Jazz live
Publié le 14 Août 2015

Damien Schmitt, Agathe Jazz 4tet et André Ceccarelli « Ultimo » à Jazz en Baie (Granville)

Programme triple pour ce 13 août à Granville, soirée sous la houlette de la Spedidam dont le représentant François Lubrano explique patiemment au public les missions (perception et redistribution aux artistes des droits de diffusion, soutien à la création) avant de présenter chaque plateau. Au programme donc, le groupe de fusion du batteur Damien Schmitt au Théâtre de l’Archipel, puis sur la Scène du Roc le quartette d’Agathe Iracema suivi du programme concocté par Pierre Bertrand autour de « Dédé » Ceccarelli.


Damien Schmitt « Dam & Co », Théâtre de l’Archipel (Granville), jeudi 13 août, 18h.

Damien Schmitt (d), Hervé Samb (g), Michaël Lecoq et Fred Dupont (clav), Linley Marthe (elb), Stéphane Edouard (perc).

 

Damien Schmitt est un batteur et chanteur d’une trentaine d’années  (j’ai appris en me documentant un peu qu’il avait même été assez loin dans l’émission-concours The Voice, dans l’équipe de Garou !) qui a déjà eu le temps d’accompagner Sinclair, Khaled ou Yannick Noah, et de jouer avec Jean-Luc Ponty ou Alain Caron. Visiblement survitaminé (ce qui se confirmera rapidement à l’oreille), le jeune homme est parfaitement heureux de cette première occasion qui lui est offerte de présenter un programme entièrement personnel. Il a réuni pour l’occasion une puissante machine à sons et à rythmes où je ne manque pas de repérer Linley Marthe ou encore l’excellent percussionniste Stéphane Edouard, découvert l’an dernier dans le premier disque du violoniste Jasser Haj Youssef. Le projet présenté par Schmitt s’articule autour de Paris, avec ses quartiers, ses ponts, ses catacombes, ses résonances et vibrations pluriculturelles. 


Schmitt2


Percussions côté jardin, set de batterie fourni côté cour, la guitare et la basse encadrant les deux claviéristes aux commandes du noyau technologique du groupe – où le vocoder piloté par Fred Dupont retient d’emblée l’attention. Chacun tient sa place avec efficacité et présence scénique, la joie de jouer traverse ce groupe qu’on sent minutieusement préparé à servir un projet aux enchaînements précis et huilés, où la virtuosité se loge plutôt dans la capacité à faire vivre, chacun à son poste, la trame colorée et contrastée des arrangements, que dans la simple habileté instrumentale. Je suis pourtant bien loin de me sentir à mon aise, ce qui ne tient pas seulement à la faible part que prend le « jazz » dans ce projet plutôt rock/musiques actuelles… Ce n’est pas seulement non plus en raison d’un volume sonore qui s’aventure parfois au-delà des limites admises. C’est en tout cas ce qu’il m’a semblé …Pour ma part, je ne dois qu’à mes protections auditives « Pianissimo » (une merveille) d’avoir pu rester à ma place presque jusqu’au terme de cette performance. Mais plutôt que la surenchère ponctuelle des décibels, c’est la fréquente surcharge de l’espace sonore qui m’a gêné, provenant pour partie des superpositions instrumentales (entre les claviers, entre les percussions), pour partie d’arrangements massifs rendant peu distinctes les « voix » individuelles.


Schmitt1


Et malgré son incontestable virtuosité dans tous les secteurs, y compris celui des nuances, la place qu’occupe le batteur-leader dans la texture ne favorise pas la perception équilibrée de la richesse des parties singulières. Un exemple parmi d’autres est donné dès l’entrée de la batterie venant rejoindre (et absorber) la passionnante introduction jouée par Stéphane Edouard sur le « ka » guadeloupéen. Le talent grouille ici, sans éviter toutefois l’écueil d’un voyage culturel à la profondeur amoindrie par trop d’effets d’empilement, à l’envergure réduite à une succession de clips.

 

 Agathe Jazz 4tet, Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 20h.

Agathe Iracema (voc), Léonardo Montana (p), Christophe Walemme (b), Pierre-Alain Tocanier (d).

 

Je découvre ici cette chanteuse franco-brésilienne programmée sur de nombreuses scènes cette année (récemment Vaison la Romaine et l’Astrada de Marciac), au moment où sort son nouveau disque « Feeling Alive ». Mutine, regard espiègle mais appuyé, pourvue d’un charme incontestable, la chanteuse à découvrir cet été (c’est Jazzmag qui le disait) a donc tout pour que le critique de jazz s’en méfie… Sa présence se révèle d’emblée, et je ne parle pas là de sa parole (trop) abondante entre les morceaux, ni de ses nombreux déplacements dans l’espace de la scène, mais bien d’une qualité de présence à ses textes, à son groupe, au public.


Agathe1


Agathe Iracema le confiera d’ailleurs en fin de set (« si vous saviez comme c’est plaisant… »), elle est mue sur scène par un bonheur communicatif. Sa voix placée plutôt dans le medium s’aventure plus volontiers dans le grave que dans les aigus, se voile ici ou là d’une jolie façon et s’anime volontiers d’une sorte de gouaille parlée à la Diana Krall. Il faut dire qu’Agathe
ne manque pas d’évoquer les textes et les contextes, et que sans renouveler les thématiques proposées elle entend guider son auditeur sur le chemin de ses émotions intimes. La première partie du concert m’a laissé plutôt sur ma faim, malgré la qualité des arrangements (notamment la version latine de My One and Only Love), avec la frustration d’une voix trop narrative et accaparée par la diction, et pas assez instrumentale et mélodique. Une gêne et un certain ennui face à de longs moments d’indécision totale (Droppin’ Things). Peu d’improvisation également, comme souvent, même si les interventions de la main droite Léonardo Montana n’en deviennent que plus attendues et d’une justesse et d’une capacité de respiration remarquables (Believe in Romance). Si elle m’a paru manquer de grain et de profondeur dans le blues, Agathe Iracema a commencé à me capter quand elle a repris Jobim en portugais (Favela), trouvant enfin des couleurs et des résonances à la fois personnelles et véritablement musicales. Portée par une impeccable section rythmique (souffrant tout de même d’un fâcheux déséquilibre dans la balance piano-batterie) et d’arrangements conçus sur mesure (I Got Rhythm), la seconde moitié du concert s’enrichit de quelques beaux moments – parmi ceux-ci, une parenthèse inspirée en duo avec la basse de Christophe Walemme.

 Agathe2


 

André Ceccarelli « Ultimo », Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 22h15.

André Ceccarelli (d), Elisabeth Kontomanou, Hugh Coltman, David Linx, Régis Ceccarelli (voc), Pierre-Alain Goualch (p), Diego Imbert (b), orchestre de chambre sous la direction de Pierre Bertrand (sax, comp, arr.).

 

Le chapiteau de la Scène du Roc s’est rempli tout à fait pour la deuxième partie de soirée, en forme d’hommage à notre Dédé national. Une cinquantaine d’années de carrière et un album (imprudemment ?) baptisé « Ultimo », fait pour surprendre puisqu’il s’agit essentiellement d’un disque de chansons accompagné par un orchestre « classique ». Un orchestre de chambre composé en l’occurrence ici de 8 cordes et 6 vents, dirigé (sur ses propres arrangements) par Pierre Bertrand qui tient naturellement la partie de saxophone. Un prélude orchestral aux teintes impressionnistes installe la sonorité équilibrée de l’ensemble et plante le décor pour l’entrée successive des trois solistes vocaux : le surprenant Hugh Coltman que je découvre (pardonnez-moi) avec bonheur, suivi de David Linx puis d’Elisabeth Kontamanou.

Quelque chose d’un peu convenu, bien sûr, dans cet enchaînement de prestations vocales « with strings », mais beaucoup de classe de part et d’autre et la finesse d’un casting très bien pensé. Coltman un rien rocailleux et fissuré, riche d’une gamme étonnante d’inflexions et d’un groove parfait ; Linx tel qu’en lui-même, jonglant de bas en haut en pétillant du regard, se retournant parfois en ouvrant grand (très grand) les bras pour mieux accueillir l’orchestre ; Kontomanou discrète d’abord, puis de plus en plus présente et impressionnante de facilité. Aux commandes de la rythmique, le maître de cérémonie s’est entouré de son trio régulier, fermement ancré par un Diego Imbert central dans tous les sens du terme, et où Pierre-Alain Goualch brille tant par sa discrète élégance d’accompagnateur que par ses envolées solistes. Le programme fait d’ailleurs place à quelques ponctuations en trio ou quartette, celui avec David Linx par exemple pour l’haletante relecture du Blue Rondo à la Turk.


Dédé1


Que dire d’André Ceccarelli ici, sinon qu’il n’y guère de meilleur batteur pour la circonstance – forcément, me direz-vous, puisque la circonstance, c’est lui – et surtout qu’il a le grand talent de ne pas en faire trop. L’humilité toujours, la générosité dans le duo percussif avec son fils Régis sur un étonnant Walk on the Wild Side qui précède de peu mon départ anticipé. Raison pour laquelle j’ignore tout du rappeur, parfaitement réjouissant par la souplesse de sa mécanique phonatoire, entré comme par effraction sur ce dernier titre. Au moment où je m’efface discrètement, soit juste avant le final collectif qui s’annonce, André nomme et remercie un à un les musiciens réunis par Pierre Bertrand. Ce n’est pas convenu du tout, ça, et c’est même franchement sympathique.

 

Vincent Cotro

Photos : Chloé Robine

 

Ce soir :

Fakear Vs Bibendum (dir. Thibault Renou), Théâtre de l’Archipel, 18h.

David Sanchez Quartet (avec Luis Perdomo, Ricky Rodriguez et Obed Calvaire), Scène du Roc, 20h.

Eliane Elias Quartet (avec Marc Johnson, Rubens de la Corte et Rafael Barata), Scène du Roc, 22h15.

www.jazzenbaie.com

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Programme triple pour ce 13 août à Granville, soirée sous la houlette de la Spedidam dont le représentant François Lubrano explique patiemment au public les missions (perception et redistribution aux artistes des droits de diffusion, soutien à la création) avant de présenter chaque plateau. Au programme donc, le groupe de fusion du batteur Damien Schmitt au Théâtre de l’Archipel, puis sur la Scène du Roc le quartette d’Agathe Iracema suivi du programme concocté par Pierre Bertrand autour de « Dédé » Ceccarelli.


Damien Schmitt « Dam & Co », Théâtre de l’Archipel (Granville), jeudi 13 août, 18h.

Damien Schmitt (d), Hervé Samb (g), Michaël Lecoq et Fred Dupont (clav), Linley Marthe (elb), Stéphane Edouard (perc).

 

Damien Schmitt est un batteur et chanteur d’une trentaine d’années  (j’ai appris en me documentant un peu qu’il était même allé assez loin dans l’émission-concours The Voice, dans l’équipe de Garou) qui a déjà eu le temps d’accompagner Sinclair, Khaled ou Yannick Noah, et de jouer avec Jean-Luc Ponty ou Alain Caron. Visiblement survitaminé (ce qui se confirmera rapidement), le jeune homme est parfaitement heureux de cette première occasion qui lui est offerte de présenter un programme entièrement personnel. Il a réuni pour l’occasion une puissante machine à sons et à rythmes où je ne manque pas de repérer Linley Marthe ou encore l’excellent percussionniste Stéphane Edouard, découvert l’an dernier dans le premier disque du violoniste Jasser Haj Youssef. Le projet présenté par Schmitt s’articule autour de Paris, avec ses quartiers, ses ponts, ses catacombes, ses résonances et vibrations pluriculturelles. 

Schmitt2

Percussions côté jardin, set de batterie fourni côté cour, la guitare et la basse encadrant les deux claviéristes aux commandes du noyau technologique du groupe – où le vocoder piloté par Fred Dupont retient d’emblée l’attention. Chacun tient sa place avec efficacité et présence scénique, la joie de jouer traverse ce groupe qu’on sent minutieusement préparé à servir un projet aux enchaînements précis et huilés, où la virtuosité se loge plutôt dans la capacité à faire vivre, chacun à son poste, la trame colorée et contrastée des arrangements, que dans la simple habileté instrumentale. Je suis pourtant bien loin de me sentir à mon aise, ce qui ne tient pas seulement à la faible part que prend le « jazz » dans ce projet plutôt rock/musiques actuelles… Ce n’est pas seulement non plus en raison d’un volume sonore qui s’aventure parfois au-delà des limites admises. C’est en tout cas ce qu’il m’a semblé …Pour ma part, je ne dois qu’à mes protections auditives d’avoir pu rester à ma place presque jusqu’au terme de cette performance. Mais plutôt que la surenchère ponctuelle des décibels, c’est la fréquente surcharge de l’espace sonore qui m’a gêné, provenant pour partie des superpositions instrumentales (entre les claviers, entre les percussions), pour partie d’arrangements massifs rendant peu distinctes les « voix » individuelles. On m’objectera que ce foisonnement généralisé est le cœur même du programme, de même que la dimension polyrythmique.

Schmitt1

Il n’empêche, malgré son incontestable virtuosité dans tous les secteurs, y compris celui des nuances, la place qu’occupe le batteur-leader dans la texture ne favorise pas la perception équilibrée de la richesse des parties singulières. Un exemple parmi d’autres est donné dès l’entrée de la batterie venant rejoindre (et absorber du même coup) la passionnante introduction jouée par Stéphane Edouard sur le « ka » guadeloupéen. Les talents grouillent au sein de ce projet, mais la profondeur du voyage culturel proposé est amoindrie par trop d’effets d’empilement, et son envergure souvent réduite à une succession de séquences.

 

Agathe Jazz 4tet, Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 20h.

Agathe Iracema (voc), Léonardo Montana (p), Christophe Walemme (b), Pierre-Alain Tocanier (d).

 Je découvre ici cette chanteuse franco-brésilienne programmée sur de nombreuses scènes cette année (récemment Vaison la Romaine et l’Astrada de Marciac), au moment où sort son nouveau disque « Feeling Alive ». Mutine, regard espiègle mais appuyé, pourvue d’un charme incontestable, la chanteuse à découvrir cet été (c’est Jazzmag qui le disait) a donc tout pour que le critique de jazz s’en méfie… Sa présence se révèle d’emblée, et je ne parle pas là de sa parole (trop) abondante entre les morceaux, ni de ses nombreux déplacements dans l’espace de la scène, mais bien d’une qualité de présence à ses textes, à son groupe, au public.


Agathe1


Agathe Iracema le confiera d’ailleurs en fin de set (« si vous saviez comme c’est plaisant… »), elle est mue sur scène par un bonheur communicatif. Sa voix placée plutôt dans le medium s’aventure plus volontiers dans le grave que dans les aigus, se voile ici ou là d’une jolie façon et s’anime volontiers d’une sorte de gouaille parlée à la Diana Krall. Il faut dire qu’Agathe ne manque pas d’évoquer les textes et les contextes, et que sans renouveler les thématiques proposées elle entend guider son auditeur sur le chemin de ses émotions intimes. La première partie du concert m’a laissé plutôt sur ma faim, malgré la qualité des arrangements (notamment la version latine de My One and Only Love), avec la frustration d’une voix trop narrative et accaparée par la diction, et
pas assez instrumentale et mélodique. Une gêne et un certain ennui face à de longs moments d’indécision totale (Droppin’ Things). Peu d’improvisation également, comme souvent, même si les interventions de la main droite Léonardo Montana n’en deviennent que plus attendues et d’une justesse et d’une capacité de respiration remarquables (Believe in Romance). Si elle m’a paru manquer de grain et de profondeur dans le blues, Agathe Iracema a commencé à me capter quand elle a repris Jobim en portugais (Favela), trouvant enfin des couleurs et des résonances à la fois personnelles et véritablement musicales.

Portée par une impeccable section rythmique (souffrant tout de même d’un fâcheux déséquilibre dans la balance piano-batterie) et d’arrangements conçus sur mesure (I Got Rhythm), la seconde moitié du concert s’enrichit de quelques beaux moments – parmi ceux-ci, une parenthèse inspirée en duo avec la basse de Christophe Walemme.

Agathe2 


André Ceccarelli « Ultimo », Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 22h15.

André Ceccarelli (d), Elisabeth Kontomanou, Hugh Coltman, David Linx, Régis Ceccarelli (voc), Pierre-Alain Goualch (p), Diego Imbert (b), orchestre de chambre sous la direction de Pierre Bertrand (sax, comp, arr.).

 Le chapiteau de la Scène du Roc s’est rempli tout à fait pour la deuxième partie de soirée, en forme d’hommage à notre Dédé national. Une cinquantaine d’années de carrière et un album (imprudemment ?) baptisé « Ultimo », fait pour surprendre puisqu’il s’agit essentiellement d’un disque de chansons accompagné par un orchestre « classique ». Un orchestre de chambre composé en l’occurrence ici de 8 cordes et 6 vents, dirigé (sur ses propres arrangements) par Pierre Bertrand qui tient naturellement la partie de saxophone. Un prélude orchestral aux teintes impressionnistes installe la sonorité équilibrée de l’ensemble et plante le décor pour l’entrée successive des trois solistes vocaux : le surprenant Hugh Coltman que je découvre (pardonnez-moi) avec bonheur, suivi de David Linx puis d’Elisabeth Kontamanou. Quelque chose d’un peu convenu, bien sûr, dans cet enchaînement de prestations vocales « with strings », mais beaucoup de classe de part et d’autre et la finesse d’un casting très bien pensé. Coltman un rien rocailleux et fissuré, riche d’une gamme étonnante d’inflexions et d’un groove parfait ; Linx tel qu’en lui-même, jonglant de bas en haut en pétillant du regard, se retournant parfois en ouvrant grand (très grand) les bras pour mieux accueillir l’orchestre ; Kontomanou discrète d’abord, puis de plus en plus présente et impressionnante de facilité. Aux commandes de la rythmique, le maître de cérémonie s’est entouré de son trio régulier, fermement ancré par un Diego Imbert central dans tous les sens du terme, et où Pierre-Alain Goualch brille tant par sa discrète élégance d’accompagnateur que par ses envolées solistes. Le programme fait d’ailleurs place à quelques ponctuations en trio ou quartette, celui avec David Linx par exemple pour l’haletante relecture du Blue Rondo à la Turk.


Dédé1


Que dire d’André Ceccarelli ici, sinon qu’il n’y guère de meilleur batteur pour la circonstance – forcément, me direz-vous, puisque la circonstance, c’est lui – et surtout qu’il a le grand talent de ne pas en faire trop. L’humilité toujours, la générosité dans le duo percussif avec son fils Régis sur un étonnant Walk on the Wild Side qui précède de peu mon départ anticipé. Raison pour laquelle j’ignore tout du rappeur, parfaitement réjouissant par la souplesse de sa mécanique phonatoire, entré comme par effraction sur ce dernier titre. Au moment où je m’efface discrètement, soit juste avant le final collectif qui s’annonce, André nomme et remercie un à un les musiciens réunis par Pierre Bertrand. Ce n’est pas convenu du tout, ça, et c’est même franchement sympathique.

 

Vincent Cotro

Photos : Chloé Robine

 

Ce soir :

Fakear Vs Bibendum (dir. Thibault Renou), Théâtre de l’Archipel, 18h.

David Sanchez Quartet (avec Luis Perdomo, Ricky Rodriguez et Obed Calvaire), Scène du Roc, 20h.

Eliane Elias Quartet (avec Marc Johnson, Rubens de la Corte et Rafael Barata), Scène du Roc, 22h15.

www.jazzenbaie.com

 

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Programme triple pour ce 13 août à Granville, soirée sous la houlette de la Spedidam dont le représentant François Lubrano explique patiemment au public les missions (perception et redistribution aux artistes des droits de diffusion, soutien à la création) avant de présenter chaque plateau. Au programme donc, le groupe de fusion du batteur Damien Schmitt au Théâtre de l’Archipel, puis sur la Scène du Roc le quartette d’Agathe Iracema suivi du programme concocté par Pierre Bertrand autour de « Dédé » Ceccarelli.


Damien Schmitt « Dam & Co », Théâtre de l’Archipel (Granville), jeudi 13 août, 18h.

Damien Schmitt (d), Hervé Samb (g), Michaël Lecoq et Fred Dupont (clav), Linley Marthe (elb), Stéphane Edouard (perc).

 

Damien Schmitt est un batteur et chanteur d’une trentaine d’années  (j’ai appris en me documentant un peu qu’il avait même été assez loin dans l’émission-concours The Voice, dans l’équipe de Garou !) qui a déjà eu le temps d’accompagner Sinclair, Khaled ou Yannick Noah, et de jouer avec Jean-Luc Ponty ou Alain Caron. Visiblement survitaminé (ce qui se confirmera rapidement à l’oreille), le jeune homme est parfaitement heureux de cette première occasion qui lui est offerte de présenter un programme entièrement personnel. Il a réuni pour l’occasion une puissante machine à sons et à rythmes où je ne manque pas de repérer Linley Marthe ou encore l’excellent percussionniste Stéphane Edouard, découvert l’an dernier dans le premier disque du violoniste Jasser Haj Youssef. Le projet présenté par Schmitt s’articule autour de Paris, avec ses quartiers, ses ponts, ses catacombes, ses résonances et vibrations pluriculturelles. 


Schmitt2


Percussions côté jardin, set de batterie fourni côté cour, la guitare et la basse encadrant les deux claviéristes aux commandes du noyau technologique du groupe – où le vocoder piloté par Fred Dupont retient d’emblée l’attention. Chacun tient sa place avec efficacité et présence scénique, la joie de jouer traverse ce groupe qu’on sent minutieusement préparé à servir un projet aux enchaînements précis et huilés, où la virtuosité se loge plutôt dans la capacité à faire vivre, chacun à son poste, la trame colorée et contrastée des arrangements, que dans la simple habileté instrumentale. Je suis pourtant bien loin de me sentir à mon aise, ce qui ne tient pas seulement à la faible part que prend le « jazz » dans ce projet plutôt rock/musiques actuelles… Ce n’est pas seulement non plus en raison d’un volume sonore qui s’aventure parfois au-delà des limites admises. C’est en tout cas ce qu’il m’a semblé …Pour ma part, je ne dois qu’à mes protections auditives « Pianissimo » (une merveille) d’avoir pu rester à ma place presque jusqu’au terme de cette performance. Mais plutôt que la surenchère ponctuelle des décibels, c’est la fréquente surcharge de l’espace sonore qui m’a gêné, provenant pour partie des superpositions instrumentales (entre les claviers, entre les percussions), pour partie d’arrangements massifs rendant peu distinctes les « voix » individuelles.


Schmitt1


Et malgré son incontestable virtuosité dans tous les secteurs, y compris celui des nuances, la place qu’occupe le batteur-leader dans la texture ne favorise pas la perception équilibrée de la richesse des parties singulières. Un exemple parmi d’autres est donné dès l’entrée de la batterie venant rejoindre (et absorber) la passionnante introduction jouée par Stéphane Edouard sur le « ka » guadeloupéen. Le talent grouille ici, sans éviter toutefois l’écueil d’un voyage culturel à la profondeur amoindrie par trop d’effets d’empilement, à l’envergure réduite à une succession de clips.

 

 Agathe Jazz 4tet, Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 20h.

Agathe Iracema (voc), Léonardo Montana (p), Christophe Walemme (b), Pierre-Alain Tocanier (d).

 

Je découvre ici cette chanteuse franco-brésilienne programmée sur de nombreuses scènes cette année (récemment Vaison la Romaine et l’Astrada de Marciac), au moment où sort son nouveau disque « Feeling Alive ». Mutine, regard espiègle mais appuyé, pourvue d’un charme incontestable, la chanteuse à découvrir cet été (c’est Jazzmag qui le disait) a donc tout pour que le critique de jazz s’en méfie… Sa présence se révèle d’emblée, et je ne parle pas là de sa parole (trop) abondante entre les morceaux, ni de ses nombreux déplacements dans l’espace de la scène, mais bien d’une qualité de présence à ses textes, à son groupe, au public.


Agathe1


Agathe Iracema le confiera d’ailleurs en fin de set (« si vous saviez comme c’est plaisant… »), elle est mue sur scène par un bonheur communicatif. Sa voix placée plutôt dans le medium s’aventure plus volontiers dans le grave que dans les aigus, se voile ici ou là d’une jolie façon et s’anime volontiers d’une sorte de gouaille parlée à la Diana Krall. Il faut dire qu’Agathe
ne manque pas d’évoquer les textes et les contextes, et que sans renouveler les thématiques proposées elle entend guider son auditeur sur le chemin de ses émotions intimes. La première partie du concert m’a laissé plutôt sur ma faim, malgré la qualité des arrangements (notamment la version latine de My One and Only Love), avec la frustration d’une voix trop narrative et accaparée par la diction, et pas assez instrumentale et mélodique. Une gêne et un certain ennui face à de longs moments d’indécision totale (Droppin’ Things). Peu d’improvisation également, comme souvent, même si les interventions de la main droite Léonardo Montana n’en deviennent que plus attendues et d’une justesse et d’une capacité de respiration remarquables (Believe in Romance). Si elle m’a paru manquer de grain et de profondeur dans le blues, Agathe Iracema a commencé à me capter quand elle a repris Jobim en portugais (Favela), trouvant enfin des couleurs et des résonances à la fois personnelles et véritablement musicales. Portée par une impeccable section rythmique (souffrant tout de même d’un fâcheux déséquilibre dans la balance piano-batterie) et d’arrangements conçus sur mesure (I Got Rhythm), la seconde moitié du concert s’enrichit de quelques beaux moments – parmi ceux-ci, une parenthèse inspirée en duo avec la basse de Christophe Walemme.

 Agathe2


 

André Ceccarelli « Ultimo », Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 22h15.

André Ceccarelli (d), Elisabeth Kontomanou, Hugh Coltman, David Linx, Régis Ceccarelli (voc), Pierre-Alain Goualch (p), Diego Imbert (b), orchestre de chambre sous la direction de Pierre Bertrand (sax, comp, arr.).

 

Le chapiteau de la Scène du Roc s’est rempli tout à fait pour la deuxième partie de soirée, en forme d’hommage à notre Dédé national. Une cinquantaine d’années de carrière et un album (imprudemment ?) baptisé « Ultimo », fait pour surprendre puisqu’il s’agit essentiellement d’un disque de chansons accompagné par un orchestre « classique ». Un orchestre de chambre composé en l’occurrence ici de 8 cordes et 6 vents, dirigé (sur ses propres arrangements) par Pierre Bertrand qui tient naturellement la partie de saxophone. Un prélude orchestral aux teintes impressionnistes installe la sonorité équilibrée de l’ensemble et plante le décor pour l’entrée successive des trois solistes vocaux : le surprenant Hugh Coltman que je découvre (pardonnez-moi) avec bonheur, suivi de David Linx puis d’Elisabeth Kontamanou.

Quelque chose d’un peu convenu, bien sûr, dans cet enchaînement de prestations vocales « with strings », mais beaucoup de classe de part et d’autre et la finesse d’un casting très bien pensé. Coltman un rien rocailleux et fissuré, riche d’une gamme étonnante d’inflexions et d’un groove parfait ; Linx tel qu’en lui-même, jonglant de bas en haut en pétillant du regard, se retournant parfois en ouvrant grand (très grand) les bras pour mieux accueillir l’orchestre ; Kontomanou discrète d’abord, puis de plus en plus présente et impressionnante de facilité. Aux commandes de la rythmique, le maître de cérémonie s’est entouré de son trio régulier, fermement ancré par un Diego Imbert central dans tous les sens du terme, et où Pierre-Alain Goualch brille tant par sa discrète élégance d’accompagnateur que par ses envolées solistes. Le programme fait d’ailleurs place à quelques ponctuations en trio ou quartette, celui avec David Linx par exemple pour l’haletante relecture du Blue Rondo à la Turk.


Dédé1


Que dire d’André Ceccarelli ici, sinon qu’il n’y guère de meilleur batteur pour la circonstance – forcément, me direz-vous, puisque la circonstance, c’est lui – et surtout qu’il a le grand talent de ne pas en faire trop. L’humilité toujours, la générosité dans le duo percussif avec son fils Régis sur un étonnant Walk on the Wild Side qui précède de peu mon départ anticipé. Raison pour laquelle j’ignore tout du rappeur, parfaitement réjouissant par la souplesse de sa mécanique phonatoire, entré comme par effraction sur ce dernier titre. Au moment où je m’efface discrètement, soit juste avant le final collectif qui s’annonce, André nomme et remercie un à un les musiciens réunis par Pierre Bertrand. Ce n’est pas convenu du tout, ça, et c’est même franchement sympathique.

 

Vincent Cotro

Photos : Chloé Robine

 

Ce soir :

Fakear Vs Bibendum (dir. Thibault Renou), Théâtre de l’Archipel, 18h.

David Sanchez Quartet (avec Luis Perdomo, Ricky Rodriguez et Obed Calvaire), Scène du Roc, 20h.

Eliane Elias Quartet (avec Marc Johnson, Rubens de la Corte et Rafael Barata), Scène du Roc, 22h15.

www.jazzenbaie.com

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Programme triple pour ce 13 août à Granville, soirée sous la houlette de la Spedidam dont le représentant François Lubrano explique patiemment au public les missions (perception et redistribution aux artistes des droits de diffusion, soutien à la création) avant de présenter chaque plateau. Au programme donc, le groupe de fusion du batteur Damien Schmitt au Théâtre de l’Archipel, puis sur la Scène du Roc le quartette d’Agathe Iracema suivi du programme concocté par Pierre Bertrand autour de « Dédé » Ceccarelli.


Damien Schmitt « Dam & Co », Théâtre de l’Archipel (Granville), jeudi 13 août, 18h.

Damien Schmitt (d), Hervé Samb (g), Michaël Lecoq et Fred Dupont (clav), Linley Marthe (elb), Stéphane Edouard (perc).

 

Damien Schmitt est un batteur et chanteur d’une trentaine d’années  (j’ai appris en me documentant un peu qu’il était même allé assez loin dans l’émission-concours The Voice, dans l’équipe de Garou) qui a déjà eu le temps d’accompagner Sinclair, Khaled ou Yannick Noah, et de jouer avec Jean-Luc Ponty ou Alain Caron. Visiblement survitaminé (ce qui se confirmera rapidement), le jeune homme est parfaitement heureux de cette première occasion qui lui est offerte de présenter un programme entièrement personnel. Il a réuni pour l’occasion une puissante machine à sons et à rythmes où je ne manque pas de repérer Linley Marthe ou encore l’excellent percussionniste Stéphane Edouard, découvert l’an dernier dans le premier disque du violoniste Jasser Haj Youssef. Le projet présenté par Schmitt s’articule autour de Paris, avec ses quartiers, ses ponts, ses catacombes, ses résonances et vibrations pluriculturelles. 

Schmitt2

Percussions côté jardin, set de batterie fourni côté cour, la guitare et la basse encadrant les deux claviéristes aux commandes du noyau technologique du groupe – où le vocoder piloté par Fred Dupont retient d’emblée l’attention. Chacun tient sa place avec efficacité et présence scénique, la joie de jouer traverse ce groupe qu’on sent minutieusement préparé à servir un projet aux enchaînements précis et huilés, où la virtuosité se loge plutôt dans la capacité à faire vivre, chacun à son poste, la trame colorée et contrastée des arrangements, que dans la simple habileté instrumentale. Je suis pourtant bien loin de me sentir à mon aise, ce qui ne tient pas seulement à la faible part que prend le « jazz » dans ce projet plutôt rock/musiques actuelles… Ce n’est pas seulement non plus en raison d’un volume sonore qui s’aventure parfois au-delà des limites admises. C’est en tout cas ce qu’il m’a semblé …Pour ma part, je ne dois qu’à mes protections auditives d’avoir pu rester à ma place presque jusqu’au terme de cette performance. Mais plutôt que la surenchère ponctuelle des décibels, c’est la fréquente surcharge de l’espace sonore qui m’a gêné, provenant pour partie des superpositions instrumentales (entre les claviers, entre les percussions), pour partie d’arrangements massifs rendant peu distinctes les « voix » individuelles. On m’objectera que ce foisonnement généralisé est le cœur même du programme, de même que la dimension polyrythmique.

Schmitt1

Il n’empêche, malgré son incontestable virtuosité dans tous les secteurs, y compris celui des nuances, la place qu’occupe le batteur-leader dans la texture ne favorise pas la perception équilibrée de la richesse des parties singulières. Un exemple parmi d’autres est donné dès l’entrée de la batterie venant rejoindre (et absorber du même coup) la passionnante introduction jouée par Stéphane Edouard sur le « ka » guadeloupéen. Les talents grouillent au sein de ce projet, mais la profondeur du voyage culturel proposé est amoindrie par trop d’effets d’empilement, et son envergure souvent réduite à une succession de séquences.

 

Agathe Jazz 4tet, Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 20h.

Agathe Iracema (voc), Léonardo Montana (p), Christophe Walemme (b), Pierre-Alain Tocanier (d).

 Je découvre ici cette chanteuse franco-brésilienne programmée sur de nombreuses scènes cette année (récemment Vaison la Romaine et l’Astrada de Marciac), au moment où sort son nouveau disque « Feeling Alive ». Mutine, regard espiègle mais appuyé, pourvue d’un charme incontestable, la chanteuse à découvrir cet été (c’est Jazzmag qui le disait) a donc tout pour que le critique de jazz s’en méfie… Sa présence se révèle d’emblée, et je ne parle pas là de sa parole (trop) abondante entre les morceaux, ni de ses nombreux déplacements dans l’espace de la scène, mais bien d’une qualité de présence à ses textes, à son groupe, au public.


Agathe1


Agathe Iracema le confiera d’ailleurs en fin de set (« si vous saviez comme c’est plaisant… »), elle est mue sur scène par un bonheur communicatif. Sa voix placée plutôt dans le medium s’aventure plus volontiers dans le grave que dans les aigus, se voile ici ou là d’une jolie façon et s’anime volontiers d’une sorte de gouaille parlée à la Diana Krall. Il faut dire qu’Agathe ne manque pas d’évoquer les textes et les contextes, et que sans renouveler les thématiques proposées elle entend guider son auditeur sur le chemin de ses émotions intimes. La première partie du concert m’a laissé plutôt sur ma faim, malgré la qualité des arrangements (notamment la version latine de My One and Only Love), avec la frustration d’une voix trop narrative et accaparée par la diction, et
pas assez instrumentale et mélodique. Une gêne et un certain ennui face à de longs moments d’indécision totale (Droppin’ Things). Peu d’improvisation également, comme souvent, même si les interventions de la main droite Léonardo Montana n’en deviennent que plus attendues et d’une justesse et d’une capacité de respiration remarquables (Believe in Romance). Si elle m’a paru manquer de grain et de profondeur dans le blues, Agathe Iracema a commencé à me capter quand elle a repris Jobim en portugais (Favela), trouvant enfin des couleurs et des résonances à la fois personnelles et véritablement musicales.

Portée par une impeccable section rythmique (souffrant tout de même d’un fâcheux déséquilibre dans la balance piano-batterie) et d’arrangements conçus sur mesure (I Got Rhythm), la seconde moitié du concert s’enrichit de quelques beaux moments – parmi ceux-ci, une parenthèse inspirée en duo avec la basse de Christophe Walemme.

Agathe2 


André Ceccarelli « Ultimo », Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 22h15.

André Ceccarelli (d), Elisabeth Kontomanou, Hugh Coltman, David Linx, Régis Ceccarelli (voc), Pierre-Alain Goualch (p), Diego Imbert (b), orchestre de chambre sous la direction de Pierre Bertrand (sax, comp, arr.).

 Le chapiteau de la Scène du Roc s’est rempli tout à fait pour la deuxième partie de soirée, en forme d’hommage à notre Dédé national. Une cinquantaine d’années de carrière et un album (imprudemment ?) baptisé « Ultimo », fait pour surprendre puisqu’il s’agit essentiellement d’un disque de chansons accompagné par un orchestre « classique ». Un orchestre de chambre composé en l’occurrence ici de 8 cordes et 6 vents, dirigé (sur ses propres arrangements) par Pierre Bertrand qui tient naturellement la partie de saxophone. Un prélude orchestral aux teintes impressionnistes installe la sonorité équilibrée de l’ensemble et plante le décor pour l’entrée successive des trois solistes vocaux : le surprenant Hugh Coltman que je découvre (pardonnez-moi) avec bonheur, suivi de David Linx puis d’Elisabeth Kontamanou. Quelque chose d’un peu convenu, bien sûr, dans cet enchaînement de prestations vocales « with strings », mais beaucoup de classe de part et d’autre et la finesse d’un casting très bien pensé. Coltman un rien rocailleux et fissuré, riche d’une gamme étonnante d’inflexions et d’un groove parfait ; Linx tel qu’en lui-même, jonglant de bas en haut en pétillant du regard, se retournant parfois en ouvrant grand (très grand) les bras pour mieux accueillir l’orchestre ; Kontomanou discrète d’abord, puis de plus en plus présente et impressionnante de facilité. Aux commandes de la rythmique, le maître de cérémonie s’est entouré de son trio régulier, fermement ancré par un Diego Imbert central dans tous les sens du terme, et où Pierre-Alain Goualch brille tant par sa discrète élégance d’accompagnateur que par ses envolées solistes. Le programme fait d’ailleurs place à quelques ponctuations en trio ou quartette, celui avec David Linx par exemple pour l’haletante relecture du Blue Rondo à la Turk.


Dédé1


Que dire d’André Ceccarelli ici, sinon qu’il n’y guère de meilleur batteur pour la circonstance – forcément, me direz-vous, puisque la circonstance, c’est lui – et surtout qu’il a le grand talent de ne pas en faire trop. L’humilité toujours, la générosité dans le duo percussif avec son fils Régis sur un étonnant Walk on the Wild Side qui précède de peu mon départ anticipé. Raison pour laquelle j’ignore tout du rappeur, parfaitement réjouissant par la souplesse de sa mécanique phonatoire, entré comme par effraction sur ce dernier titre. Au moment où je m’efface discrètement, soit juste avant le final collectif qui s’annonce, André nomme et remercie un à un les musiciens réunis par Pierre Bertrand. Ce n’est pas convenu du tout, ça, et c’est même franchement sympathique.

 

Vincent Cotro

Photos : Chloé Robine

 

Ce soir :

Fakear Vs Bibendum (dir. Thibault Renou), Théâtre de l’Archipel, 18h.

David Sanchez Quartet (avec Luis Perdomo, Ricky Rodriguez et Obed Calvaire), Scène du Roc, 20h.

Eliane Elias Quartet (avec Marc Johnson, Rubens de la Corte et Rafael Barata), Scène du Roc, 22h15.

www.jazzenbaie.com

 

|

Programme triple pour ce 13 août à Granville, soirée sous la houlette de la Spedidam dont le représentant François Lubrano explique patiemment au public les missions (perception et redistribution aux artistes des droits de diffusion, soutien à la création) avant de présenter chaque plateau. Au programme donc, le groupe de fusion du batteur Damien Schmitt au Théâtre de l’Archipel, puis sur la Scène du Roc le quartette d’Agathe Iracema suivi du programme concocté par Pierre Bertrand autour de « Dédé » Ceccarelli.


Damien Schmitt « Dam & Co », Théâtre de l’Archipel (Granville), jeudi 13 août, 18h.

Damien Schmitt (d), Hervé Samb (g), Michaël Lecoq et Fred Dupont (clav), Linley Marthe (elb), Stéphane Edouard (perc).

 

Damien Schmitt est un batteur et chanteur d’une trentaine d’années  (j’ai appris en me documentant un peu qu’il avait même été assez loin dans l’émission-concours The Voice, dans l’équipe de Garou !) qui a déjà eu le temps d’accompagner Sinclair, Khaled ou Yannick Noah, et de jouer avec Jean-Luc Ponty ou Alain Caron. Visiblement survitaminé (ce qui se confirmera rapidement à l’oreille), le jeune homme est parfaitement heureux de cette première occasion qui lui est offerte de présenter un programme entièrement personnel. Il a réuni pour l’occasion une puissante machine à sons et à rythmes où je ne manque pas de repérer Linley Marthe ou encore l’excellent percussionniste Stéphane Edouard, découvert l’an dernier dans le premier disque du violoniste Jasser Haj Youssef. Le projet présenté par Schmitt s’articule autour de Paris, avec ses quartiers, ses ponts, ses catacombes, ses résonances et vibrations pluriculturelles. 


Schmitt2


Percussions côté jardin, set de batterie fourni côté cour, la guitare et la basse encadrant les deux claviéristes aux commandes du noyau technologique du groupe – où le vocoder piloté par Fred Dupont retient d’emblée l’attention. Chacun tient sa place avec efficacité et présence scénique, la joie de jouer traverse ce groupe qu’on sent minutieusement préparé à servir un projet aux enchaînements précis et huilés, où la virtuosité se loge plutôt dans la capacité à faire vivre, chacun à son poste, la trame colorée et contrastée des arrangements, que dans la simple habileté instrumentale. Je suis pourtant bien loin de me sentir à mon aise, ce qui ne tient pas seulement à la faible part que prend le « jazz » dans ce projet plutôt rock/musiques actuelles… Ce n’est pas seulement non plus en raison d’un volume sonore qui s’aventure parfois au-delà des limites admises. C’est en tout cas ce qu’il m’a semblé …Pour ma part, je ne dois qu’à mes protections auditives « Pianissimo » (une merveille) d’avoir pu rester à ma place presque jusqu’au terme de cette performance. Mais plutôt que la surenchère ponctuelle des décibels, c’est la fréquente surcharge de l’espace sonore qui m’a gêné, provenant pour partie des superpositions instrumentales (entre les claviers, entre les percussions), pour partie d’arrangements massifs rendant peu distinctes les « voix » individuelles.


Schmitt1


Et malgré son incontestable virtuosité dans tous les secteurs, y compris celui des nuances, la place qu’occupe le batteur-leader dans la texture ne favorise pas la perception équilibrée de la richesse des parties singulières. Un exemple parmi d’autres est donné dès l’entrée de la batterie venant rejoindre (et absorber) la passionnante introduction jouée par Stéphane Edouard sur le « ka » guadeloupéen. Le talent grouille ici, sans éviter toutefois l’écueil d’un voyage culturel à la profondeur amoindrie par trop d’effets d’empilement, à l’envergure réduite à une succession de clips.

 

 Agathe Jazz 4tet, Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 20h.

Agathe Iracema (voc), Léonardo Montana (p), Christophe Walemme (b), Pierre-Alain Tocanier (d).

 

Je découvre ici cette chanteuse franco-brésilienne programmée sur de nombreuses scènes cette année (récemment Vaison la Romaine et l’Astrada de Marciac), au moment où sort son nouveau disque « Feeling Alive ». Mutine, regard espiègle mais appuyé, pourvue d’un charme incontestable, la chanteuse à découvrir cet été (c’est Jazzmag qui le disait) a donc tout pour que le critique de jazz s’en méfie… Sa présence se révèle d’emblée, et je ne parle pas là de sa parole (trop) abondante entre les morceaux, ni de ses nombreux déplacements dans l’espace de la scène, mais bien d’une qualité de présence à ses textes, à son groupe, au public.


Agathe1


Agathe Iracema le confiera d’ailleurs en fin de set (« si vous saviez comme c’est plaisant… »), elle est mue sur scène par un bonheur communicatif. Sa voix placée plutôt dans le medium s’aventure plus volontiers dans le grave que dans les aigus, se voile ici ou là d’une jolie façon et s’anime volontiers d’une sorte de gouaille parlée à la Diana Krall. Il faut dire qu’Agathe
ne manque pas d’évoquer les textes et les contextes, et que sans renouveler les thématiques proposées elle entend guider son auditeur sur le chemin de ses émotions intimes. La première partie du concert m’a laissé plutôt sur ma faim, malgré la qualité des arrangements (notamment la version latine de My One and Only Love), avec la frustration d’une voix trop narrative et accaparée par la diction, et pas assez instrumentale et mélodique. Une gêne et un certain ennui face à de longs moments d’indécision totale (Droppin’ Things). Peu d’improvisation également, comme souvent, même si les interventions de la main droite Léonardo Montana n’en deviennent que plus attendues et d’une justesse et d’une capacité de respiration remarquables (Believe in Romance). Si elle m’a paru manquer de grain et de profondeur dans le blues, Agathe Iracema a commencé à me capter quand elle a repris Jobim en portugais (Favela), trouvant enfin des couleurs et des résonances à la fois personnelles et véritablement musicales. Portée par une impeccable section rythmique (souffrant tout de même d’un fâcheux déséquilibre dans la balance piano-batterie) et d’arrangements conçus sur mesure (I Got Rhythm), la seconde moitié du concert s’enrichit de quelques beaux moments – parmi ceux-ci, une parenthèse inspirée en duo avec la basse de Christophe Walemme.

 Agathe2


 

André Ceccarelli « Ultimo », Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 22h15.

André Ceccarelli (d), Elisabeth Kontomanou, Hugh Coltman, David Linx, Régis Ceccarelli (voc), Pierre-Alain Goualch (p), Diego Imbert (b), orchestre de chambre sous la direction de Pierre Bertrand (sax, comp, arr.).

 

Le chapiteau de la Scène du Roc s’est rempli tout à fait pour la deuxième partie de soirée, en forme d’hommage à notre Dédé national. Une cinquantaine d’années de carrière et un album (imprudemment ?) baptisé « Ultimo », fait pour surprendre puisqu’il s’agit essentiellement d’un disque de chansons accompagné par un orchestre « classique ». Un orchestre de chambre composé en l’occurrence ici de 8 cordes et 6 vents, dirigé (sur ses propres arrangements) par Pierre Bertrand qui tient naturellement la partie de saxophone. Un prélude orchestral aux teintes impressionnistes installe la sonorité équilibrée de l’ensemble et plante le décor pour l’entrée successive des trois solistes vocaux : le surprenant Hugh Coltman que je découvre (pardonnez-moi) avec bonheur, suivi de David Linx puis d’Elisabeth Kontamanou.

Quelque chose d’un peu convenu, bien sûr, dans cet enchaînement de prestations vocales « with strings », mais beaucoup de classe de part et d’autre et la finesse d’un casting très bien pensé. Coltman un rien rocailleux et fissuré, riche d’une gamme étonnante d’inflexions et d’un groove parfait ; Linx tel qu’en lui-même, jonglant de bas en haut en pétillant du regard, se retournant parfois en ouvrant grand (très grand) les bras pour mieux accueillir l’orchestre ; Kontomanou discrète d’abord, puis de plus en plus présente et impressionnante de facilité. Aux commandes de la rythmique, le maître de cérémonie s’est entouré de son trio régulier, fermement ancré par un Diego Imbert central dans tous les sens du terme, et où Pierre-Alain Goualch brille tant par sa discrète élégance d’accompagnateur que par ses envolées solistes. Le programme fait d’ailleurs place à quelques ponctuations en trio ou quartette, celui avec David Linx par exemple pour l’haletante relecture du Blue Rondo à la Turk.


Dédé1


Que dire d’André Ceccarelli ici, sinon qu’il n’y guère de meilleur batteur pour la circonstance – forcément, me direz-vous, puisque la circonstance, c’est lui – et surtout qu’il a le grand talent de ne pas en faire trop. L’humilité toujours, la générosité dans le duo percussif avec son fils Régis sur un étonnant Walk on the Wild Side qui précède de peu mon départ anticipé. Raison pour laquelle j’ignore tout du rappeur, parfaitement réjouissant par la souplesse de sa mécanique phonatoire, entré comme par effraction sur ce dernier titre. Au moment où je m’efface discrètement, soit juste avant le final collectif qui s’annonce, André nomme et remercie un à un les musiciens réunis par Pierre Bertrand. Ce n’est pas convenu du tout, ça, et c’est même franchement sympathique.

 

Vincent Cotro

Photos : Chloé Robine

 

Ce soir :

Fakear Vs Bibendum (dir. Thibault Renou), Théâtre de l’Archipel, 18h.

David Sanchez Quartet (avec Luis Perdomo, Ricky Rodriguez et Obed Calvaire), Scène du Roc, 20h.

Eliane Elias Quartet (avec Marc Johnson, Rubens de la Corte et Rafael Barata), Scène du Roc, 22h15.

www.jazzenbaie.com

|

Programme triple pour ce 13 août à Granville, soirée sous la houlette de la Spedidam dont le représentant François Lubrano explique patiemment au public les missions (perception et redistribution aux artistes des droits de diffusion, soutien à la création) avant de présenter chaque plateau. Au programme donc, le groupe de fusion du batteur Damien Schmitt au Théâtre de l’Archipel, puis sur la Scène du Roc le quartette d’Agathe Iracema suivi du programme concocté par Pierre Bertrand autour de « Dédé » Ceccarelli.


Damien Schmitt « Dam & Co », Théâtre de l’Archipel (Granville), jeudi 13 août, 18h.

Damien Schmitt (d), Hervé Samb (g), Michaël Lecoq et Fred Dupont (clav), Linley Marthe (elb), Stéphane Edouard (perc).

 

Damien Schmitt est un batteur et chanteur d’une trentaine d’années  (j’ai appris en me documentant un peu qu’il était même allé assez loin dans l’émission-concours The Voice, dans l’équipe de Garou) qui a déjà eu le temps d’accompagner Sinclair, Khaled ou Yannick Noah, et de jouer avec Jean-Luc Ponty ou Alain Caron. Visiblement survitaminé (ce qui se confirmera rapidement), le jeune homme est parfaitement heureux de cette première occasion qui lui est offerte de présenter un programme entièrement personnel. Il a réuni pour l’occasion une puissante machine à sons et à rythmes où je ne manque pas de repérer Linley Marthe ou encore l’excellent percussionniste Stéphane Edouard, découvert l’an dernier dans le premier disque du violoniste Jasser Haj Youssef. Le projet présenté par Schmitt s’articule autour de Paris, avec ses quartiers, ses ponts, ses catacombes, ses résonances et vibrations pluriculturelles. 

Schmitt2

Percussions côté jardin, set de batterie fourni côté cour, la guitare et la basse encadrant les deux claviéristes aux commandes du noyau technologique du groupe – où le vocoder piloté par Fred Dupont retient d’emblée l’attention. Chacun tient sa place avec efficacité et présence scénique, la joie de jouer traverse ce groupe qu’on sent minutieusement préparé à servir un projet aux enchaînements précis et huilés, où la virtuosité se loge plutôt dans la capacité à faire vivre, chacun à son poste, la trame colorée et contrastée des arrangements, que dans la simple habileté instrumentale. Je suis pourtant bien loin de me sentir à mon aise, ce qui ne tient pas seulement à la faible part que prend le « jazz » dans ce projet plutôt rock/musiques actuelles… Ce n’est pas seulement non plus en raison d’un volume sonore qui s’aventure parfois au-delà des limites admises. C’est en tout cas ce qu’il m’a semblé …Pour ma part, je ne dois qu’à mes protections auditives d’avoir pu rester à ma place presque jusqu’au terme de cette performance. Mais plutôt que la surenchère ponctuelle des décibels, c’est la fréquente surcharge de l’espace sonore qui m’a gêné, provenant pour partie des superpositions instrumentales (entre les claviers, entre les percussions), pour partie d’arrangements massifs rendant peu distinctes les « voix » individuelles. On m’objectera que ce foisonnement généralisé est le cœur même du programme, de même que la dimension polyrythmique.

Schmitt1

Il n’empêche, malgré son incontestable virtuosité dans tous les secteurs, y compris celui des nuances, la place qu’occupe le batteur-leader dans la texture ne favorise pas la perception équilibrée de la richesse des parties singulières. Un exemple parmi d’autres est donné dès l’entrée de la batterie venant rejoindre (et absorber du même coup) la passionnante introduction jouée par Stéphane Edouard sur le « ka » guadeloupéen. Les talents grouillent au sein de ce projet, mais la profondeur du voyage culturel proposé est amoindrie par trop d’effets d’empilement, et son envergure souvent réduite à une succession de séquences.

 

Agathe Jazz 4tet, Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 20h.

Agathe Iracema (voc), Léonardo Montana (p), Christophe Walemme (b), Pierre-Alain Tocanier (d).

 Je découvre ici cette chanteuse franco-brésilienne programmée sur de nombreuses scènes cette année (récemment Vaison la Romaine et l’Astrada de Marciac), au moment où sort son nouveau disque « Feeling Alive ». Mutine, regard espiègle mais appuyé, pourvue d’un charme incontestable, la chanteuse à découvrir cet été (c’est Jazzmag qui le disait) a donc tout pour que le critique de jazz s’en méfie… Sa présence se révèle d’emblée, et je ne parle pas là de sa parole (trop) abondante entre les morceaux, ni de ses nombreux déplacements dans l’espace de la scène, mais bien d’une qualité de présence à ses textes, à son groupe, au public.


Agathe1


Agathe Iracema le confiera d’ailleurs en fin de set (« si vous saviez comme c’est plaisant… »), elle est mue sur scène par un bonheur communicatif. Sa voix placée plutôt dans le medium s’aventure plus volontiers dans le grave que dans les aigus, se voile ici ou là d’une jolie façon et s’anime volontiers d’une sorte de gouaille parlée à la Diana Krall. Il faut dire qu’Agathe ne manque pas d’évoquer les textes et les contextes, et que sans renouveler les thématiques proposées elle entend guider son auditeur sur le chemin de ses émotions intimes. La première partie du concert m’a laissé plutôt sur ma faim, malgré la qualité des arrangements (notamment la version latine de My One and Only Love), avec la frustration d’une voix trop narrative et accaparée par la diction, et
pas assez instrumentale et mélodique. Une gêne et un certain ennui face à de longs moments d’indécision totale (Droppin’ Things). Peu d’improvisation également, comme souvent, même si les interventions de la main droite Léonardo Montana n’en deviennent que plus attendues et d’une justesse et d’une capacité de respiration remarquables (Believe in Romance). Si elle m’a paru manquer de grain et de profondeur dans le blues, Agathe Iracema a commencé à me capter quand elle a repris Jobim en portugais (Favela), trouvant enfin des couleurs et des résonances à la fois personnelles et véritablement musicales.

Portée par une impeccable section rythmique (souffrant tout de même d’un fâcheux déséquilibre dans la balance piano-batterie) et d’arrangements conçus sur mesure (I Got Rhythm), la seconde moitié du concert s’enrichit de quelques beaux moments – parmi ceux-ci, une parenthèse inspirée en duo avec la basse de Christophe Walemme.

Agathe2 


André Ceccarelli « Ultimo », Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 22h15.

André Ceccarelli (d), Elisabeth Kontomanou, Hugh Coltman, David Linx, Régis Ceccarelli (voc), Pierre-Alain Goualch (p), Diego Imbert (b), orchestre de chambre sous la direction de Pierre Bertrand (sax, comp, arr.).

 Le chapiteau de la Scène du Roc s’est rempli tout à fait pour la deuxième partie de soirée, en forme d’hommage à notre Dédé national. Une cinquantaine d’années de carrière et un album (imprudemment ?) baptisé « Ultimo », fait pour surprendre puisqu’il s’agit essentiellement d’un disque de chansons accompagné par un orchestre « classique ». Un orchestre de chambre composé en l’occurrence ici de 8 cordes et 6 vents, dirigé (sur ses propres arrangements) par Pierre Bertrand qui tient naturellement la partie de saxophone. Un prélude orchestral aux teintes impressionnistes installe la sonorité équilibrée de l’ensemble et plante le décor pour l’entrée successive des trois solistes vocaux : le surprenant Hugh Coltman que je découvre (pardonnez-moi) avec bonheur, suivi de David Linx puis d’Elisabeth Kontamanou. Quelque chose d’un peu convenu, bien sûr, dans cet enchaînement de prestations vocales « with strings », mais beaucoup de classe de part et d’autre et la finesse d’un casting très bien pensé. Coltman un rien rocailleux et fissuré, riche d’une gamme étonnante d’inflexions et d’un groove parfait ; Linx tel qu’en lui-même, jonglant de bas en haut en pétillant du regard, se retournant parfois en ouvrant grand (très grand) les bras pour mieux accueillir l’orchestre ; Kontomanou discrète d’abord, puis de plus en plus présente et impressionnante de facilité. Aux commandes de la rythmique, le maître de cérémonie s’est entouré de son trio régulier, fermement ancré par un Diego Imbert central dans tous les sens du terme, et où Pierre-Alain Goualch brille tant par sa discrète élégance d’accompagnateur que par ses envolées solistes. Le programme fait d’ailleurs place à quelques ponctuations en trio ou quartette, celui avec David Linx par exemple pour l’haletante relecture du Blue Rondo à la Turk.


Dédé1


Que dire d’André Ceccarelli ici, sinon qu’il n’y guère de meilleur batteur pour la circonstance – forcément, me direz-vous, puisque la circonstance, c’est lui – et surtout qu’il a le grand talent de ne pas en faire trop. L’humilité toujours, la générosité dans le duo percussif avec son fils Régis sur un étonnant Walk on the Wild Side qui précède de peu mon départ anticipé. Raison pour laquelle j’ignore tout du rappeur, parfaitement réjouissant par la souplesse de sa mécanique phonatoire, entré comme par effraction sur ce dernier titre. Au moment où je m’efface discrètement, soit juste avant le final collectif qui s’annonce, André nomme et remercie un à un les musiciens réunis par Pierre Bertrand. Ce n’est pas convenu du tout, ça, et c’est même franchement sympathique.

 

Vincent Cotro

Photos : Chloé Robine

 

Ce soir :

Fakear Vs Bibendum (dir. Thibault Renou), Théâtre de l’Archipel, 18h.

David Sanchez Quartet (avec Luis Perdomo, Ricky Rodriguez et Obed Calvaire), Scène du Roc, 20h.

Eliane Elias Quartet (avec Marc Johnson, Rubens de la Corte et Rafael Barata), Scène du Roc, 22h15.

www.jazzenbaie.com

 

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Programme triple pour ce 13 août à Granville, soirée sous la houlette de la Spedidam dont le représentant François Lubrano explique patiemment au public les missions (perception et redistribution aux artistes des droits de diffusion, soutien à la création) avant de présenter chaque plateau. Au programme donc, le groupe de fusion du batteur Damien Schmitt au Théâtre de l’Archipel, puis sur la Scène du Roc le quartette d’Agathe Iracema suivi du programme concocté par Pierre Bertrand autour de « Dédé » Ceccarelli.


Damien Schmitt « Dam & Co », Théâtre de l’Archipel (Granville), jeudi 13 août, 18h.

Damien Schmitt (d), Hervé Samb (g), Michaël Lecoq et Fred Dupont (clav), Linley Marthe (elb), Stéphane Edouard (perc).

 

Damien Schmitt est un batteur et chanteur d’une trentaine d’années  (j’ai appris en me documentant un peu qu’il avait même été assez loin dans l’émission-concours The Voice, dans l’équipe de Garou !) qui a déjà eu le temps d’accompagner Sinclair, Khaled ou Yannick Noah, et de jouer avec Jean-Luc Ponty ou Alain Caron. Visiblement survitaminé (ce qui se confirmera rapidement à l’oreille), le jeune homme est parfaitement heureux de cette première occasion qui lui est offerte de présenter un programme entièrement personnel. Il a réuni pour l’occasion une puissante machine à sons et à rythmes où je ne manque pas de repérer Linley Marthe ou encore l’excellent percussionniste Stéphane Edouard, découvert l’an dernier dans le premier disque du violoniste Jasser Haj Youssef. Le projet présenté par Schmitt s’articule autour de Paris, avec ses quartiers, ses ponts, ses catacombes, ses résonances et vibrations pluriculturelles. 


Schmitt2


Percussions côté jardin, set de batterie fourni côté cour, la guitare et la basse encadrant les deux claviéristes aux commandes du noyau technologique du groupe – où le vocoder piloté par Fred Dupont retient d’emblée l’attention. Chacun tient sa place avec efficacité et présence scénique, la joie de jouer traverse ce groupe qu’on sent minutieusement préparé à servir un projet aux enchaînements précis et huilés, où la virtuosité se loge plutôt dans la capacité à faire vivre, chacun à son poste, la trame colorée et contrastée des arrangements, que dans la simple habileté instrumentale. Je suis pourtant bien loin de me sentir à mon aise, ce qui ne tient pas seulement à la faible part que prend le « jazz » dans ce projet plutôt rock/musiques actuelles… Ce n’est pas seulement non plus en raison d’un volume sonore qui s’aventure parfois au-delà des limites admises. C’est en tout cas ce qu’il m’a semblé …Pour ma part, je ne dois qu’à mes protections auditives « Pianissimo » (une merveille) d’avoir pu rester à ma place presque jusqu’au terme de cette performance. Mais plutôt que la surenchère ponctuelle des décibels, c’est la fréquente surcharge de l’espace sonore qui m’a gêné, provenant pour partie des superpositions instrumentales (entre les claviers, entre les percussions), pour partie d’arrangements massifs rendant peu distinctes les « voix » individuelles.


Schmitt1


Et malgré son incontestable virtuosité dans tous les secteurs, y compris celui des nuances, la place qu’occupe le batteur-leader dans la texture ne favorise pas la perception équilibrée de la richesse des parties singulières. Un exemple parmi d’autres est donné dès l’entrée de la batterie venant rejoindre (et absorber) la passionnante introduction jouée par Stéphane Edouard sur le « ka » guadeloupéen. Le talent grouille ici, sans éviter toutefois l’écueil d’un voyage culturel à la profondeur amoindrie par trop d’effets d’empilement, à l’envergure réduite à une succession de clips.

 

 Agathe Jazz 4tet, Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 20h.

Agathe Iracema (voc), Léonardo Montana (p), Christophe Walemme (b), Pierre-Alain Tocanier (d).

 

Je découvre ici cette chanteuse franco-brésilienne programmée sur de nombreuses scènes cette année (récemment Vaison la Romaine et l’Astrada de Marciac), au moment où sort son nouveau disque « Feeling Alive ». Mutine, regard espiègle mais appuyé, pourvue d’un charme incontestable, la chanteuse à découvrir cet été (c’est Jazzmag qui le disait) a donc tout pour que le critique de jazz s’en méfie… Sa présence se révèle d’emblée, et je ne parle pas là de sa parole (trop) abondante entre les morceaux, ni de ses nombreux déplacements dans l’espace de la scène, mais bien d’une qualité de présence à ses textes, à son groupe, au public.


Agathe1


Agathe Iracema le confiera d’ailleurs en fin de set (« si vous saviez comme c’est plaisant… »), elle est mue sur scène par un bonheur communicatif. Sa voix placée plutôt dans le medium s’aventure plus volontiers dans le grave que dans les aigus, se voile ici ou là d’une jolie façon et s’anime volontiers d’une sorte de gouaille parlée à la Diana Krall. Il faut dire qu’Agathe
ne manque pas d’évoquer les textes et les contextes, et que sans renouveler les thématiques proposées elle entend guider son auditeur sur le chemin de ses émotions intimes. La première partie du concert m’a laissé plutôt sur ma faim, malgré la qualité des arrangements (notamment la version latine de My One and Only Love), avec la frustration d’une voix trop narrative et accaparée par la diction, et pas assez instrumentale et mélodique. Une gêne et un certain ennui face à de longs moments d’indécision totale (Droppin’ Things). Peu d’improvisation également, comme souvent, même si les interventions de la main droite Léonardo Montana n’en deviennent que plus attendues et d’une justesse et d’une capacité de respiration remarquables (Believe in Romance). Si elle m’a paru manquer de grain et de profondeur dans le blues, Agathe Iracema a commencé à me capter quand elle a repris Jobim en portugais (Favela), trouvant enfin des couleurs et des résonances à la fois personnelles et véritablement musicales. Portée par une impeccable section rythmique (souffrant tout de même d’un fâcheux déséquilibre dans la balance piano-batterie) et d’arrangements conçus sur mesure (I Got Rhythm), la seconde moitié du concert s’enrichit de quelques beaux moments – parmi ceux-ci, une parenthèse inspirée en duo avec la basse de Christophe Walemme.

 Agathe2


 

André Ceccarelli « Ultimo », Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 22h15.

André Ceccarelli (d), Elisabeth Kontomanou, Hugh Coltman, David Linx, Régis Ceccarelli (voc), Pierre-Alain Goualch (p), Diego Imbert (b), orchestre de chambre sous la direction de Pierre Bertrand (sax, comp, arr.).

 

Le chapiteau de la Scène du Roc s’est rempli tout à fait pour la deuxième partie de soirée, en forme d’hommage à notre Dédé national. Une cinquantaine d’années de carrière et un album (imprudemment ?) baptisé « Ultimo », fait pour surprendre puisqu’il s’agit essentiellement d’un disque de chansons accompagné par un orchestre « classique ». Un orchestre de chambre composé en l’occurrence ici de 8 cordes et 6 vents, dirigé (sur ses propres arrangements) par Pierre Bertrand qui tient naturellement la partie de saxophone. Un prélude orchestral aux teintes impressionnistes installe la sonorité équilibrée de l’ensemble et plante le décor pour l’entrée successive des trois solistes vocaux : le surprenant Hugh Coltman que je découvre (pardonnez-moi) avec bonheur, suivi de David Linx puis d’Elisabeth Kontamanou.

Quelque chose d’un peu convenu, bien sûr, dans cet enchaînement de prestations vocales « with strings », mais beaucoup de classe de part et d’autre et la finesse d’un casting très bien pensé. Coltman un rien rocailleux et fissuré, riche d’une gamme étonnante d’inflexions et d’un groove parfait ; Linx tel qu’en lui-même, jonglant de bas en haut en pétillant du regard, se retournant parfois en ouvrant grand (très grand) les bras pour mieux accueillir l’orchestre ; Kontomanou discrète d’abord, puis de plus en plus présente et impressionnante de facilité. Aux commandes de la rythmique, le maître de cérémonie s’est entouré de son trio régulier, fermement ancré par un Diego Imbert central dans tous les sens du terme, et où Pierre-Alain Goualch brille tant par sa discrète élégance d’accompagnateur que par ses envolées solistes. Le programme fait d’ailleurs place à quelques ponctuations en trio ou quartette, celui avec David Linx par exemple pour l’haletante relecture du Blue Rondo à la Turk.


Dédé1


Que dire d’André Ceccarelli ici, sinon qu’il n’y guère de meilleur batteur pour la circonstance – forcément, me direz-vous, puisque la circonstance, c’est lui – et surtout qu’il a le grand talent de ne pas en faire trop. L’humilité toujours, la générosité dans le duo percussif avec son fils Régis sur un étonnant Walk on the Wild Side qui précède de peu mon départ anticipé. Raison pour laquelle j’ignore tout du rappeur, parfaitement réjouissant par la souplesse de sa mécanique phonatoire, entré comme par effraction sur ce dernier titre. Au moment où je m’efface discrètement, soit juste avant le final collectif qui s’annonce, André nomme et remercie un à un les musiciens réunis par Pierre Bertrand. Ce n’est pas convenu du tout, ça, et c’est même franchement sympathique.

 

Vincent Cotro

Photos : Chloé Robine

 

Ce soir :

Fakear Vs Bibendum (dir. Thibault Renou), Théâtre de l’Archipel, 18h.

David Sanchez Quartet (avec Luis Perdomo, Ricky Rodriguez et Obed Calvaire), Scène du Roc, 20h.

Eliane Elias Quartet (avec Marc Johnson, Rubens de la Corte et Rafael Barata), Scène du Roc, 22h15.

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Programme triple pour ce 13 août à Granville, soirée sous la houlette de la Spedidam dont le représentant François Lubrano explique patiemment au public les missions (perception et redistribution aux artistes des droits de diffusion, soutien à la création) avant de présenter chaque plateau. Au programme donc, le groupe de fusion du batteur Damien Schmitt au Théâtre de l’Archipel, puis sur la Scène du Roc le quartette d’Agathe Iracema suivi du programme concocté par Pierre Bertrand autour de « Dédé » Ceccarelli.


Damien Schmitt « Dam & Co », Théâtre de l’Archipel (Granville), jeudi 13 août, 18h.

Damien Schmitt (d), Hervé Samb (g), Michaël Lecoq et Fred Dupont (clav), Linley Marthe (elb), Stéphane Edouard (perc).

 

Damien Schmitt est un batteur et chanteur d’une trentaine d’années  (j’ai appris en me documentant un peu qu’il était même allé assez loin dans l’émission-concours The Voice, dans l’équipe de Garou) qui a déjà eu le temps d’accompagner Sinclair, Khaled ou Yannick Noah, et de jouer avec Jean-Luc Ponty ou Alain Caron. Visiblement survitaminé (ce qui se confirmera rapidement), le jeune homme est parfaitement heureux de cette première occasion qui lui est offerte de présenter un programme entièrement personnel. Il a réuni pour l’occasion une puissante machine à sons et à rythmes où je ne manque pas de repérer Linley Marthe ou encore l’excellent percussionniste Stéphane Edouard, découvert l’an dernier dans le premier disque du violoniste Jasser Haj Youssef. Le projet présenté par Schmitt s’articule autour de Paris, avec ses quartiers, ses ponts, ses catacombes, ses résonances et vibrations pluriculturelles. 

Schmitt2

Percussions côté jardin, set de batterie fourni côté cour, la guitare et la basse encadrant les deux claviéristes aux commandes du noyau technologique du groupe – où le vocoder piloté par Fred Dupont retient d’emblée l’attention. Chacun tient sa place avec efficacité et présence scénique, la joie de jouer traverse ce groupe qu’on sent minutieusement préparé à servir un projet aux enchaînements précis et huilés, où la virtuosité se loge plutôt dans la capacité à faire vivre, chacun à son poste, la trame colorée et contrastée des arrangements, que dans la simple habileté instrumentale. Je suis pourtant bien loin de me sentir à mon aise, ce qui ne tient pas seulement à la faible part que prend le « jazz » dans ce projet plutôt rock/musiques actuelles… Ce n’est pas seulement non plus en raison d’un volume sonore qui s’aventure parfois au-delà des limites admises. C’est en tout cas ce qu’il m’a semblé …Pour ma part, je ne dois qu’à mes protections auditives d’avoir pu rester à ma place presque jusqu’au terme de cette performance. Mais plutôt que la surenchère ponctuelle des décibels, c’est la fréquente surcharge de l’espace sonore qui m’a gêné, provenant pour partie des superpositions instrumentales (entre les claviers, entre les percussions), pour partie d’arrangements massifs rendant peu distinctes les « voix » individuelles. On m’objectera que ce foisonnement généralisé est le cœur même du programme, de même que la dimension polyrythmique.

Schmitt1

Il n’empêche, malgré son incontestable virtuosité dans tous les secteurs, y compris celui des nuances, la place qu’occupe le batteur-leader dans la texture ne favorise pas la perception équilibrée de la richesse des parties singulières. Un exemple parmi d’autres est donné dès l’entrée de la batterie venant rejoindre (et absorber du même coup) la passionnante introduction jouée par Stéphane Edouard sur le « ka » guadeloupéen. Les talents grouillent au sein de ce projet, mais la profondeur du voyage culturel proposé est amoindrie par trop d’effets d’empilement, et son envergure souvent réduite à une succession de séquences.

 

Agathe Jazz 4tet, Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 20h.

Agathe Iracema (voc), Léonardo Montana (p), Christophe Walemme (b), Pierre-Alain Tocanier (d).

 Je découvre ici cette chanteuse franco-brésilienne programmée sur de nombreuses scènes cette année (récemment Vaison la Romaine et l’Astrada de Marciac), au moment où sort son nouveau disque « Feeling Alive ». Mutine, regard espiègle mais appuyé, pourvue d’un charme incontestable, la chanteuse à découvrir cet été (c’est Jazzmag qui le disait) a donc tout pour que le critique de jazz s’en méfie… Sa présence se révèle d’emblée, et je ne parle pas là de sa parole (trop) abondante entre les morceaux, ni de ses nombreux déplacements dans l’espace de la scène, mais bien d’une qualité de présence à ses textes, à son groupe, au public.


Agathe1


Agathe Iracema le confiera d’ailleurs en fin de set (« si vous saviez comme c’est plaisant… »), elle est mue sur scène par un bonheur communicatif. Sa voix placée plutôt dans le medium s’aventure plus volontiers dans le grave que dans les aigus, se voile ici ou là d’une jolie façon et s’anime volontiers d’une sorte de gouaille parlée à la Diana Krall. Il faut dire qu’Agathe ne manque pas d’évoquer les textes et les contextes, et que sans renouveler les thématiques proposées elle entend guider son auditeur sur le chemin de ses émotions intimes. La première partie du concert m’a laissé plutôt sur ma faim, malgré la qualité des arrangements (notamment la version latine de My One and Only Love), avec la frustration d’une voix trop narrative et accaparée par la diction, et
pas assez instrumentale et mélodique. Une gêne et un certain ennui face à de longs moments d’indécision totale (Droppin’ Things). Peu d’improvisation également, comme souvent, même si les interventions de la main droite Léonardo Montana n’en deviennent que plus attendues et d’une justesse et d’une capacité de respiration remarquables (Believe in Romance). Si elle m’a paru manquer de grain et de profondeur dans le blues, Agathe Iracema a commencé à me capter quand elle a repris Jobim en portugais (Favela), trouvant enfin des couleurs et des résonances à la fois personnelles et véritablement musicales.

Portée par une impeccable section rythmique (souffrant tout de même d’un fâcheux déséquilibre dans la balance piano-batterie) et d’arrangements conçus sur mesure (I Got Rhythm), la seconde moitié du concert s’enrichit de quelques beaux moments – parmi ceux-ci, une parenthèse inspirée en duo avec la basse de Christophe Walemme.

Agathe2 


André Ceccarelli « Ultimo », Scène du Roc (Granville), jeudi 13 août, 22h15.

André Ceccarelli (d), Elisabeth Kontomanou, Hugh Coltman, David Linx, Régis Ceccarelli (voc), Pierre-Alain Goualch (p), Diego Imbert (b), orchestre de chambre sous la direction de Pierre Bertrand (sax, comp, arr.).

 Le chapiteau de la Scène du Roc s’est rempli tout à fait pour la deuxième partie de soirée, en forme d’hommage à notre Dédé national. Une cinquantaine d’années de carrière et un album (imprudemment ?) baptisé « Ultimo », fait pour surprendre puisqu’il s’agit essentiellement d’un disque de chansons accompagné par un orchestre « classique ». Un orchestre de chambre composé en l’occurrence ici de 8 cordes et 6 vents, dirigé (sur ses propres arrangements) par Pierre Bertrand qui tient naturellement la partie de saxophone. Un prélude orchestral aux teintes impressionnistes installe la sonorité équilibrée de l’ensemble et plante le décor pour l’entrée successive des trois solistes vocaux : le surprenant Hugh Coltman que je découvre (pardonnez-moi) avec bonheur, suivi de David Linx puis d’Elisabeth Kontamanou. Quelque chose d’un peu convenu, bien sûr, dans cet enchaînement de prestations vocales « with strings », mais beaucoup de classe de part et d’autre et la finesse d’un casting très bien pensé. Coltman un rien rocailleux et fissuré, riche d’une gamme étonnante d’inflexions et d’un groove parfait ; Linx tel qu’en lui-même, jonglant de bas en haut en pétillant du regard, se retournant parfois en ouvrant grand (très grand) les bras pour mieux accueillir l’orchestre ; Kontomanou discrète d’abord, puis de plus en plus présente et impressionnante de facilité. Aux commandes de la rythmique, le maître de cérémonie s’est entouré de son trio régulier, fermement ancré par un Diego Imbert central dans tous les sens du terme, et où Pierre-Alain Goualch brille tant par sa discrète élégance d’accompagnateur que par ses envolées solistes. Le programme fait d’ailleurs place à quelques ponctuations en trio ou quartette, celui avec David Linx par exemple pour l’haletante relecture du Blue Rondo à la Turk.


Dédé1


Que dire d’André Ceccarelli ici, sinon qu’il n’y guère de meilleur batteur pour la circonstance – forcément, me direz-vous, puisque la circonstance, c’est lui – et surtout qu’il a le grand talent de ne pas en faire trop. L’humilité toujours, la générosité dans le duo percussif avec son fils Régis sur un étonnant Walk on the Wild Side qui précède de peu mon départ anticipé. Raison pour laquelle j’ignore tout du rappeur, parfaitement réjouissant par la souplesse de sa mécanique phonatoire, entré comme par effraction sur ce dernier titre. Au moment où je m’efface discrètement, soit juste avant le final collectif qui s’annonce, André nomme et remercie un à un les musiciens réunis par Pierre Bertrand. Ce n’est pas convenu du tout, ça, et c’est même franchement sympathique.

 

Vincent Cotro

Photos : Chloé Robine

 

Ce soir :

Fakear Vs Bibendum (dir. Thibault Renou), Théâtre de l’Archipel, 18h.

David Sanchez Quartet (avec Luis Perdomo, Ricky Rodriguez et Obed Calvaire), Scène du Roc, 20h.

Eliane Elias Quartet (avec Marc Johnson, Rubens de la Corte et Rafael Barata), Scène du Roc, 22h15.

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