Jazz live
Publié le 29 Mar 2016

Jazz à Megève: sur les pistes fraiches d'un festival

Coiffé de son chapeau noir identitaire Il se tient  immobile, sur le côté de la scène éclairée avec goût. Marcus Miller fixe Melody Gardot. On le croit mangeant des yeux la diva slimfast qui, corps et voix, dégage grave. A y regarder de plus près Marcus, yeux mi clos ingère les ingrédients sonores servis live.

Megève, Palais des Sports et des Congrès, 24-27 mars

Angelo Delbarre swing sans faille sert un jazz manouche en vagues de notes plutôt compactes hors les effets de crête aigües du violon. Musique désormais sacralisée en accroche tout public.

Melody Gardot garde son look de star, lunettes de soleil rondes façon Janis Joplin dans un set plus cool, moins électrique, plus nuancé que d’habitude. On ne le voit/l’imagine pas forcément. Mais sur le plateau sous des dehors cool, elle mène la danse, dirige, fait les liaisons entre instruments ou musiciens. Et va elle aussi chercher le public avec les mots qu’il faut pour séduire (Preacherman)

Stacey Kent : premier concert d’une tournée mondiale (deux jours après concert en Corée du Sud) Force tranquille, elle dégage une vraie sérénité Elle est, elle parle, elle chante nature (Ces petits riens) Façon d’aborder une ballade, des thèmes bossa samba (One note samba) étiquetés du « Brésil, que j’adore comme tous les  mots et les mélodies moelleuses d’Antonio Carlos Jobim » (Aguas de março) Elle chante ces textes en anglais et la musique passe comme les accents d’Ellis Regina adossés à la couleur sonore de Stan Getz (le ténor velouté de Jim Tomlinson, son producteur, arrangeur et mari n’y est pas pour rien) Sa voix ne force jamais (The changing lights) Elle imprime sa personnalité musicale sans fard, sans artifice. En douceur et profondeur.

Paolo Conte bénéficie d’une sorte de big band singulier avec mandoline, violon et basson histoire de colorer le décor de peinture italienne. Ses harmonies accrocheuses, sa forme de rap soft latinisé (Dancing), ses contrechants de piano servis sous une mince couche de jazz, ses onomatopées et bruits de bouches divers…Conte, le crooneur vrai faux bougon à quelques lieues de l’Italie bonne voisine a course gagnée avant que de prendre le départ. Sans trop forcer.

Manu Katché: sa musique tient d’une architecture jazz somme toute relativement classique à ceci près que tout part de la batterie. La construction, l’élan, la force, les nuances s’ordonnent sous l’impulsion du leader. Le batteur, il n’a plus à le prouver, est brillant. Précision des frappes, amplitude donnée par le mouvement, variété de timbres des caisses ou cymbales, impacts dans les  séquences alternées liaisons/ruptures rythmiques: il maîtrise son jeu à la perfection jusqu’à ne pas trop en faire dans le solo du rappel. Reste que l’originalité dans le contenu global offert, la griffe d’une sorte de pop jazz édifié live ne donne pas le même éclat. Le relief attendu. La faute à un manque de place laissée aux solistes (exception faite d’un jaillissement très libéré du pianiste dans une formule trio) ? Une couleur de son électrique, fort réverbérée et déjà souvent entendue dans les années 90 ?  On se laisserait volontiers séduire par davantage d’étonnement, de surprise provoquées. Provocantes.

Marcus Miller: ce que l’on appelle un musicien taille patron. Le concert made in Megève marque la première d’une tournée européenne printanière. Qui dit première implique une incontournable mise en route, quelques réglages de détails, une assise à trouver. Soit une certaine part d’incertitude, de marques à imprimer. Fort de ce constat, Marcus Miller, expérience et exigence obligent, assume, joue à plein son rôle de leader. En introduction puis à intervalles régulier il prend d’autorité la direction des opérations. Marque le territoire de sa musique, basse en mains. en autant de séquences solos très carrées, occasions de pics successif à base de groove sur vitaminé. Jusqu’au sommet de l’exercice,  stop chorus de basse tonitruant, joué en slap, sa marque de fabrique, cordes frappées, triturées sur le manche jusqu’à saturation pour un épisode d’ébouriffante voltige rythmique (Panther) Ainsi tirés vers le haut les jeunes musiciens de l’orchestre mis en confiance embrayent à l’unisson (sans guitare pourtant cette cette fois, Adam Agati, faisant défaut) Papa was a Rolling Stone, comme à l’accoutumée scelle le décollage de l’aéronef millerien, embarquant dans son vol toute l’audience électrisée. Les deux invités Alu Wade et Cherif Sourmano mettent, à mille cent mètres d’altitude de la nation de ski, un plus d’Afrique chaude façon Afrodeezia (Blue Note /Universal) Quand vient enfin le moment de la spécial guest, Selah Sue le temps de cinq chansons apporte le punch de sa voix. Une touche de fraicheur également. Et le pari de Marcus- lui même amoureux avoué des climats et voix rocks soul des seventies- de la confronter aux extrêmes du genre incarnés par la figure de Janis Joplin, de  plonger donc la frêle belge dans les surtensions de Piece of my heart, se retrouve gagné sur les planches à l’issue d’une toute petite répétition. On n’aura pas vérifié si, dans la patinoire contigüe, la glace avait tenu dans la surchauffe…

A Megève le jazz s’est retrouvé transfusé dans les veines du village (New Orleans Swamp Donkeys arpentant les rues, dans le flot d’une braderie voire au pied des pistes); hissé sur des scènes improvisées devant les fenêtres de la Mairie (les cuivres du Mardi Brass Band), projeté dans un club provisoire installé au Casino au dessus de la salle Black Jack Roulette (occasion d’écouter Switch -CD At home, Socadisc- trio du pianiste Fred Nardin avec Jon Boutellier (ts, as) en invité, lesquels au sein de l’Amazing Keystone Big Band avaient déjà rempli le Palais des Sports et des Congrès d’enfants et de parents réunis pour vivre le Carnaval des Animaux)

Reste à savoir désormais si, au-delà de cette agit propre toute musicale, la volonté affichée de la part du maire Catherine Julien-Brèches « d’installer un festival de jazz comme évènement marquant et pérenne afin que l’on connaisse aussi Megève par le jazz à l’image d’Antibes ou Monte Carlo » va se matérialiser dans le temps. La réponse du public au contenu artistique proposé peut représenter déjà un premier argument conséquent.

Robert Latxague

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Coiffé de son chapeau noir identitaire Il se tient  immobile, sur le côté de la scène éclairée avec goût. Marcus Miller fixe Melody Gardot. On le croit mangeant des yeux la diva slimfast qui, corps et voix, dégage grave. A y regarder de plus près Marcus, yeux mi clos ingère les ingrédients sonores servis live.

Megève, Palais des Sports et des Congrès, 24-27 mars

Angelo Delbarre swing sans faille sert un jazz manouche en vagues de notes plutôt compactes hors les effets de crête aigües du violon. Musique désormais sacralisée en accroche tout public.

Melody Gardot garde son look de star, lunettes de soleil rondes façon Janis Joplin dans un set plus cool, moins électrique, plus nuancé que d’habitude. On ne le voit/l’imagine pas forcément. Mais sur le plateau sous des dehors cool, elle mène la danse, dirige, fait les liaisons entre instruments ou musiciens. Et va elle aussi chercher le public avec les mots qu’il faut pour séduire (Preacherman)

Stacey Kent : premier concert d’une tournée mondiale (deux jours après concert en Corée du Sud) Force tranquille, elle dégage une vraie sérénité Elle est, elle parle, elle chante nature (Ces petits riens) Façon d’aborder une ballade, des thèmes bossa samba (One note samba) étiquetés du « Brésil, que j’adore comme tous les  mots et les mélodies moelleuses d’Antonio Carlos Jobim » (Aguas de março) Elle chante ces textes en anglais et la musique passe comme les accents d’Ellis Regina adossés à la couleur sonore de Stan Getz (le ténor velouté de Jim Tomlinson, son producteur, arrangeur et mari n’y est pas pour rien) Sa voix ne force jamais (The changing lights) Elle imprime sa personnalité musicale sans fard, sans artifice. En douceur et profondeur.

Paolo Conte bénéficie d’une sorte de big band singulier avec mandoline, violon et basson histoire de colorer le décor de peinture italienne. Ses harmonies accrocheuses, sa forme de rap soft latinisé (Dancing), ses contrechants de piano servis sous une mince couche de jazz, ses onomatopées et bruits de bouches divers…Conte, le crooneur vrai faux bougon à quelques lieues de l’Italie bonne voisine a course gagnée avant que de prendre le départ. Sans trop forcer.

Manu Katché: sa musique tient d’une architecture jazz somme toute relativement classique à ceci près que tout part de la batterie. La construction, l’élan, la force, les nuances s’ordonnent sous l’impulsion du leader. Le batteur, il n’a plus à le prouver, est brillant. Précision des frappes, amplitude donnée par le mouvement, variété de timbres des caisses ou cymbales, impacts dans les  séquences alternées liaisons/ruptures rythmiques: il maîtrise son jeu à la perfection jusqu’à ne pas trop en faire dans le solo du rappel. Reste que l’originalité dans le contenu global offert, la griffe d’une sorte de pop jazz édifié live ne donne pas le même éclat. Le relief attendu. La faute à un manque de place laissée aux solistes (exception faite d’un jaillissement très libéré du pianiste dans une formule trio) ? Une couleur de son électrique, fort réverbérée et déjà souvent entendue dans les années 90 ?  On se laisserait volontiers séduire par davantage d’étonnement, de surprise provoquées. Provocantes.

Marcus Miller: ce que l’on appelle un musicien taille patron. Le concert made in Megève marque la première d’une tournée européenne printanière. Qui dit première implique une incontournable mise en route, quelques réglages de détails, une assise à trouver. Soit une certaine part d’incertitude, de marques à imprimer. Fort de ce constat, Marcus Miller, expérience et exigence obligent, assume, joue à plein son rôle de leader. En introduction puis à intervalles régulier il prend d’autorité la direction des opérations. Marque le territoire de sa musique, basse en mains. en autant de séquences solos très carrées, occasions de pics successif à base de groove sur vitaminé. Jusqu’au sommet de l’exercice,  stop chorus de basse tonitruant, joué en slap, sa marque de fabrique, cordes frappées, triturées sur le manche jusqu’à saturation pour un épisode d’ébouriffante voltige rythmique (Panther) Ainsi tirés vers le haut les jeunes musiciens de l’orchestre mis en confiance embrayent à l’unisson (sans guitare pourtant cette cette fois, Adam Agati, faisant défaut) Papa was a Rolling Stone, comme à l’accoutumée scelle le décollage de l’aéronef millerien, embarquant dans son vol toute l’audience électrisée. Les deux invités Alu Wade et Cherif Sourmano mettent, à mille cent mètres d’altitude de la nation de ski, un plus d’Afrique chaude façon Afrodeezia (Blue Note /Universal) Quand vient enfin le moment de la spécial guest, Selah Sue le temps de cinq chansons apporte le punch de sa voix. Une touche de fraicheur également. Et le pari de Marcus- lui même amoureux avoué des climats et voix rocks soul des seventies- de la confronter aux extrêmes du genre incarnés par la figure de Janis Joplin, de  plonger donc la frêle belge dans les surtensions de Piece of my heart, se retrouve gagné sur les planches à l’issue d’une toute petite répétition. On n’aura pas vérifié si, dans la patinoire contigüe, la glace avait tenu dans la surchauffe…

A Megève le jazz s’est retrouvé transfusé dans les veines du village (New Orleans Swamp Donkeys arpentant les rues, dans le flot d’une braderie voire au pied des pistes); hissé sur des scènes improvisées devant les fenêtres de la Mairie (les cuivres du Mardi Brass Band), projeté dans un club provisoire installé au Casino au dessus de la salle Black Jack Roulette (occasion d’écouter Switch -CD At home, Socadisc- trio du pianiste Fred Nardin avec Jon Boutellier (ts, as) en invité, lesquels au sein de l’Amazing Keystone Big Band avaient déjà rempli le Palais des Sports et des Congrès d’enfants et de parents réunis pour vivre le Carnaval des Animaux)

Reste à savoir désormais si, au-delà de cette agit propre toute musicale, la volonté affichée de la part du maire Catherine Julien-Brèches « d’installer un festival de jazz comme évènement marquant et pérenne afin que l’on connaisse aussi Megève par le jazz à l’image d’Antibes ou Monte Carlo » va se matérialiser dans le temps. La réponse du public au contenu artistique proposé peut représenter déjà un premier argument conséquent.

Robert Latxague

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Coiffé de son chapeau noir identitaire Il se tient  immobile, sur le côté de la scène éclairée avec goût. Marcus Miller fixe Melody Gardot. On le croit mangeant des yeux la diva slimfast qui, corps et voix, dégage grave. A y regarder de plus près Marcus, yeux mi clos ingère les ingrédients sonores servis live.

Megève, Palais des Sports et des Congrès, 24-27 mars

Angelo Delbarre swing sans faille sert un jazz manouche en vagues de notes plutôt compactes hors les effets de crête aigües du violon. Musique désormais sacralisée en accroche tout public.

Melody Gardot garde son look de star, lunettes de soleil rondes façon Janis Joplin dans un set plus cool, moins électrique, plus nuancé que d’habitude. On ne le voit/l’imagine pas forcément. Mais sur le plateau sous des dehors cool, elle mène la danse, dirige, fait les liaisons entre instruments ou musiciens. Et va elle aussi chercher le public avec les mots qu’il faut pour séduire (Preacherman)

Stacey Kent : premier concert d’une tournée mondiale (deux jours après concert en Corée du Sud) Force tranquille, elle dégage une vraie sérénité Elle est, elle parle, elle chante nature (Ces petits riens) Façon d’aborder une ballade, des thèmes bossa samba (One note samba) étiquetés du « Brésil, que j’adore comme tous les  mots et les mélodies moelleuses d’Antonio Carlos Jobim » (Aguas de março) Elle chante ces textes en anglais et la musique passe comme les accents d’Ellis Regina adossés à la couleur sonore de Stan Getz (le ténor velouté de Jim Tomlinson, son producteur, arrangeur et mari n’y est pas pour rien) Sa voix ne force jamais (The changing lights) Elle imprime sa personnalité musicale sans fard, sans artifice. En douceur et profondeur.

Paolo Conte bénéficie d’une sorte de big band singulier avec mandoline, violon et basson histoire de colorer le décor de peinture italienne. Ses harmonies accrocheuses, sa forme de rap soft latinisé (Dancing), ses contrechants de piano servis sous une mince couche de jazz, ses onomatopées et bruits de bouches divers…Conte, le crooneur vrai faux bougon à quelques lieues de l’Italie bonne voisine a course gagnée avant que de prendre le départ. Sans trop forcer.

Manu Katché: sa musique tient d’une architecture jazz somme toute relativement classique à ceci près que tout part de la batterie. La construction, l’élan, la force, les nuances s’ordonnent sous l’impulsion du leader. Le batteur, il n’a plus à le prouver, est brillant. Précision des frappes, amplitude donnée par le mouvement, variété de timbres des caisses ou cymbales, impacts dans les  séquences alternées liaisons/ruptures rythmiques: il maîtrise son jeu à la perfection jusqu’à ne pas trop en faire dans le solo du rappel. Reste que l’originalité dans le contenu global offert, la griffe d’une sorte de pop jazz édifié live ne donne pas le même éclat. Le relief attendu. La faute à un manque de place laissée aux solistes (exception faite d’un jaillissement très libéré du pianiste dans une formule trio) ? Une couleur de son électrique, fort réverbérée et déjà souvent entendue dans les années 90 ?  On se laisserait volontiers séduire par davantage d’étonnement, de surprise provoquées. Provocantes.

Marcus Miller: ce que l’on appelle un musicien taille patron. Le concert made in Megève marque la première d’une tournée européenne printanière. Qui dit première implique une incontournable mise en route, quelques réglages de détails, une assise à trouver. Soit une certaine part d’incertitude, de marques à imprimer. Fort de ce constat, Marcus Miller, expérience et exigence obligent, assume, joue à plein son rôle de leader. En introduction puis à intervalles régulier il prend d’autorité la direction des opérations. Marque le territoire de sa musique, basse en mains. en autant de séquences solos très carrées, occasions de pics successif à base de groove sur vitaminé. Jusqu’au sommet de l’exercice,  stop chorus de basse tonitruant, joué en slap, sa marque de fabrique, cordes frappées, triturées sur le manche jusqu’à saturation pour un épisode d’ébouriffante voltige rythmique (Panther) Ainsi tirés vers le haut les jeunes musiciens de l’orchestre mis en confiance embrayent à l’unisson (sans guitare pourtant cette cette fois, Adam Agati, faisant défaut) Papa was a Rolling Stone, comme à l’accoutumée scelle le décollage de l’aéronef millerien, embarquant dans son vol toute l’audience électrisée. Les deux invités Alu Wade et Cherif Sourmano mettent, à mille cent mètres d’altitude de la nation de ski, un plus d’Afrique chaude façon Afrodeezia (Blue Note /Universal) Quand vient enfin le moment de la spécial guest, Selah Sue le temps de cinq chansons apporte le punch de sa voix. Une touche de fraicheur également. Et le pari de Marcus- lui même amoureux avoué des climats et voix rocks soul des seventies- de la confronter aux extrêmes du genre incarnés par la figure de Janis Joplin, de  plonger donc la frêle belge dans les surtensions de Piece of my heart, se retrouve gagné sur les planches à l’issue d’une toute petite répétition. On n’aura pas vérifié si, dans la patinoire contigüe, la glace avait tenu dans la surchauffe…

A Megève le jazz s’est retrouvé transfusé dans les veines du village (New Orleans Swamp Donkeys arpentant les rues, dans le flot d’une braderie voire au pied des pistes); hissé sur des scènes improvisées devant les fenêtres de la Mairie (les cuivres du Mardi Brass Band), projeté dans un club provisoire installé au Casino au dessus de la salle Black Jack Roulette (occasion d’écouter Switch -CD At home, Socadisc- trio du pianiste Fred Nardin avec Jon Boutellier (ts, as) en invité, lesquels au sein de l’Amazing Keystone Big Band avaient déjà rempli le Palais des Sports et des Congrès d’enfants et de parents réunis pour vivre le Carnaval des Animaux)

Reste à savoir désormais si, au-delà de cette agit propre toute musicale, la volonté affichée de la part du maire Catherine Julien-Brèches « d’installer un festival de jazz comme évènement marquant et pérenne afin que l’on connaisse aussi Megève par le jazz à l’image d’Antibes ou Monte Carlo » va se matérialiser dans le temps. La réponse du public au contenu artistique proposé peut représenter déjà un premier argument conséquent.

Robert Latxague

|

Coiffé de son chapeau noir identitaire Il se tient  immobile, sur le côté de la scène éclairée avec goût. Marcus Miller fixe Melody Gardot. On le croit mangeant des yeux la diva slimfast qui, corps et voix, dégage grave. A y regarder de plus près Marcus, yeux mi clos ingère les ingrédients sonores servis live.

Megève, Palais des Sports et des Congrès, 24-27 mars

Angelo Delbarre swing sans faille sert un jazz manouche en vagues de notes plutôt compactes hors les effets de crête aigües du violon. Musique désormais sacralisée en accroche tout public.

Melody Gardot garde son look de star, lunettes de soleil rondes façon Janis Joplin dans un set plus cool, moins électrique, plus nuancé que d’habitude. On ne le voit/l’imagine pas forcément. Mais sur le plateau sous des dehors cool, elle mène la danse, dirige, fait les liaisons entre instruments ou musiciens. Et va elle aussi chercher le public avec les mots qu’il faut pour séduire (Preacherman)

Stacey Kent : premier concert d’une tournée mondiale (deux jours après concert en Corée du Sud) Force tranquille, elle dégage une vraie sérénité Elle est, elle parle, elle chante nature (Ces petits riens) Façon d’aborder une ballade, des thèmes bossa samba (One note samba) étiquetés du « Brésil, que j’adore comme tous les  mots et les mélodies moelleuses d’Antonio Carlos Jobim » (Aguas de março) Elle chante ces textes en anglais et la musique passe comme les accents d’Ellis Regina adossés à la couleur sonore de Stan Getz (le ténor velouté de Jim Tomlinson, son producteur, arrangeur et mari n’y est pas pour rien) Sa voix ne force jamais (The changing lights) Elle imprime sa personnalité musicale sans fard, sans artifice. En douceur et profondeur.

Paolo Conte bénéficie d’une sorte de big band singulier avec mandoline, violon et basson histoire de colorer le décor de peinture italienne. Ses harmonies accrocheuses, sa forme de rap soft latinisé (Dancing), ses contrechants de piano servis sous une mince couche de jazz, ses onomatopées et bruits de bouches divers…Conte, le crooneur vrai faux bougon à quelques lieues de l’Italie bonne voisine a course gagnée avant que de prendre le départ. Sans trop forcer.

Manu Katché: sa musique tient d’une architecture jazz somme toute relativement classique à ceci près que tout part de la batterie. La construction, l’élan, la force, les nuances s’ordonnent sous l’impulsion du leader. Le batteur, il n’a plus à le prouver, est brillant. Précision des frappes, amplitude donnée par le mouvement, variété de timbres des caisses ou cymbales, impacts dans les  séquences alternées liaisons/ruptures rythmiques: il maîtrise son jeu à la perfection jusqu’à ne pas trop en faire dans le solo du rappel. Reste que l’originalité dans le contenu global offert, la griffe d’une sorte de pop jazz édifié live ne donne pas le même éclat. Le relief attendu. La faute à un manque de place laissée aux solistes (exception faite d’un jaillissement très libéré du pianiste dans une formule trio) ? Une couleur de son électrique, fort réverbérée et déjà souvent entendue dans les années 90 ?  On se laisserait volontiers séduire par davantage d’étonnement, de surprise provoquées. Provocantes.

Marcus Miller: ce que l’on appelle un musicien taille patron. Le concert made in Megève marque la première d’une tournée européenne printanière. Qui dit première implique une incontournable mise en route, quelques réglages de détails, une assise à trouver. Soit une certaine part d’incertitude, de marques à imprimer. Fort de ce constat, Marcus Miller, expérience et exigence obligent, assume, joue à plein son rôle de leader. En introduction puis à intervalles régulier il prend d’autorité la direction des opérations. Marque le territoire de sa musique, basse en mains. en autant de séquences solos très carrées, occasions de pics successif à base de groove sur vitaminé. Jusqu’au sommet de l’exercice,  stop chorus de basse tonitruant, joué en slap, sa marque de fabrique, cordes frappées, triturées sur le manche jusqu’à saturation pour un épisode d’ébouriffante voltige rythmique (Panther) Ainsi tirés vers le haut les jeunes musiciens de l’orchestre mis en confiance embrayent à l’unisson (sans guitare pourtant cette cette fois, Adam Agati, faisant défaut) Papa was a Rolling Stone, comme à l’accoutumée scelle le décollage de l’aéronef millerien, embarquant dans son vol toute l’audience électrisée. Les deux invités Alu Wade et Cherif Sourmano mettent, à mille cent mètres d’altitude de la nation de ski, un plus d’Afrique chaude façon Afrodeezia (Blue Note /Universal) Quand vient enfin le moment de la spécial guest, Selah Sue le temps de cinq chansons apporte le punch de sa voix. Une touche de fraicheur également. Et le pari de Marcus- lui même amoureux avoué des climats et voix rocks soul des seventies- de la confronter aux extrêmes du genre incarnés par la figure de Janis Joplin, de  plonger donc la frêle belge dans les surtensions de Piece of my heart, se retrouve gagné sur les planches à l’issue d’une toute petite répétition. On n’aura pas vérifié si, dans la patinoire contigüe, la glace avait tenu dans la surchauffe…

A Megève le jazz s’est retrouvé transfusé dans les veines du village (New Orleans Swamp Donkeys arpentant les rues, dans le flot d’une braderie voire au pied des pistes); hissé sur des scènes improvisées devant les fenêtres de la Mairie (les cuivres du Mardi Brass Band), projeté dans un club provisoire installé au Casino au dessus de la salle Black Jack Roulette (occasion d’écouter Switch -CD At home, Socadisc- trio du pianiste Fred Nardin avec Jon Boutellier (ts, as) en invité, lesquels au sein de l’Amazing Keystone Big Band avaient déjà rempli le Palais des Sports et des Congrès d’enfants et de parents réunis pour vivre le Carnaval des Animaux)

Reste à savoir désormais si, au-delà de cette agit propre toute musicale, la volonté affichée de la part du maire Catherine Julien-Brèches « d’installer un festival de jazz comme évènement marquant et pérenne afin que l’on connaisse aussi Megève par le jazz à l’image d’Antibes ou Monte Carlo » va se matérialiser dans le temps. La réponse du public au contenu artistique proposé peut représenter déjà un premier argument conséquent.

Robert Latxague