Festival International de jazz de Montréal : Ma:Q, Leenalchi et Kokoroko
L’envoyé spécial de Jazz Magazine vous livre chaque jours ses impressions et ses coups de cœur de 46ème édition du festival.
C’est une nouvelle fois une artiste canadienne qui ouvrait notre bal du jour : la claviériste Mary Ancheta sillonne le Canada depuis sa ville de Vancouver avec son quartette mi-acoustique (le saxophone ténor de Dominic Conway faisant bon ménage avec la basse électrique de la basse électrique vrombissante de Matt Reid et le batteur Paul Clark) qui s’impose d’emblée avec une présence sonore impressionante. La leadeure n’a elle-même qu’à tendre les bras pour faire entendre son synthétiseur ou son piano électrique plutôt que son grand piano.

D’où une musique imprégnée de jazz mais dont la force mélodique, et le rôle du saxophoniste, agissant comme une sorte de vocaliste principal et porté par une instrumentation oscillant entre rhythm’n’blues et pop, fait plutôt penser a des sortes de chansons instrumentales. L’accessibilité de ce qu’ils proposent se voit aussi dans le public où se mêlent, comme souvent à Montréal, jeunes enfants, cheveux blancs et tous les âges intermédiaires. Tiens, c’est Diamonds & Pearls de Prince qui vient de commencer…

Le groupe suivant, c’est en lisant une citation de nul autre que Brian Eno sur la pochette de leur LP qu’on a eu envie d’aller l’écouter : « Leenalchi a changé ma façon de voir la musique, la danse et la Corée. Je n’ai jamais rien entendu de tel ». Ni une ni deux, on se précipite jusqu’à la scène Rio Tinto pour grossir un public qui lui, n’avait visiblement pas attendu le maître anglais de l’ambient et de la pop pour découvrir ce groupe. Lignes de basse lentes et hypnotiques (assurées par deux instrumentistes, Ejae, et Jang Young Gyu), chansons-scansions (Park Soo Bum, Ra Seo Jin, Park Soo Bum, et Ra Seo Jin au micro) où résonnent des échos de voix traditionnelles chinoises comme de rap, voix savamment harmonisées, empilées puis imbriquées les unes dans les autres (on entend peu de groupe dont les voix sont aussi vivantes rythmiquement), rythmique entraînante (Oh Hyung Suk à la batterie) gestuelle travaillée : les jazzfans montréalais qui ne les connaissaient pas encore rentrent très vite dans la danse et on ne peut nier qu’assez vite, on a le sentiment d’être assez loin de nos repères. Une sérieuse option pour la palme du groupe le plus original de cette édition !



Le grand événement du jour cependant, c’était à n’en pas douter Kokoroko. Une foule immense s’était massée près de la Scène TD pour acclamer ce groupe anglais dont Jazzmag vous parlait déjà il y a bientôt dix ans et qui est bel a bel et bien pris une autre dimension. Admirateurs appliqués de Fela Kuti et de son afrobeat inoxydable à leurs débuts, ils ont peu à peu trouvé leur propre son, menés par la tres captivante Sheila Maurice-Grey, artiste multi-talents qui a fait une entrée remarquée avec sa trompette augmentée d’un harmonizer dans une veine qui rappelait de façon saisissante son illustre aîné Jon Hassell… Ce prélude s’est prolongé dans une performance magistrale, entre grooves dansants, chansons oniriques et sophistication sonore peu commune Le son Kokoroko est là pour rester. Yazid Kouloughli

