Grégroire Maret à L’Européen : Sur l’écran blanc de ses nuits noires !
Hier, dans la salle du 17ème arrondissement de Paris, l’harmoniciste donnait un concert très attendu.
Grégoire Maret ne se contente pas de jouer, avec maestria, de l’harmonica. Il en a déplacé les frontières, jusqu’à en faire une voix centrale du jazz contemporain dans la grande lignée du regretté Toots Thielemans. Voix qui a enflammé l’Européen hier soir lors d’un concert “surprise” entouré de musiciens exceptionnels, notamment Vincent Peirani, Sarah Lancman et David Donatien.
Installé à New York depuis plus de trente ans, ce musicien suisse a construit, patiemment, un langage singulier. Un son immédiatement reconnaissable, à la fois feutré et expressif, capable d’épouser les contours du jazz comme de s’aventurer vers la soul, la pop ou les musiques du monde. Ses récompenses aux Grammy Awards viennent consacrer cette trajectoire, mais elles ne disent pas tout : Maret est avant tout un musicien de l’instant, de l’écoute, du collectif. La liste de ses collaborations en témoigne. Aux côtés de Herbie Hancock, Pat Metheny, Cassandra Wilson ou Marcus Miller, il n’est jamais un invité de passage. Il est une couleur, une respiration, une présence qui transforme l’ensemble.
Sur scène, cette singularité s’est incarnée avec évidence. Grégoire Maret a proposé bien plus qu’un concert : une circulation fluide entre les timbres, les sensibilités, les écritures. L’harmonica y devenait tour à tour voix, souffle, ligne mélodique et espace de dialogue. Dialogue d’autant plus étonnant qu’il fut souvent mené avec un brio rare par l’accordéon magique de Vincent Péirani. Une harmonie exceptionnelle (au sens littéral du terme) entre deux instruments également rares dans le jazz. Après avoir commencé par une époustouflante reprise du thème Il était une fois en Amérique d’Ennio Morricone, Gregoire Maret enchaina avec un non moins étonnant Le Bon, La brute et le truant avant de captiver une salle enthousiaste avec l’inoubliable Clan de Siciliens. Oui, il aime le cinéma et encore plus Ennio Morricone. Et c’est véritablement à un voyage émotionnel que nous convia l’harmoniciste.
Dans un paysage musical souvent tenté par la démonstration, Grégoire Maret rappelle que la profondeur naît d’abord de l’écoute. Et que le jazz, plus que jamais, reste une affaire de nuances. Ce qui frappe, au fond, c’est sa capacité à redéfinir le rôle même de son instrument. Là où l’harmonica pouvait sembler marginal, il l’inscrit au cœur du discours musical, avec une élégance et une justesse rares. Le final, explosif, reprise de Stevie Wonder, en fut une illustration exeptionnelle ! Edouard Rencker