Tommy Bolin : l’étoile filante
La contribution de Tommy Bolin à “Spectrum” de Billy Cobham l’a élevé pour toujours au niveau des plus grands guitaristes électriques. Retour sur sa trop brève carrière.
Par Julien Ferté
C’est parce qu’il voulait jouer une musique plus accessible que celle du Mahavishnu Orchestra et axée sur le groove que Billy Cobham n’a pas hésité longtemps avant d’engager Tommy Bolin, inconnu au bataillon des jazzfans, et à peine plus connu de celui des rockfans… Son jeu direct, instinctif, sensuel et brut fit merveille.
Né le 1er août 1951 à Sioux City, dans l’Iowa, ce gamin rebelle qui n’a jamais voulu se couper les cheveux ne citait que trois infuences majeures : Jimi Hendrix, Carl Perkins et Django Reinhardt. Encore teenager, il s’installe à Denver, dans le Colorado, et décroche quelque gigs, dont un avec Lonnie Mack, auprès duquel il fait ses classes. Puis il fonde son premier vrai groupe, Zephyr, avec lequel il enregistrera deux albums, le plus satisfisant étant “Going Back To Colorado”, mélange hésitant/détonnant de rock, de blues et de jazz.
Puis c’est l’aventure Energy, qui le rapproche du flûtiste Jeremy Steig, qui fit un temps partie de ce groupe qui ne décrochera jamais un contrat d’enregistrement (seuls des bandes privées ont depuis été publiées). Dommage, car Energy portait bien son nom et servait souvent de backing band aux bluesmen en tournée dans le Colorado, tels John Lee Hooker, Don Sugarcane Harris ou Albert King, qui eut à son tour une influence certaine sur le jeune Bolin.
Sur les conseils de Jeremy Steig, Bolin finit par tenter sa chance à New York. Les démos qu’ils enregistrent avec Jan Hammer, Gene Perla et Billy Cobham ne deviendront jamais un vrai disque, mais Cobham invite donc Bolin aux séances de “Spectrum”. Jamais aussi bien entouré, le jeune guitariste donne le meilleur de lui-même et aligne des chorus qui n’ont rien perdu de leur pouvoir de fascination. Mais si les frissons de l’improvisation le transportent, ce garçon aime au moins autant le rock’n’roll. Et devient le guitariste du James Gang puis, en 1975, de Deep Purple, où il succède au légendaire Ritchie Blackmore – musicalement, il s’en tirera avec les honneurs, mais son image et son style surprirent plus d’un heavy rock lover…
Parallèlement, Epic publiera deux albums solos, les superbes “Teaser” et “Private Eyes”. Ses improvisations dans Marching Powder, Post Toastee ou Crazed Fandango (un inédit des séances de “Teaser”, avec Michael Brecker, David Sanborn et Narada Michael Walden) laissent un goût amer à ses admirateurs : si les excès du rock’n’roll circus ne l’avaient pas emporté prématurément – il meurt le 4 décembre 1976 à Miami suite à une surdose fatale –, nul doute que ce musicien exceptionnel aurait continué de marquer de son empreinte l’histoire de la guitare post-hendrixienne. Restent malgré tout quelques inoubliables flashes électrisants à écouter en boucle) et, bien sûr, “Spectrum”, qu’un certain Jeff Beck, grand admirateur de Bolin, emporterait bien sur une île déserte – avec quelques Django…