Fred Wesley Generations au New Morning
12 mars 2026
Un beau jour de 1962, Fred Wesley est monté avec son trombone dans le bus de tournée d’Ike & Tina Turner, et depuis cette époque il n’a jamais ou presque cessé d’être sur la route. Désormais octogénaire, il a un peu diminué le rythme mais reste une présence très régulière sur les scènes françaises avec ses New J.B.’s ou, comme ce soir, avec le trio Generations, qui l’associe à deux musiciens plus jeunes que lui – d’où son nom -, l’organiste italien Leonardo Corradi et le batteur français Tony Match. Depuis le début des années 2010, Wesley profite en effet de cette formule plus décontractée, née d’un hommage à Jimmy Smith monté par Match à l’époque, pour donner libre court à son goût pour un certain soul jazz des années 1960, celui de Smith justement. Car s’il a fait sa carrière dans le funk, au service notamment de James Brown et de George Clinton, c’est essentiellement au jazz que va son cœur, et revendique plus que fièrement son passage au sein de l’orchestre de Count Basie à la fin des années 1970.
Qu’importe le format – c’est au moins la trentième visite de Wesley depuis le début des années 2000 dans la salle -, le public répond présent et, malgré l’annulation de dernière minute pour raisons familiales de Robin McKelle, annoncée comme invitée, le New Morning est une fois de plus plein à craquer, en configuration debout, pour accueille Wesley et ses deux acolytes. Pas de surprise côté répertoire, Wesley plonge dans ses standards favoris, de Wes Montgomery (« Road Song ») à Eddie Harris (« Freedom Jazz Dance ») en passant par Jimmy Smith (« Back at the Chicken Shack ») et Duke Ellington (« Caravan »), glisse une de ses propres compositions (« Old Man ») et clôt chacun de ses sets par un classique issu de sa carrière personnelle : l’indémodable « Pass The Peas » et son semi-tube, « House Party », avec sa rituelle fausse sortie.
Si le souffle n’est plus tout à fait ce qu’il était – Wesley n’est d’ailleurs sur scène, après une introduction assurée par ses partenaires, que deux fois 35 minutes -, l’inspiration est toujours là, et même un solo bien connu comme celui de « Pass The Peas » ne montre aucune trace de lassitude. Chanteur limité, il ne boude pas non plus son plaisir quand il s’agit de se lancer dans un « Got My Mojo Working » façon Jimmy Smith, et n’a aucun mal à faire reprendre le refrain à un public vite contaminé par son enthousiasme. Car, au-delà d’un jeu qui a fait de lui sans aucun doute le plus grand soliste de l’orchestre de James Brown, c’est bien son plaisir à faire de la musique qui caractérise Wesley, qui ne cache pas son plaisir à chacun des solos de Corradi, sans aucun doute un des grands organistes raciniens du moment, ou quand Match se lance dans une longue introduction en solo, débutée à main nue, à « Caravan ». Pour le rappel, évidemment mérité et attendu, Wesley revient à Jimmy Smith, avec un « The Cat » irrésistible, avant de se diriger, imperturbable, vers le stand de merch et ses fans qui l’attendent. Alors que nombre de nos héros historiques subissent le passage du temps, Fred Wesley semble bien décidé à être éternel…
Frédéric Adrian