Jazz live
Publié le 21 Jan 2024 • Par Xavier Prévost

Jazz sur le Vif : Hélène Labarrière “Puzzle”, Tous Dehors “OK Boomer”

Autant le dire d’entrée de jeu, c’était une très belle soirée, intense, contrastée et jouissive, avec un quintette récemment créé, celui d’Hélène Labarrière, en tournée cette semaine-là ; et un grande formation, celle de Laurent Dehors, qui présentait un programme déjà publié sur disque l’an dernier

HÉLÈNE LABARRIÈRE ‘Puzzle’

Hélène Labarrière (contrebasse, composition), Catherine Delaunay (clarinette), Robin Fincker (saxophone alto), Stéphane Bartelt (guitare), Simon Goubert (batterie)

Paris, Maison de la Radio, studio 104, 20 janvier 2024, 19h

En prélude avant 19h, horaire du direct de la première partie sur France Musique dans l’émission ‘Jazz Club’, Arnaud Merlin (producteur délégué de ces concerts pour Radio France) présente brièvement l’ensemble de la soirée. Puis il accueille Nathalie Piolé, qui sera à l’antenne dans quelques instants. Pour préparer le direct elle se livre à l’ingrat exercice de ‘chauffeuse de salle’, pour inviter le public à manifester bruyamment son enthousiasme. Le public s’exécute de bonne grâce, sauf quelques récalcitrants (dont le chroniqueur) qui préfèrent choisir eux-même le moment opportun pour saluer d’une salve les artistes. Début du direct, avec la salve annoncée, et requise, puis la productrice de l’émission parle brièvement, et très pertinemment, de la contrebassiste-compositrice dont nous allons écouter le groupe. Elle annonce les artistes, salués cette fois très spontanément par des applaudissements nourris. Et le concert commence. En raison de la limite imposée par la durée du direct, nous écouterons seulement quatre des cinq pièce de ce programme consacré à de grandes figures féminines : Louise Michel, Emma Goldman, Thérèse Clerc et Angela Davis. Pour chaque composition, la contrebassiste a fait appel à un arrangeur-dérangeur différent parmi ses amis musiciens : Marc Ducret, François Corneloup, Syvain Kassap et Dominique Pifarély.

le groupe Puzzle pendant la balance

La musique est sinueuse, et très contrastée : parfois lyrique, souvent explosive, mêlant des intervalles évidents, et des harmonies qui coulent de source, à des écarts transgressifs et tendus : un régal…. Les solistes interviennent régulièrement, souvent dans des dialogues nourris, et tellement féconds. Comme c’était en direct, et que c’est en réécoute sur le site de France Musique, je cesse ma glose plutôt lacunaire : en écoutant l’émission ‘Jazz Club’, vous pourrez non seulement découvrir la musique, mais aussi écouter l’entretien accordé à Nathalie Piolé par Hélène Labarrière, juste après le concert, où elle évoque notamment la cinquième composition, absente du programme (et arrangée par Jacky Molard), qui est une évocation de Jeanne Avril, égérie de Toulouse-Lautrec et du Moulin Rouge, et figure insoumise de l’indépendance féminine. Et elle évoque éloquemment son point de vue personnel sur la place des femmes dans la musique. À écouter donc en suivant le lien ci-dessous

https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/jazz-club/direct-jazz-sur-le-vif-helene-labarriere-puzzle-5358594

TOUS DEHORS ‘OK Boomer’

Laurent Dehors (composition, direction, saxophones ténor & soprano, clarinette basse, flûte à bec, harmonica, cornemuse), Céline Bonacina (saxophones baryton & soprano), Christian Altehülshorst & Laurent Blondiau (trompettes), Rose Dehors (trombone, flûte à bec renaissance), Michel Massot (trombone, sousaphone), Christelle Raquillet (flûtes, piccolo), Fanny Martin (flûte, flûte basse, piccolo), Eliot Foltz (percussions à clavier, électronique), Gabriel Gosse (guitare, banjo), Matthew Bourne (piano), Juan Villarroel (contrebasse, guitare basse), Franck Vaillant (batterie, batterie électronique, petites percussions)

Paris, Maison de la Radio, studio 104, 20 janvier 2024, 20h20

l’orchestre Tous Dehors pendant la balance

Ça commence très fort et c’est, dès l’abord, un tumultueux mélange de précision diabolique et de libertés transgressives. Laurent Dehors est toujours habité par sa totale immersion dans la musique, tout en préservant l’imagination, les surprises décapantes, et les libertés revendiquées, totalement partagées avec le groupe comme en témoignent les regards et les signes qui s’échangent en permanence. L’humour, même potache, n’est jamais absent, mais on sent bien que pour tout le groupe, la musique est une chose sérieuse, où la rigueur n’entrave pas la liberté. Le répertoire est celui du disque, évidemment renouvelé par les libertés de la scène et de l’instant. La haute voltige des solistes jamais n’altère ni le plaisir de jouer, ni la précision des atterrissages. Puis vient un instant de recueillement, avec un solo de piano, lyrique et retenu, qui sera doucement fracturé par les petites percussions du batteur. Viennent ensuite les instruments à vent en vagues successives, presque en bourrasques, peuplées d’interventions solistes. J’entends dans tout cela une sorte de dramaturgie fluide et raisonnée, qui s’enrichit et se fracture, comme en un mystère. Il y aura aussi des collages, des parodies joyeuses, des élans soudains de lyrisme, peuplés de citations parfois burlesques : cela ravive en moi de vieux souvenirs de parodies joyeuses, entre Spike Jones et le Festival Hoffnung. Toutes les musiques sont traversées par ce décapant maelström, de la polka au charleston en passant par un groove digne de la musique afro-américaine. On passe à nouveau par une séquence lente et douce, qui jongle tendrement avec les intervalles et les envols. Et pour une fin en apothéose, une vertigineux de solo de cornemuse, façon free jazz, qui surgit de quelque chose qui tient à la fois de la bourrée du Centre et du bagad breton. Bref ce fut une grand moment de musique syncopée, avec tout le confort moderne.

Xavier Prévost

Concert à retrouver ultérieurement sur France Musique, à une date pour l’instant inconnue.