Une occasion finalement assez rare d’écouter Alain Jean-Marie avec ce trio à Paris : il joue depuis longtemps avec ces deux partenaires, et la fluidité musicale qui découle de cette familiarité est un pur bonheur. Le trio jouait à nouveau le lendemain, au même endroit, dans le cadre du désormais rituel festival ‘Pianissimo’, qui se tient chaque été au Sunside

ALAIN JEAN-MARIE ‘Be Bop Trio’
Alain Jean-Marie (piano), Gilles Naturel (contrebasse), Philippe Soirat (batterie)
Paris, Sunside, 14 août 2025, 21h
Le premier set commence par un standard, With A Song In My Heart : dès l’abord la manière d’Alain Jean-Marie s’impose ; dans l’improvisation, il fait entendre simultanément le thème et une histoire parallèle, comme surgie de l’imagination qui gouverne ses mains. Après ce thème venu des comédies musicales de Broadway, le pianiste va vers ce qu’on pourrait appeler un standard du jazz, un thème de Kenny Wheeler qu’il avait enregistré pour son disque ‘Pensativa’, en 2017-2018 (paru l’année suivante), avec Darryl Hall & Lukmil Perez. D’ailleurs plusieurs titres ce soir seront empruntés au répertoire de ce CD. Dans l’exposé comme dans les improvisations, d’un thème à l’autre, il existe une forme de scénarisation des rôles de chacun. Mais elle est assez libre, très fluide, pas corsetée de rigueur horlogère, comme c’était le cas dans les groupes du grand Ahmad Jamal, que j’admirais, mais chez qui ce parti pris me rendaient indigestes certaines parties des concerts ou des disques. Et la familiarité du bassiste et du batteur avec ce répertoire (et ce trio) fait merveille. Beaucoup d’échanges triangulaires, même pendant les solos, qui regorgent de relances, d’incises, parfois de pièges amicaux. Alain Jean-Marie ménage l’expression personnelle de ses partenaires. Et ce set se terminera par un blues de la plus belle expressivité, laquelle est drapée dans une science musicale sans ostentation, mais qui s’impose avec évidence.
Le second set sera plus ouvertement be bop , avec des thèmes de Bud Powell, Dizzy Gillespie et Thelonious Monk. Les gardiens de la flamme nous offrent un feu qui n’est pas d’artifices, mais d’authentique vénération pour ce langage. Régal absolu. Et en rappel le trio revient vers un thème du disque ‘Pensativa’, théme signé Clare Fischer. Comme un ultime cadeau pour conclure ces instants d’intense musicalité.
Xavier Prévost (texte & photos)