Ailefroide et l’ivresse, à La Timbale - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 7 Avr 2026 • Par Xavier Prévost

Ailefroide et l’ivresse, à La Timbale

Une escale à La Timbale, bistrot restaurant du 18ème arrondissement, qui accueille une fois par mois, le dimanche à 19h, un concert de jazz à entrée libre, suscité par Alexandre Pierrepont, pour des aventures musicales inédites. Le chroniqueur a des amis qui l’invitent souvent à dîner le dimanche parce que c’est un jour sans concerts…. Cette fois encore il n’écoutera que le premier set, pour arriver chez ses amis, sinon pour l’apéro, du moins pour le dîner

AILEFROIDE et L’IVRESSE

Fanny Ménégoz (flûte, flûte alto), Rafaël Koerner (batterie), Liam Szymonik (saxophone ténor)

Paris, La Timbale, 5 avril 2026, 19h

Ce trio est la rencontre du duo ‘Dune’ avec un saxophoniste (ou une : il y eut une rencontre avec Sakine Abdou). Cet intitulé mystérieux évoque un lieu mythique du Parc des Écrins cher à la flûtiste (il faut souligner que Fanny Ménégoz est née à Grenoble, et qu’elle a étudié au Conservatoire de Chambéry). La musique est inspirée par les formes de la nature en ce lieu. Ce n’est pas une ‘musique à programme’ : plutôt une sorte d’allégorie, dont les sources d’inspiration sont des sensations, impressions, émotions…. surgie de ce hameau et de son entour. Le discours d’escorte de cette aventure nous dit que les artistes s’unissent pour retrouver par les sons l’ivresse de l’altitude.

Le concert commence par des sortes d’appels de la flûte en do, qui trouvent bientôt écho du côté du saxophone, puis de la batterie. On est en plein mystère, comme une forme de pure expressivité, radicale et tendue. La musique se développe au fur à mesure entre des mélodies très aventureuses (la flûtiste est aussi une compositrice) et des improvisations tout aussi hardies. Le cheminement musical procède par flux croisés et tensions fécondes, avec une écoute mutuelle et une réactivité qui enchantent, parfois jusqu’à un fracas par quoi tout se brise…. pour renaître. Les modes de jeu de tous trois, très ouverts, portent l’aventure d’étape en étape. À un instant du concert, la flûte de Fanny Ménégoz me rappelle le shakuhachi ; une flûte extrême-orientale dont jouait Hozan Yamamoto, un musicien japonais qui avait enregistré avec Gary Peacock (‘Silver World’, 1970). J’en parle à mon voisin de concert, Jean Rochard : comme moi il connaît ce disque, que je réécoute en écrivant ces lignes. C’est à cause d’inflexions micro-tonales très subtiles, et extrêmement expressives autant qu’elles sont libres. D’ailleurs toute la musique de ce groupe navigue entre ces deux pôles : expression et liberté : l’enfance de l’Art, en quelque sorte. Superbe !

Xavier Prévost

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