Jazz live
Publié le 27 Fév 2014

Du Jazz chez François Villon

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Le caveau des légendes se trouve au 22 rue Jacob. On sonne, on entre, on pousse une porte, on descend quelques marches. Il y a là une cave de pierre voûtée où François Villon a dû trousser, sinon des vers, du moins quelques serveuses. Tous les mercredis, on y retrouve un quintet de haut vol emmené par Fabien Mary et Luigi Grasso.

 

 

22 février 2014, Caveau des légendes, rue Jacob Paris

Fabien Mary (tp) Luigi Grasso (as), Adam Over (b), Yves Brouqui (g), Stéphane Chandelier (dm)

 

La musique défendue par le quintet est un be-bop d’une irréfutable orthodoxie joué par des musiciens en costume cravate (ce qui ne fait pas d’eux des mauvais gars). Le répertoire est choisi avec soin et raffinement, avec des standards de derrière les fagots : Mowak, de Charlie Parker, That’s earl brother de Dizzy Gillespie (« C’est en Si bémol ? » demande Luigi Grasso à Fabien Mary « moitié-moitié » répond ce dernier) des ballades (we’ll be together again, my old flame) et des compositions originales (fears disappear de Luigi Grasso).

 

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Les musiciens sont tous impeccables. Fabien Mary se montre superbement à l’aise sur les tempos up comme sur les ballades. Sur un my old flame inévitablement hanté par le fantôme davisien, sa sonorité fait merveille. Il joue sur l’air, avec un son qui conserve toujours charnu et moelleux, même dans les aigus (dont il n’abuse d’ailleurs pas). Ses solos sont équilibrés, toujours remarquablement construits.

 

 LUIGI

 

Quant à Luigi Grasso, il impressionne. Bien sûr l’influence de Charlie Parker saute à l’oreille, mais ce n’est pas un parkérisme de l’épiderme, c’est un parkérisme de la moelle des os. Et puis, comme si cela n’était pas assez, il possède encore d’autres qualités : son travail sur le son est admirable, ainsi que sa manière de jouer avec le tempo comme avec un élastique , avec des ralentissements qui semblent aussi virtuoses que ses accélérations. Sa composition fears disappear possède une grâce nonchalante assez rare.  

grasso4

 

Les autres musiciens se montrent irréprochables. Adam Over , contrebassiste venu de Montréal et installé depuis deux an et demi à Paris se montre précis et solide. Il choisit ses mots aussi bien que ses notes, et s’exprime avec un délicieux accent anglais. Quand on lui demande quelle est la vertu principale que doit posséder un contrebassiste, il réfléchit quelques instants et répond « la clarté ».

Après le concert on parle quelques instants avec Fabien Mary. Il souligne que le quintet n’est pas un projet de circonstances : tous les musiciens se rencontrent régulièrement chez le batteur Stéphane Chandelier. Ils ont voulu ainsi prolonger ces rencontres musicales privées. On taquine un peu Fabien mary sur l’esthétique be-bop du quintet. Il répond avec calme et simplicité qu’il joue cette musique parce qu’il l’adore : « La belle musique c’est intemporel…aussi bien le be-bop que la musique baroque…Et puis, si tous les musiciens jouaient de l’avant-garde, ce serait triste, non ? ». Cela ne l’empêche pas de mettre les choses au clair : « Je ne fais pas non plus que ça…j’ai aussi un projet flamenco, je joue dans le Paris jazz big band où les arrangements sont très modernes…et plein d’autres choses… ». Il se dit attaché aux belles harmonies et au rythme ternaire du jazz : « Parfois, avec certaines rythmiques impaires, du 7, du 11, ou du 13, je trouve que cela revient à jouer binaire ».

Le lendemain, je prends un café avec Luigi Grasso du côté de la Bourse. Il se montre vif,curieux, ouvert. Il reconnaît sa filiation be-bop (« Comment pourrait-il en être autrement ? J’ai étudié à l’âge de 15 ans avec Barry Harris qui est un maître de cette musique… ») mais souligne qu’il ne se résume pas à Parker : « J’ai écouté tout le monde, Coltrane, Dolphy, Ornette Coleman…l’une de mes grandes influences est Don Byas, j’aime le son magnifique qu’il a, on dirait un violoncelle… ».

A un moment , dans le café, la radio diffuse Black Orpheus et Luigi Grasso chantonne machinalement : » la sol sol fa mi la… »

Il a l’oreille absolue, n’en tire fierté particulière : « Quand on entend les sons clairement comme moi, on est attiré par les structures à plusieurs voix. Quand j’étais petit j’aimais m’enregistrer sur plusieurs bandes que je me passais en même temps. Après Barry Harris, j’ai suivi un cours d’écriture musicale pour apprendre à ordonner et à écrire toutes ces voix… ». 

Pour jouir de ces polyphonies , Luigi Grasso pratique régulièrement le piano : « Mais si je pouvais jouer des triades sur mon saxophone, j’arrêterai immédiatement le piano! ». Luigi Grasso est sur sept ou huit projets différents. Il se dépêche de finir son pain au chocolat, balaie les miettes, une répétition l’attend. On n’a pas fini d’entendre parler de lui.

 

Texte: Jean-François Mondot

Dessins: Annie-claire Alvoët

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Le caveau des légendes se trouve au 22 rue Jacob. On sonne, on entre, on pousse une porte, on descend quelques marches. Il y a là une cave de pierre voûtée où François Villon a dû trousser, sinon des vers, du moins quelques serveuses. Tous les mercredis, on y retrouve un quintet de haut vol emmené par Fabien Mary et Luigi Grasso.

 

 

22 février 2014, Caveau des légendes, rue Jacob Paris

Fabien Mary (tp) Luigi Grasso (as), Adam Over (b), Yves Brouqui (g), Stéphane Chandelier (dm)

 

La musique défendue par le quintet est un be-bop d’une irréfutable orthodoxie joué par des musiciens en costume cravate (ce qui ne fait pas d’eux des mauvais gars). Le répertoire est choisi avec soin et raffinement, avec des standards de derrière les fagots : Mowak, de Charlie Parker, That’s earl brother de Dizzy Gillespie (« C’est en Si bémol ? » demande Luigi Grasso à Fabien Mary « moitié-moitié » répond ce dernier) des ballades (we’ll be together again, my old flame) et des compositions originales (fears disappear de Luigi Grasso).

 

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Les musiciens sont tous impeccables. Fabien Mary se montre superbement à l’aise sur les tempos up comme sur les ballades. Sur un my old flame inévitablement hanté par le fantôme davisien, sa sonorité fait merveille. Il joue sur l’air, avec un son qui conserve toujours charnu et moelleux, même dans les aigus (dont il n’abuse d’ailleurs pas). Ses solos sont équilibrés, toujours remarquablement construits.

 

 LUIGI

 

Quant à Luigi Grasso, il impressionne. Bien sûr l’influence de Charlie Parker saute à l’oreille, mais ce n’est pas un parkérisme de l’épiderme, c’est un parkérisme de la moelle des os. Et puis, comme si cela n’était pas assez, il possède encore d’autres qualités : son travail sur le son est admirable, ainsi que sa manière de jouer avec le tempo comme avec un élastique , avec des ralentissements qui semblent aussi virtuoses que ses accélérations. Sa composition fears disappear possède une grâce nonchalante assez rare.  

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Les autres musiciens se montrent irréprochables. Adam Over , contrebassiste venu de Montréal et installé depuis deux an et demi à Paris se montre précis et solide. Il choisit ses mots aussi bien que ses notes, et s’exprime avec un délicieux accent anglais. Quand on lui demande quelle est la vertu principale que doit posséder un contrebassiste, il réfléchit quelques instants et répond « la clarté ».

Après le concert on parle quelques instants avec Fabien Mary. Il souligne que le quintet n’est pas un projet de circonstances : tous les musiciens se rencontrent régulièrement chez le batteur Stéphane Chandelier. Ils ont voulu ainsi prolonger ces rencontres musicales privées. On taquine un peu Fabien mary sur l’esthétique be-bop du quintet. Il répond avec calme et simplicité qu’il joue cette musique parce qu’il l’adore : « La belle musique c’est intemporel…aussi bien le be-bop que la musique baroque…Et puis, si tous les musiciens jouaient de l’avant-garde, ce serait triste, non ? ». Cela ne l’empêche pas de mettre les choses au clair : « Je ne fais pas non plus que ça…j’ai aussi un projet flamenco, je joue dans le Paris jazz big band où les arrangements sont très modernes…et plein d’autres choses… ». Il se dit attaché aux belles harmonies et au rythme ternaire du jazz : « Parfois, avec certaines rythmiques impaires, du 7, du 11, ou du 13, je trouve que cela revient à jouer binaire ».

Le lendemain, je prends un café avec Luigi Grasso du côté de la Bourse. Il se montre vif,curieux, ouvert. Il reconnaît sa filiation be-bop (« Comment pourrait-il en être autrement ? J’ai étudié à l’âge de 15 ans avec Barry Harris qui est un maître de cette musique… ») mais souligne qu’il ne se résume pas à Parker : « J’ai écouté tout le monde, Coltrane, Dolphy, Ornette Coleman…l’une de mes grandes influences est Don Byas, j’aime le son magnifique qu’il a, on dirait un violoncelle… ».

A un moment , dans le café, la radio diffuse Black Orpheus et Luigi Grasso chantonne machinalement : » la sol sol fa mi la… »

Il a l’oreille absolue, n’en tire fierté particulière : « Quand on entend les sons clairement comme moi, on est attiré par les structures à plusieurs voix. Quand j’étais petit j’aimais m’enregistrer sur plusieurs bandes que je me passais en même temps. Après Barry Harris, j’ai suivi un cours d’écriture musicale pour apprendre à ordonner et à écrire toutes ces voix… ». 

Pour jouir de ces polyphonies , Luigi Grasso pratique régulièrement le piano : « Mais si je pouvais jouer des triades sur mon saxophone, j’arrêterai immédiatement le piano! ». Luigi Grasso est sur sept ou huit projets différents. Il se dépêche de finir son pain au chocolat, balaie les miettes, une répétition l’attend. On n’a pas fini d’entendre parler de lui.

 

Texte: Jean-François Mondot

Dessins: Annie-claire Alvoët

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Le caveau des légendes se trouve au 22 rue Jacob. On sonne, on entre, on pousse une porte, on descend quelques marches. Il y a là une cave de pierre voûtée où François Villon a dû trousser, sinon des vers, du moins quelques serveuses. Tous les mercredis, on y retrouve un quintet de haut vol emmené par Fabien Mary et Luigi Grasso.

 

 

22 février 2014, Caveau des légendes, rue Jacob Paris

Fabien Mary (tp) Luigi Grasso (as), Adam Over (b), Yves Brouqui (g), Stéphane Chandelier (dm)

 

La musique défendue par le quintet est un be-bop d’une irréfutable orthodoxie joué par des musiciens en costume cravate (ce qui ne fait pas d’eux des mauvais gars). Le répertoire est choisi avec soin et raffinement, avec des standards de derrière les fagots : Mowak, de Charlie Parker, That’s earl brother de Dizzy Gillespie (« C’est en Si bémol ? » demande Luigi Grasso à Fabien Mary « moitié-moitié » répond ce dernier) des ballades (we’ll be together again, my old flame) et des compositions originales (fears disappear de Luigi Grasso).

 

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Les musiciens sont tous impeccables. Fabien Mary se montre superbement à l’aise sur les tempos up comme sur les ballades. Sur un my old flame inévitablement hanté par le fantôme davisien, sa sonorité fait merveille. Il joue sur l’air, avec un son qui conserve toujours charnu et moelleux, même dans les aigus (dont il n’abuse d’ailleurs pas). Ses solos sont équilibrés, toujours remarquablement construits.

 

 LUIGI

 

Quant à Luigi Grasso, il impressionne. Bien sûr l’influence de Charlie Parker saute à l’oreille, mais ce n’est pas un parkérisme de l’épiderme, c’est un parkérisme de la moelle des os. Et puis, comme si cela n’était pas assez, il possède encore d’autres qualités : son travail sur le son est admirable, ainsi que sa manière de jouer avec le tempo comme avec un élastique , avec des ralentissements qui semblent aussi virtuoses que ses accélérations. Sa composition fears disappear possède une grâce nonchalante assez rare.  

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Les autres musiciens se montrent irréprochables. Adam Over , contrebassiste venu de Montréal et installé depuis deux an et demi à Paris se montre précis et solide. Il choisit ses mots aussi bien que ses notes, et s’exprime avec un délicieux accent anglais. Quand on lui demande quelle est la vertu principale que doit posséder un contrebassiste, il réfléchit quelques instants et répond « la clarté ».

Après le concert on parle quelques instants avec Fabien Mary. Il souligne que le quintet n’est pas un projet de circonstances : tous les musiciens se rencontrent régulièrement chez le batteur Stéphane Chandelier. Ils ont voulu ainsi prolonger ces rencontres musicales privées. On taquine un peu Fabien mary sur l’esthétique be-bop du quintet. Il répond avec calme et simplicité qu’il joue cette musique parce qu’il l’adore : « La belle musique c’est intemporel…aussi bien le be-bop que la musique baroque…Et puis, si tous les musiciens jouaient de l’avant-garde, ce serait triste, non ? ». Cela ne l’empêche pas de mettre les choses au clair : « Je ne fais pas non plus que ça…j’ai aussi un projet flamenco, je joue dans le Paris jazz big band où les arrangements sont très modernes…et plein d’autres choses… ». Il se dit attaché aux belles harmonies et au rythme ternaire du jazz : « Parfois, avec certaines rythmiques impaires, du 7, du 11, ou du 13, je trouve que cela revient à jouer binaire ».

Le lendemain, je prends un café avec Luigi Grasso du côté de la Bourse. Il se montre vif,curieux, ouvert. Il reconnaît sa filiation be-bop (« Comment pourrait-il en être autrement ? J’ai étudié à l’âge de 15 ans avec Barry Harris qui est un maître de cette musique… ») mais souligne qu’il ne se résume pas à Parker : « J’ai écouté tout le monde, Coltrane, Dolphy, Ornette Coleman…l’une de mes grandes influences est Don Byas, j’aime le son magnifique qu’il a, on dirait un violoncelle… ».

A un moment , dans le café, la radio diffuse Black Orpheus et Luigi Grasso chantonne machinalement : » la sol sol fa mi la… »

Il a l’oreille absolue, n’en tire fierté particulière : « Quand on entend les sons clairement comme moi, on est attiré par les structures à plusieurs voix. Quand j’étais petit j’aimais m’enregistrer sur plusieurs bandes que je me passais en même temps. Après Barry Harris, j’ai suivi un cours d’écriture musicale pour apprendre à ordonner et à écrire toutes ces voix… ». 

Pour jouir de ces polyphonies , Luigi Grasso pratique régulièrement le piano : « Mais si je pouvais jouer des triades sur mon saxophone, j’arrêterai immédiatement le piano! ». Luigi Grasso est sur sept ou huit projets différents. Il se dépêche de finir son pain au chocolat, balaie les miettes, une répétition l’attend. On n’a pas fini d’entendre parler de lui.

 

Texte: Jean-François Mondot

Dessins: Annie-claire Alvoët

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Le caveau des légendes se trouve au 22 rue Jacob. On sonne, on entre, on pousse une porte, on descend quelques marches. Il y a là une cave de pierre voûtée où François Villon a dû trousser, sinon des vers, du moins quelques serveuses. Tous les mercredis, on y retrouve un quintet de haut vol emmené par Fabien Mary et Luigi Grasso.

 

 

22 février 2014, Caveau des légendes, rue Jacob Paris

Fabien Mary (tp) Luigi Grasso (as), Adam Over (b), Yves Brouqui (g), Stéphane Chandelier (dm)

 

La musique défendue par le quintet est un be-bop d’une irréfutable orthodoxie joué par des musiciens en costume cravate (ce qui ne fait pas d’eux des mauvais gars). Le répertoire est choisi avec soin et raffinement, avec des standards de derrière les fagots : Mowak, de Charlie Parker, That’s earl brother de Dizzy Gillespie (« C’est en Si bémol ? » demande Luigi Grasso à Fabien Mary « moitié-moitié » répond ce dernier) des ballades (we’ll be together again, my old flame) et des compositions originales (fears disappear de Luigi Grasso).

 

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Les musiciens sont tous impeccables. Fabien Mary se montre superbement à l’aise sur les tempos up comme sur les ballades. Sur un my old flame inévitablement hanté par le fantôme davisien, sa sonorité fait merveille. Il joue sur l’air, avec un son qui conserve toujours charnu et moelleux, même dans les aigus (dont il n’abuse d’ailleurs pas). Ses solos sont équilibrés, toujours remarquablement construits.

 

 LUIGI

 

Quant à Luigi Grasso, il impressionne. Bien sûr l’influence de Charlie Parker saute à l’oreille, mais ce n’est pas un parkérisme de l’épiderme, c’est un parkérisme de la moelle des os. Et puis, comme si cela n’était pas assez, il possède encore d’autres qualités : son travail sur le son est admirable, ainsi que sa manière de jouer avec le tempo comme avec un élastique , avec des ralentissements qui semblent aussi virtuoses que ses accélérations. Sa composition fears disappear possède une grâce nonchalante assez rare.  

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Les autres musiciens se montrent irréprochables. Adam Over , contrebassiste venu de Montréal et installé depuis deux an et demi à Paris se montre précis et solide. Il choisit ses mots aussi bien que ses notes, et s’exprime avec un délicieux accent anglais. Quand on lui demande quelle est la vertu principale que doit posséder un contrebassiste, il réfléchit quelques instants et répond « la clarté ».

Après le concert on parle quelques instants avec Fabien Mary. Il souligne que le quintet n’est pas un projet de circonstances : tous les musiciens se rencontrent régulièrement chez le batteur Stéphane Chandelier. Ils ont voulu ainsi prolonger ces rencontres musicales privées. On taquine un peu Fabien mary sur l’esthétique be-bop du quintet. Il répond avec calme et simplicité qu’il joue cette musique parce qu’il l’adore : « La belle musique c’est intemporel…aussi bien le be-bop que la musique baroque…Et puis, si tous les musiciens jouaient de l’avant-garde, ce serait triste, non ? ». Cela ne l’empêche pas de mettre les choses au clair : « Je ne fais pas non plus que ça…j’ai aussi un projet flamenco, je joue dans le Paris jazz big band où les arrangements sont très modernes…et plein d’autres choses… ». Il se dit attaché aux belles harmonies et au rythme ternaire du jazz : « Parfois, avec certaines rythmiques impaires, du 7, du 11, ou du 13, je trouve que cela revient à jouer binaire ».

Le lendemain, je prends un café avec Luigi Grasso du côté de la Bourse. Il se montre vif,curieux, ouvert. Il reconnaît sa filiation be-bop (« Comment pourrait-il en être autrement ? J’ai étudié à l’âge de 15 ans avec Barry Harris qui est un maître de cette musique… ») mais souligne qu’il ne se résume pas à Parker : « J’ai écouté tout le monde, Coltrane, Dolphy, Ornette Coleman…l’une de mes grandes influences est Don Byas, j’aime le son magnifique qu’il a, on dirait un violoncelle… ».

A un moment , dans le café, la radio diffuse Black Orpheus et Luigi Grasso chantonne machinalement : » la sol sol fa mi la… »

Il a l’oreille absolue, n’en tire fierté particulière : « Quand on entend les sons clairement comme moi, on est attiré par les structures à plusieurs voix. Quand j’étais petit j’aimais m’enregistrer sur plusieurs bandes que je me passais en même temps. Après Barry Harris, j’ai suivi un cours d’écriture musicale pour apprendre à ordonner et à écrire toutes ces voix… ». 

Pour jouir de ces polyphonies , Luigi Grasso pratique régulièrement le piano : « Mais si je pouvais jouer des triades sur mon saxophone, j’arrêterai immédiatement le piano! ». Luigi Grasso est sur sept ou huit projets différents. Il se dépêche de finir son pain au chocolat, balaie les miettes, une répétition l’attend. On n’a pas fini d’entendre parler de lui.

 

Texte: Jean-François Mondot

Dessins: Annie-claire Alvoët