Bordeaux: Youn Sun Nah, voix en premier plan - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 9 Mar 2026

Bordeaux: Youn Sun Nah, voix en premier plan

Youn Sun Nah (voc), Matthis Pascaud elg), Brad Christopher Jones (b), Raphaël Chassin (dm)

Auditorium de l’Opéra, Bordeaux (33000), 7 février

Entrée de jeu en mode confidence intime sur « In my heart » Et constat immédiat: la voix se trouve portée très en avant. Elle ne bénéficie pas sur scène du même background, d’un accompagnement aussi garni que dans l’album « Lost Pieces » (Warner) même si le contenu du parcours musical en explore le listing complet des titres. Un trio en appui harmonique autant que rythmique. En ses contours la musique s’en trouve transformée dans la forme, plus brute plus dépouillée autour d’un focus vocal central « Dès l’écriture de mes compositions terminée pour ce dernier album, j’ai pensé à une formule pour la scène » expliquait-elle dans une interview. Le concert au sein de ce bel outil qu’est l’Auditorium de l’Opéra de Bordeaux  « c’est le premier de la tournée » confie en mode d’explication Youn Sun Nah de sa petite voix douce caractéristique, rentrée, enfantine, à l’opposé des intonations potentiellement torrentielles de son vocal. « Deux jours de répétition seulement pour mettre au point cette formule live, c’était joué serré… » se justifie-t-on aussi du côté de la production.

La voix, toutefois, sa substance, ses contours, ses couleurs, son volume représentent toujours l’essence de son art. Les sonorités de la basse comme de la guitare jaillissent saturées: la voix s’adapte, sa tonalité de base registre soprano s’en va chercher du côté des graves ( Shell of me) Les cordes de la première résonnent en boucles, effets loop générateur de sur-dimension; en parallèle la batterie fait sa mue en moult percussions: la chanteuse coréenne derechef joue sur les syncopes, quitte les mots pour le scat en jet de cris boostés jusqu’à de notes suraigües. Un trio instrumental en soutien permanent donc avec impacts précisément calculés. Reste que dans ce travail scénique la guitare joue un rôle pivot, pièce centrale dans l’architecture harmonique, mélodique. Ainsi lance -t-elle le mouvement, musique concentrée imprimée autour des mots, des phrases (We never where) De quoi fournir à Matthis Pascaud l’occasion de prendre sa liberté le temps d’un solo. Le tout dans une sorte de retenue, un ascétisme dans les effet induits sur le manche avant que, à nouveau comme libérée d’une contrainte, d’une retenue le chant ne s’échappe, ne s’envole dans le vertige d’un pic tranchant d’aigües, à nouveau. On retrouve là via chacune de ces impulsions le fondement créatif d’une personnalité vocale multi-polaire, hors étiquette.

Les échanges – voix/guitare enlacées pour un leitmotiv I feel free assumé comme libératoire question sens global des chansons de ce Lost Pièces-, les moments d’écoute mutuelle, un modèle reproduit de ci de là ( I run; I stay thème livré en mode rythm ’n blues revisité ) Des épisodes nourris de percussions appuyées (fond de tambours signé Raphael Chassin pour un duo de feu terminé en explosions de frappes et grimpes vocales vers une tessiture en haute altitude…) Des guitares tout contraste souvent: en distorsion dure – The Wonder, tout tourne autour d’une ligne de basse moteur, objet singulier d’une citation vocale de la mélodie du Caravan, hit de Duke Ellington- ou livrées en accords clairs, pure version folk ( Just the same

Trois bonus: 1 un thème chanté en solo, soutenue seulement du seul son maigrelet d’une petite boite à musique tournée à la manivelle 2 une chanson traditionnelle coréenne, voix douce, objet guitaristique possiblement interprété comme écho fidèle à certains travaux de Bill Frisell 3 Une version (inattendue pour le moins) du No me llores mas chantée en espagnol, titre de Luis Grignán popularisé par Arsenio Rodriguez, chanteur et compositeur cubain culte, auteur lui même de près de 200 compositions, et inventeur du genre son montuno.  De quoi conclure cette première live en appel à la danse.

Robert Latxague

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