Jazz live
Publié le 26 Mai 2016

DA Festival (2)

Deuxième soirée du DA Festival, cette fois avec le MILESDAVISQUINTET! qui a donné des versions fabuleuses de standards tels que My Funny Valentine ou All Blues. Une belle soirée de jazz !

Mercredi 25 mai 2016, Paris, L’Atelier du plateau (75019)

1e partie : Duo Elise Dabrowski-Sébastien Béranger

Elise Dabrowski (cb, vx), Sébastien Béranger (électronique)

2e partie : MILESDAVISQUINTET!

Xavier Camarasa (p), Valentin Ceccaldi (vlle), Sylvain Darrifourcq (dm)

 

J’espère que le lecteur de ce blog me pardonnera la fantaisie du « chapeau » de ce blog. Car bien entendu, le MILESDAVISQUINTET!, le trio de Sylvain Darrifourcq, est en première instance loin de la pratique commune du jazz. Pour autant, le groove, ou plutôt les grooves (car ils sont superposés), autrement dit la mise en circuit fermé de cycles rythmiques engendrés par des corps agissants, sont au cœur de leur musique.

Avant le MILESDAVISQUINTET!, la soirée avait débuté par une prestation de musique mixte – en très grande partie improvisée – par la contrebassiste et chanteuse Elise Dabrowski et le compositeur, pour un soir performeur, Sébastien Béranger. Ceux-ci paraissent interroger la compatibilité d’un instrument à cordes frottés avec des sons électroniquement générés. Parfois cela s’oppose, parfois les timbres sont proches ; d’autres fois l’électronique réverbère en le métamorphosant le son de la contrebasse ou de la voix de l’instrumentiste ; d’autres fois encore les deux musiciens se retrouvent sur un questionnement autour des types de sons (attaqués, longs, doux, etc.). Il résulte de tout ceci un parcours temporel qui se révèle à mesure que les performeurs avancent, tout le travail de la forme, ou plutôt de la formation, se faisant à partir d’un jeu de mémoire sur le long et le court terme, jeu consistant à résister, d’une certaine manière, à l’enfoncement des souvenirs des premiers instants dans la mémoire longue, inondée qu’elle se trouve par les événements incessamment injectés dans la mémoire courte.

Dabrowski

Afin de ne pas créer de rupture d’atmosphère, les membres du MILESDAVISQUINTET! entrent en scène pendant que Sébastien Béranger improvise une transition. Lorsqu’il produit une boucle électronique qui voyage dans l’espace du lieu, le trio peut entrer dans la danse.

 

À l’image du duo Tendimite(s) entendu la veille, le MILESDAVISQUINTET! développe une esthétique du burn-out, poussant jusqu’à la rupture physique la logique de succession/superposition de couches rythmiques indépendantes. À la différence de nombre de batteurs contemporains, tels Mark Giuliana, Dan Weiss ou Marcus Gilmore qui prennent à bras le corps l’implacabilité des machines électroniques, dans un esprit de compétition bien américain d’ailleurs (une histoire qui remonte, à mon sens, aux années 1980, avec la généralisation de la boîte à rythme – que l’on se souvienne d’un Dennis Chambers, par exemple), le MILESDAVISQUINTET! et son leader-batteur ne semblent pas concernés par l’ultra précision. Le trio semble davantage interroger cette collision de temps multiples qui caractérise notre époque, en en poussant la logique jusqu’à son terme. Pas de narration donc, mais télescopage de couches rythmiques, travail de polyvitesse où l’auditeur se perd en passant de l’expression d’un tempo à un autre, ce qui Sylvain Darrifourcq nomme « écoute flottante ». Après un crescendo exponentiel, presque insoutenable mais apprécié par l’auditoire, le trio entre dans une seconde phase toute de retenue, phase stagnante de mise en attente perpétuellement déçue. Cris de batterie, chant d’un piano-baleine, son au loin d’une sirène-zither, soupirs pour pince à linge pour corde de violoncelle : sommes-nous au DADA festival ?

MilesDavisQuintet

Sylvain Darrifourcq prend soudain ses baguettes pour frapper sur sa caisse claire et son tom divers rythmes fragmentés. Me revient alors à l’esprit cette anecdote au sujet de la création du Boléro de Ravel. À la fin de l’exécution, une dame aurait crié « au fou ! », ce à quoi Ravel aurait glissé à l’oreille de l’un de ses amis : « en voilà une au moins qui a compris ». Certainement, les membres du MILESDAVISQUINTET! ne sont-ils pas fous, mais du moins soulèvent-ils en nous diverses questions en lien avec la pression temporelle – médiumnique – faite sur les corps – sur les êtres humains. Grooves remettant en cause la notion qui les fonde, (autrement dit la danse – comme pour dire « la fête est finie »), absence totale d’expressivité (excluant bien sûr la moindre trace de lyrisme), disparition de tout discours individuel au profit d’une mise en exergue du concept, etc. : ainsi se manifestent un certain nombre de considérations portées par le MILESDAVISQUINTET! sur les rapports individu/groupe, temps (dés)ordonné/temps accéléré, ou encore sur ceux du corps et des machines électroniques. Et surtout la formation interroge ce qui a tout l’air d’être une idée reçue : le MILESDAVISQUINTET! est-il vraiment un groupe jazz ?

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Deuxième soirée du DA Festival, cette fois avec le MILESDAVISQUINTET! qui a donné des versions fabuleuses de standards tels que My Funny Valentine ou All Blues. Une belle soirée de jazz !

Mercredi 25 mai 2016, Paris, L’Atelier du plateau (75019)

1e partie : Duo Elise Dabrowski-Sébastien Béranger

Elise Dabrowski (cb, vx), Sébastien Béranger (électronique)

2e partie : MILESDAVISQUINTET!

Xavier Camarasa (p), Valentin Ceccaldi (vlle), Sylvain Darrifourcq (dm)

 

J’espère que le lecteur de ce blog me pardonnera la fantaisie du « chapeau » de ce blog. Car bien entendu, le MILESDAVISQUINTET!, le trio de Sylvain Darrifourcq, est en première instance loin de la pratique commune du jazz. Pour autant, le groove, ou plutôt les grooves (car ils sont superposés), autrement dit la mise en circuit fermé de cycles rythmiques engendrés par des corps agissants, sont au cœur de leur musique.

Avant le MILESDAVISQUINTET!, la soirée avait débuté par une prestation de musique mixte – en très grande partie improvisée – par la contrebassiste et chanteuse Elise Dabrowski et le compositeur, pour un soir performeur, Sébastien Béranger. Ceux-ci paraissent interroger la compatibilité d’un instrument à cordes frottés avec des sons électroniquement générés. Parfois cela s’oppose, parfois les timbres sont proches ; d’autres fois l’électronique réverbère en le métamorphosant le son de la contrebasse ou de la voix de l’instrumentiste ; d’autres fois encore les deux musiciens se retrouvent sur un questionnement autour des types de sons (attaqués, longs, doux, etc.). Il résulte de tout ceci un parcours temporel qui se révèle à mesure que les performeurs avancent, tout le travail de la forme, ou plutôt de la formation, se faisant à partir d’un jeu de mémoire sur le long et le court terme, jeu consistant à résister, d’une certaine manière, à l’enfoncement des souvenirs des premiers instants dans la mémoire longue, inondée qu’elle se trouve par les événements incessamment injectés dans la mémoire courte.

Dabrowski

Afin de ne pas créer de rupture d’atmosphère, les membres du MILESDAVISQUINTET! entrent en scène pendant que Sébastien Béranger improvise une transition. Lorsqu’il produit une boucle électronique qui voyage dans l’espace du lieu, le trio peut entrer dans la danse.

 

À l’image du duo Tendimite(s) entendu la veille, le MILESDAVISQUINTET! développe une esthétique du burn-out, poussant jusqu’à la rupture physique la logique de succession/superposition de couches rythmiques indépendantes. À la différence de nombre de batteurs contemporains, tels Mark Giuliana, Dan Weiss ou Marcus Gilmore qui prennent à bras le corps l’implacabilité des machines électroniques, dans un esprit de compétition bien américain d’ailleurs (une histoire qui remonte, à mon sens, aux années 1980, avec la généralisation de la boîte à rythme – que l’on se souvienne d’un Dennis Chambers, par exemple), le MILESDAVISQUINTET! et son leader-batteur ne semblent pas concernés par l’ultra précision. Le trio semble davantage interroger cette collision de temps multiples qui caractérise notre époque, en en poussant la logique jusqu’à son terme. Pas de narration donc, mais télescopage de couches rythmiques, travail de polyvitesse où l’auditeur se perd en passant de l’expression d’un tempo à un autre, ce qui Sylvain Darrifourcq nomme « écoute flottante ». Après un crescendo exponentiel, presque insoutenable mais apprécié par l’auditoire, le trio entre dans une seconde phase toute de retenue, phase stagnante de mise en attente perpétuellement déçue. Cris de batterie, chant d’un piano-baleine, son au loin d’une sirène-zither, soupirs pour pince à linge pour corde de violoncelle : sommes-nous au DADA festival ?

MilesDavisQuintet

Sylvain Darrifourcq prend soudain ses baguettes pour frapper sur sa caisse claire et son tom divers rythmes fragmentés. Me revient alors à l’esprit cette anecdote au sujet de la création du Boléro de Ravel. À la fin de l’exécution, une dame aurait crié « au fou ! », ce à quoi Ravel aurait glissé à l’oreille de l’un de ses amis : « en voilà une au moins qui a compris ». Certainement, les membres du MILESDAVISQUINTET! ne sont-ils pas fous, mais du moins soulèvent-ils en nous diverses questions en lien avec la pression temporelle – médiumnique – faite sur les corps – sur les êtres humains. Grooves remettant en cause la notion qui les fonde, (autrement dit la danse – comme pour dire « la fête est finie »), absence totale d’expressivité (excluant bien sûr la moindre trace de lyrisme), disparition de tout discours individuel au profit d’une mise en exergue du concept, etc. : ainsi se manifestent un certain nombre de considérations portées par le MILESDAVISQUINTET! sur les rapports individu/groupe, temps (dés)ordonné/temps accéléré, ou encore sur ceux du corps et des machines électroniques. Et surtout la formation interroge ce qui a tout l’air d’être une idée reçue : le MILESDAVISQUINTET! est-il vraiment un groupe jazz ?

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Deuxième soirée du DA Festival, cette fois avec le MILESDAVISQUINTET! qui a donné des versions fabuleuses de standards tels que My Funny Valentine ou All Blues. Une belle soirée de jazz !

Mercredi 25 mai 2016, Paris, L’Atelier du plateau (75019)

1e partie : Duo Elise Dabrowski-Sébastien Béranger

Elise Dabrowski (cb, vx), Sébastien Béranger (électronique)

2e partie : MILESDAVISQUINTET!

Xavier Camarasa (p), Valentin Ceccaldi (vlle), Sylvain Darrifourcq (dm)

 

J’espère que le lecteur de ce blog me pardonnera la fantaisie du « chapeau » de ce blog. Car bien entendu, le MILESDAVISQUINTET!, le trio de Sylvain Darrifourcq, est en première instance loin de la pratique commune du jazz. Pour autant, le groove, ou plutôt les grooves (car ils sont superposés), autrement dit la mise en circuit fermé de cycles rythmiques engendrés par des corps agissants, sont au cœur de leur musique.

Avant le MILESDAVISQUINTET!, la soirée avait débuté par une prestation de musique mixte – en très grande partie improvisée – par la contrebassiste et chanteuse Elise Dabrowski et le compositeur, pour un soir performeur, Sébastien Béranger. Ceux-ci paraissent interroger la compatibilité d’un instrument à cordes frottés avec des sons électroniquement générés. Parfois cela s’oppose, parfois les timbres sont proches ; d’autres fois l’électronique réverbère en le métamorphosant le son de la contrebasse ou de la voix de l’instrumentiste ; d’autres fois encore les deux musiciens se retrouvent sur un questionnement autour des types de sons (attaqués, longs, doux, etc.). Il résulte de tout ceci un parcours temporel qui se révèle à mesure que les performeurs avancent, tout le travail de la forme, ou plutôt de la formation, se faisant à partir d’un jeu de mémoire sur le long et le court terme, jeu consistant à résister, d’une certaine manière, à l’enfoncement des souvenirs des premiers instants dans la mémoire longue, inondée qu’elle se trouve par les événements incessamment injectés dans la mémoire courte.

Dabrowski

Afin de ne pas créer de rupture d’atmosphère, les membres du MILESDAVISQUINTET! entrent en scène pendant que Sébastien Béranger improvise une transition. Lorsqu’il produit une boucle électronique qui voyage dans l’espace du lieu, le trio peut entrer dans la danse.

 

À l’image du duo Tendimite(s) entendu la veille, le MILESDAVISQUINTET! développe une esthétique du burn-out, poussant jusqu’à la rupture physique la logique de succession/superposition de couches rythmiques indépendantes. À la différence de nombre de batteurs contemporains, tels Mark Giuliana, Dan Weiss ou Marcus Gilmore qui prennent à bras le corps l’implacabilité des machines électroniques, dans un esprit de compétition bien américain d’ailleurs (une histoire qui remonte, à mon sens, aux années 1980, avec la généralisation de la boîte à rythme – que l’on se souvienne d’un Dennis Chambers, par exemple), le MILESDAVISQUINTET! et son leader-batteur ne semblent pas concernés par l’ultra précision. Le trio semble davantage interroger cette collision de temps multiples qui caractérise notre époque, en en poussant la logique jusqu’à son terme. Pas de narration donc, mais télescopage de couches rythmiques, travail de polyvitesse où l’auditeur se perd en passant de l’expression d’un tempo à un autre, ce qui Sylvain Darrifourcq nomme « écoute flottante ». Après un crescendo exponentiel, presque insoutenable mais apprécié par l’auditoire, le trio entre dans une seconde phase toute de retenue, phase stagnante de mise en attente perpétuellement déçue. Cris de batterie, chant d’un piano-baleine, son au loin d’une sirène-zither, soupirs pour pince à linge pour corde de violoncelle : sommes-nous au DADA festival ?

MilesDavisQuintet

Sylvain Darrifourcq prend soudain ses baguettes pour frapper sur sa caisse claire et son tom divers rythmes fragmentés. Me revient alors à l’esprit cette anecdote au sujet de la création du Boléro de Ravel. À la fin de l’exécution, une dame aurait crié « au fou ! », ce à quoi Ravel aurait glissé à l’oreille de l’un de ses amis : « en voilà une au moins qui a compris ». Certainement, les membres du MILESDAVISQUINTET! ne sont-ils pas fous, mais du moins soulèvent-ils en nous diverses questions en lien avec la pression temporelle – médiumnique – faite sur les corps – sur les êtres humains. Grooves remettant en cause la notion qui les fonde, (autrement dit la danse – comme pour dire « la fête est finie »), absence totale d’expressivité (excluant bien sûr la moindre trace de lyrisme), disparition de tout discours individuel au profit d’une mise en exergue du concept, etc. : ainsi se manifestent un certain nombre de considérations portées par le MILESDAVISQUINTET! sur les rapports individu/groupe, temps (dés)ordonné/temps accéléré, ou encore sur ceux du corps et des machines électroniques. Et surtout la formation interroge ce qui a tout l’air d’être une idée reçue : le MILESDAVISQUINTET! est-il vraiment un groupe jazz ?

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Deuxième soirée du DA Festival, cette fois avec le MILESDAVISQUINTET! qui a donné des versions fabuleuses de standards tels que My Funny Valentine ou All Blues. Une belle soirée de jazz !

Mercredi 25 mai 2016, Paris, L’Atelier du plateau (75019)

1e partie : Duo Elise Dabrowski-Sébastien Béranger

Elise Dabrowski (cb, vx), Sébastien Béranger (électronique)

2e partie : MILESDAVISQUINTET!

Xavier Camarasa (p), Valentin Ceccaldi (vlle), Sylvain Darrifourcq (dm)

 

J’espère que le lecteur de ce blog me pardonnera la fantaisie du « chapeau » de ce blog. Car bien entendu, le MILESDAVISQUINTET!, le trio de Sylvain Darrifourcq, est en première instance loin de la pratique commune du jazz. Pour autant, le groove, ou plutôt les grooves (car ils sont superposés), autrement dit la mise en circuit fermé de cycles rythmiques engendrés par des corps agissants, sont au cœur de leur musique.

Avant le MILESDAVISQUINTET!, la soirée avait débuté par une prestation de musique mixte – en très grande partie improvisée – par la contrebassiste et chanteuse Elise Dabrowski et le compositeur, pour un soir performeur, Sébastien Béranger. Ceux-ci paraissent interroger la compatibilité d’un instrument à cordes frottés avec des sons électroniquement générés. Parfois cela s’oppose, parfois les timbres sont proches ; d’autres fois l’électronique réverbère en le métamorphosant le son de la contrebasse ou de la voix de l’instrumentiste ; d’autres fois encore les deux musiciens se retrouvent sur un questionnement autour des types de sons (attaqués, longs, doux, etc.). Il résulte de tout ceci un parcours temporel qui se révèle à mesure que les performeurs avancent, tout le travail de la forme, ou plutôt de la formation, se faisant à partir d’un jeu de mémoire sur le long et le court terme, jeu consistant à résister, d’une certaine manière, à l’enfoncement des souvenirs des premiers instants dans la mémoire longue, inondée qu’elle se trouve par les événements incessamment injectés dans la mémoire courte.

Dabrowski

Afin de ne pas créer de rupture d’atmosphère, les membres du MILESDAVISQUINTET! entrent en scène pendant que Sébastien Béranger improvise une transition. Lorsqu’il produit une boucle électronique qui voyage dans l’espace du lieu, le trio peut entrer dans la danse.

 

À l’image du duo Tendimite(s) entendu la veille, le MILESDAVISQUINTET! développe une esthétique du burn-out, poussant jusqu’à la rupture physique la logique de succession/superposition de couches rythmiques indépendantes. À la différence de nombre de batteurs contemporains, tels Mark Giuliana, Dan Weiss ou Marcus Gilmore qui prennent à bras le corps l’implacabilité des machines électroniques, dans un esprit de compétition bien américain d’ailleurs (une histoire qui remonte, à mon sens, aux années 1980, avec la généralisation de la boîte à rythme – que l’on se souvienne d’un Dennis Chambers, par exemple), le MILESDAVISQUINTET! et son leader-batteur ne semblent pas concernés par l’ultra précision. Le trio semble davantage interroger cette collision de temps multiples qui caractérise notre époque, en en poussant la logique jusqu’à son terme. Pas de narration donc, mais télescopage de couches rythmiques, travail de polyvitesse où l’auditeur se perd en passant de l’expression d’un tempo à un autre, ce qui Sylvain Darrifourcq nomme « écoute flottante ». Après un crescendo exponentiel, presque insoutenable mais apprécié par l’auditoire, le trio entre dans une seconde phase toute de retenue, phase stagnante de mise en attente perpétuellement déçue. Cris de batterie, chant d’un piano-baleine, son au loin d’une sirène-zither, soupirs pour pince à linge pour corde de violoncelle : sommes-nous au DADA festival ?

MilesDavisQuintet

Sylvain Darrifourcq prend soudain ses baguettes pour frapper sur sa caisse claire et son tom divers rythmes fragmentés. Me revient alors à l’esprit cette anecdote au sujet de la création du Boléro de Ravel. À la fin de l’exécution, une dame aurait crié « au fou ! », ce à quoi Ravel aurait glissé à l’oreille de l’un de ses amis : « en voilà une au moins qui a compris ». Certainement, les membres du MILESDAVISQUINTET! ne sont-ils pas fous, mais du moins soulèvent-ils en nous diverses questions en lien avec la pression temporelle – médiumnique – faite sur les corps – sur les êtres humains. Grooves remettant en cause la notion qui les fonde, (autrement dit la danse – comme pour dire « la fête est finie »), absence totale d’expressivité (excluant bien sûr la moindre trace de lyrisme), disparition de tout discours individuel au profit d’une mise en exergue du concept, etc. : ainsi se manifestent un certain nombre de considérations portées par le MILESDAVISQUINTET! sur les rapports individu/groupe, temps (dés)ordonné/temps accéléré, ou encore sur ceux du corps et des machines électroniques. Et surtout la formation interroge ce qui a tout l’air d’être une idée reçue : le MILESDAVISQUINTET! est-il vraiment un groupe jazz ?