Jazz live
Publié le 20 Juil 2017

Junas (2): Danilo Perez, John Patitucci, Brian Blade, tour de magie dans les Carrières

La prêtresse haïtienne vient juste d’achever un épisode d’incantation vaudou. Un responsable du festival lui glisse un mot à l’oreille. Aussitôt une caméra franchit la porte du Temple. Au beau milieu de son concert, surprise mais pas déroutée, Moonlight Benjamin répond en direct, à l’aveugle, au présentateur du JT régional de France 3 Occitanie.

Moonlight Benjamin (voc), Mark Richard (elb), Matthis Pascaud (g), Claude Saturne (congas)

Temple

Antonio Sanchez (dm), Seamus Blake (ts, EWI), John Escreet (p), Matt Brewer (b), Than Alexa (voc)

Danilo Perez (p), John Patitucci (b), Brian Blade (dm)

Les Carrières

Jazz à Junas, Junas (30250)

Moonlight Benjamin, l'interview télé surprise

Moonlight Benjamin, l’interview télé surprise

Dans la lumière filtrée au travers des vitraux multicolores peints par Daniel Humair monte une voix piquée de cris premiers sur fond de tambours et notes de guitare électrique. Le chant/prière en langue yoruba de la prêtresse vaudou haïtienne répercuté dans l’enceinte du Temple célèbre l’esprit de rencontre, invoque dans ce but la divinité afro-cubaine correspondante. Dans les parties musicales stricto sensu elle danse et fait tournoyer sa longue robe rouge carmin sur des rythmes binaires. Incantations sous l’appel des tambours de Claude Saturne (on avait entendu à Junas le percussionniste haïtien établi en France auprès de cette même chanteuse, réunis tous deux au sein du Creole Spirit de Jacques Schwartz-Bart et Omar Sosa), mélopées soyeuses en langue créole, accents plus électriques aussi dans les développements en accord guitare-basse : les voutes cintrée du Temple néo-classique mis à disposition du festival pour les concerts gratuits de l’après-mid résonnent d’airs brassés en mode répétitif d’hymne ou rituel.

Antonio Sanchez, Migrations

Antonio Sanchez, Migrations

Antonio Sanchez a composé la musique de Migrations (CD Meridian Suite, CAM Jazz) il y a trois ans déjà. En amont du concert il préfère avertir son audience « Vous allez entendre une seule pièce de musique jouée en plusieurs parties. Je sais bien, j’ai fait moi même des études de musique classique, que dans ce monde on n’applaudit pas entre les mouvements sous peine de passer pour un ignorant crasse. Mais bon, moi c’est du jazz que je joue, alors n’hésitez pas, applaudissez comme bon vous semble. Pas de problème, allez y ! » Effectivement, en live la musique sort également très écrite, élaborée à dessein en de longues séquences, génératrice de développements étirés (sax ténor, piano, voix) Sanchez, musicien d’origine mexicaine vivant aux Etats Unis, on le sait depuis ses prestations auprès de Pat Metheny ou Chick Corea notamment) reste un batteur complet, très créatif, précis dans son travail de rythmique ou de soutien. Cette dernière qualité se retrouve  dans son travail de composition sur Migrations. Des parties écrites très denses, enchainées en à plats le temps de mettre en scène les solistes afin de favoriser les reliefs,  Seamus Blake en particulier -sonorité tendue, percutante au sax ténor, effets de colorations moins pertinentes avec l’EWI, sax électronique) Au total on note une série de climats sonores très travaillés procédant d’une démarche favorisant un savoir faire technique. De saveur un peu froide tout de même

LE trio !

Danilo Perez, Brian Blade, John Patitucci avec le Directeur du Festival, Stéphane Pessina-Dassonville

Danilo Perez, Brian Blade, John Patitucci avec le Directeur du Festival, Stéphane Pessina-Dassonville

Elles avaient vécu et nous avec l’an passé le moment privilégié de celui de Gonzalo Rubalcaba. Cette année les carrières et son public fidèle ont reçu le choc positif du trio Danilo Perez-John Patitucci-Brian Blade. Force (bonheur d’écoute plutôt, non ?) est de constater que malgré les ruptures de rythme, les changements de tonalité, les différences d’accentuation ce mode de jazz surtout pas à la mode reste marqué par une fluidité certaine. Du mouvement, de l’allure, un allant qui alimente un courant continu: le fil de l’intention affichée se tend mais jamais ne casse. Il faut dire que chaque musiciens porte une attention soutenue au travail de l’autre. La réalisation du projet se fait vraiment en triangle isocèle. Beaucoup d’envie, une vraie liberté d’expression, ils oeuvrent à trois réunis pour faire le boulot. Il suffit de noter les échanges de regards appuyés entre Danilo Perez et Brian Blade du genre « tu as vu un peu ce que je veux te faire jouer là ? » Le batteur vivant en Louisiane n’en reste pas moins sobre pour autant. Lui ne veut disposer que de trois caisses et deux cymbales pour tout set de batterie. Mais lorsqu’il l’a décidé, bouche ouverte, sourire forcé, il explose littéralement d’intensité, de force de frappe. Danilo Perez excelle dans des motifs resserrés au centre du clavier. Comme au sein de l’orchestre de Wayne Shorter, avec les mêmes complices il impulse, il pousse, il oriente, il recentre la musique dans cette drôle d’architecture moderne à trois angles aigus. Dans une certaine décontraction apparente -on l’a vu se tourner vers le public histoire de siffler le motif introductif d’un thème. Sur de son fait -on l’a entendu poser trois minutes durant en se les appropriant, accords et mélodie de Round Midnight de Monk. Mais toujours habité d’une volonté sans faille. Quand à John Patitucci je n’ai pas le souvenir de l’avoir vu sourire ainsi tout un concert durant, venant même, hilare, jusqu’à taper dans la main du pianiste à la fin d’une séquence (Scenes of America) où sa science du son, son éloquence sur la basse avaient définitivement fait décoller le trio.

 Wayne Shorter avec cette équipe qui le rejoindra à San Sebastian vendredi n’a décidément toujours aucun souci à se faire.

Robert Latxague

Jazz à Junas

Carrières: 21 juillet 21 h: Alfredo Rodriguez Trio; Omar Sosa Quarteto Afrocubano

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La prêtresse haïtienne vient juste d’achever un épisode d’incantation vaudou. Un responsable du festival lui glisse un mot à l’oreille. Aussitôt une caméra franchit la porte du Temple. Au beau milieu de son concert, surprise mais pas déroutée, Moonlight Benjamin répond en direct, à l’aveugle, au présentateur du JT régional de France 3 Occitanie.

Moonlight Benjamin (voc), Mark Richard (elb), Matthis Pascaud (g), Claude Saturne (congas)

Temple

Antonio Sanchez (dm), Seamus Blake (ts, EWI), John Escreet (p), Matt Brewer (b), Than Alexa (voc)

Danilo Perez (p), John Patitucci (b), Brian Blade (dm)

Les Carrières

Jazz à Junas, Junas (30250)

Moonlight Benjamin, l'interview télé surprise

Moonlight Benjamin, l’interview télé surprise

Dans la lumière filtrée au travers des vitraux multicolores peints par Daniel Humair monte une voix piquée de cris premiers sur fond de tambours et notes de guitare électrique. Le chant/prière en langue yoruba de la prêtresse vaudou haïtienne répercuté dans l’enceinte du Temple célèbre l’esprit de rencontre, invoque dans ce but la divinité afro-cubaine correspondante. Dans les parties musicales stricto sensu elle danse et fait tournoyer sa longue robe rouge carmin sur des rythmes binaires. Incantations sous l’appel des tambours de Claude Saturne (on avait entendu à Junas le percussionniste haïtien établi en France auprès de cette même chanteuse, réunis tous deux au sein du Creole Spirit de Jacques Schwartz-Bart et Omar Sosa), mélopées soyeuses en langue créole, accents plus électriques aussi dans les développements en accord guitare-basse : les voutes cintrée du Temple néo-classique mis à disposition du festival pour les concerts gratuits de l’après-mid résonnent d’airs brassés en mode répétitif d’hymne ou rituel.

Antonio Sanchez, Migrations

Antonio Sanchez, Migrations

Antonio Sanchez a composé la musique de Migrations (CD Meridian Suite, CAM Jazz) il y a trois ans déjà. En amont du concert il préfère avertir son audience « Vous allez entendre une seule pièce de musique jouée en plusieurs parties. Je sais bien, j’ai fait moi même des études de musique classique, que dans ce monde on n’applaudit pas entre les mouvements sous peine de passer pour un ignorant crasse. Mais bon, moi c’est du jazz que je joue, alors n’hésitez pas, applaudissez comme bon vous semble. Pas de problème, allez y ! » Effectivement, en live la musique sort également très écrite, élaborée à dessein en de longues séquences, génératrice de développements étirés (sax ténor, piano, voix) Sanchez, musicien d’origine mexicaine vivant aux Etats Unis, on le sait depuis ses prestations auprès de Pat Metheny ou Chick Corea notamment) reste un batteur complet, très créatif, précis dans son travail de rythmique ou de soutien. Cette dernière qualité se retrouve  dans son travail de composition sur Migrations. Des parties écrites très denses, enchainées en à plats le temps de mettre en scène les solistes afin de favoriser les reliefs,  Seamus Blake en particulier -sonorité tendue, percutante au sax ténor, effets de colorations moins pertinentes avec l’EWI, sax électronique) Au total on note une série de climats sonores très travaillés procédant d’une démarche favorisant un savoir faire technique. De saveur un peu froide tout de même

LE trio !

Danilo Perez, Brian Blade, John Patitucci avec le Directeur du Festival, Stéphane Pessina-Dassonville

Danilo Perez, Brian Blade, John Patitucci avec le Directeur du Festival, Stéphane Pessina-Dassonville

Elles avaient vécu et nous avec l’an passé le moment privilégié de celui de Gonzalo Rubalcaba. Cette année les carrières et son public fidèle ont reçu le choc positif du trio Danilo Perez-John Patitucci-Brian Blade. Force (bonheur d’écoute plutôt, non ?) est de constater que malgré les ruptures de rythme, les changements de tonalité, les différences d’accentuation ce mode de jazz surtout pas à la mode reste marqué par une fluidité certaine. Du mouvement, de l’allure, un allant qui alimente un courant continu: le fil de l’intention affichée se tend mais jamais ne casse. Il faut dire que chaque musiciens porte une attention soutenue au travail de l’autre. La réalisation du projet se fait vraiment en triangle isocèle. Beaucoup d’envie, une vraie liberté d’expression, ils oeuvrent à trois réunis pour faire le boulot. Il suffit de noter les échanges de regards appuyés entre Danilo Perez et Brian Blade du genre « tu as vu un peu ce que je veux te faire jouer là ? » Le batteur vivant en Louisiane n’en reste pas moins sobre pour autant. Lui ne veut disposer que de trois caisses et deux cymbales pour tout set de batterie. Mais lorsqu’il l’a décidé, bouche ouverte, sourire forcé, il explose littéralement d’intensité, de force de frappe. Danilo Perez excelle dans des motifs resserrés au centre du clavier. Comme au sein de l’orchestre de Wayne Shorter, avec les mêmes complices il impulse, il pousse, il oriente, il recentre la musique dans cette drôle d’architecture moderne à trois angles aigus. Dans une certaine décontraction apparente -on l’a vu se tourner vers le public histoire de siffler le motif introductif d’un thème. Sur de son fait -on l’a entendu poser trois minutes durant en se les appropriant, accords et mélodie de Round Midnight de Monk. Mais toujours habité d’une volonté sans faille. Quand à John Patitucci je n’ai pas le souvenir de l’avoir vu sourire ainsi tout un concert durant, venant même, hilare, jusqu’à taper dans la main du pianiste à la fin d’une séquence (Scenes of America) où sa science du son, son éloquence sur la basse avaient définitivement fait décoller le trio.

 Wayne Shorter avec cette équipe qui le rejoindra à San Sebastian vendredi n’a décidément toujours aucun souci à se faire.

Robert Latxague

Jazz à Junas

Carrières: 21 juillet 21 h: Alfredo Rodriguez Trio; Omar Sosa Quarteto Afrocubano

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La prêtresse haïtienne vient juste d’achever un épisode d’incantation vaudou. Un responsable du festival lui glisse un mot à l’oreille. Aussitôt une caméra franchit la porte du Temple. Au beau milieu de son concert, surprise mais pas déroutée, Moonlight Benjamin répond en direct, à l’aveugle, au présentateur du JT régional de France 3 Occitanie.

Moonlight Benjamin (voc), Mark Richard (elb), Matthis Pascaud (g), Claude Saturne (congas)

Temple

Antonio Sanchez (dm), Seamus Blake (ts, EWI), John Escreet (p), Matt Brewer (b), Than Alexa (voc)

Danilo Perez (p), John Patitucci (b), Brian Blade (dm)

Les Carrières

Jazz à Junas, Junas (30250)

Moonlight Benjamin, l'interview télé surprise

Moonlight Benjamin, l’interview télé surprise

Dans la lumière filtrée au travers des vitraux multicolores peints par Daniel Humair monte une voix piquée de cris premiers sur fond de tambours et notes de guitare électrique. Le chant/prière en langue yoruba de la prêtresse vaudou haïtienne répercuté dans l’enceinte du Temple célèbre l’esprit de rencontre, invoque dans ce but la divinité afro-cubaine correspondante. Dans les parties musicales stricto sensu elle danse et fait tournoyer sa longue robe rouge carmin sur des rythmes binaires. Incantations sous l’appel des tambours de Claude Saturne (on avait entendu à Junas le percussionniste haïtien établi en France auprès de cette même chanteuse, réunis tous deux au sein du Creole Spirit de Jacques Schwartz-Bart et Omar Sosa), mélopées soyeuses en langue créole, accents plus électriques aussi dans les développements en accord guitare-basse : les voutes cintrée du Temple néo-classique mis à disposition du festival pour les concerts gratuits de l’après-mid résonnent d’airs brassés en mode répétitif d’hymne ou rituel.

Antonio Sanchez, Migrations

Antonio Sanchez, Migrations

Antonio Sanchez a composé la musique de Migrations (CD Meridian Suite, CAM Jazz) il y a trois ans déjà. En amont du concert il préfère avertir son audience « Vous allez entendre une seule pièce de musique jouée en plusieurs parties. Je sais bien, j’ai fait moi même des études de musique classique, que dans ce monde on n’applaudit pas entre les mouvements sous peine de passer pour un ignorant crasse. Mais bon, moi c’est du jazz que je joue, alors n’hésitez pas, applaudissez comme bon vous semble. Pas de problème, allez y ! » Effectivement, en live la musique sort également très écrite, élaborée à dessein en de longues séquences, génératrice de développements étirés (sax ténor, piano, voix) Sanchez, musicien d’origine mexicaine vivant aux Etats Unis, on le sait depuis ses prestations auprès de Pat Metheny ou Chick Corea notamment) reste un batteur complet, très créatif, précis dans son travail de rythmique ou de soutien. Cette dernière qualité se retrouve  dans son travail de composition sur Migrations. Des parties écrites très denses, enchainées en à plats le temps de mettre en scène les solistes afin de favoriser les reliefs,  Seamus Blake en particulier -sonorité tendue, percutante au sax ténor, effets de colorations moins pertinentes avec l’EWI, sax électronique) Au total on note une série de climats sonores très travaillés procédant d’une démarche favorisant un savoir faire technique. De saveur un peu froide tout de même

LE trio !

Danilo Perez, Brian Blade, John Patitucci avec le Directeur du Festival, Stéphane Pessina-Dassonville

Danilo Perez, Brian Blade, John Patitucci avec le Directeur du Festival, Stéphane Pessina-Dassonville

Elles avaient vécu et nous avec l’an passé le moment privilégié de celui de Gonzalo Rubalcaba. Cette année les carrières et son public fidèle ont reçu le choc positif du trio Danilo Perez-John Patitucci-Brian Blade. Force (bonheur d’écoute plutôt, non ?) est de constater que malgré les ruptures de rythme, les changements de tonalité, les différences d’accentuation ce mode de jazz surtout pas à la mode reste marqué par une fluidité certaine. Du mouvement, de l’allure, un allant qui alimente un courant continu: le fil de l’intention affichée se tend mais jamais ne casse. Il faut dire que chaque musiciens porte une attention soutenue au travail de l’autre. La réalisation du projet se fait vraiment en triangle isocèle. Beaucoup d’envie, une vraie liberté d’expression, ils oeuvrent à trois réunis pour faire le boulot. Il suffit de noter les échanges de regards appuyés entre Danilo Perez et Brian Blade du genre « tu as vu un peu ce que je veux te faire jouer là ? » Le batteur vivant en Louisiane n’en reste pas moins sobre pour autant. Lui ne veut disposer que de trois caisses et deux cymbales pour tout set de batterie. Mais lorsqu’il l’a décidé, bouche ouverte, sourire forcé, il explose littéralement d’intensité, de force de frappe. Danilo Perez excelle dans des motifs resserrés au centre du clavier. Comme au sein de l’orchestre de Wayne Shorter, avec les mêmes complices il impulse, il pousse, il oriente, il recentre la musique dans cette drôle d’architecture moderne à trois angles aigus. Dans une certaine décontraction apparente -on l’a vu se tourner vers le public histoire de siffler le motif introductif d’un thème. Sur de son fait -on l’a entendu poser trois minutes durant en se les appropriant, accords et mélodie de Round Midnight de Monk. Mais toujours habité d’une volonté sans faille. Quand à John Patitucci je n’ai pas le souvenir de l’avoir vu sourire ainsi tout un concert durant, venant même, hilare, jusqu’à taper dans la main du pianiste à la fin d’une séquence (Scenes of America) où sa science du son, son éloquence sur la basse avaient définitivement fait décoller le trio.

 Wayne Shorter avec cette équipe qui le rejoindra à San Sebastian vendredi n’a décidément toujours aucun souci à se faire.

Robert Latxague

Jazz à Junas

Carrières: 21 juillet 21 h: Alfredo Rodriguez Trio; Omar Sosa Quarteto Afrocubano

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La prêtresse haïtienne vient juste d’achever un épisode d’incantation vaudou. Un responsable du festival lui glisse un mot à l’oreille. Aussitôt une caméra franchit la porte du Temple. Au beau milieu de son concert, surprise mais pas déroutée, Moonlight Benjamin répond en direct, à l’aveugle, au présentateur du JT régional de France 3 Occitanie.

Moonlight Benjamin (voc), Mark Richard (elb), Matthis Pascaud (g), Claude Saturne (congas)

Temple

Antonio Sanchez (dm), Seamus Blake (ts, EWI), John Escreet (p), Matt Brewer (b), Than Alexa (voc)

Danilo Perez (p), John Patitucci (b), Brian Blade (dm)

Les Carrières

Jazz à Junas, Junas (30250)

Moonlight Benjamin, l'interview télé surprise

Moonlight Benjamin, l’interview télé surprise

Dans la lumière filtrée au travers des vitraux multicolores peints par Daniel Humair monte une voix piquée de cris premiers sur fond de tambours et notes de guitare électrique. Le chant/prière en langue yoruba de la prêtresse vaudou haïtienne répercuté dans l’enceinte du Temple célèbre l’esprit de rencontre, invoque dans ce but la divinité afro-cubaine correspondante. Dans les parties musicales stricto sensu elle danse et fait tournoyer sa longue robe rouge carmin sur des rythmes binaires. Incantations sous l’appel des tambours de Claude Saturne (on avait entendu à Junas le percussionniste haïtien établi en France auprès de cette même chanteuse, réunis tous deux au sein du Creole Spirit de Jacques Schwartz-Bart et Omar Sosa), mélopées soyeuses en langue créole, accents plus électriques aussi dans les développements en accord guitare-basse : les voutes cintrée du Temple néo-classique mis à disposition du festival pour les concerts gratuits de l’après-mid résonnent d’airs brassés en mode répétitif d’hymne ou rituel.

Antonio Sanchez, Migrations

Antonio Sanchez, Migrations

Antonio Sanchez a composé la musique de Migrations (CD Meridian Suite, CAM Jazz) il y a trois ans déjà. En amont du concert il préfère avertir son audience « Vous allez entendre une seule pièce de musique jouée en plusieurs parties. Je sais bien, j’ai fait moi même des études de musique classique, que dans ce monde on n’applaudit pas entre les mouvements sous peine de passer pour un ignorant crasse. Mais bon, moi c’est du jazz que je joue, alors n’hésitez pas, applaudissez comme bon vous semble. Pas de problème, allez y ! » Effectivement, en live la musique sort également très écrite, élaborée à dessein en de longues séquences, génératrice de développements étirés (sax ténor, piano, voix) Sanchez, musicien d’origine mexicaine vivant aux Etats Unis, on le sait depuis ses prestations auprès de Pat Metheny ou Chick Corea notamment) reste un batteur complet, très créatif, précis dans son travail de rythmique ou de soutien. Cette dernière qualité se retrouve  dans son travail de composition sur Migrations. Des parties écrites très denses, enchainées en à plats le temps de mettre en scène les solistes afin de favoriser les reliefs,  Seamus Blake en particulier -sonorité tendue, percutante au sax ténor, effets de colorations moins pertinentes avec l’EWI, sax électronique) Au total on note une série de climats sonores très travaillés procédant d’une démarche favorisant un savoir faire technique. De saveur un peu froide tout de même

LE trio !

Danilo Perez, Brian Blade, John Patitucci avec le Directeur du Festival, Stéphane Pessina-Dassonville

Danilo Perez, Brian Blade, John Patitucci avec le Directeur du Festival, Stéphane Pessina-Dassonville

Elles avaient vécu et nous avec l’an passé le moment privilégié de celui de Gonzalo Rubalcaba. Cette année les carrières et son public fidèle ont reçu le choc positif du trio Danilo Perez-John Patitucci-Brian Blade. Force (bonheur d’écoute plutôt, non ?) est de constater que malgré les ruptures de rythme, les changements de tonalité, les différences d’accentuation ce mode de jazz surtout pas à la mode reste marqué par une fluidité certaine. Du mouvement, de l’allure, un allant qui alimente un courant continu: le fil de l’intention affichée se tend mais jamais ne casse. Il faut dire que chaque musiciens porte une attention soutenue au travail de l’autre. La réalisation du projet se fait vraiment en triangle isocèle. Beaucoup d’envie, une vraie liberté d’expression, ils oeuvrent à trois réunis pour faire le boulot. Il suffit de noter les échanges de regards appuyés entre Danilo Perez et Brian Blade du genre « tu as vu un peu ce que je veux te faire jouer là ? » Le batteur vivant en Louisiane n’en reste pas moins sobre pour autant. Lui ne veut disposer que de trois caisses et deux cymbales pour tout set de batterie. Mais lorsqu’il l’a décidé, bouche ouverte, sourire forcé, il explose littéralement d’intensité, de force de frappe. Danilo Perez excelle dans des motifs resserrés au centre du clavier. Comme au sein de l’orchestre de Wayne Shorter, avec les mêmes complices il impulse, il pousse, il oriente, il recentre la musique dans cette drôle d’architecture moderne à trois angles aigus. Dans une certaine décontraction apparente -on l’a vu se tourner vers le public histoire de siffler le motif introductif d’un thème. Sur de son fait -on l’a entendu poser trois minutes durant en se les appropriant, accords et mélodie de Round Midnight de Monk. Mais toujours habité d’une volonté sans faille. Quand à John Patitucci je n’ai pas le souvenir de l’avoir vu sourire ainsi tout un concert durant, venant même, hilare, jusqu’à taper dans la main du pianiste à la fin d’une séquence (Scenes of America) où sa science du son, son éloquence sur la basse avaient définitivement fait décoller le trio.

 Wayne Shorter avec cette équipe qui le rejoindra à San Sebastian vendredi n’a décidément toujours aucun souci à se faire.

Robert Latxague

Jazz à Junas

Carrières: 21 juillet 21 h: Alfredo Rodriguez Trio; Omar Sosa Quarteto Afrocubano