Jazz live
Publié le 24 Juil 2012

Jazz à Foix (1)

Chaque année le festival de Foix propose une programmation propre à attirer non seulement un public de néophytes mais aussi à satisfaire les connaisseurs. Cette année la semaine de concerts a ainsi démarré avec une prestation plus que sympathique d’Harold Mabern, un des disciples de Phineas Newborn.

 

Harold Mabern & Co.

Lundi 23 juillet 2012, Jazz à Foix, Foix (09), Lycée Gabriel Fauré, 21h30

Harold Mabern (p), John Webber (cb), Joe Farnsworth (dm) + Jim Rotondi (tp), Bobby Watson (as).

 

Pour la première fois cette année, en sus du festival, les organisateurs ont mis en place un stage de jazz dont les enseignants ne sont autres que Sara Lazarus, Dré Pallemaerts, Denis Leloup, Misha Fitzgerald-Michel… Bien évidemment, les stagiaires ont la possibilité d’assister aux concerts de la semaine, tout comme ils peuvent participer aux jam sessions du soir animées par Pierre Christophe, Julien Duthu et Tonton Salut. On comprend pourquoi, d’emblée, le stage connaît un grand succès de fréquentation.

En préambule au concert du jour, Eric Baudeigne, le président de Jazz à Foix, a fait un hommage d’une émouvante sincérité à Jean-Noël Fondère, le maire de Foix, soutien indéfectible au festival, récemment disparu. Cet hommage vibrant confirme l’atmosphère qui règne à Foix : proximité, convivialité, partage avec autrui, autant de qualités qui, comme à Luz mais avec une dominante stylistique vraiment plus mainstream, rendent ce festival attachant.

 

Après une journée torride, la nuit est tombée sur Foix lorsque le concert commence ; avec elle, la température est passée de plus de 30 degrés à… moins de quinze ! Est-ce pour cette raison que le trio d’Harold Mabern débuta sa prestation sans tour de chauffe ? En effet, après une introduction énergique du pianiste, le groupe donna une interprétation survoltée d’Alone Together (dans un arrangement très proche dans l’esprit d’Inception de McCoy Tyner). En tout cas, le ton était donné, et il ne sera jamais démenti : voilà les auditeurs plongés dans un bain de hardbop du meilleur calibre. Ce qui nous éloigne des pianistes « chirurgicaux » actuels. Car avec Mabern, cela racle, il y a de la pédale – beaucoup de pédale ! –, des éclaboussures d’accords, des doigts à côté. Bref, cela transpire. Alors que d’habitude, j’apprécie moyennement cette approche du piano, avec Mabern on sent un je-ne-sais-quoi de vrai. Il ne s’agit pas d’une leçon récitée mais le témoignage d’un artiste qui a grandi aux côtés entre autres de Lee Morgan, Sarah Vaughan, Sonny Rollins, Archie Shepp… Curieusement, alors qu’il se dit surtout influencé par Phineas Newborn et Nat King Cole, c’est surtout McCoy Tyner et Ahmad Jamal dont on perçut hier les empreintes sur son jeu. Pour ces deux seuls morceaux en trio, outre Mabern, c’est Joe Farnsworth qui impressionna : swing parfait, soutien impeccable aux relances galvanisantes, solos très mélodiques… il fut peut-être le musicien le plus impliqué de la soirée.

Le trompettiste Jim Rotondi monta rejoindre le trio dès le morceau suivant. Ancien de chez Ray Charles, Lionel Hampton ou Toshiko Akiyoshi, lui aussi avait décidé d’attaquer fort pour sa première intervention. Ce fut donc un Seven Steps to Heaven endiablé grâce auquel Rotondi apporta un regain d’énergie au groupe. S’il s’est employé à s’exprimer dans un langage conforme à l’idiome choisi, Rotondi se risqua à plusieurs moments dans les territoires dangereux du jeu out, sans toujours réussir à être convainquant. Au contraire de Bobby Watson, qui rejoignit ensuite le groupe. En effet, les solos de l’altiste se distinguèrent par certaines échappées belles des mieux venues. Très décontracté, faisant le show sans trop en faire, Watson apporta une touche de légèreté au concert. Ce qui ne l’empêcha nullement de réaliser des solos plutôt bop, un peu désordonnés mais plein d’allant. Sur Prince Albert (un thème que Kenny Dorham écrivit sur la grille d’All the Things You Are), Watson réalisa une de ses plus belles improvisations de la soirée, en des lignes sinueuses pas toujours précises mais éminemment mélodiques et senties. Après une version en duo de In a Sentimental Mood par Watson et Mabern (avec de jolies trouvailles harmoniques du pianiste), le concert s’acheva par une reprise enlevée de Pent-Up House où Mabern réalisa un dernier bel et bon solo, à nouveau dans une conception « tynerienne » avec force quartes et quintes à la main gauche, et de remarquables phrases out, toutes de broderies rapides, à la main droite.

En bis, le public eut droit, ravi, à un Moanin’ où Mabern démontra qu’il connaissait tout aussi parfaitement son Bobby Timmons.

 

Il est toujours très émouvant d’entendre un musicien de cette génération en live. Sans être capable de dire très précisément pourquoi, il faut en effet bien constater que le son, l’implication dans la musique, le feeling sont fort différents de certaines froides répliques contemporaines. Sans doute parce qu’il s’agit d’un langage dont Mabern a été l’un des créateurs authentiques. Tout simplement.

 

Mabern

Harold Mabern, Jim Rotondi

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Chaque année le festival de Foix propose une programmation propre à attirer non seulement un public de néophytes mais aussi à satisfaire les connaisseurs. Cette année la semaine de concerts a ainsi démarré avec une prestation plus que sympathique d’Harold Mabern, un des disciples de Phineas Newborn.

 

Harold Mabern & Co.

Lundi 23 juillet 2012, Jazz à Foix, Foix (09), Lycée Gabriel Fauré, 21h30

Harold Mabern (p), John Webber (cb), Joe Farnsworth (dm) + Jim Rotondi (tp), Bobby Watson (as).

 

Pour la première fois cette année, en sus du festival, les organisateurs ont mis en place un stage de jazz dont les enseignants ne sont autres que Sara Lazarus, Dré Pallemaerts, Denis Leloup, Misha Fitzgerald-Michel… Bien évidemment, les stagiaires ont la possibilité d’assister aux concerts de la semaine, tout comme ils peuvent participer aux jam sessions du soir animées par Pierre Christophe, Julien Duthu et Tonton Salut. On comprend pourquoi, d’emblée, le stage connaît un grand succès de fréquentation.

En préambule au concert du jour, Eric Baudeigne, le président de Jazz à Foix, a fait un hommage d’une émouvante sincérité à Jean-Noël Fondère, le maire de Foix, soutien indéfectible au festival, récemment disparu. Cet hommage vibrant confirme l’atmosphère qui règne à Foix : proximité, convivialité, partage avec autrui, autant de qualités qui, comme à Luz mais avec une dominante stylistique vraiment plus mainstream, rendent ce festival attachant.

 

Après une journée torride, la nuit est tombée sur Foix lorsque le concert commence ; avec elle, la température est passée de plus de 30 degrés à… moins de quinze ! Est-ce pour cette raison que le trio d’Harold Mabern débuta sa prestation sans tour de chauffe ? En effet, après une introduction énergique du pianiste, le groupe donna une interprétation survoltée d’Alone Together (dans un arrangement très proche dans l’esprit d’Inception de McCoy Tyner). En tout cas, le ton était donné, et il ne sera jamais démenti : voilà les auditeurs plongés dans un bain de hardbop du meilleur calibre. Ce qui nous éloigne des pianistes « chirurgicaux » actuels. Car avec Mabern, cela racle, il y a de la pédale – beaucoup de pédale ! –, des éclaboussures d’accords, des doigts à côté. Bref, cela transpire. Alors que d’habitude, j’apprécie moyennement cette approche du piano, avec Mabern on sent un je-ne-sais-quoi de vrai. Il ne s’agit pas d’une leçon récitée mais le témoignage d’un artiste qui a grandi aux côtés entre autres de Lee Morgan, Sarah Vaughan, Sonny Rollins, Archie Shepp… Curieusement, alors qu’il se dit surtout influencé par Phineas Newborn et Nat King Cole, c’est surtout McCoy Tyner et Ahmad Jamal dont on perçut hier les empreintes sur son jeu. Pour ces deux seuls morceaux en trio, outre Mabern, c’est Joe Farnsworth qui impressionna : swing parfait, soutien impeccable aux relances galvanisantes, solos très mélodiques… il fut peut-être le musicien le plus impliqué de la soirée.

Le trompettiste Jim Rotondi monta rejoindre le trio dès le morceau suivant. Ancien de chez Ray Charles, Lionel Hampton ou Toshiko Akiyoshi, lui aussi avait décidé d’attaquer fort pour sa première intervention. Ce fut donc un Seven Steps to Heaven endiablé grâce auquel Rotondi apporta un regain d’énergie au groupe. S’il s’est employé à s’exprimer dans un langage conforme à l’idiome choisi, Rotondi se risqua à plusieurs moments dans les territoires dangereux du jeu out, sans toujours réussir à être convainquant. Au contraire de Bobby Watson, qui rejoignit ensuite le groupe. En effet, les solos de l’altiste se distinguèrent par certaines échappées belles des mieux venues. Très décontracté, faisant le show sans trop en faire, Watson apporta une touche de légèreté au concert. Ce qui ne l’empêcha nullement de réaliser des solos plutôt bop, un peu désordonnés mais plein d’allant. Sur Prince Albert (un thème que Kenny Dorham écrivit sur la grille d’All the Things You Are), Watson réalisa une de ses plus belles improvisations de la soirée, en des lignes sinueuses pas toujours précises mais éminemment mélodiques et senties. Après une version en duo de In a Sentimental Mood par Watson et Mabern (avec de jolies trouvailles harmoniques du pianiste), le concert s’acheva par une reprise enlevée de Pent-Up House où Mabern réalisa un dernier bel et bon solo, à nouveau dans une conception « tynerienne » avec force quartes et quintes à la main gauche, et de remarquables phrases out, toutes de broderies rapides, à la main droite.

En bis, le public eut droit, ravi, à un Moanin’ où Mabern démontra qu’il connaissait tout aussi parfaitement son Bobby Timmons.

 

Il est toujours très émouvant d’entendre un musicien de cette génération en live. Sans être capable de dire très précisément pourquoi, il faut en effet bien constater que le son, l’implication dans la musique, le feeling sont fort différents de certaines froides répliques contemporaines. Sans doute parce qu’il s’agit d’un langage dont Mabern a été l’un des créateurs authentiques. Tout simplement.

 

Mabern

Harold Mabern, Jim Rotondi

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Chaque année le festival de Foix propose une programmation propre à attirer non seulement un public de néophytes mais aussi à satisfaire les connaisseurs. Cette année la semaine de concerts a ainsi démarré avec une prestation plus que sympathique d’Harold Mabern, un des disciples de Phineas Newborn.

 

Harold Mabern & Co.

Lundi 23 juillet 2012, Jazz à Foix, Foix (09), Lycée Gabriel Fauré, 21h30

Harold Mabern (p), John Webber (cb), Joe Farnsworth (dm) + Jim Rotondi (tp), Bobby Watson (as).

 

Pour la première fois cette année, en sus du festival, les organisateurs ont mis en place un stage de jazz dont les enseignants ne sont autres que Sara Lazarus, Dré Pallemaerts, Denis Leloup, Misha Fitzgerald-Michel… Bien évidemment, les stagiaires ont la possibilité d’assister aux concerts de la semaine, tout comme ils peuvent participer aux jam sessions du soir animées par Pierre Christophe, Julien Duthu et Tonton Salut. On comprend pourquoi, d’emblée, le stage connaît un grand succès de fréquentation.

En préambule au concert du jour, Eric Baudeigne, le président de Jazz à Foix, a fait un hommage d’une émouvante sincérité à Jean-Noël Fondère, le maire de Foix, soutien indéfectible au festival, récemment disparu. Cet hommage vibrant confirme l’atmosphère qui règne à Foix : proximité, convivialité, partage avec autrui, autant de qualités qui, comme à Luz mais avec une dominante stylistique vraiment plus mainstream, rendent ce festival attachant.

 

Après une journée torride, la nuit est tombée sur Foix lorsque le concert commence ; avec elle, la température est passée de plus de 30 degrés à… moins de quinze ! Est-ce pour cette raison que le trio d’Harold Mabern débuta sa prestation sans tour de chauffe ? En effet, après une introduction énergique du pianiste, le groupe donna une interprétation survoltée d’Alone Together (dans un arrangement très proche dans l’esprit d’Inception de McCoy Tyner). En tout cas, le ton était donné, et il ne sera jamais démenti : voilà les auditeurs plongés dans un bain de hardbop du meilleur calibre. Ce qui nous éloigne des pianistes « chirurgicaux » actuels. Car avec Mabern, cela racle, il y a de la pédale – beaucoup de pédale ! –, des éclaboussures d’accords, des doigts à côté. Bref, cela transpire. Alors que d’habitude, j’apprécie moyennement cette approche du piano, avec Mabern on sent un je-ne-sais-quoi de vrai. Il ne s’agit pas d’une leçon récitée mais le témoignage d’un artiste qui a grandi aux côtés entre autres de Lee Morgan, Sarah Vaughan, Sonny Rollins, Archie Shepp… Curieusement, alors qu’il se dit surtout influencé par Phineas Newborn et Nat King Cole, c’est surtout McCoy Tyner et Ahmad Jamal dont on perçut hier les empreintes sur son jeu. Pour ces deux seuls morceaux en trio, outre Mabern, c’est Joe Farnsworth qui impressionna : swing parfait, soutien impeccable aux relances galvanisantes, solos très mélodiques… il fut peut-être le musicien le plus impliqué de la soirée.

Le trompettiste Jim Rotondi monta rejoindre le trio dès le morceau suivant. Ancien de chez Ray Charles, Lionel Hampton ou Toshiko Akiyoshi, lui aussi avait décidé d’attaquer fort pour sa première intervention. Ce fut donc un Seven Steps to Heaven endiablé grâce auquel Rotondi apporta un regain d’énergie au groupe. S’il s’est employé à s’exprimer dans un langage conforme à l’idiome choisi, Rotondi se risqua à plusieurs moments dans les territoires dangereux du jeu out, sans toujours réussir à être convainquant. Au contraire de Bobby Watson, qui rejoignit ensuite le groupe. En effet, les solos de l’altiste se distinguèrent par certaines échappées belles des mieux venues. Très décontracté, faisant le show sans trop en faire, Watson apporta une touche de légèreté au concert. Ce qui ne l’empêcha nullement de réaliser des solos plutôt bop, un peu désordonnés mais plein d’allant. Sur Prince Albert (un thème que Kenny Dorham écrivit sur la grille d’All the Things You Are), Watson réalisa une de ses plus belles improvisations de la soirée, en des lignes sinueuses pas toujours précises mais éminemment mélodiques et senties. Après une version en duo de In a Sentimental Mood par Watson et Mabern (avec de jolies trouvailles harmoniques du pianiste), le concert s’acheva par une reprise enlevée de Pent-Up House où Mabern réalisa un dernier bel et bon solo, à nouveau dans une conception « tynerienne » avec force quartes et quintes à la main gauche, et de remarquables phrases out, toutes de broderies rapides, à la main droite.

En bis, le public eut droit, ravi, à un Moanin’ où Mabern démontra qu’il connaissait tout aussi parfaitement son Bobby Timmons.

 

Il est toujours très émouvant d’entendre un musicien de cette génération en live. Sans être capable de dire très précisément pourquoi, il faut en effet bien constater que le son, l’implication dans la musique, le feeling sont fort différents de certaines froides répliques contemporaines. Sans doute parce qu’il s’agit d’un langage dont Mabern a été l’un des créateurs authentiques. Tout simplement.

 

Mabern

Harold Mabern, Jim Rotondi

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Chaque année le festival de Foix propose une programmation propre à attirer non seulement un public de néophytes mais aussi à satisfaire les connaisseurs. Cette année la semaine de concerts a ainsi démarré avec une prestation plus que sympathique d’Harold Mabern, un des disciples de Phineas Newborn.

 

Harold Mabern & Co.

Lundi 23 juillet 2012, Jazz à Foix, Foix (09), Lycée Gabriel Fauré, 21h30

Harold Mabern (p), John Webber (cb), Joe Farnsworth (dm) + Jim Rotondi (tp), Bobby Watson (as).

 

Pour la première fois cette année, en sus du festival, les organisateurs ont mis en place un stage de jazz dont les enseignants ne sont autres que Sara Lazarus, Dré Pallemaerts, Denis Leloup, Misha Fitzgerald-Michel… Bien évidemment, les stagiaires ont la possibilité d’assister aux concerts de la semaine, tout comme ils peuvent participer aux jam sessions du soir animées par Pierre Christophe, Julien Duthu et Tonton Salut. On comprend pourquoi, d’emblée, le stage connaît un grand succès de fréquentation.

En préambule au concert du jour, Eric Baudeigne, le président de Jazz à Foix, a fait un hommage d’une émouvante sincérité à Jean-Noël Fondère, le maire de Foix, soutien indéfectible au festival, récemment disparu. Cet hommage vibrant confirme l’atmosphère qui règne à Foix : proximité, convivialité, partage avec autrui, autant de qualités qui, comme à Luz mais avec une dominante stylistique vraiment plus mainstream, rendent ce festival attachant.

 

Après une journée torride, la nuit est tombée sur Foix lorsque le concert commence ; avec elle, la température est passée de plus de 30 degrés à… moins de quinze ! Est-ce pour cette raison que le trio d’Harold Mabern débuta sa prestation sans tour de chauffe ? En effet, après une introduction énergique du pianiste, le groupe donna une interprétation survoltée d’Alone Together (dans un arrangement très proche dans l’esprit d’Inception de McCoy Tyner). En tout cas, le ton était donné, et il ne sera jamais démenti : voilà les auditeurs plongés dans un bain de hardbop du meilleur calibre. Ce qui nous éloigne des pianistes « chirurgicaux » actuels. Car avec Mabern, cela racle, il y a de la pédale – beaucoup de pédale ! –, des éclaboussures d’accords, des doigts à côté. Bref, cela transpire. Alors que d’habitude, j’apprécie moyennement cette approche du piano, avec Mabern on sent un je-ne-sais-quoi de vrai. Il ne s’agit pas d’une leçon récitée mais le témoignage d’un artiste qui a grandi aux côtés entre autres de Lee Morgan, Sarah Vaughan, Sonny Rollins, Archie Shepp… Curieusement, alors qu’il se dit surtout influencé par Phineas Newborn et Nat King Cole, c’est surtout McCoy Tyner et Ahmad Jamal dont on perçut hier les empreintes sur son jeu. Pour ces deux seuls morceaux en trio, outre Mabern, c’est Joe Farnsworth qui impressionna : swing parfait, soutien impeccable aux relances galvanisantes, solos très mélodiques… il fut peut-être le musicien le plus impliqué de la soirée.

Le trompettiste Jim Rotondi monta rejoindre le trio dès le morceau suivant. Ancien de chez Ray Charles, Lionel Hampton ou Toshiko Akiyoshi, lui aussi avait décidé d’attaquer fort pour sa première intervention. Ce fut donc un Seven Steps to Heaven endiablé grâce auquel Rotondi apporta un regain d’énergie au groupe. S’il s’est employé à s’exprimer dans un langage conforme à l’idiome choisi, Rotondi se risqua à plusieurs moments dans les territoires dangereux du jeu out, sans toujours réussir à être convainquant. Au contraire de Bobby Watson, qui rejoignit ensuite le groupe. En effet, les solos de l’altiste se distinguèrent par certaines échappées belles des mieux venues. Très décontracté, faisant le show sans trop en faire, Watson apporta une touche de légèreté au concert. Ce qui ne l’empêcha nullement de réaliser des solos plutôt bop, un peu désordonnés mais plein d’allant. Sur Prince Albert (un thème que Kenny Dorham écrivit sur la grille d’All the Things You Are), Watson réalisa une de ses plus belles improvisations de la soirée, en des lignes sinueuses pas toujours précises mais éminemment mélodiques et senties. Après une version en duo de In a Sentimental Mood par Watson et Mabern (avec de jolies trouvailles harmoniques du pianiste), le concert s’acheva par une reprise enlevée de Pent-Up House où Mabern réalisa un dernier bel et bon solo, à nouveau dans une conception « tynerienne » avec force quartes et quintes à la main gauche, et de remarquables phrases out, toutes de broderies rapides, à la main droite.

En bis, le public eut droit, ravi, à un Moanin’ où Mabern démontra qu’il connaissait tout aussi parfaitement son Bobby Timmons.

 

Il est toujours très émouvant d’entendre un musicien de cette génération en live. Sans être capable de dire très précisément pourquoi, il faut en effet bien constater que le son, l’implication dans la musique, le feeling sont fort différents de certaines froides répliques contemporaines. Sans doute parce qu’il s’agit d’un langage dont Mabern a été l’un des créateurs authentiques. Tout simplement.

 

Mabern

Harold Mabern, Jim Rotondi