Jazz live
Publié le 11 Nov 2012

Jazzdor. Strasbourg, Pôle Sud, 10/11.

Jazzdor. Strasbourg, Pôle Sud, 10/11 : Daniel Erdmann (ts), Heinz Sauer (ts), Johannes Fink (b), Christophe Marguet (dm); Michel Portal (cl, bcl, bandonéon, Keyvan & Bijan Chemirani (perc, sas).

Quartet inédit, transgénérationnel et transfrontalier, spécialement réuni à l’initiative de Jazzdor pour fêter les 10 ans de son programme « Jazz Passage » — qui réunit des musiciens allemands et français des deux côtés de la frontière — et pour rendre hommage à Albert Mangelsdorff, le combo « ornettien » Erdmann/Sauer/Fink/Marguet réussit à convaincre dès les premières notes.

 

Déjà leur son d’ensemble est pour le moins unique, avec ce mélange de ténors rugueux et fragiles et cette pâte sonore dense et dotée d’une forte inertie qui n’interdit pas les tempos rapides mais leur donne une sorte de solennité ludique. Heinz Sauer, à bientôt 80 ans (dans quelques semaines), est dans une forme olympique et son entente avec son cadet Daniel Erdmann est totale. On n’entend guère ailleurs de vétéran si généreux et si ouvert aux générations plus jeunes. Quant à la basse de Johannes Fink, omniprésente à Berlin, elle a trouvé en Christophe Marguet un complément coloriste et d’une rigueur rythmique parfaite. Compos des deux ténors et de Fink, un thème de Mangelsdorff… l’hommage est en fait davantage un prétexte qu’une relecture du répertoire du tromboniste, dont Sauer fut si longtemps le compagnon de route. Contemporain de Mangelsdorff ou héritiers de celui qui reste — avec Joachim Kühn — le musicien allemand le plus connu à l’étranger, les membres de ce quartet qu’on espère voir se reformer ont joué une musique d’un vivacité libre (free), parfaitement actuelle, et dont l’avenir ne fait aucun doute.

Michel Portal proposait lui aussi, le même soir, une formule inédite avec les frères Keyvan et Bijan Chemirani en compagnie desquels il n’avait jamais joué auparavant. Si l’alliage des sonorités des clarinettes de l’un et des percussions en bois, peau, terre cuite, métal ou du sas des deux autres est souvent magnifique et si Portal a ici l’occasion de démontrer plus qu’ailleurs qu’il peut être un excellent rythmicien, le mélange des musiques ne fonctionne pas aussi bien qu’on pourrait l’attendre. Sans doute du fait que le souffleur nous a tellement habitué à des mélopées exotiques — que ce soit sur scène ou dans ses musiques de film — qu’on a un peu de mal à adhérer aux airs orientalisants qu’il égrène avec une conviction mitigée. Les percus, elles, sont soudées comme les doigts de la main et effectuent un formidable travail polyrythmique sur lequel Portal vient poser la plupart du temps une mélodie anodine à laquelle ses qualités de souffleur ne parviennent pas à donner une densité à la hauteur de l’investissement des deux « esprits frappeurs ». Quant à l’inévitable bandonéon, il apparaît ici hors-jeu : beaucoup trop codé dans d’autres contextes. Décidément, les musiques traditionnelles ne s’apprivoisent pas facilement et la mythologie « world », qui traverse le monde du jazz, comme d’autres musiques, trouve vite ses limites en l’absence d’un travail en commun de longue haleine.

Reste une tentative parfaitement louable, un défi relevé dans l’urgence (remplacer le duo Bojan Z/Nils Wogram annoncé initialement dans le programme mais finalement indisponible) et qui n’est finalement qu’un semi-échec. Aux protagonistes — et surtout au leader, qui cherche toujours à « plonger au fond du gouffre, enfer ou ciel, qu’importe ? Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau » — de se donner le temps et de trouver l’envie de transformer cet essai qui, malgré ses limites, contient en germe de belles promesses.

Thierry Quénum

 

Cet après-midi, toujours à Pôle Sud: Peter Brötzman Chicago Tentet + 1 (concert unique en France: bravo Jazzdor!)

|

Jazzdor. Strasbourg, Pôle Sud, 10/11 : Daniel Erdmann (ts), Heinz Sauer (ts), Johannes Fink (b), Christophe Marguet (dm); Michel Portal (cl, bcl, bandonéon, Keyvan & Bijan Chemirani (perc, sas).

Quartet inédit, transgénérationnel et transfrontalier, spécialement réuni à l’initiative de Jazzdor pour fêter les 10 ans de son programme « Jazz Passage » — qui réunit des musiciens allemands et français des deux côtés de la frontière — et pour rendre hommage à Albert Mangelsdorff, le combo « ornettien » Erdmann/Sauer/Fink/Marguet réussit à convaincre dès les premières notes.

 

Déjà leur son d’ensemble est pour le moins unique, avec ce mélange de ténors rugueux et fragiles et cette pâte sonore dense et dotée d’une forte inertie qui n’interdit pas les tempos rapides mais leur donne une sorte de solennité ludique. Heinz Sauer, à bientôt 80 ans (dans quelques semaines), est dans une forme olympique et son entente avec son cadet Daniel Erdmann est totale. On n’entend guère ailleurs de vétéran si généreux et si ouvert aux générations plus jeunes. Quant à la basse de Johannes Fink, omniprésente à Berlin, elle a trouvé en Christophe Marguet un complément coloriste et d’une rigueur rythmique parfaite. Compos des deux ténors et de Fink, un thème de Mangelsdorff… l’hommage est en fait davantage un prétexte qu’une relecture du répertoire du tromboniste, dont Sauer fut si longtemps le compagnon de route. Contemporain de Mangelsdorff ou héritiers de celui qui reste — avec Joachim Kühn — le musicien allemand le plus connu à l’étranger, les membres de ce quartet qu’on espère voir se reformer ont joué une musique d’un vivacité libre (free), parfaitement actuelle, et dont l’avenir ne fait aucun doute.

Michel Portal proposait lui aussi, le même soir, une formule inédite avec les frères Keyvan et Bijan Chemirani en compagnie desquels il n’avait jamais joué auparavant. Si l’alliage des sonorités des clarinettes de l’un et des percussions en bois, peau, terre cuite, métal ou du sas des deux autres est souvent magnifique et si Portal a ici l’occasion de démontrer plus qu’ailleurs qu’il peut être un excellent rythmicien, le mélange des musiques ne fonctionne pas aussi bien qu’on pourrait l’attendre. Sans doute du fait que le souffleur nous a tellement habitué à des mélopées exotiques — que ce soit sur scène ou dans ses musiques de film — qu’on a un peu de mal à adhérer aux airs orientalisants qu’il égrène avec une conviction mitigée. Les percus, elles, sont soudées comme les doigts de la main et effectuent un formidable travail polyrythmique sur lequel Portal vient poser la plupart du temps une mélodie anodine à laquelle ses qualités de souffleur ne parviennent pas à donner une densité à la hauteur de l’investissement des deux « esprits frappeurs ». Quant à l’inévitable bandonéon, il apparaît ici hors-jeu : beaucoup trop codé dans d’autres contextes. Décidément, les musiques traditionnelles ne s’apprivoisent pas facilement et la mythologie « world », qui traverse le monde du jazz, comme d’autres musiques, trouve vite ses limites en l’absence d’un travail en commun de longue haleine.

Reste une tentative parfaitement louable, un défi relevé dans l’urgence (remplacer le duo Bojan Z/Nils Wogram annoncé initialement dans le programme mais finalement indisponible) et qui n’est finalement qu’un semi-échec. Aux protagonistes — et surtout au leader, qui cherche toujours à « plonger au fond du gouffre, enfer ou ciel, qu’importe ? Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau » — de se donner le temps et de trouver l’envie de transformer cet essai qui, malgré ses limites, contient en germe de belles promesses.

Thierry Quénum

 

Cet après-midi, toujours à Pôle Sud: Peter Brötzman Chicago Tentet + 1 (concert unique en France: bravo Jazzdor!)

|

Jazzdor. Strasbourg, Pôle Sud, 10/11 : Daniel Erdmann (ts), Heinz Sauer (ts), Johannes Fink (b), Christophe Marguet (dm); Michel Portal (cl, bcl, bandonéon, Keyvan & Bijan Chemirani (perc, sas).

Quartet inédit, transgénérationnel et transfrontalier, spécialement réuni à l’initiative de Jazzdor pour fêter les 10 ans de son programme « Jazz Passage » — qui réunit des musiciens allemands et français des deux côtés de la frontière — et pour rendre hommage à Albert Mangelsdorff, le combo « ornettien » Erdmann/Sauer/Fink/Marguet réussit à convaincre dès les premières notes.

 

Déjà leur son d’ensemble est pour le moins unique, avec ce mélange de ténors rugueux et fragiles et cette pâte sonore dense et dotée d’une forte inertie qui n’interdit pas les tempos rapides mais leur donne une sorte de solennité ludique. Heinz Sauer, à bientôt 80 ans (dans quelques semaines), est dans une forme olympique et son entente avec son cadet Daniel Erdmann est totale. On n’entend guère ailleurs de vétéran si généreux et si ouvert aux générations plus jeunes. Quant à la basse de Johannes Fink, omniprésente à Berlin, elle a trouvé en Christophe Marguet un complément coloriste et d’une rigueur rythmique parfaite. Compos des deux ténors et de Fink, un thème de Mangelsdorff… l’hommage est en fait davantage un prétexte qu’une relecture du répertoire du tromboniste, dont Sauer fut si longtemps le compagnon de route. Contemporain de Mangelsdorff ou héritiers de celui qui reste — avec Joachim Kühn — le musicien allemand le plus connu à l’étranger, les membres de ce quartet qu’on espère voir se reformer ont joué une musique d’un vivacité libre (free), parfaitement actuelle, et dont l’avenir ne fait aucun doute.

Michel Portal proposait lui aussi, le même soir, une formule inédite avec les frères Keyvan et Bijan Chemirani en compagnie desquels il n’avait jamais joué auparavant. Si l’alliage des sonorités des clarinettes de l’un et des percussions en bois, peau, terre cuite, métal ou du sas des deux autres est souvent magnifique et si Portal a ici l’occasion de démontrer plus qu’ailleurs qu’il peut être un excellent rythmicien, le mélange des musiques ne fonctionne pas aussi bien qu’on pourrait l’attendre. Sans doute du fait que le souffleur nous a tellement habitué à des mélopées exotiques — que ce soit sur scène ou dans ses musiques de film — qu’on a un peu de mal à adhérer aux airs orientalisants qu’il égrène avec une conviction mitigée. Les percus, elles, sont soudées comme les doigts de la main et effectuent un formidable travail polyrythmique sur lequel Portal vient poser la plupart du temps une mélodie anodine à laquelle ses qualités de souffleur ne parviennent pas à donner une densité à la hauteur de l’investissement des deux « esprits frappeurs ». Quant à l’inévitable bandonéon, il apparaît ici hors-jeu : beaucoup trop codé dans d’autres contextes. Décidément, les musiques traditionnelles ne s’apprivoisent pas facilement et la mythologie « world », qui traverse le monde du jazz, comme d’autres musiques, trouve vite ses limites en l’absence d’un travail en commun de longue haleine.

Reste une tentative parfaitement louable, un défi relevé dans l’urgence (remplacer le duo Bojan Z/Nils Wogram annoncé initialement dans le programme mais finalement indisponible) et qui n’est finalement qu’un semi-échec. Aux protagonistes — et surtout au leader, qui cherche toujours à « plonger au fond du gouffre, enfer ou ciel, qu’importe ? Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau » — de se donner le temps et de trouver l’envie de transformer cet essai qui, malgré ses limites, contient en germe de belles promesses.

Thierry Quénum

 

Cet après-midi, toujours à Pôle Sud: Peter Brötzman Chicago Tentet + 1 (concert unique en France: bravo Jazzdor!)

|

Jazzdor. Strasbourg, Pôle Sud, 10/11 : Daniel Erdmann (ts), Heinz Sauer (ts), Johannes Fink (b), Christophe Marguet (dm); Michel Portal (cl, bcl, bandonéon, Keyvan & Bijan Chemirani (perc, sas).

Quartet inédit, transgénérationnel et transfrontalier, spécialement réuni à l’initiative de Jazzdor pour fêter les 10 ans de son programme « Jazz Passage » — qui réunit des musiciens allemands et français des deux côtés de la frontière — et pour rendre hommage à Albert Mangelsdorff, le combo « ornettien » Erdmann/Sauer/Fink/Marguet réussit à convaincre dès les premières notes.

 

Déjà leur son d’ensemble est pour le moins unique, avec ce mélange de ténors rugueux et fragiles et cette pâte sonore dense et dotée d’une forte inertie qui n’interdit pas les tempos rapides mais leur donne une sorte de solennité ludique. Heinz Sauer, à bientôt 80 ans (dans quelques semaines), est dans une forme olympique et son entente avec son cadet Daniel Erdmann est totale. On n’entend guère ailleurs de vétéran si généreux et si ouvert aux générations plus jeunes. Quant à la basse de Johannes Fink, omniprésente à Berlin, elle a trouvé en Christophe Marguet un complément coloriste et d’une rigueur rythmique parfaite. Compos des deux ténors et de Fink, un thème de Mangelsdorff… l’hommage est en fait davantage un prétexte qu’une relecture du répertoire du tromboniste, dont Sauer fut si longtemps le compagnon de route. Contemporain de Mangelsdorff ou héritiers de celui qui reste — avec Joachim Kühn — le musicien allemand le plus connu à l’étranger, les membres de ce quartet qu’on espère voir se reformer ont joué une musique d’un vivacité libre (free), parfaitement actuelle, et dont l’avenir ne fait aucun doute.

Michel Portal proposait lui aussi, le même soir, une formule inédite avec les frères Keyvan et Bijan Chemirani en compagnie desquels il n’avait jamais joué auparavant. Si l’alliage des sonorités des clarinettes de l’un et des percussions en bois, peau, terre cuite, métal ou du sas des deux autres est souvent magnifique et si Portal a ici l’occasion de démontrer plus qu’ailleurs qu’il peut être un excellent rythmicien, le mélange des musiques ne fonctionne pas aussi bien qu’on pourrait l’attendre. Sans doute du fait que le souffleur nous a tellement habitué à des mélopées exotiques — que ce soit sur scène ou dans ses musiques de film — qu’on a un peu de mal à adhérer aux airs orientalisants qu’il égrène avec une conviction mitigée. Les percus, elles, sont soudées comme les doigts de la main et effectuent un formidable travail polyrythmique sur lequel Portal vient poser la plupart du temps une mélodie anodine à laquelle ses qualités de souffleur ne parviennent pas à donner une densité à la hauteur de l’investissement des deux « esprits frappeurs ». Quant à l’inévitable bandonéon, il apparaît ici hors-jeu : beaucoup trop codé dans d’autres contextes. Décidément, les musiques traditionnelles ne s’apprivoisent pas facilement et la mythologie « world », qui traverse le monde du jazz, comme d’autres musiques, trouve vite ses limites en l’absence d’un travail en commun de longue haleine.

Reste une tentative parfaitement louable, un défi relevé dans l’urgence (remplacer le duo Bojan Z/Nils Wogram annoncé initialement dans le programme mais finalement indisponible) et qui n’est finalement qu’un semi-échec. Aux protagonistes — et surtout au leader, qui cherche toujours à « plonger au fond du gouffre, enfer ou ciel, qu’importe ? Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau » — de se donner le temps et de trouver l’envie de transformer cet essai qui, malgré ses limites, contient en germe de belles promesses.

Thierry Quénum

 

Cet après-midi, toujours à Pôle Sud: Peter Brötzman Chicago Tentet + 1 (concert unique en France: bravo Jazzdor!)