, qu’il obtint le prix de soliste au Concours national de jazz de la Défense en 1979. En fait, il se vit décerner le 5ème prix, derrière un 1er prix pour le quartette d’Éric Le Lann, 2ème pour le Quintette de l’Art (Dominique Pifarély, Marc Thomas qui n’avait pas encore abandonné le saxophone alto pour le ténor, Francis Demange au piano, Yves Torchinsky à la contrebasse et Can Kozlu à la batterie), 3ème prix pour Laurent Cugny (qui s’était présenté en solo après avoir remporté le 1er prix l’année précédente avec son orchestre Lumière), 4ème prix pour le groupe vocal Échec et Mat. Au sein de quelle formation Denis se vit-il décerner ce 5ème prix ? Je lance une bouteille à la mer ! *

Ceci pour la vérité historique. On a vu au sujet de mes photos du 30 janvier 1981 (Martial Solal Big Band à la Chapelle des Lombards) que, en cette année 1981, Denis Badault n’était plus tout à fait un inconnu et qu’il s’était déjà vu confier des fonctions pédagogiques lors du stage de big band de l’Afdas de l’automne 1980.

À la batterie, Richard Portier, que j’écoutais souvent à l’époque. Je me souviens que dans la seconde moitié des années 1970, il était le batteur du Swing Limited Corporation, ce qui n’était pas une infime responsabilité, et aussi qu’il tenait la batterie au sein du premier trio de Zool Fleischer qu’il m’ait été donné d’entendre… déjà un régal ! Par la suite, on l’entendit avec Elisabeth Caumont, Patrice Caratini, Michel Roques, Steve Potts… la liste est longue et nous parle d’une élégance discrète que j’ai maintes fois appréciée. Et je me souviens aussi que son père, Jean Portier, avait dressé une sorte de diagramme permettant de suivre les entrées et sorties de personnel au sein de l’orchestre de Duke Ellington, document dont une copie m’avait été transmise par Alain Guerrini ou Claude Carrière, et que j’ai dû égaré dès lors qu’internet nous eut offert d’autres sources d’information. Mais je retrouve encore aujourd’hui en ligne de ses contributions à l’exhaustivité discographique du Dems Bulletin de l’International Duke Ellington Music Society.

Que penser de ce concert ? Il se perd dans la brume du temps et de la mémoire. Seules mes photos peuvent encore en témoigner. J’y joins une photo d’Alain Guerrini debout derrière le piano droit lors du même concert, dans une attitude que je lui ai souvent vue pendant les concerts, concentré sur la musique, songeant peut-être à quelque réflexion qu’elle lui inspirait et qu’il ne manquerait pas de partager plus tard avec les musiciens et avec ses amis. Probablement, au vu de ces photos, aurait-il su nous faire le compte rendu de ce concert. Texte et photos © Franck Bergerot
* Ayant trouvé échouée sur sa plage ma bouteille à la mer 12 heures après son lancement (plus ou moins, selon ce que je comprends du décalage horaire survenu cette nuit), Philippe Laccarrière s’est livré à un exercice de mémoire dont il avoue cependant les résultats incertains. Concernant le concert du 30 juin, il pense que le pianiste était soit Olivier Hutman, soit déjà Denis Badault. Quant à ce 5ème prix décerné à ce dernier, Philippe croit se souvenir que Denis s’était produit en solo et que ce 5ème prix avait été créé pour lui, dans le cadre d’un palmarès très disputé. Je crois quant à moi que c’était mon premier ou deuxième Concours de la Défense en tant que membre du jury, car cette histoire de 5ème prix sensé corriger un palmarès très disputé me dit vaguement quelque chose. Quoiqu’il en soit, Denis Badault avait un bel avenir devant lui.