Jacques Schwartz-Bart: résistance et révélation - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 17 Oct 2026

Jacques Schwartz-Bart: résistance et révélation

L’écoute de “Résistance”, le nouveau disque de Jacques Schwartz-Bart, m’avait mis en appétit. Hier, comme vous pourrez le faire encore ce soir, samedi 17 octobre, je me suis rendu au Sunset pour l’écouter en chair et en os. Révélation : Dylan Choisi !

Le disque c’est bien, qu’il tienne lieu d’album de souvenirs ou de livre d’histoire, mais le live, la proximité d’un club, c’est la fête ! N’en déplaise à ceux qui se chamaillent sur internet pour décider de la supériorité du vinyle sur le CD et vice-versa, un peu comme le Capitaine s’interrogeant sur le placement de sa barbe sur ou sous le drap. Moins produit, moins concis que sur l’album, sans les appels chantés d’Arnaud Dolmen sur le disque dont Schwartz-Bart célèbre ces jours-ci au Sunset, le sax ténor nu, dénudé d’épars sonores qui s’invitent à deux reprises sur le disque. Nu donc, vif, ardent, vif-argent, ferme dans le timbre comme dans ses articulations sur tous les tempos… une efficacité qui n’est pas sans évoquer le passage par la Berklee School et ses archétypes saxophonistiques, une façon d’estomper les licks dans la chair du discours, avec une faconde, un éloquence qui ne sont pas sans m’évoquer Sonny Rollins, une façon de balayer toute la tessiture du ténor jusqu’à de soudains émois dans l’extrême aigu, une belle décontraction jusque dans l’embrasement, décontraction et enracinement rythmique qu’accompagne, soutient, encourage la complicité éprouvée de Reggie Washington tantôt à la guitare basse électrique tantôt à la contrebasse.

Et Arnaud Dolmen ? J’étais un peu, beaucoup, venu pour lui, et ce patrimoine guadeloupéen qu’il trimballe sur ses fûts. Il y a une demi-douzaine d’années, Riccardo del Fra m’avait commandé pour ses étudiants au CNSM une série d’interventions sur le rythme, notion dont il avait fait le thème de son année scolaire. Craignant le ridicule, j’avais d’abord refusé, puis devant son insistance je lui avais proposé deux séances intitulées respectivement 1. Le Swing et l’oubli de l’Afrique – 2. Le retour de l’Afrique. C’était un peu gonflé de ma part d’aller parler du rythme à des étudiants déjà si informés sur le sujet, mais faute de mettre les mains dans le cambouis du geste rythmique, j’avais raconté une belle histoire sonore, alternative à l’histoire monolithique entre jazz ternaire et jazz binaire, les deux séances s’étant trouvées opportunément situées de part et d’autre d’une rencontre des étudiants avec le musicologue Sihma Arom, le premier à comprendre l’architecture des polyphonies pygmées ce à quoi il était parvenu le jour où faisant réécouter l’enregistrement des différentes parties qu’il avait réussi à isoler l’un de l’autre, l’un de ses locuteurs entendant l’une d’elle l’informa : « Ça, c’est la mère. » Un genre de clave autrement dit !

À mon histoire qui naviguait entre La Nouvelle-Orléans, les Caraïbes espagnoles, le Brésil, le rhythm and blues et divers emprunts aux langages rythmiques des Balkans, de l’Orient et de l’Inde, il manquait une information un peu étayée qui me fait encore défaut sur les Antilles françaises, dont pourtant je voyais bien les effets sur la scène du jazz à travers des figures alors émergeantes voire émergées, tels Sonny Troupé, Tilo Bertholo et Arnaud Dolmen. Ce sur quoi Jacques Schwartz-Bart attira l’attention au cours de ses commentaires détaillés entre les morceaux sur la permanence de l’héritage africain tel qu’assimilé par les différentes communautés déportées dans le Nouveau Monde. Avec un coup de boule en passant pour les idéologues de tout poil qui menacent l’avenir de l’Humanité… “Résistance” !

Et Arnaud Dolmen ? Pourquoi n’était-il pas là hier soir ? Un jeune homme, 22 ans, du nom de Dylan Choisi, avait pris sa place à la batterie. Et très vite, j’oubliais ma déception : sens de l’espace, musicalité des timbres, équilibre sonore, sens du récit, élégance. Quelque chose qui manque à trop de nos jeunes batteurs (bruyants et bavards, envahissants), ce sens de l’architecture, de l’économie rythmique d’où Choisi, comme Dolmen, tire de son patrimoine, le gwoka guadeloupéen, et de son vocabulaire, notamment lors d’un long solo d’une infinie musicalité, admirablement développé, sur lequel Schwartz-Bart attire l’attention de son auditoire en jubilant. Que vous en dire de plus sinon en vous invitant à aller les écouter encore ce soir au Sunset. Franck Bergerot.