Fabrice Moreau un soir de canicule - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 20 Juin 2026

Fabrice Moreau un soir de canicule

C’était hier, dans les profondeurs du sous-sol parisien sous le numéro 38 de la rue de Rivoli avec Riccardo Izquierdo, Nelson Veras, Jozef Dumoulin.

Ce vendredi 19 juin, fuyant la chaleur avec des envies de fraîcheur, d’eau, de sources et de ruisseaux, on pouvait descendre au deuxième sous-sol du bien nommé 38 Riv’. La musique du batteur Moreau y ruisselait. Peu d’unissons, peu de tutti ou alors de ceux qui ne se remarquent pas du fait de leurs miroitements… où qui vous saisissent d’autant plus lorsqu’ils s’imposent par une intention soudaine. Si un instrument se joint à un autre, il semble le faire de sa propre initiative et de façon furtive comme porté par quelque sympathie. Tout ici s’écoule, fuit, se fuit, nous fuit, fugue, et nous disperse, nous feinte, nous égare. Peu de fortissimo chez ce batteur leader qui dissimule dans la libre polyphonie de son quintette tout ce qui pourrait s’apparenter à un obligato, comme ces sources qui s’expriment incertaines de sols mousseux en une multitude de ruisselets pour ne former un cours franc et précis que loin en aval.

Ce quartette qui fut un quintette a perdu son contrebassiste, Mátyás Szandai qui s’est donné la mort le 28 août 2023. Il a été décidé de ne pas le remplacer et réduire la contrebasse à un clavier électrique à portée de main gauche du pianiste, avec un son hier parfois un peu gênant dans l’acoustique de cette cavea par ailleurs idéale pour l’auditeur. Un public toujours surprenant, toujours “abondant” dans ce lieu où le concert “à guichet fermé” semble la norme : on y parle anglais ou japonais et l’on se demande d’où il vient, ce qui l’a conduit dans ces profondeurs, mais qui, dans ces conditions d’écoute que rien d’autre que la musique ne surprend, on le sent captivé par ces musiques réputées difficiles, voire inaudibles, dont, hier, la fraîcheur me rinçait encore en rejoignant ma station de RER. Franck Bergerot

Signant ces lignes, je relisais par curiosité mon compte rendu du même programme donné l’an passé au 19 rue Paul Fort. J’y parlais aussi d’eau, mais de rivière puissante. La faillibilité, l’impuissance de la critique métaphorique ! À ma décharge, j’observais dans ces cours d’eau, défiant leur puissance – et l’on ne peut dénier à Fabrice Moreau et ses complices cette puissance de l’allant –, la multiplicité des courants et des tourbillons contradictoires.