Jazz live
Publié le 25 Oct 2012

Atlantique Jazz Festival : Gerry Hemingway 5tet, Ellery Eskelin, Eténesh Wassié, Hamid Drake

Le « Vauban » fête ses cinquante ans d’existence. Vers la fin des années 60, dans le cadre de la reconstruction de Brest, on a réuni en un seul lieu plusieurs affaires appartenant à la même famille, restaurant, hôtel, boite de jazz. D’où le « Vauban », qui a cinq niveaux de chambres, une vaste salle à manger, et en sous-sol un grand club de jazz (ou d’autres formes musicales). Pratique. Quasiment dans son jus avec tables à pieds en ferraile et formica. Quelques marches conduisent au parterre, comme si le concepteur du lieu, au parfum des pratiques jazzistiques, avait anticipé les trois niveaux d’écoute. Au plus près on fait silence et on écoute, en deuxième rideau on écoute mais on ne se prive pas d’embrasser sa voisine et de lui murmurer des choses indécentes (comme le titre du morceau, par exemple I’m In The Mood For Love), au troisième niveau on fait son commerce, on traite des contrats, on s’autorise à ne rien écouter du tout.

De tout cela, les membres du quintet de Gerry Hemingway n’ont rien à faire, tant ils sont diversement absorbés par la musique, au moins par celle qui figure sur leurs partitions. A ma gauche Terrence McManus (guitare), imperturbable, mise en place parfaite, pas le moindre signe d’émotion. Son pendant absolu, à ma gauche, c’est Ellery Eskelin, lui aussi totalement impénétrable. Le visage de plus en plus émacié, longiligne, taillé à la serpe, il va finir par ressembler à Sam Rivers, couleur de peau non comprise, mais la belle affaire !!! Le son est magistralement travaillé, peaufiné, et vers la fin du set il prendra un solo assez engagé. Au centre, déchaîné, visiblement habité par la musique et en même temps totalement maître de son jeu, le batteur, responsable de l’écriture des morceaux et des arrangements. Belle chevelure grise qui bat au vent, yeux fermés, Gerry Hemingway offre une varité de climats assez stupéfiante, du 4/4 quasiment parfait (on a même pensé à certains moments à la formation de John Kirby, tant les parties à l’unisson des deux saxophonistes étaient délicieuses) aux brisures les plus affirmées en passant par des formules binaires de la meilleure venue. Cette musique est belle. A ses côtés donc, Mark Helias à la contrebasse et à la basse électrique (en lieu et place de Kermir Driscoll, belle substitution), et Oscar Noriega (cl, b-cl, as), plus remuants que leurs ailiers, ce dernier très convaincant aux clarinettes, un peu moins à l’alto.

 

Et tout début de journée (à midi), et avec dégustation de velouté de champignons à la clé, Gerry Hemingway et Ellery Eskelin avait présenté leur duo (concert gratuit). Un moment d’improvisation radicale, celle-ci menée avec souplesse, où les deux instrumentistes ont rivalisé dans les gestes, ici de se faire sculpteur de bruits, là peintre de volutes. Et une salle superbement remplie dans un lieu (le CLOUS) un peu décentré, et qui fonctionne bien.

 

Mais avant de revenir les écouter dans le contexte du 5tet, nous avions un trio original et exceptionnel à découvrir, sur l’autre rive, dans la salle Mac Orlan. Eténesh Wassié (voix) & Mathieu Sourisseau (basse acoustique) avaient invité… Hamid Drake (dm, perc), bien sûr ! Au-delà de la parfaite entente, la découverte pour beaucoup (et pour moi) de la splendeur vocale d’Eténesh. Dans sa langue – qu’on me dit être l’éthiopien, en tous cas l’une de ses formes – elle fait entendre des choses qu’on ne connaît pas ici : une sorte de vibrato serré interne à la phrase, pas déployé en final comme dans le chant occidental, mais produit de façon presque insensible à l’intérieur du discours. Sa danse (elle s’y risque en fin de concert) est de même nature, une façon de vibrillonner des épaules et de la hanche très étonnante. Magnifique donc, car la voix elle-même est ample, profonde, même si l’ambitus apparent des thèmes chantés est assez réduit. Entre douceur extrême et déploiement de révolte, et avec la très belle complicité de Mathieu Sourisseau, de forts moments de musique ouverte, qui vont jusqu’à se risquer au musiques les plus « actuelles ». Hamid s’est glissé là-dedans comme dans son propre Finistère (allusion à « Un mot pour un autre » de Jean Tardieu), mais qui s’en étonnerait ? A suivre, aujourd’hui encore Gilad Ekselman en solo et 4tet, Elise Caron. Et on annonce, mais oui, retenez votre souffle, que le trio de Martial Solal prévu pour samedi soir aura comme batteur non pas Dré Pallemaerts, mais… Aldo Romano. J’enrage déjà de ne pas y être pour cause de retour prévu à Bordeaux.

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Le « Vauban » fête ses cinquante ans d’existence. Au début des années 60, dans le cadre de la reconstruction de Brest, on a réuni en un seul lieu plusieurs affaires appartenant à la même famille, restaurant, hôtel, boite de jazz. D’où le « Vauban », qui a cinq niveaux de chambres, une vaste salle à manger, et en sous-sol un grand club de jazz (ou d’autres formes musicales). Pratique. Quasiment dans son jus avec tables à pieds en ferraile et formica. Quelques marches conduisent au parterre, comme si le concepteur du lieu, au parfum des pratiques jazzistiques, avait anticipé les trois niveaux d’écoute. Au plus près on fait silence et on écoute, en deuxième rideau on écoute mais on ne se prive pas d’embrasser sa voisine et de lui murmurer des choses indécentes (comme le titre du morceau, par exemple I’m In The Mood For Love), au troisième niveau on fait son commerce, on traite des contrats, on s’autorise à ne rien écouter du tout.

 

De tout cela, les membres du quintet de Gerry Hemingway n’ont rien à faire, tant ils sont diversement absorbés par la musique, au moins par celle qui figure sur leurs partitions. A ma gauche Terrence McManus (guitare), imperturbable, mise en place parfaite, pas le moindre signe d’émotion. Son pendant absolu, à ma gauche, c’est Ellery Eskelin, lui aussi totalement impénétrable. Le visage de plus en plus émacié, longiligne, taillé à la serpe, il va finir par ressembler à Sam Rivers, couleur de peau non comprise, mais la belle affaire !!! Le son est magistralement travaillé, peaufiné, et vers la fin du set il prendra un solo assez engagé. Au centre, déchaîné, visiblement habité par la musique et en même temps totalement maître de son jeu, le batteur, responsable de l’écriture des morceaux et des arrangements. Belle chevelure grise qui bat au vent, yeux fermés, Gerry Hemingway offre une varité de climats assez stupéfiante, du 4/4 quasiment parfait (on a même pensé à certains moments à la formation de John Kirby, tant les parties à l’unisson des deux saxophonistes étaient délicieuses) aux brisures les plus affirmées en passant par des formules binaires de la meilleure venue. Cette musique est belle. A ses côtés donc, Mark Helias à la contrebasse et à la basse électrique (en lieu et place de Kermir Driscoll, belle substitution), et Oscar Noriega (cl, b-cl, as), plus remuants que leurs ailiers, ce dernier très convaincant aux clarinettes, un peu moins à l’alto.

 

En tout début de journée (à midi), et avec dégustation de velouté de champignons à la clé, Gerry Hemingway et Ellery Eskelin avait présenté leur duo (concert gratuit). Un moment d’improvisation radicale, celle-ci menée avec souplesse, où les deux instrumentistes ont rivalisé dans les gestes, ici de se faire sculpteur de bruits, là peintre de volutes. Et une salle superbement remplie dans un lieu (le CLOUS) un peu décentré, et qui fonctionne bien.

 

Mais avant de revenir les écouter dans le contexte du 5tet, nous avions un trio original et exceptionnel à découvrir, sur l’autre rive, dans la salle Mac Orlan. Eténesh Wassié (voix) & Mathieu Sourisseau (basse acoustique) avaient invité… Hamid Drake (dm, perc), bien sûr ! Au-delà de la parfaite entente, la découverte pour beaucoup (et pour moi) de la splendeur vocale d’Eténesh. Dans sa langue – qu’on me dit être l’éthiopien, en tous cas l’une de ses formes – elle fait entendre des choses qu’on ne connaît pas ici : une sorte de vibrato serré interne à la phrase, pas déployé en final comme dans le chant occidental, mais produit de façon presque insensible à l’intérieur du discours. Sa danse (elle s’y risque en fin de concert) est de même nature, une façon de vibrillonner des épaules et de la hanche très étonnante. Magnifique donc, car la voix elle-même est ample, profonde, même si l’ambitus apparent des thèmes chantés est assez réduit. Entre douceur extrême et déploiement de révolte, et avec la très belle complicité de Mathieu Sourisseau, de forts moments de musique ouverte, qui vont jusqu’à se risquer aux dimensions les plus « actuelles ». Hamid s’est glissé là-dedans comme dans son propre Finistère (allusion à « Un mot pour un autre » de Jean Tardieu), mais qui s’en étonnerait ? A suivre, aujourd’hui encore Gilad Ekselman en solo et 4tet, Elise Caron. Et on annonce, mais oui, retenez votre souffle, que le trio de Martial Solal prévu pour samedi soir aura comme batteur non pas Dré Pallemaerts, mais… Aldo Romano. J’enrage déjà de ne pas y être pour cause de retour prévu à Bordeaux.

 

Philippe Méziat

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Le « Vauban » fête ses cinquante ans d’existence. Vers la fin des années 60, dans le cadre de la reconstruction de Brest, on a réuni en un seul lieu plusieurs affaires appartenant à la même famille, restaurant, hôtel, boite de jazz. D’où le « Vauban », qui a cinq niveaux de chambres, une vaste salle à manger, et en sous-sol un grand club de jazz (ou d’autres formes musicales). Pratique. Quasiment dans son jus avec tables à pieds en ferraile et formica. Quelques marches conduisent au parterre, comme si le concepteur du lieu, au parfum des pratiques jazzistiques, avait anticipé les trois niveaux d’écoute. Au plus près on fait silence et on écoute, en deuxième rideau on écoute mais on ne se prive pas d’embrasser sa voisine et de lui murmurer des choses indécentes (comme le titre du morceau, par exemple I’m In The Mood For Love), au troisième niveau on fait son commerce, on traite des contrats, on s’autorise à ne rien écouter du tout.

De tout cela, les membres du quintet de Gerry Hemingway n’ont rien à faire, tant ils sont diversement absorbés par la musique, au moins par celle qui figure sur leurs partitions. A ma gauche Terrence McManus (guitare), imperturbable, mise en place parfaite, pas le moindre signe d’émotion. Son pendant absolu, à ma gauche, c’est Ellery Eskelin, lui aussi totalement impénétrable. Le visage de plus en plus émacié, longiligne, taillé à la serpe, il va finir par ressembler à Sam Rivers, couleur de peau non comprise, mais la belle affaire !!! Le son est magistralement travaillé, peaufiné, et vers la fin du set il prendra un solo assez engagé. Au centre, déchaîné, visiblement habité par la musique et en même temps totalement maître de son jeu, le batteur, responsable de l’écriture des morceaux et des arrangements. Belle chevelure grise qui bat au vent, yeux fermés, Gerry Hemingway offre une varité de climats assez stupéfiante, du 4/4 quasiment parfait (on a même pensé à certains moments à la formation de John Kirby, tant les parties à l’unisson des deux saxophonistes étaient délicieuses) aux brisures les plus affirmées en passant par des formules binaires de la meilleure venue. Cette musique est belle. A ses côtés donc, Mark Helias à la contrebasse et à la basse électrique (en lieu et place de Kermir Driscoll, belle substitution), et Oscar Noriega (cl, b-cl, as), plus remuants que leurs ailiers, ce dernier très convaincant aux clarinettes, un peu moins à l’alto.

 

Et tout début de journée (à midi), et avec dégustation de velouté de champignons à la clé, Gerry Hemingway et Ellery Eskelin avait présenté leur duo (concert gratuit). Un moment d’improvisation radicale, celle-ci menée avec souplesse, où les deux instrumentistes ont rivalisé dans les gestes, ici de se faire sculpteur de bruits, là peintre de volutes. Et une salle superbement remplie dans un lieu (le CLOUS) un peu décentré, et qui fonctionne bien.

 

Mais avant de revenir les écouter dans le contexte du 5tet, nous avions un trio original et exceptionnel à découvrir, sur l’autre rive, dans la salle Mac Orlan. Eténesh Wassié (voix) & Mathieu Sourisseau (basse acoustique) avaient invité… Hamid Drake (dm, perc), bien sûr ! Au-delà de la parfaite entente, la découverte pour beaucoup (et pour moi) de la splendeur vocale d’Eténesh. Dans sa langue – qu’on me dit être l’éthiopien, en tous cas l’une de ses formes – elle fait entendre des choses qu’on ne connaît pas ici : une sorte de vibrato serré interne à la phrase, pas déployé en final comme dans le chant occidental, mais produit de façon presque insensible à l’intérieur du discours. Sa danse (elle s’y risque en fin de concert) est de même nature, une façon de vibrillonner des épaules et de la hanche très étonnante. Magnifique donc, car la voix elle-même est ample, profonde, même si l’ambitus apparent des thèmes chantés est assez réduit. Entre douceur extrême et déploiement de révolte, et avec la très belle complicité de Mathieu Sourisseau, de forts moments de musique ouverte, qui vont jusqu’à se risquer au musiques les plus « actuelles ». Hamid s’est glissé là-dedans comme dans son propre Finistère (allusion à « Un mot pour un autre » de Jean Tardieu), mais qui s’en étonnerait ? A suivre, aujourd’hui encore Gilad Ekselman en solo et 4tet, Elise Caron. Et on annonce, mais oui, retenez votre souffle, que le trio de Martial Solal prévu pour samedi soir aura comme batteur non pas Dré Pallemaerts, mais… Aldo Romano. J’enrage déjà de ne pas y être pour cause de retour prévu à Bordeaux.

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Le « Vauban » fête ses cinquante ans d’existence. Au début des années 60, dans le cadre de la reconstruction de Brest, on a réuni en un seul lieu plusieurs affaires appartenant à la même famille, restaurant, hôtel, boite de jazz. D’où le « Vauban », qui a cinq niveaux de chambres, une vaste salle à manger, et en sous-sol un grand club de jazz (ou d’autres formes musicales). Pratique. Quasiment dans son jus avec tables à pieds en ferraile et formica. Quelques marches conduisent au parterre, comme si le concepteur du lieu, au parfum des pratiques jazzistiques, avait anticipé les trois niveaux d’écoute. Au plus près on fait silence et on écoute, en deuxième rideau on écoute mais on ne se prive pas d’embrasser sa voisine et de lui murmurer des choses indécentes (comme le titre du morceau, par exemple I’m In The Mood For Love), au troisième niveau on fait son commerce, on traite des contrats, on s’autorise à ne rien écouter du tout.

 

De tout cela, les membres du quintet de Gerry Hemingway n’ont rien à faire, tant ils sont diversement absorbés par la musique, au moins par celle qui figure sur leurs partitions. A ma gauche Terrence McManus (guitare), imperturbable, mise en place parfaite, pas le moindre signe d’émotion. Son pendant absolu, à ma gauche, c’est Ellery Eskelin, lui aussi totalement impénétrable. Le visage de plus en plus émacié, longiligne, taillé à la serpe, il va finir par ressembler à Sam Rivers, couleur de peau non comprise, mais la belle affaire !!! Le son est magistralement travaillé, peaufiné, et vers la fin du set il prendra un solo assez engagé. Au centre, déchaîné, visiblement habité par la musique et en même temps totalement maître de son jeu, le batteur, responsable de l’écriture des morceaux et des arrangements. Belle chevelure grise qui bat au vent, yeux fermés, Gerry Hemingway offre une varité de climats assez stupéfiante, du 4/4 quasiment parfait (on a même pensé à certains moments à la formation de John Kirby, tant les parties à l’unisson des deux saxophonistes étaient délicieuses) aux brisures les plus affirmées en passant par des formules binaires de la meilleure venue. Cette musique est belle. A ses côtés donc, Mark Helias à la contrebasse et à la basse électrique (en lieu et place de Kermir Driscoll, belle substitution), et Oscar Noriega (cl, b-cl, as), plus remuants que leurs ailiers, ce dernier très convaincant aux clarinettes, un peu moins à l’alto.

 

En tout début de journée (à midi), et avec dégustation de velouté de champignons à la clé, Gerry Hemingway et Ellery Eskelin avait présenté leur duo (concert gratuit). Un moment d’improvisation radicale, celle-ci menée avec souplesse, où les deux instrumentistes ont rivalisé dans les gestes, ici de se faire sculpteur de bruits, là peintre de volutes. Et une salle superbement remplie dans un lieu (le CLOUS) un peu décentré, et qui fonctionne bien.

 

Mais avant de revenir les écouter dans le contexte du 5tet, nous avions un trio original et exceptionnel à découvrir, sur l’autre rive, dans la salle Mac Orlan. Eténesh Wassié (voix) & Mathieu Sourisseau (basse acoustique) avaient invité… Hamid Drake (dm, perc), bien sûr ! Au-delà de la parfaite entente, la découverte pour beaucoup (et pour moi) de la splendeur vocale d’Eténesh. Dans sa langue – qu’on me dit être l’éthiopien, en tous cas l’une de ses formes – elle fait entendre des choses qu’on ne connaît pas ici : une sorte de vibrato serré interne à la phrase, pas déployé en final comme dans le chant occidental, mais produit de façon presque insensible à l’intérieur du discours. Sa danse (elle s’y risque en fin de concert) est de même nature, une façon de vibrillonner des épaules et de la hanche très étonnante. Magnifique donc, car la voix elle-même est ample, profonde, même si l’ambitus apparent des thèmes chantés est assez réduit. Entre douceur extrême et déploiement de révolte, et avec la très belle complicité de Mathieu Sourisseau, de forts moments de musique ouverte, qui vont jusqu’à se risquer aux dimensions les plus « actuelles ». Hamid s’est glissé là-dedans comme dans son propre Finistère (allusion à « Un mot pour un autre » de Jean Tardieu), mais qui s’en étonnerait ? A suivre, aujourd’hui encore Gilad Ekselman en solo et 4tet, Elise Caron. Et on annonce, mais oui, retenez votre souffle, que le trio de Martial Solal prévu pour samedi soir aura comme batteur non pas Dré Pallemaerts, mais… Aldo Romano. J’enrage déjà de ne pas y être pour cause de retour prévu à Bordeaux.

 

Philippe Méziat

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Le « Vauban » fête ses cinquante ans d’existence. Vers la fin des années 60, dans le cadre de la reconstruction de Brest, on a réuni en un seul lieu plusieurs affaires appartenant à la même famille, restaurant, hôtel, boite de jazz. D’où le « Vauban », qui a cinq niveaux de chambres, une vaste salle à manger, et en sous-sol un grand club de jazz (ou d’autres formes musicales). Pratique. Quasiment dans son jus avec tables à pieds en ferraile et formica. Quelques marches conduisent au parterre, comme si le concepteur du lieu, au parfum des pratiques jazzistiques, avait anticipé les trois niveaux d’écoute. Au plus près on fait silence et on écoute, en deuxième rideau on écoute mais on ne se prive pas d’embrasser sa voisine et de lui murmurer des choses indécentes (comme le titre du morceau, par exemple I’m In The Mood For Love), au troisième niveau on fait son commerce, on traite des contrats, on s’autorise à ne rien écouter du tout.

De tout cela, les membres du quintet de Gerry Hemingway n’ont rien à faire, tant ils sont diversement absorbés par la musique, au moins par celle qui figure sur leurs partitions. A ma gauche Terrence McManus (guitare), imperturbable, mise en place parfaite, pas le moindre signe d’émotion. Son pendant absolu, à ma gauche, c’est Ellery Eskelin, lui aussi totalement impénétrable. Le visage de plus en plus émacié, longiligne, taillé à la serpe, il va finir par ressembler à Sam Rivers, couleur de peau non comprise, mais la belle affaire !!! Le son est magistralement travaillé, peaufiné, et vers la fin du set il prendra un solo assez engagé. Au centre, déchaîné, visiblement habité par la musique et en même temps totalement maître de son jeu, le batteur, responsable de l’écriture des morceaux et des arrangements. Belle chevelure grise qui bat au vent, yeux fermés, Gerry Hemingway offre une varité de climats assez stupéfiante, du 4/4 quasiment parfait (on a même pensé à certains moments à la formation de John Kirby, tant les parties à l’unisson des deux saxophonistes étaient délicieuses) aux brisures les plus affirmées en passant par des formules binaires de la meilleure venue. Cette musique est belle. A ses côtés donc, Mark Helias à la contrebasse et à la basse électrique (en lieu et place de Kermir Driscoll, belle substitution), et Oscar Noriega (cl, b-cl, as), plus remuants que leurs ailiers, ce dernier très convaincant aux clarinettes, un peu moins à l’alto.

 

Et tout début de journée (à midi), et avec dégustation de velouté de champignons à la clé, Gerry Hemingway et Ellery Eskelin avait présenté leur duo (concert gratuit). Un moment d’improvisation radicale, celle-ci menée avec souplesse, où les deux instrumentistes ont rivalisé dans les gestes, ici de se faire sculpteur de bruits, là peintre de volutes. Et une salle superbement remplie dans un lieu (le CLOUS) un peu décentré, et qui fonctionne bien.

 

Mais avant de revenir les écouter dans le contexte du 5tet, nous avions un trio original et exceptionnel à découvrir, sur l’autre rive, dans la salle Mac Orlan. Eténesh Wassié (voix) & Mathieu Sourisseau (basse acoustique) avaient invité… Hamid Drake (dm, perc), bien sûr ! Au-delà de la parfaite entente, la découverte pour beaucoup (et pour moi) de la splendeur vocale d’Eténesh. Dans sa langue – qu’on me dit être l’éthiopien, en tous cas l’une de ses formes – elle fait entendre des choses qu’on ne connaît pas ici : une sorte de vibrato serré interne à la phrase, pas déployé en final comme dans le chant occidental, mais produit de façon presque insensible à l’intérieur du discours. Sa danse (elle s’y risque en fin de concert) est de même nature, une façon de vibrillonner des épaules et de la hanche très étonnante. Magnifique donc, car la voix elle-même est ample, profonde, même si l’ambitus apparent des thèmes chantés est assez réduit. Entre douceur extrême et déploiement de révolte, et avec la très belle complicité de Mathieu Sourisseau, de forts moments de musique ouverte, qui vont jusqu’à se risquer au musiques les plus « actuelles ». Hamid s’est glissé là-dedans comme dans son propre Finistère (allusion à « Un mot pour un autre » de Jean Tardieu), mais qui s’en étonnerait ? A suivre, aujourd’hui encore Gilad Ekselman en solo et 4tet, Elise Caron. Et on annonce, mais oui, retenez votre souffle, que le trio de Martial Solal prévu pour samedi soir aura comme batteur non pas Dré Pallemaerts, mais… Aldo Romano. J’enrage déjà de ne pas y être pour cause de retour prévu à Bordeaux.

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Le « Vauban » fête ses cinquante ans d’existence. Au début des années 60, dans le cadre de la reconstruction de Brest, on a réuni en un seul lieu plusieurs affaires appartenant à la même famille, restaurant, hôtel, boite de jazz. D’où le « Vauban », qui a cinq niveaux de chambres, une vaste salle à manger, et en sous-sol un grand club de jazz (ou d’autres formes musicales). Pratique. Quasiment dans son jus avec tables à pieds en ferraile et formica. Quelques marches conduisent au parterre, comme si le concepteur du lieu, au parfum des pratiques jazzistiques, avait anticipé les trois niveaux d’écoute. Au plus près on fait silence et on écoute, en deuxième rideau on écoute mais on ne se prive pas d’embrasser sa voisine et de lui murmurer des choses indécentes (comme le titre du morceau, par exemple I’m In The Mood For Love), au troisième niveau on fait son commerce, on traite des contrats, on s’autorise à ne rien écouter du tout.

 

De tout cela, les membres du quintet de Gerry Hemingway n’ont rien à faire, tant ils sont diversement absorbés par la musique, au moins par celle qui figure sur leurs partitions. A ma gauche Terrence McManus (guitare), imperturbable, mise en place parfaite, pas le moindre signe d’émotion. Son pendant absolu, à ma gauche, c’est Ellery Eskelin, lui aussi totalement impénétrable. Le visage de plus en plus émacié, longiligne, taillé à la serpe, il va finir par ressembler à Sam Rivers, couleur de peau non comprise, mais la belle affaire !!! Le son est magistralement travaillé, peaufiné, et vers la fin du set il prendra un solo assez engagé. Au centre, déchaîné, visiblement habité par la musique et en même temps totalement maître de son jeu, le batteur, responsable de l’écriture des morceaux et des arrangements. Belle chevelure grise qui bat au vent, yeux fermés, Gerry Hemingway offre une varité de climats assez stupéfiante, du 4/4 quasiment parfait (on a même pensé à certains moments à la formation de John Kirby, tant les parties à l’unisson des deux saxophonistes étaient délicieuses) aux brisures les plus affirmées en passant par des formules binaires de la meilleure venue. Cette musique est belle. A ses côtés donc, Mark Helias à la contrebasse et à la basse électrique (en lieu et place de Kermir Driscoll, belle substitution), et Oscar Noriega (cl, b-cl, as), plus remuants que leurs ailiers, ce dernier très convaincant aux clarinettes, un peu moins à l’alto.

 

En tout début de journée (à midi), et avec dégustation de velouté de champignons à la clé, Gerry Hemingway et Ellery Eskelin avait présenté leur duo (concert gratuit). Un moment d’improvisation radicale, celle-ci menée avec souplesse, où les deux instrumentistes ont rivalisé dans les gestes, ici de se faire sculpteur de bruits, là peintre de volutes. Et une salle superbement remplie dans un lieu (le CLOUS) un peu décentré, et qui fonctionne bien.

 

Mais avant de revenir les écouter dans le contexte du 5tet, nous avions un trio original et exceptionnel à découvrir, sur l’autre rive, dans la salle Mac Orlan. Eténesh Wassié (voix) & Mathieu Sourisseau (basse acoustique) avaient invité… Hamid Drake (dm, perc), bien sûr ! Au-delà de la parfaite entente, la découverte pour beaucoup (et pour moi) de la splendeur vocale d’Eténesh. Dans sa langue – qu’on me dit être l’éthiopien, en tous cas l’une de ses formes – elle fait entendre des choses qu’on ne connaît pas ici : une sorte de vibrato serré interne à la phrase, pas déployé en final comme dans le chant occidental, mais produit de façon presque insensible à l’intérieur du discours. Sa danse (elle s’y risque en fin de concert) est de même nature, une façon de vibrillonner des épaules et de la hanche très étonnante. Magnifique donc, car la voix elle-même est ample, profonde, même si l’ambitus apparent des thèmes chantés est assez réduit. Entre douceur extrême et déploiement de révolte, et avec la très belle complicité de Mathieu Sourisseau, de forts moments de musique ouverte, qui vont jusqu’à se risquer aux dimensions les plus « actuelles ». Hamid s’est glissé là-dedans comme dans son propre Finistère (allusion à « Un mot pour un autre » de Jean Tardieu), mais qui s’en étonnerait ? A suivre, aujourd’hui encore Gilad Ekselman en solo et 4tet, Elise Caron. Et on annonce, mais oui, retenez votre souffle, que le trio de Martial Solal prévu pour samedi soir aura comme batteur non pas Dré Pallemaerts, mais… Aldo Romano. J’enrage déjà de ne pas y être pour cause de retour prévu à Bordeaux.

 

Philippe Méziat

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Le « Vauban » fête ses cinquante ans d’existence. Vers la fin des années 60, dans le cadre de la reconstruction de Brest, on a réuni en un seul lieu plusieurs affaires appartenant à la même famille, restaurant, hôtel, boite de jazz. D’où le « Vauban », qui a cinq niveaux de chambres, une vaste salle à manger, et en sous-sol un grand club de jazz (ou d’autres formes musicales). Pratique. Quasiment dans son jus avec tables à pieds en ferraile et formica. Quelques marches conduisent au parterre, comme si le concepteur du lieu, au parfum des pratiques jazzistiques, avait anticipé les trois niveaux d’écoute. Au plus près on fait silence et on écoute, en deuxième rideau on écoute mais on ne se prive pas d’embrasser sa voisine et de lui murmurer des choses indécentes (comme le titre du morceau, par exemple I’m In The Mood For Love), au troisième niveau on fait son commerce, on traite des contrats, on s’autorise à ne rien écouter du tout.

De tout cela, les membres du quintet de Gerry Hemingway n’ont rien à faire, tant ils sont diversement absorbés par la musique, au moins par celle qui figure sur leurs partitions. A ma gauche Terrence McManus (guitare), imperturbable, mise en place parfaite, pas le moindre signe d’émotion. Son pendant absolu, à ma gauche, c’est Ellery Eskelin, lui aussi totalement impénétrable. Le visage de plus en plus émacié, longiligne, taillé à la serpe, il va finir par ressembler à Sam Rivers, couleur de peau non comprise, mais la belle affaire !!! Le son est magistralement travaillé, peaufiné, et vers la fin du set il prendra un solo assez engagé. Au centre, déchaîné, visiblement habité par la musique et en même temps totalement maître de son jeu, le batteur, responsable de l’écriture des morceaux et des arrangements. Belle chevelure grise qui bat au vent, yeux fermés, Gerry Hemingway offre une varité de climats assez stupéfiante, du 4/4 quasiment parfait (on a même pensé à certains moments à la formation de John Kirby, tant les parties à l’unisson des deux saxophonistes étaient délicieuses) aux brisures les plus affirmées en passant par des formules binaires de la meilleure venue. Cette musique est belle. A ses côtés donc, Mark Helias à la contrebasse et à la basse électrique (en lieu et place de Kermir Driscoll, belle substitution), et Oscar Noriega (cl, b-cl, as), plus remuants que leurs ailiers, ce dernier très convaincant aux clarinettes, un peu moins à l’alto.

 

Et tout début de journée (à midi), et avec dégustation de velouté de champignons à la clé, Gerry Hemingway et Ellery Eskelin avait présenté leur duo (concert gratuit). Un moment d’improvisation radicale, celle-ci menée avec souplesse, où les deux instrumentistes ont rivalisé dans les gestes, ici de se faire sculpteur de bruits, là peintre de volutes. Et une salle superbement remplie dans un lieu (le CLOUS) un peu décentré, et qui fonctionne bien.

 

Mais avant de revenir les écouter dans le contexte du 5tet, nous avions un trio original et exceptionnel à découvrir, sur l’autre rive, dans la salle Mac Orlan. Eténesh Wassié (voix) & Mathieu Sourisseau (basse acoustique) avaient invité… Hamid Drake (dm, perc), bien sûr ! Au-delà de la parfaite entente, la découverte pour beaucoup (et pour moi) de la splendeur vocale d’Eténesh. Dans sa langue – qu’on me dit être l’éthiopien, en tous cas l’une de ses formes – elle fait entendre des choses qu’on ne connaît pas ici : une sorte de vibrato serré interne à la phrase, pas déployé en final comme dans le chant occidental, mais produit de façon presque insensible à l’intérieur du discours. Sa danse (elle s’y risque en fin de concert) est de même nature, une façon de vibrillonner des épaules et de la hanche très étonnante. Magnifique donc, car la voix elle-même est ample, profonde, même si l’ambitus apparent des thèmes chantés est assez réduit. Entre douceur extrême et déploiement de révolte, et avec la très belle complicité de Mathieu Sourisseau, de forts moments de musique ouverte, qui vont jusqu’à se risquer au musiques les plus « actuelles ». Hamid s’est glissé là-dedans comme dans son propre Finistère (allusion à « Un mot pour un autre » de Jean Tardieu), mais qui s’en étonnerait ? A suivre, aujourd’hui encore Gilad Ekselman en solo et 4tet, Elise Caron. Et on annonce, mais oui, retenez votre souffle, que le trio de Martial Solal prévu pour samedi soir aura comme batteur non pas Dré Pallemaerts, mais… Aldo Romano. J’enrage déjà de ne pas y être pour cause de retour prévu à Bordeaux.

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Le « Vauban » fête ses cinquante ans d’existence. Au début des années 60, dans le cadre de la reconstruction de Brest, on a réuni en un seul lieu plusieurs affaires appartenant à la même famille, restaurant, hôtel, boite de jazz. D’où le « Vauban », qui a cinq niveaux de chambres, une vaste salle à manger, et en sous-sol un grand club de jazz (ou d’autres formes musicales). Pratique. Quasiment dans son jus avec tables à pieds en ferraile et formica. Quelques marches conduisent au parterre, comme si le concepteur du lieu, au parfum des pratiques jazzistiques, avait anticipé les trois niveaux d’écoute. Au plus près on fait silence et on écoute, en deuxième rideau on écoute mais on ne se prive pas d’embrasser sa voisine et de lui murmurer des choses indécentes (comme le titre du morceau, par exemple I’m In The Mood For Love), au troisième niveau on fait son commerce, on traite des contrats, on s’autorise à ne rien écouter du tout.

 

De tout cela, les membres du quintet de Gerry Hemingway n’ont rien à faire, tant ils sont diversement absorbés par la musique, au moins par celle qui figure sur leurs partitions. A ma gauche Terrence McManus (guitare), imperturbable, mise en place parfaite, pas le moindre signe d’émotion. Son pendant absolu, à ma gauche, c’est Ellery Eskelin, lui aussi totalement impénétrable. Le visage de plus en plus émacié, longiligne, taillé à la serpe, il va finir par ressembler à Sam Rivers, couleur de peau non comprise, mais la belle affaire !!! Le son est magistralement travaillé, peaufiné, et vers la fin du set il prendra un solo assez engagé. Au centre, déchaîné, visiblement habité par la musique et en même temps totalement maître de son jeu, le batteur, responsable de l’écriture des morceaux et des arrangements. Belle chevelure grise qui bat au vent, yeux fermés, Gerry Hemingway offre une varité de climats assez stupéfiante, du 4/4 quasiment parfait (on a même pensé à certains moments à la formation de John Kirby, tant les parties à l’unisson des deux saxophonistes étaient délicieuses) aux brisures les plus affirmées en passant par des formules binaires de la meilleure venue. Cette musique est belle. A ses côtés donc, Mark Helias à la contrebasse et à la basse électrique (en lieu et place de Kermir Driscoll, belle substitution), et Oscar Noriega (cl, b-cl, as), plus remuants que leurs ailiers, ce dernier très convaincant aux clarinettes, un peu moins à l’alto.

 

En tout début de journée (à midi), et avec dégustation de velouté de champignons à la clé, Gerry Hemingway et Ellery Eskelin avait présenté leur duo (concert gratuit). Un moment d’improvisation radicale, celle-ci menée avec souplesse, où les deux instrumentistes ont rivalisé dans les gestes, ici de se faire sculpteur de bruits, là peintre de volutes. Et une salle superbement remplie dans un lieu (le CLOUS) un peu décentré, et qui fonctionne bien.

 

Mais avant de revenir les écouter dans le contexte du 5tet, nous avions un trio original et exceptionnel à découvrir, sur l’autre rive, dans la salle Mac Orlan. Eténesh Wassié (voix) & Mathieu Sourisseau (basse acoustique) avaient invité… Hamid Drake (dm, perc), bien sûr ! Au-delà de la parfaite entente, la découverte pour beaucoup (et pour moi) de la splendeur vocale d’Eténesh. Dans sa langue – qu’on me dit être l’éthiopien, en tous cas l’une de ses formes – elle fait entendre des choses qu’on ne connaît pas ici : une sorte de vibrato serré interne à la phrase, pas déployé en final comme dans le chant occidental, mais produit de façon presque insensible à l’intérieur du discours. Sa danse (elle s’y risque en fin de concert) est de même nature, une façon de vibrillonner des épaules et de la hanche très étonnante. Magnifique donc, car la voix elle-même est ample, profonde, même si l’ambitus apparent des thèmes chantés est assez réduit. Entre douceur extrême et déploiement de révolte, et avec la très belle complicité de Mathieu Sourisseau, de forts moments de musique ouverte, qui vont jusqu’à se risquer aux dimensions les plus « actuelles ». Hamid s’est glissé là-dedans comme dans son propre Finistère (allusion à « Un mot pour un autre » de Jean Tardieu), mais qui s’en étonnerait ? A suivre, aujourd’hui encore Gilad Ekselman en solo et 4tet, Elise Caron. Et on annonce, mais oui, retenez votre souffle, que le trio de Martial Solal prévu pour samedi soir aura comme batteur non pas Dré Pallemaerts, mais… Aldo Romano. J’enrage déjà de ne pas y être pour cause de retour prévu à Bordeaux.

 

Philippe Méziat