Jazz live
Publié le 27 Juin 2014

Ascona, 5. Nicolas Gilliet, directeur artistique : "Le jazz est un état d'esprit".

Entre deux coups de fil, trois mails urgents, quatre rencontres inopinées, une interview télévisée et une perspective de repas constamment repoussée alors qu’il est déjà quinze heures bien sonnées, Nicolas Gilliet, directeur artistique de JazzAscona, a accepté, pour les lecteurs de Jazz Magazine-Jazzman, de répondre à nos questions. Qu’il en soit remercié.

 

Jazz Magazine-Jazzman – Trente ans, pour un festival, c’est l’âge de la maturité. Comment expliquer cette belle longévité ? Qu’est-ce qui fait l’originalité de JazzAscona ?

Nicolas Gilliet – Je ne peux parler que pour la période de mon mandat de directeur artistique, c’est-à-dire des onze dernières années. Je pense que ce qui fait l’originalité du festival, c’est une remise en question permanente. Il est hors de question de s’endormir sur ses lauriers, il faut toujours chercher à faire mieux. Bien entendu, il y a toujours une base de musiciens que l’on retrouve régulièrement, mais ce socle doit être constamment élargi. Je crois aux vertus du melting pot, comme c’est, du reste, le cas à la Nouvelle-Orléans. Entendre When The Saints cent fois dans la journée, joué quasiment de la même façon par des orchestres identiques, présente un intérêt très limlité. Il faut, à l’évidence, imaginer une autre formule.

 

JM-J – Certains reprochent pourtant à JazzAscona d’être tourné vers une tradition ignorant l’évolution du jazz. Que leur répondez-vous ?

NG – Que c’est un choix délibéré. Encore faut-il préciser : traditionnel, certes, mais pas traditionaliste. Je n’ignore pas l’évolution du jazz, mais, à considérer la dernière période, comment ne pas constater qu’il n’a pas produit grand chose d’intéressant ? La recherche d’une innovation systématique me laisse sceptique. En revanche, les standards sont inépuisables. Ils sont beaux, uniques. On peut les décliner indéfiniment.

 

JM-J – A l’inverse, certains nostalgiques vous soupçonnent de dériver vers des formes qui n’ont plus grand-chose à voir avec le jazz stricto sensu, le funk, la soul…

NG – Le nombre de concerts est en perpétuelle augmentation, ce qui implique la nécessité de diversifier les genres et les styles. Cette ouverture n’est pas un reniement, puisque les fondements demeurent. Et puis, pour moi, cette diversité est porteuse de beauté. Quand j’écoute de la musique chez moi, il m’arrive de passer, selon mon humeur, d’un morceau de musique classique à un thème de jazz ou de blues. Je voudrais que le festival offre cette possibilité de choix et de découverte.

 

JM-J – En onze ans de direction artistique, quelle marque personnelle avez-vous imprimée au festival ? De quoi êtes-vous le plus fier ?

NG – Mon apport personnel est sans doute d’avoir introduit dans nos rapports avec nos partenaires une certaine plasticité, d’avoir imposé la musique comme une source d’harmonie. Il s’agit, en somme, de trouver une formule qui ouvre le festival à un nouveau public sans pour autant faire fuir les habitués. Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir programmé de superbes artistes comme Linda Hopkins, Freddie Cole, Lewis Nash, Plas Johnson, qui est venu ici par pure amitié. Je pourrais en citer bien d’autres…

 

JM-J – A l’inverse, votre pire souvenir ?

NG – Il est récent. Pour célébrer Louis Armstrong, je tenais à inviter Dr John. Ce choix me paraissait évident. Il y a cinq mois, l’affaire était conclue. Et puis trois mois plus tard, par suite d’un malentendu avec son manager, tout a été annulé.

Dans un autre domaine, je pense que les conditions météorologiques exécrables de cette année resteront un de mes pires souvenirs….

 

JM-J – Comment voyez-vous l’avenir de JazzAscona et, plus généralement, l’avenir du jazz ?

NG – Pour ce qui est du festival, je pense qu’il faut le maintenir vivant, pas seulement sur le plan musical, mais en trouvant des collaborations nouvelles. Promouvoir le jazz, le faire connaître sans se compromettre, sans être réduit à faire la quête.

Quant au jazz lui-même, il est éternel parce qu’il est, avant tout, un état d’esprit. Il dégage un feeling positif. Aujourd’hui, les jeunes écoutent une musique plutôt négative. C’est une marque d’immaturité. A mon avis, le jazz ne doit pas s’adapter aux jeunes, mais, au contraire, les attirer vers lui. Je ne crois pas à l’innovation à tout prix, je l’ai déjà dit, mais à la pérennité et au rayonnement de la musique que j’aime. En ce sens, je suis résolument optimiste.

 

Propos recueillis par Jacques Aboucaya

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Entre deux coups de fil, trois mails urgents, quatre rencontres inopinées, une interview télévisée et une perspective de repas constamment repoussée alors qu’il est déjà quinze heures bien sonnées, Nicolas Gilliet, directeur artistique de JazzAscona, a accepté, pour les lecteurs de Jazz Magazine-Jazzman, de répondre à nos questions. Qu’il en soit remercié.

 

Jazz Magazine-Jazzman – Trente ans, pour un festival, c’est l’âge de la maturité. Comment expliquer cette belle longévité ? Qu’est-ce qui fait l’originalité de JazzAscona ?

Nicolas Gilliet – Je ne peux parler que pour la période de mon mandat de directeur artistique, c’est-à-dire des onze dernières années. Je pense que ce qui fait l’originalité du festival, c’est une remise en question permanente. Il est hors de question de s’endormir sur ses lauriers, il faut toujours chercher à faire mieux. Bien entendu, il y a toujours une base de musiciens que l’on retrouve régulièrement, mais ce socle doit être constamment élargi. Je crois aux vertus du melting pot, comme c’est, du reste, le cas à la Nouvelle-Orléans. Entendre When The Saints cent fois dans la journée, joué quasiment de la même façon par des orchestres identiques, présente un intérêt très limlité. Il faut, à l’évidence, imaginer une autre formule.

 

JM-J – Certains reprochent pourtant à JazzAscona d’être tourné vers une tradition ignorant l’évolution du jazz. Que leur répondez-vous ?

NG – Que c’est un choix délibéré. Encore faut-il préciser : traditionnel, certes, mais pas traditionaliste. Je n’ignore pas l’évolution du jazz, mais, à considérer la dernière période, comment ne pas constater qu’il n’a pas produit grand chose d’intéressant ? La recherche d’une innovation systématique me laisse sceptique. En revanche, les standards sont inépuisables. Ils sont beaux, uniques. On peut les décliner indéfiniment.

 

JM-J – A l’inverse, certains nostalgiques vous soupçonnent de dériver vers des formes qui n’ont plus grand-chose à voir avec le jazz stricto sensu, le funk, la soul…

NG – Le nombre de concerts est en perpétuelle augmentation, ce qui implique la nécessité de diversifier les genres et les styles. Cette ouverture n’est pas un reniement, puisque les fondements demeurent. Et puis, pour moi, cette diversité est porteuse de beauté. Quand j’écoute de la musique chez moi, il m’arrive de passer, selon mon humeur, d’un morceau de musique classique à un thème de jazz ou de blues. Je voudrais que le festival offre cette possibilité de choix et de découverte.

 

JM-J – En onze ans de direction artistique, quelle marque personnelle avez-vous imprimée au festival ? De quoi êtes-vous le plus fier ?

NG – Mon apport personnel est sans doute d’avoir introduit dans nos rapports avec nos partenaires une certaine plasticité, d’avoir imposé la musique comme une source d’harmonie. Il s’agit, en somme, de trouver une formule qui ouvre le festival à un nouveau public sans pour autant faire fuir les habitués. Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir programmé de superbes artistes comme Linda Hopkins, Freddie Cole, Lewis Nash, Plas Johnson, qui est venu ici par pure amitié. Je pourrais en citer bien d’autres…

 

JM-J – A l’inverse, votre pire souvenir ?

NG – Il est récent. Pour célébrer Louis Armstrong, je tenais à inviter Dr John. Ce choix me paraissait évident. Il y a cinq mois, l’affaire était conclue. Et puis trois mois plus tard, par suite d’un malentendu avec son manager, tout a été annulé.

Dans un autre domaine, je pense que les conditions météorologiques exécrables de cette année resteront un de mes pires souvenirs….

 

JM-J – Comment voyez-vous l’avenir de JazzAscona et, plus généralement, l’avenir du jazz ?

NG – Pour ce qui est du festival, je pense qu’il faut le maintenir vivant, pas seulement sur le plan musical, mais en trouvant des collaborations nouvelles. Promouvoir le jazz, le faire connaître sans se compromettre, sans être réduit à faire la quête.

Quant au jazz lui-même, il est éternel parce qu’il est, avant tout, un état d’esprit. Il dégage un feeling positif. Aujourd’hui, les jeunes écoutent une musique plutôt négative. C’est une marque d’immaturité. A mon avis, le jazz ne doit pas s’adapter aux jeunes, mais, au contraire, les attirer vers lui. Je ne crois pas à l’innovation à tout prix, je l’ai déjà dit, mais à la pérennité et au rayonnement de la musique que j’aime. En ce sens, je suis résolument optimiste.

 

Propos recueillis par Jacques Aboucaya

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Entre deux coups de fil, trois mails urgents, quatre rencontres inopinées, une interview télévisée et une perspective de repas constamment repoussée alors qu’il est déjà quinze heures bien sonnées, Nicolas Gilliet, directeur artistique de JazzAscona, a accepté, pour les lecteurs de Jazz Magazine-Jazzman, de répondre à nos questions. Qu’il en soit remercié.

 

Jazz Magazine-Jazzman – Trente ans, pour un festival, c’est l’âge de la maturité. Comment expliquer cette belle longévité ? Qu’est-ce qui fait l’originalité de JazzAscona ?

Nicolas Gilliet – Je ne peux parler que pour la période de mon mandat de directeur artistique, c’est-à-dire des onze dernières années. Je pense que ce qui fait l’originalité du festival, c’est une remise en question permanente. Il est hors de question de s’endormir sur ses lauriers, il faut toujours chercher à faire mieux. Bien entendu, il y a toujours une base de musiciens que l’on retrouve régulièrement, mais ce socle doit être constamment élargi. Je crois aux vertus du melting pot, comme c’est, du reste, le cas à la Nouvelle-Orléans. Entendre When The Saints cent fois dans la journée, joué quasiment de la même façon par des orchestres identiques, présente un intérêt très limlité. Il faut, à l’évidence, imaginer une autre formule.

 

JM-J – Certains reprochent pourtant à JazzAscona d’être tourné vers une tradition ignorant l’évolution du jazz. Que leur répondez-vous ?

NG – Que c’est un choix délibéré. Encore faut-il préciser : traditionnel, certes, mais pas traditionaliste. Je n’ignore pas l’évolution du jazz, mais, à considérer la dernière période, comment ne pas constater qu’il n’a pas produit grand chose d’intéressant ? La recherche d’une innovation systématique me laisse sceptique. En revanche, les standards sont inépuisables. Ils sont beaux, uniques. On peut les décliner indéfiniment.

 

JM-J – A l’inverse, certains nostalgiques vous soupçonnent de dériver vers des formes qui n’ont plus grand-chose à voir avec le jazz stricto sensu, le funk, la soul…

NG – Le nombre de concerts est en perpétuelle augmentation, ce qui implique la nécessité de diversifier les genres et les styles. Cette ouverture n’est pas un reniement, puisque les fondements demeurent. Et puis, pour moi, cette diversité est porteuse de beauté. Quand j’écoute de la musique chez moi, il m’arrive de passer, selon mon humeur, d’un morceau de musique classique à un thème de jazz ou de blues. Je voudrais que le festival offre cette possibilité de choix et de découverte.

 

JM-J – En onze ans de direction artistique, quelle marque personnelle avez-vous imprimée au festival ? De quoi êtes-vous le plus fier ?

NG – Mon apport personnel est sans doute d’avoir introduit dans nos rapports avec nos partenaires une certaine plasticité, d’avoir imposé la musique comme une source d’harmonie. Il s’agit, en somme, de trouver une formule qui ouvre le festival à un nouveau public sans pour autant faire fuir les habitués. Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir programmé de superbes artistes comme Linda Hopkins, Freddie Cole, Lewis Nash, Plas Johnson, qui est venu ici par pure amitié. Je pourrais en citer bien d’autres…

 

JM-J – A l’inverse, votre pire souvenir ?

NG – Il est récent. Pour célébrer Louis Armstrong, je tenais à inviter Dr John. Ce choix me paraissait évident. Il y a cinq mois, l’affaire était conclue. Et puis trois mois plus tard, par suite d’un malentendu avec son manager, tout a été annulé.

Dans un autre domaine, je pense que les conditions météorologiques exécrables de cette année resteront un de mes pires souvenirs….

 

JM-J – Comment voyez-vous l’avenir de JazzAscona et, plus généralement, l’avenir du jazz ?

NG – Pour ce qui est du festival, je pense qu’il faut le maintenir vivant, pas seulement sur le plan musical, mais en trouvant des collaborations nouvelles. Promouvoir le jazz, le faire connaître sans se compromettre, sans être réduit à faire la quête.

Quant au jazz lui-même, il est éternel parce qu’il est, avant tout, un état d’esprit. Il dégage un feeling positif. Aujourd’hui, les jeunes écoutent une musique plutôt négative. C’est une marque d’immaturité. A mon avis, le jazz ne doit pas s’adapter aux jeunes, mais, au contraire, les attirer vers lui. Je ne crois pas à l’innovation à tout prix, je l’ai déjà dit, mais à la pérennité et au rayonnement de la musique que j’aime. En ce sens, je suis résolument optimiste.

 

Propos recueillis par Jacques Aboucaya

|

Entre deux coups de fil, trois mails urgents, quatre rencontres inopinées, une interview télévisée et une perspective de repas constamment repoussée alors qu’il est déjà quinze heures bien sonnées, Nicolas Gilliet, directeur artistique de JazzAscona, a accepté, pour les lecteurs de Jazz Magazine-Jazzman, de répondre à nos questions. Qu’il en soit remercié.

 

Jazz Magazine-Jazzman – Trente ans, pour un festival, c’est l’âge de la maturité. Comment expliquer cette belle longévité ? Qu’est-ce qui fait l’originalité de JazzAscona ?

Nicolas Gilliet – Je ne peux parler que pour la période de mon mandat de directeur artistique, c’est-à-dire des onze dernières années. Je pense que ce qui fait l’originalité du festival, c’est une remise en question permanente. Il est hors de question de s’endormir sur ses lauriers, il faut toujours chercher à faire mieux. Bien entendu, il y a toujours une base de musiciens que l’on retrouve régulièrement, mais ce socle doit être constamment élargi. Je crois aux vertus du melting pot, comme c’est, du reste, le cas à la Nouvelle-Orléans. Entendre When The Saints cent fois dans la journée, joué quasiment de la même façon par des orchestres identiques, présente un intérêt très limlité. Il faut, à l’évidence, imaginer une autre formule.

 

JM-J – Certains reprochent pourtant à JazzAscona d’être tourné vers une tradition ignorant l’évolution du jazz. Que leur répondez-vous ?

NG – Que c’est un choix délibéré. Encore faut-il préciser : traditionnel, certes, mais pas traditionaliste. Je n’ignore pas l’évolution du jazz, mais, à considérer la dernière période, comment ne pas constater qu’il n’a pas produit grand chose d’intéressant ? La recherche d’une innovation systématique me laisse sceptique. En revanche, les standards sont inépuisables. Ils sont beaux, uniques. On peut les décliner indéfiniment.

 

JM-J – A l’inverse, certains nostalgiques vous soupçonnent de dériver vers des formes qui n’ont plus grand-chose à voir avec le jazz stricto sensu, le funk, la soul…

NG – Le nombre de concerts est en perpétuelle augmentation, ce qui implique la nécessité de diversifier les genres et les styles. Cette ouverture n’est pas un reniement, puisque les fondements demeurent. Et puis, pour moi, cette diversité est porteuse de beauté. Quand j’écoute de la musique chez moi, il m’arrive de passer, selon mon humeur, d’un morceau de musique classique à un thème de jazz ou de blues. Je voudrais que le festival offre cette possibilité de choix et de découverte.

 

JM-J – En onze ans de direction artistique, quelle marque personnelle avez-vous imprimée au festival ? De quoi êtes-vous le plus fier ?

NG – Mon apport personnel est sans doute d’avoir introduit dans nos rapports avec nos partenaires une certaine plasticité, d’avoir imposé la musique comme une source d’harmonie. Il s’agit, en somme, de trouver une formule qui ouvre le festival à un nouveau public sans pour autant faire fuir les habitués. Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir programmé de superbes artistes comme Linda Hopkins, Freddie Cole, Lewis Nash, Plas Johnson, qui est venu ici par pure amitié. Je pourrais en citer bien d’autres…

 

JM-J – A l’inverse, votre pire souvenir ?

NG – Il est récent. Pour célébrer Louis Armstrong, je tenais à inviter Dr John. Ce choix me paraissait évident. Il y a cinq mois, l’affaire était conclue. Et puis trois mois plus tard, par suite d’un malentendu avec son manager, tout a été annulé.

Dans un autre domaine, je pense que les conditions météorologiques exécrables de cette année resteront un de mes pires souvenirs….

 

JM-J – Comment voyez-vous l’avenir de JazzAscona et, plus généralement, l’avenir du jazz ?

NG – Pour ce qui est du festival, je pense qu’il faut le maintenir vivant, pas seulement sur le plan musical, mais en trouvant des collaborations nouvelles. Promouvoir le jazz, le faire connaître sans se compromettre, sans être réduit à faire la quête.

Quant au jazz lui-même, il est éternel parce qu’il est, avant tout, un état d’esprit. Il dégage un feeling positif. Aujourd’hui, les jeunes écoutent une musique plutôt négative. C’est une marque d’immaturité. A mon avis, le jazz ne doit pas s’adapter aux jeunes, mais, au contraire, les attirer vers lui. Je ne crois pas à l’innovation à tout prix, je l’ai déjà dit, mais à la pérennité et au rayonnement de la musique que j’aime. En ce sens, je suis résolument optimiste.

 

Propos recueillis par Jacques Aboucaya