Trevor Horn Archives - Jazz Magazine

Le pénultième album studio de la regrettée Tina Turner (1939-2023) vient de ressortir en coffret deluxe. Visite guidée.
Par
Fred Goaty

Imaginez un peu : Tina Turner et Barry White dans le même studio…
« The sun goes down », chante-t-elle d’abord…
« And the moon comes up » répond-il…
« My heart is pumping for you », ajoute-t-elle…
La température, c’est sûr, avait dû monter de plusieurs degrés.
Trevor Horn (Yes, Frankie Goes To Hollywood, Grace Jones, Seal…) était derrière la console – de la buée sur ses lunettes ? Possible.
De In Your Wildest Dreams, il existe deux versions, l’une en duo avec Antonio Banderas, dans la version européenne de “Wildest Dreams” (parue en avril 1996), et l’autre, donc, avec Barry White, inclue dans la version américaine remaniée parue quelques mois plus tard, en septembre de la même année. On nous permettra d’avoir une préférence pour la seconde, même si l’acteur espagnol assure honorablement ; mais dans le rôle du Special Guest Vocalist, Sting s’en tire évidemment bien mieux que lui dans On Silent Wings



C’est un fait : “Wildest Dreams” ne fut pas, en son temps, aussi marquant que “Private Dancer”, son chef-d’œuvre de 1984. Seulement voilà : les largesses éditoriales de cette “30th Anniversary Edition” le remettent autrement en lumière. Trente ans après, l’attente n’est plus la même, le petit jeu des comparaisons aves les albums précédents n’a plus lieu d’être,  le recul encourage la hauteur de vue, l’écoute apaisée. Et là, surprise : cet album révèle plusieurs chansons qui ont magnifiquement passé l’épreuve du temps.

Six singles, tout de même, avaient été extraits du pénultième opus studio de la plus grande chanteuse de rock de sa génération – aux inflexions certes soul et gospel. Goldeneye (pour le Bond du même nom, le premier avec Pierce Brosnan), Missing You (une reprise puissante du tube eighties de John Waite), Something Beautiful Remains, In Your Wildest Dreams, On Silent Wings et Whatever You Want, cette pépite inclassable – rock, post-rock, tech-rock ? – mise en son avec maestria par Trevor Horn, sans parler cette extraordinaire performance vocale. Cette voix vous saisit corps et âme et ne vous lâche plus. Avec Do What You Do, Whatever You Want est le meilleur moment de “Wildest Dreams”.
Il y a une autre reprise mémorable dans “Wildest Dreams”, Unfinished Sympathy de Massive Attack, qui sonne moins comme un standard trip-hop que comme du Seal, alors qu’elle n’est pas produite par Trevor Horn mais par Garry Hughes…
Le CD 2 contient comme du coutume son lot de raretés et de remixes, dont la version brûlante de In You Wildest Dreams évoquée plus haut.

Et puis, réédition deluxe oblige, le joli coffret immaculé contient un blu-ray permet de la revoir sur scène à Amsterdam lors de “Wildest Dreams Tour”. Et là, la fascination est toujours aussi grande : on nous pardonnera de rappeler qu’elle avairt alors, mais voir une si belle personne de 56 ans dégager une telle énergie, une telle autorité, chanter avec une voix à damner tous les saints de la terre et danser ainsi en alignant un nombre sidérant de tubes planétaires a de quoi vous filer des frissons, et même vous tirer la larmichette – et quel groupe de killers hard-R&B pour l’accompagner !
Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, un autre live a été ajouté : le double CD  du concert de Wembley, extrait de la même tournée, qui prouve que chaque soir Madame Turner donnait tout.

COFFRET “Wildest Dreams 30th Anniversary Edition”, 4 CD + 1 blu-ray, Parlophone, déjà dans les bacs).
Photo : Duncan Raban Popperfoto (Getty Images).

La “30th Anniversary 3-Disc Edition” de second album de Seal qui vient de paraître donne vraiment envie de revivre, trente ans après, de belles émotions.
Par
Fred Goaty

C’est en 1994 que parut enfin le successeur du premier album éponyme de Seal. À la manière des quatre premiers opus de Peter Gabriel, il n’avait pas de titre, comme son prédécesseur. Sa somptueuse pochette en bluffa plus d’un.e. Seal se mettait-il autant à nu dans ses dix nouvelles chansons ? D’une certaine manière, oui, car le sceau, le son, la patte Trevor Horn (qu’il avait entre-temps cherché à remplacer en travaillant avec d’autres producteur…) régnaient un peu moins en maître sur ces chansons volontiers plus sombres.

Rien d’ostentatoirement dansant dans ce second “Seal”, place au songwriting, que Seal, l’homme aux cordes vocales bénies des dieux, avait largement eu le temps d’affiner pendant ces trois années durant lesquelles il commença d’expérimenter les effets négatifs de la célébrité.
Qu’il soit signataire ou cosignataire de chaque chanson (avec son guitariste Gus Isidore ou Wendy Melvoin et Lisa Coleman), toutes bruissent d’une mélancolie diffuse et d’un blues prégnant, de la bouleversante Prayer For The Dying (pour les victimes du Sida) à l’intemporelle Kiss From The Rose en passant par Bring It On (illuminée par quelques notes magiques de Jeff Beck), If I Could (avec la divine Joni Mitchell, qui l’invitera à chanter sur How Do You Stop dans son album “Turbulent Indigo”), la subtile et sophistiquée Dreaming In Metaphors, la touchante Don’t Cry ou encore la fastueuse Fast Changes.


Joie : la “30th Anniversary 3-Disc Edition” qui vient de sortir contient, hormis un blu-ray audio avec l’album original en Dolby Atmos et en DST 5.1, un CD de “Rarities” d’une grande richesse, avec dix versions alternatives et raretés issues de CD singles (Love Is Powerful, Fly Like An Eagle…) ou d’albums thématiques, telle cette formidable reprise de Manic Depression avec, encore et toujours, Jeff Beck en feu à la six-cordes – l’ombre de Jimi Hendrix plane, puisque ce CD contient aussi une reprise de The Wind Cries Mary et un Blues In ‘E’ des plus hendrixiens.

CD Seal : “Seal” (Sire / Rhino / Warner Records, existe aussi en double LP).
Photos : © Tim France (Warner Music Group).