Jazz sur le Vif : du côté de Miles et de la beauté - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 8 Juin 2026 • Par Xavier Prévost

Jazz sur le Vif : du côté de Miles et de la beauté

Dernier concert de la saison ‘Jazz sur le Vif’ à Radio France, pour lequel Arnaud Merlin nous a concocté une programme contrasté : à l’occasion du centenaire de la naissance de Miles Davis, célébré le 26 mai, une relecture décapante du Miles électrique des années 70 par Médéric Collignon et son ‘Jus de Bocse’ ; et en première partie le très acoustique ‘No(W) Beauty’, quartette qui met le souvenir du passé au présent le plus vif

photo Maxim François

NO(W) BEAUTY

Enzo Carniel (piano), Hermon Mehari (trompette), Damien Varaillon (contrebasse), Stéphane Adsuar (batterie)

Paris, Maison de la Radio, studio 104, 6 juin 2026, 19h

Phantasme de vieil auditeur sans doute : à un moment le souvenir de la modalité pendulaire de So What m’effleure, avec deux accords qui alternent en s’offrant aux improvisations modales ; et aussi, à un autre moment, des tensions harmoniques (tensions douces), façon Blue in Green . Mais ce sont bien là des phantasmes, induits par la thématique du jour, car le propos est foncièrement autre. Le groupe nous offre un mélange des titres de ses deux albums : ‘No(W) Beauty’, enregistré en 2022, et ‘Unseen’, millésime 2025. La musique oscille entre introspection et fracture du temps et des formes, douceur apparente et tensions subliminales. C’est à la fois une réflexion sur le jazz au présent et un parti pris de création collective, d’essor partagé vers cette beauté qui est simultanément le choix du présent et le refus d’une esthétique figée dans ses critères. Intense de bout en bout, dans les accalmies comme dans le surgissement des éclats : une sorte de manifeste du jazz, donné collectivement, ici et maintenant. Vérifiable sans délai sur la réécoute de cette première partie du concert, qui était diffusée en direct sur France Musique dans l’émission ‘Jazz Club’ de Nathalie Piolé

https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/jazz-club/jazz-sur-le-vif-no-w-beauty-au-studio-104-3917547

photo X.Prévost

MÉDÉRIC COLLIGNON JUS DE BOCSE : ‘The Files of Miles’

Médéric Colignon (cornet, voix, synthétiseur, effets, arrangements, conception), Yvan Robilliard (claviers), Emmanuel Harang (guitare basse), Franck Vaillant (batterie)

invités :

Christophe Monniot saxophones alto sopranino, effets), Manu Codjia (guitare), Minino Garay (percussions)

Paris, Maison de la Radio, studio 104, 6 juin 2026, 20h20

photo Maxim François

Pour le centenaire de Miles, le cornettiste/ chanteur/ agitateur de neurones a choisi la période électrique, en glanant des titres de la période 1969-1985. Puisant ses souvenirs dans les fichiers (les traces phonographiques de cette période), Médéric Collignon traite ces monuments révérés avec un mélange d’admiration et d’impertinence espiègle. Le concert commence dans un noir-salle : un son continu, et persistant, surgit d’un synthétiseur ; et soudain le leader compte 1-2-3-4, et c’est l’explosion musicale et sonore, avec retour de la lumière ! Et c’est parti pour plus d’une heure trente de folie rythmique, de sons vertigineux et d’improvisations torrides, le tout guidé par ce mélange de précision extrême et de liberté totale qui va porter les musiciens comme le public dans un état qui s’apparente à la lévitation. Le cornet, son naturel ou traitement wah-wah , court de séquence en séquence ; mais en dialogue avec tout le groupe et ses invités : envolées funambulesques de Christophe Monniot, escapades, parfois tendance blues psychédélique, de Manu Codjia ; incursions explosives de Minino Garay…. Et les membres du groupe régulier ne sont pas en reste : cavalcades d’Yvan Robilliard sur les touches de ses synthétiseurs, pulsations, explosions et dialogues de Franck Vaillant, et souveraines fondations forgées par Emmanuel Harang, qui n’est pas privé de séquences expressives. On glisse d’un thème à l’autre (Big Fun , Holly Wuud , Expectations , Honky Tonk , Rated X ….., plus d’une dizaine en tout). Des arrêts-surprises, des contrastes vigoureux dans les nuances, des portes ouvertes au lyrisme autant qu’à la primauté du rythme : folie à tous les étages. Et quand Médéric Collignon donne libre cours à ses inventions vocales, c’est l’apogée : beatboxing d’une inventivité hors-norme, improvisation vocale où la virtuosité explose dans l’humour…. Le public, et le groupe, en demeurent pantois. Le tout organisé selon une dramaturgie formelle et sonore qui force l’admiration.

Xavier Prévost

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Ce concert sera diffusé sur France Musique le samedi 20 juin à 19h dans l’émission ‘Jazz Club’.

Dommage que, depuis quelques années, France Musiques n’offre (hormis lors des grandes soirées festivalières), que des lucarnes d’une heure hors tout pour les concerts de jazz. Quand ils sont d’une telle intensité, et d’une telle lisibilité dramaturgique sur une séquence de plus d’une heure et demie, il est à craindre que le plaisir d’écoute ne soit pas à la hauteur des sensations éprouvées in vivo par le public, et votre serviteur

photo Maxim François