D.K. Harrell au Café de la Danse - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 8 Oct 2026

D.K. Harrell au Café de la Danse

5 octobre

Les concerts de blues sont rares à Paris, où les tournées des musiciens américains ne s’arrêtent plus depuis longtemps. C’est donc une belle surprise de découvrir un Café de la Danse plein à craquer et enthousiaste pour la première visite parisienne d’un des représentants les plus prometteurs de la jeune génération de bluesmen, D.K. Harrell. Originaire de la Nouvelle-Orléans, il n’a que 28 ans et deux albums à son actif, dont le dernier, « Talkin’ Heavy », est sorti en 2025 sur Alligator. Programmé une première fois en Europe en 2023 par le Festival de Blues de Lucerne, il s’est depuis taillé une réputation scénique flatteuse, et plusieurs salles et festivals français l’ont accueilli ces derniers mois.

En ouverture de soirée, c’est DD Rey, membre fondateur du groupe de blues-rock musclé Dirty Deep, qui vient présenter son nouveau projet personnel en mode homme-orchestre – guitare, harmonica, chant et batterie. Le registre est plus rock que blues, à la manière des Black Keys ou de la Jon Spencer Blues Explosion, et trouvera sans doute son public chez les amateurs de ces groupes qui se sont inspirés des bluesmen du Hill country blues.

Changement de registre ensuite, avec l’arrivée sur scène du groupe de D.K. Harrell (Orlando Henry aux claviers, Jason Edwards à la batterie, Theodore Gould III à la basse et une section de cuivres avec John Dupre à la trompette et Darin Jones au saxophone) qui prépare le terrain avec deux instrumentaux en mode soul-jazz, Stomped and Wasted de Dizzy Gillespie – un choix original et bienvenu – et Mercy Mercy Mercy. L’entrée sur scène de la star du jour – dont Orlando Henry, qui fait office de MC, rappelle qu’il est d’ores et déjà titulaire de trois Blues Music Awards, dont celui de l’album de l’année pour son dernier disque – fait encore monter la température de quelques degrés. Bien qu’il soit originaire de Louisiane, comme il le rappellera à plusieurs reprises, c’est bien le son de Memphis qui l’influence le plus évidemment, et notamment celui du B.B. King de la fin des années 1960 et des années 1970 qui semble irriguer particulièrement son jeu de guitare, mais aussi sa présence scénique. Si, vocalement, Harrell semble regarder plutôt du côté du gospel et de la soul – il y a du Solomon Burke dans son chant -, voire en direction de Bobby Blanc, son approche instrumentale est largement inspirée de celle de King, jusque dans le fait de ne pas jouer quand il chante, mais il ne se contente pas de cloner celui-ci mais en prolonge et en actualise le son de l’époque ABC-Paramount, n’hésitant pas par exemple à se référer explicitement à Prince et à The Time.

Au-delà de son jeu de guitare et de son chant, Harrell bénéficie d’un autre atout qui lui permet de se démarquer de la concurrence : son répertoire. Bien qu’il n’ait que deux albums à son actif, tout le programme du concert en est tiré, et des chansons comme Grown Now ou The Right Man n’ont pas grand-chose à envier aux standards sur lesquels bien trop de musiciens de blues s’appuient encore. La scène permet à Harrell de développer plus longuement ses idées musicales et un titre comme Vibe With Me, rare exemple de slow blues au programme de la soirée, est l’occasion d’une vraie démonstration de la dialectique tension-détente qui caractérise le genre à son meilleur. A tout cela s’ajoute un sens aigu de la relation avec le public et un jeu de scène charismatique – la ressemblance avec B.B. King va même jusqu’à la distribution de mediators !

Les contraintes de couvre-feu de la salle imposent un final un peu précipité, mais Harrell revient quand même pour un court gospel a cappella qui vient clore en beauté un concert intégralement réussi – je peine pour ma part à me souvenir d’un récital blues aussi brillant dans les dernières années ! Accompagné par une agence de tournée française ambitieuse et qui sait mettre en valeur ses artistes, D.K. Harrell devrait faire beaucoup parler de lui ces prochaines années, et pourrait bien faire partie, avec quelques autres, de ceux qui provoqueront enfin un nouveau « blues boom »…

Frédéric Adrian