Jazz live
Publié le 8 Sep 2013

Belgian Jazz Meeting, 2nde soirée. Liège, Caserne Fonck, 07/09.

Belgian Jazz Meeting, 2nde soirée. Liège, Caserne Fonck, 07/09.

Le lendemain soir, retour à la caserne Fonck — qu’un petit malin, dans les toilettes, a rebaptisé « caverne funk » avec un à-propos certain — au terme d’une journée plus fraîche et pluvieuse que la veille. Personne ne s’en plaint ! Peut-être parce qu’il comprend deux musiciens finlandais, le quartet du batteur Lionel Beuvens sonne à première écoute très nordique.


La musique se répand en amples nappes rubato aux sonorités éthérées avec un grand sens de l’espace et une attention maximale à l’imbrication des sonorités. On guette au tournant ce « produit » qui semble attendre qu’un label munichois lui tende les bras. Puis une forme de groove souple se fait jour, emmenée par la trompette au phrasé inventif de Kalevi Louhivuori et par la rythmique où s’illustre la basse tellurique de Brice Soniano, tandis qu’Alexi Tuomarila déploie la beauté de ses harmonies sur les compos du leader. Bilan : un groupe fort prometteur, qui devra consolider son identité. L’identité, parlons-en justement à propos du solo de Joachim Badenhorst (ts, cl, bcl). Il faut une bonne dose d’assurance pour se présenter seul, avec des instruments monodiques, face au public. Ceux qui l’ont fait jadis dans la période post-free ont su convaincre leurs auditoires d’assister à des « expériences » ou « performances ». Mais, aujourd’hui, à part peut-être ceux de Steve lacy, qui réécouterait un de ces solos absolus? Badenhorst, lui, nous invite dans son studio de répétition où il fait ses gammes, tourne autour d’un phrase à la Bach, passe d’un instrument à un autre sans convaincre ni réussir à éviter l’ennui. Le trio de Kris Defoort laisse indéniablement la musique respirer, joue avec les nuances de timbres et de dynamiques et pratique une interaction au sein de laquelle le blues affleure régulièrement comme repère aléatoire. La présence d’une basse électrique (Nicolas Thys) au phrasé élastique lui donne par ailleurs une assise grooveuse qui permet au piano d’assumer des fonctions percussives et à la batterie (Lander Gyselinck) de jouer un rôle mélodique. Bref, c’est une formation d’une belle maturité que dessert parfois le goût immodéré du leader pour la déstructuration. Maturité également au sein du trio intimiste de Ben Sluis où l’alto konitzien et la flûte rêveuse du souffleur installent une atmosphère élégiaque qui, sans tapage, amène l’auditeur des rives du jazz de chambre aux franges du free avec la complicité des excellents Christian Mendoza (p) et (de nouveau) Brice Soniano (b). Quant au Ragini Trio, qui clôt la soirée, on se demande franchement qui ce jeune trio sax/basse/batterie plein de bonne volonté peut convaincre parmi le panel de décideurs et journalistes internationaux ici présents : intégrer des éléments de musique indienne à son répertoire requiert une implication autrement durable et profonde que celle que suggère l’indo-jazz gentillet que nous propose ce groupe. Un bassiste solide et inspiré (Marco Bardoscia) assure la cohésion de l’ensemble, mais le souffleur et le batteur restent en surface bien qu’on nous assure qu’ils sont par ailleurs passionnés de musique balkanique, gitane, éthiopienne… « et tout le bazar », serait-on tenté d’ajouter.

Thierry Quénum

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Belgian Jazz Meeting, 2nde soirée. Liège, Caserne Fonck, 07/09.

Le lendemain soir, retour à la caserne Fonck — qu’un petit malin, dans les toilettes, a rebaptisé « caverne funk » avec un à-propos certain — au terme d’une journée plus fraîche et pluvieuse que la veille. Personne ne s’en plaint ! Peut-être parce qu’il comprend deux musiciens finlandais, le quartet du batteur Lionel Beuvens sonne à première écoute très nordique.


La musique se répand en amples nappes rubato aux sonorités éthérées avec un grand sens de l’espace et une attention maximale à l’imbrication des sonorités. On guette au tournant ce « produit » qui semble attendre qu’un label munichois lui tende les bras. Puis une forme de groove souple se fait jour, emmenée par la trompette au phrasé inventif de Kalevi Louhivuori et par la rythmique où s’illustre la basse tellurique de Brice Soniano, tandis qu’Alexi Tuomarila déploie la beauté de ses harmonies sur les compos du leader. Bilan : un groupe fort prometteur, qui devra consolider son identité. L’identité, parlons-en justement à propos du solo de Joachim Badenhorst (ts, cl, bcl). Il faut une bonne dose d’assurance pour se présenter seul, avec des instruments monodiques, face au public. Ceux qui l’ont fait jadis dans la période post-free ont su convaincre leurs auditoires d’assister à des « expériences » ou « performances ». Mais, aujourd’hui, à part peut-être ceux de Steve lacy, qui réécouterait un de ces solos absolus? Badenhorst, lui, nous invite dans son studio de répétition où il fait ses gammes, tourne autour d’un phrase à la Bach, passe d’un instrument à un autre sans convaincre ni réussir à éviter l’ennui. Le trio de Kris Defoort laisse indéniablement la musique respirer, joue avec les nuances de timbres et de dynamiques et pratique une interaction au sein de laquelle le blues affleure régulièrement comme repère aléatoire. La présence d’une basse électrique (Nicolas Thys) au phrasé élastique lui donne par ailleurs une assise grooveuse qui permet au piano d’assumer des fonctions percussives et à la batterie (Lander Gyselinck) de jouer un rôle mélodique. Bref, c’est une formation d’une belle maturité que dessert parfois le goût immodéré du leader pour la déstructuration. Maturité également au sein du trio intimiste de Ben Sluis où l’alto konitzien et la flûte rêveuse du souffleur installent une atmosphère élégiaque qui, sans tapage, amène l’auditeur des rives du jazz de chambre aux franges du free avec la complicité des excellents Christian Mendoza (p) et (de nouveau) Brice Soniano (b). Quant au Ragini Trio, qui clôt la soirée, on se demande franchement qui ce jeune trio sax/basse/batterie plein de bonne volonté peut convaincre parmi le panel de décideurs et journalistes internationaux ici présents : intégrer des éléments de musique indienne à son répertoire requiert une implication autrement durable et profonde que celle que suggère l’indo-jazz gentillet que nous propose ce groupe. Un bassiste solide et inspiré (Marco Bardoscia) assure la cohésion de l’ensemble, mais le souffleur et le batteur restent en surface bien qu’on nous assure qu’ils sont par ailleurs passionnés de musique balkanique, gitane, éthiopienne… « et tout le bazar », serait-on tenté d’ajouter.

Thierry Quénum

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Belgian Jazz Meeting, 2nde soirée. Liège, Caserne Fonck, 07/09.

Le lendemain soir, retour à la caserne Fonck — qu’un petit malin, dans les toilettes, a rebaptisé « caverne funk » avec un à-propos certain — au terme d’une journée plus fraîche et pluvieuse que la veille. Personne ne s’en plaint ! Peut-être parce qu’il comprend deux musiciens finlandais, le quartet du batteur Lionel Beuvens sonne à première écoute très nordique.


La musique se répand en amples nappes rubato aux sonorités éthérées avec un grand sens de l’espace et une attention maximale à l’imbrication des sonorités. On guette au tournant ce « produit » qui semble attendre qu’un label munichois lui tende les bras. Puis une forme de groove souple se fait jour, emmenée par la trompette au phrasé inventif de Kalevi Louhivuori et par la rythmique où s’illustre la basse tellurique de Brice Soniano, tandis qu’Alexi Tuomarila déploie la beauté de ses harmonies sur les compos du leader. Bilan : un groupe fort prometteur, qui devra consolider son identité. L’identité, parlons-en justement à propos du solo de Joachim Badenhorst (ts, cl, bcl). Il faut une bonne dose d’assurance pour se présenter seul, avec des instruments monodiques, face au public. Ceux qui l’ont fait jadis dans la période post-free ont su convaincre leurs auditoires d’assister à des « expériences » ou « performances ». Mais, aujourd’hui, à part peut-être ceux de Steve lacy, qui réécouterait un de ces solos absolus? Badenhorst, lui, nous invite dans son studio de répétition où il fait ses gammes, tourne autour d’un phrase à la Bach, passe d’un instrument à un autre sans convaincre ni réussir à éviter l’ennui. Le trio de Kris Defoort laisse indéniablement la musique respirer, joue avec les nuances de timbres et de dynamiques et pratique une interaction au sein de laquelle le blues affleure régulièrement comme repère aléatoire. La présence d’une basse électrique (Nicolas Thys) au phrasé élastique lui donne par ailleurs une assise grooveuse qui permet au piano d’assumer des fonctions percussives et à la batterie (Lander Gyselinck) de jouer un rôle mélodique. Bref, c’est une formation d’une belle maturité que dessert parfois le goût immodéré du leader pour la déstructuration. Maturité également au sein du trio intimiste de Ben Sluis où l’alto konitzien et la flûte rêveuse du souffleur installent une atmosphère élégiaque qui, sans tapage, amène l’auditeur des rives du jazz de chambre aux franges du free avec la complicité des excellents Christian Mendoza (p) et (de nouveau) Brice Soniano (b). Quant au Ragini Trio, qui clôt la soirée, on se demande franchement qui ce jeune trio sax/basse/batterie plein de bonne volonté peut convaincre parmi le panel de décideurs et journalistes internationaux ici présents : intégrer des éléments de musique indienne à son répertoire requiert une implication autrement durable et profonde que celle que suggère l’indo-jazz gentillet que nous propose ce groupe. Un bassiste solide et inspiré (Marco Bardoscia) assure la cohésion de l’ensemble, mais le souffleur et le batteur restent en surface bien qu’on nous assure qu’ils sont par ailleurs passionnés de musique balkanique, gitane, éthiopienne… « et tout le bazar », serait-on tenté d’ajouter.

Thierry Quénum

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Belgian Jazz Meeting, 2nde soirée. Liège, Caserne Fonck, 07/09.

Le lendemain soir, retour à la caserne Fonck — qu’un petit malin, dans les toilettes, a rebaptisé « caverne funk » avec un à-propos certain — au terme d’une journée plus fraîche et pluvieuse que la veille. Personne ne s’en plaint ! Peut-être parce qu’il comprend deux musiciens finlandais, le quartet du batteur Lionel Beuvens sonne à première écoute très nordique.


La musique se répand en amples nappes rubato aux sonorités éthérées avec un grand sens de l’espace et une attention maximale à l’imbrication des sonorités. On guette au tournant ce « produit » qui semble attendre qu’un label munichois lui tende les bras. Puis une forme de groove souple se fait jour, emmenée par la trompette au phrasé inventif de Kalevi Louhivuori et par la rythmique où s’illustre la basse tellurique de Brice Soniano, tandis qu’Alexi Tuomarila déploie la beauté de ses harmonies sur les compos du leader. Bilan : un groupe fort prometteur, qui devra consolider son identité. L’identité, parlons-en justement à propos du solo de Joachim Badenhorst (ts, cl, bcl). Il faut une bonne dose d’assurance pour se présenter seul, avec des instruments monodiques, face au public. Ceux qui l’ont fait jadis dans la période post-free ont su convaincre leurs auditoires d’assister à des « expériences » ou « performances ». Mais, aujourd’hui, à part peut-être ceux de Steve lacy, qui réécouterait un de ces solos absolus? Badenhorst, lui, nous invite dans son studio de répétition où il fait ses gammes, tourne autour d’un phrase à la Bach, passe d’un instrument à un autre sans convaincre ni réussir à éviter l’ennui. Le trio de Kris Defoort laisse indéniablement la musique respirer, joue avec les nuances de timbres et de dynamiques et pratique une interaction au sein de laquelle le blues affleure régulièrement comme repère aléatoire. La présence d’une basse électrique (Nicolas Thys) au phrasé élastique lui donne par ailleurs une assise grooveuse qui permet au piano d’assumer des fonctions percussives et à la batterie (Lander Gyselinck) de jouer un rôle mélodique. Bref, c’est une formation d’une belle maturité que dessert parfois le goût immodéré du leader pour la déstructuration. Maturité également au sein du trio intimiste de Ben Sluis où l’alto konitzien et la flûte rêveuse du souffleur installent une atmosphère élégiaque qui, sans tapage, amène l’auditeur des rives du jazz de chambre aux franges du free avec la complicité des excellents Christian Mendoza (p) et (de nouveau) Brice Soniano (b). Quant au Ragini Trio, qui clôt la soirée, on se demande franchement qui ce jeune trio sax/basse/batterie plein de bonne volonté peut convaincre parmi le panel de décideurs et journalistes internationaux ici présents : intégrer des éléments de musique indienne à son répertoire requiert une implication autrement durable et profonde que celle que suggère l’indo-jazz gentillet que nous propose ce groupe. Un bassiste solide et inspiré (Marco Bardoscia) assure la cohésion de l’ensemble, mais le souffleur et le batteur restent en surface bien qu’on nous assure qu’ils sont par ailleurs passionnés de musique balkanique, gitane, éthiopienne… « et tout le bazar », serait-on tenté d’ajouter.

Thierry Quénum